Voir supra, chap. m, pp. 398 et s
2. Composé vers 1614; dans Poems of Raleigh... andother courtly Poets; éd. Hannah, 1892, p. 89.
846 LARRIÈRE SAISON.
royalistes, amis de la cour, moius sensibles que personue aux signes avant-coureurs des tempêtes, et aux tempêtes mêmes, continuent la tradition des élégants, des amoureux et dédaigneux du temps d'Elisabeth.
Dans son manoir d'Ecosse, le royaliste Drummond de Haw thornden exploite à nouveau, avec éloquence et d'aussi bon cœur que si elles étaient nouvelles, les anciennes idées à sonnet : sonnets sur le sommeil, sur les Houi's qui s'effeuillent, sur le temps qui passe irréparable'. L'œuvre des hommes est fragile, les empires s'écroulent, la beauté s'efface; les chants de la nmse tomberont en oubli : il n'importe, «je ne peux m'empécher d'écrire et d'aimer» — et il nous semble entendre un écho amorti des chants de Ronsard, de Sidney ou de Shakespeare. Cowley, qui devait plus tard chiffrer en exil les (h'péches échangées par Charles I" et Henriette-Marie, poète par bi grî\ce de Spenser dont il avait lu, en son enfance, la Heine des Fées^ s'inspire surtout des ingénieux rimeurs de madrigaux et aiguiseurs de pointes du tenqis d'Elisabeth. Sa mémoire est meublée de leurs trouvailles, tellement qu'il lui arrive d'enchAsser dans ses vers quelques-uns des concctti les plus précieux, semés par Sidney dans la prose de son Arcadie^. U
1. Ex : sonnets II (un des plus beaux), IX, XXVI. Poenvi, éd. Ward. Muses
Librarif, 1894, 2 vol. Né en 1585, allié aux Sluarts |>ar Annalirllu Druininond, mère de Robert III, élève d'Edimbourg et de Paris, William Drummond pasita la majeure partie de sa vie à Hawthornden, entouré de livres, connu des lettrés de Londres et recevant, en 1618, la visite de Uen Jonson. U mourut en 1649, laissant une History of Scotland en prose et beaucoup de vers inédits. U avait publié e. g. Teares on the death of Meliades, 1613 (belle élégie sur la mort du Prince Henri); Poeins, amorous, funerall, divine, pastorall, 1616; Flowres of Sion [(ind Ihe] Cypresse Grove, 1623. Très érudit; le style comme l« sujet de ae^ vers se ressentent de ses lectures : ressouvenirs de Sidney, Pétrarque, Marino, Sannaiar, Guarini, Tasse, Ronsard, etc.
i. The amo'rou!* waves wuuld Tain about lier stay.
But still new amo'rous waves drive theoi away...
Bathinç in the River (dans le recueil The Mislress). C'est une idée de
s'applique à raffiner, à surenchérir : on peut toujours; et dans son monde, ce fut très admiré : <( D'un soupir de pitié je me nourris un an, d'une larme, vingt ans... d'une douce parole, cent ans». C'est à croire, disait, au siècle suivant, Sanmel Johnson, que cet amoureux « ne connaissait que par ouï-dire l'existence d'un autre sexe » . Et le docteur qualifiait de « race métaphysique » Gowley et tous autres rimeurs de riens prétentieux, à l'esprit agile et au cœur froid 1.
Les francs poètes de cour continuent la tradition de leurs aînés; ils sont dédaigneux, élégants, superbes et, d'ordinaire, très licencieux. Comme il convient à leur rang et à leur genre de vie, ils riment surtout des pièces de circonstance, des madrigaux et des chansons. Bien doués, gracieux d'allures, ils écrivent des vers harmonieux, composés sans effort ou qui en ont l'air. L'amour et les riens amoureux sont le grand sujet de leure pensées. Carew les célèbre et Suckling les raille ; manières différentes de montrer un égal intérêt. Une mouche a volé dans l'œil de Célia : elle croyait voler vers le soleil, et elle a eu le sort de Phaéton. Célia, dans le plus fameux poème de Carew, est invitée au jardin d'Amour, décrit avec une liberté que Donne et les poètes d'Elisabeth ne surpassèrent pas; lieu
Sidney; bain de Philocléa dans le Ladon : «The upper stieams make such haste to hâve their part of imbracing, that the neather (though lothly) must needs give place unto them ». Liv. II, p. 138 (éd. 1633). Abraham Cowley, 1618-67, jouit, à cause surtout de son recueil de poèmes amoureux. The Mistress, 1647, d'une brillante mais peu durable réputation. Quelques élégies (sur la mort de W. Harvey, sur celle de Crashaw) comptent parmi ses meilleures œuvres; celle sur la mort de Van Dyck est gâtée par ses fatigantes gentillesses. Saint Luc salue le peintre à son arrivée au ciel,
Where he beliolds new sights divinely fair, And could almost wish for his pencil tliere.
Cowley reparaîtra comme essayiste à la Restauration. Complète Works in Verse and Prose, éd. Grosart, 1881.