Notamment la chanson justement célèbre
sliall I, wasting in despaire...
Englixh Garner. IV, p. 45i.
First tliat part sliall l>e disriosed
That'a or Eléments composed, etc. ip. 387).
donne une aussi à sa Vertu, mais c'est pour la déchirer, la chiffonner, enfin l'ôter dans une scène digne d'Arioste.
La production de poèmes religieux, édifiants ou avec prétention à édifier, fut, à cette date, d'une abondance extraordinaire. Il faudrait compter encore les œuvres anonymes comme la Sueur sanglante du Christ^ ou perdues, comme la Couronne d'épines de sir John Beaumont, frère du dramaturge, et même les poèmes philosophiques écrits peu après, et qui se rattachent plutôt à la période suivante, œuvres du Platoniste Henry More qui renie « les dames et les chevaliers » à la Spenser, ou de Joseph Beaumont : trente mille vers sur VAme; encore n'est-ce là qu'une forme abrégée d'une composition à laquelle il aurait fallu les patients lecteurs du moyen âge, ceux du Roman de la Rose ou du Pèlerinage de la vie humaine.
Le mérite de quelques-uns de ces poèmes, la chaleur lyrique de Wither, les jolies scènes rurales, les belles légendes mythologiques intercalées dans son œuvre par Phinéas Fletcher, l'adoption par plusieurs auteurs de ce temps d'une versification assagie, en réaction contre celle d.es romantiques, et qui conduira peu à peu, par Sandys et Denham, au couplet rimé, sans enjambements, de Wal- 1er, Dryden et Pope 2, ne sont pas ce par quoi ils comptent surtout. Ce qu'ils offrent de plus digne d'attention et de mémoire est leur nombre. Us ont beau se réclamer de Spenser ; ils prouvent, par leurs multiples adaptations
1. Christes hloodie sweat, or tlie Sonne of God in Itis Agonie, Londres, 1613; autre manière de « Paradis regagné » (en stroplies ababcc); réimpr. par Grosart, à la suite de ses Poems of Joseph Fletcher, 1869, et attribué à celui-ci sans raisons suffisantes.
2. Le couplet à rimes plates, sans enjambements (question qui sera reprise plus tard) regagne un peu partout la faveur qu'il avait perdue au cours du règne d'Elisabeth; on peut signaler son emploi chez nombre de poètes du temps de Jacques et Charles 1", ciiez Wither, par exemple, dans sa Fidelia. 1615; chez Drummond, Poems. t. I, pp. 32, 124 {Songs I et II), 1616; etc.
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de son style à des sujets pieux, que Tépoque n'était plus favorable k de nouvelles Reines des Fées et que la nation t'tait prête pour une épopée autrement sérieuse, autrement grandiose et recueillie : ce qu'il lui fallait, c'était un Paradis Perdu. EUe l'attendait, elle le réclamait, et tandis que vingi auteui-s, de talent modeste, s'essayaient ù le lui donner, ce fut tout juste si le grand honmie qui devait l'écrire ne fit pas fausse route, et si, tout plein d'admiration pour les illustres lettrés de l'Age précédent, épris de Spenser comme ses prédécesseurs immédiats, il n'offrit pas à son pays un nouveau poème Arthurien, au lieu de l'épopée biblique si impatiemment désirée. La voix de la nation, par bonheur, ces conseils inexprimés (jui flottent, pour ainsi dire, dans l'air à certaines époques et qui avaient été entendus déjà par maints artistes sans génie, secondèrent ce que Milton trouvait en lui «le dispositions naturelles, et il acconq)lit sii destinée. A côté de son œuvre, celles de ses prédécesseurs, qu'il connut toutes, à qui il fit, presque sans exception, des enq^runts, semblent des œuvres mortes. Notons toutefois qu'elles existèrent; si elles ont péri pour la plupart, leui-s cadavres, du moins, servent à montrer la direction ; ils jalonnent la route, un peu comme les stjuelettes jalonnent le chemin des caravanes jusqu'aux portes des sanctuaires sacrés.
Les regards perdus vers les horizons lointains, fixés sur le ciel inaccessible, ou tournés vers les abtmes insondables, les poètes créateurs et les remueurs d'idées avaient beaucoup vécu, du tenq>s d'Elisabeth, au pays des rêves, au «lelà du possible. Mais maintenant la terre trendilait et
il fallait bien penser à elle. Les regards se rabaissent vers le sol ; on cherche moins à atteindre les étoiles, les mains courent au long- des branches pour cueillir les fruits du verger. L'époque étant éminemment une époque d'observateurs, les sciences et les arts d'observation progressent ; même les genres qui ne s'épanouiront que plus tard, tel le roman, voient s'assembler à cette date, mieux que jamais auparavant, les éléments de leur grandeur future.
