î* Partie, section III, membre 1, sous-section I
Son examen des remèdes à la mélancolie est pour lui l'occasion de tracer quantité de charmants tableaux. Il •recommande la musique, dont la vertu est si forte qu'elle « chasserait le diahle même », les exercices physiques, mais modérés : (( le corps surmené fatigue T esprit » ; les plaisirs des champs, la pêche, décrite avec une grâce qui fait penser à Isaac Walton ; les voyages à pied, recommandés avec une bonne humeur digne de Tôpffer; la lecture, très efficace à moins que le mal ne vienne justement d'un excès de lectures, témoin <( don Quichotte » ; les récits d'autrefois que se font les vieilles gens au coin du feu; les agréables spectacles, tels que les beaux paysages, les beaux jardins; il ne peut s'empêcher d'ajouter les belles filles ; mais on voit plus loin, aux chapitres sur l'amour, que ce dernier spectacle est au contraire des plus dangereux^. La vue des fêtes publiques offertes à un Ambassadeur nouvellement arrivé a aussi une grande efficacité. Depuis le temps de Burton, cet usage est tombé en désuétude, et c'est probablement à ce fait qu'il faut attribuer les mélancolies contemporaines.
Il était impossible, en écrivant un traité médico-moral, d'approcher davantage du roman à la fois psychologique et réaliste : tous les éléments du genre, et le paysage même, se trouvent dans VAnatomie de la Mélancolie^ sauf l'intrigue, qui n'est pas, il s'en faut, le plus important d'entre eux. Burton mérite par là d'être cité à part dans la longue lignée des illustres romanciers anglais, autant que dans celle des moralistes, et une place d'honneur devra toujours être réservée à son portrait dans leurs galeries d'ancêtres.