L'essai, le portrait, les « caractères », l'analyse psychologique du prochain et de soi-même *, les travaux de moralistes étudiant de près l'esprit humain et les différentes manières de le former 2, ont un public plus ample et plus avide que jamais. On aime à vérifier et contrôler ; on note les mouvements de son âme et de son cœur ; on trace le tableau des mœurs du voisin. La grande querelle sur l'utilité des voyages dure toujours; Hall prend parti contre; Howell pour 3; les récits compilés au retour, d'après des notes,
1. Un poème comme la Purple Island de Phinéas Fletcher est rattaché à ce genre par D. Featly qui écrit dans sa préface de l'œuvre : « He Ihat would learn Tlieologie must first studie Autologie », 1633.
2. Elyot, Ascham, etc., ont des continuateurs, tels Peacliam qui s'excuse d'écrire après les deux précédents, et dont le Compleal Gentleman, 1622, eut un succès durable et mérité (part importante accordée aux lettres et aux arts; intéressant résumé de la littérature anglaise); ou Wotton, l'ambassadeur qui. devenu prévôt d'Eton , résume ses observations personnelles dans son Philosophical Survey of Education (dans Reliquiœ Woltonianx], ou encore Richard Brathwaile, le poète, qui publie The English Gentleman, 1630, the English Gentlewoman, 1631 (médiocre, beaucoup de verbiage et de banalités; infra, p. 867, note 3). Cf. les livres, pour l'éducation de leur (ils, de Raleigh : Instructions to his son and to posterilij; Works, t. VIII; plutôt trop pratique; ou de Jacques VI d'Ecosse, Basilicon Doron 1599, trad. en français dès 1603.
3. Quo Vadis, a just censure of travel, 1617, par Joseph Hall qui raisonne en « laudator Patriœ » ; il s'efforce de prouver que ses compatriotes étant supérieurs à toutes les autres races ne peuvent que perdre à voyager. — Instructions for forreine travell, 1642 (réimpr. Arber, 1895), par James Howell, 1594?-1666, voyageur, diplomate, auteur de lettres et traités divers, d'une édition augmentée du grand Dictionnaire Français-Anglais de Cotgrave, 1650 (la V éd. était de 1611), d'une allégorie politique en prose anglaise,
parfois des croquis', amassés sur place et d'après nature, foisonnent.
Le bon sens et la véracité de Sandys, l'observation minutieuse du détail pittoresque et vrai de Coryat, font, comme on a vu plus haut, le mérite de leui-s relations de voyage, écrites sous Jacques 1". L'essai psychol(\ci(jue et moral est tout naturellement associé à ce g-enre décrits : Fynes Moryson, qui avait voyagé sous Elisabeth, publie son Itinéraire sous Jacques et grossit son volume de considérations, pleines d'enseignements et de conseils pratiques, sur les coutumes et caractères dos nations 2. I^os souveniiN de voyage de l'infortuné sir Thomas Overbury sont plut<M des essais sur les mœurs des peuples qu'une description d'objets matériels : ils sont remarqual)les'. Overbury est
ftenre fort à la mode el dont nous aurons à nous occuper plus tard : Dodona's firoi'f. iG'iO, fol.
1. Par ex. dans Sandys : A Belation of a journey begun A. D. /C/«, Londres, 1615, fol. Nombreuses «''ditions; gravures Tisiblement exécutées d'après des croquis d'amateur et auxquelles l'auteur se réfèri' dans son texte : n... As appeareth hy the following picturc » fà propos de l'entrée des pyramides).
:>.. Sur ces voyageurs, voir plus haut, pp. 259 et "^67. La troisifim- partie de X'Itineianj de Moryson (Londres, 1617, fol.; quelques plans de villes, très mauvais) consiste en essais inspirés par ses voyages, ses ohsorvalions, son expérience; les vues justes sur les pays abondent, ainsi que les conseils pratiques pour la route : « Let [tbc Iraveller] lay bis purse under bis pillo^v. but ahvayes foulded wilb bis parters, or some Ibing lie lirst uselb in tbc morning, lest bec forgel to put it up before bec goe out of bis rbamber ». III, p. 19. Voir encore, entre autres, sir Tbomas Herbert, A Ihlation of some ijeares travnile begtinne Anno 1626. into Afrique an<f tlir grealcr Asiu. Londres, 1634, fol.; traduit en français, 1663, 4"; les voyages facétieux de WTB.\.)\\s?i\\.(; linrnabx Hinerarium. 1638, «'Ide Jobn Taylor : TUree Weekrs... to Jlfimhurg/i. 1617 (il voit un bourreau si gros que « notre sir John Falstafl' n'est qu'une crevette en comparaison •>); The Penivjlcs Pilgrimnge. 1618 (au milieu de facéties ridicules, di-s renseignements utiles : exploitation, â la chandelle, des mines souterraines de charbon de sir deorge Brure. incessante.^ railleries contre le pauvre Coryat); voyages de Dallington en France et en Italie, accomplis sous Elisabeth, r?icontés en 1605-6; de Heylyn en France, en 1625, publiés en 1656, ces derniers caricatures plutôt que portraits.
3. Sir Thomas Overbunj. his obserratinns in his trnvels... A. D. IGOU. V éd. 1626; réimpr. par Arber, Englisli Garner, IV, p. 297. On .sait com-
attentif, bien informé et de sain jugement; il montre, par l'exemple, l'utilité du don d'observation : sa connaissance du présent lui permet de prévoir l'avenir. Son tableau de la France, celle d'Henri IV, « florissante parla paix », abonde en traits quasi-prophétiques. Il démêle excellemment les causes de force et de faiblesse de notre patrie. Un roi absolu la gouverne, que nul Parlement ne peut contraindre et qui dompte au contraire son Parlement. Quant aux États Généraux, ils sont supprimés en fait et « devenus aussi rares qu'un concile œcuménique » . La guerre de Cent ans a déshabitué le pays d'assemblées difficiles à réunir. A la différence de l'Angleterre, le peuple est isolé en face du roi, du clergé et des nobles : « Le clergé et la nolilesse n'ont pas associé leur fortune à celle du peuple, comme en Angleterre. Presque toutes les taxes tombant sur le peuple, le clergé et la noblesse, qui en étaient exempts, ont été facilement induits à laisser le peuple à la merci du roi ». Peu d'historiens écrivant après la Révolution en ont mieux discerné les causes qu'Overbury qui écrivait presque deux siècles avant. Quant aux forces de la nation, une des principales est que l'irrédentisme (il n'a pas le mot, mais désigne bien la chose) est chez elle un mal inconnu. Les voisins annexés sont tout de suite traités en frères et oublient la différence de race ; et, ce qui est fort l)ien vu, cette égalité de traitement vient moins, en France, des lois que des mœurs ^ Quant à l'Allemagne, « si elle était soumise à un
ment Overbury, 1581-1613, victime de la haine de Frances Howard, épouse, divorcée du comte d'Essex, mourut empoisonné à la Tour.
1. « Now that whicli hath made them at Ihis lime so largely great at home is their adopting into themselves the lesser adjoining nations, without destruction or leaving upon them any mark of strangeness : as the Bretons, Gascons, Provencals... Towards which union their nature wbich is easy and Ijarborous to strangers hath done more than any laws could liave effecled but vvith long time ». p. 309.
seul iiioncirquc, elle serait redoutable à toute l'Europe ». L'éuergique vivacité d'un style simple et bref rehausse le mérite de ses jugements : avant la pacification d'Henri IV, « personne en France qui n'eût un ennemi à trois milles de chez lui, si bien que le pays était tout frontières ».
Outre ses notes de voyage, Overbury laissait des Essais ou Caractères, sorte d'écrits plus à la mode qu'aucune autre sous les premiers Stuarts. Le point de départ du genre était français, le point d'aboutissement devait l'être aussi, marqués l'un et l'autre par des chefs-d'œuvre : les Essais de Montaigne, 1580, et les Caractères de La Bruyère, 1688. bans l'intervalle, bien des points de repère : tels les « portraits» chers aux Précieuses et ceux dont Molière égayé le salon de Célimène, et ces essais encore et ces portraits si éloquents et si vivants dans leur sublime brièveté : les Pensées «le Pascal et les Maximes de La Hochefoucauld. Toutes ces sortes d'écrits sont connexes; Montaigne môle des caractères à ses essais, et La Bruyère des essais à ses caractères ; tous deux émaillont leur œuvre de maximes et de pensées. Portraits et considérations psycliologiques et morales, c'est tout un; l'homme est le sujet de l'ob-servation dans l'un et l'autre cas, avec un peu plus de place accordée au corps dans le premier, à l'Ame, au moi et aux intérêts généraux de l'individu dans le second. Montaigne, si dissemblable de tous autres et si incohérent, mais si franc, si perspicace, si parfaitement sincère, enchanta l'Europe dès la première heure. Pascal lui-même a peur qu'on ne le prenne pour un co- 4)iste de Montaigne : u Ce n'est pas dans Montaigne, dit-il, mtiis dans" moi que je trouve tout ce que j'y vois* ». En Angleterre, le philosophe gascon eut des lecteurs et des admirateurs innond)rables, et non des moindres, puisque