‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 28 sur 290 · Garlande of laurell · texte numérisé non relu

Garlande of laurell

3. Entre autres : Colyn Cloute (description des riches demeures des prélats : sculptures et bijoux, tapisseries mythologiques avec des nudités); W/iy corne yc uot to court (satire, directe du « bocbers dog », gourmand, débauché, lyrannique, « lyke Mahounde in a play »)•

4. M. en 1529; il était né vers 1460. Outre ses poèmes, dont beaucoup sont perdus, il laissa deux moralités : The Migramantir a morale Enlerlude, 1504, 4» (analysée |>ar Warton, Hist. of Engl. poetnj, éd. Haziitt, III, p. 287. perdue depuis); Mngnyfycence, a goodly interlude, que nous avons, œuvre très médiocre, où l'on voit Magnifique, ruiné par Folie et emprisonné par Pauvreté, se repentir sur les conseils d'Espérance.

évêque de Dunkeld, est un poète de transition; il est, à la fois, très moyen âge et très Renaissance; mais, à la différence de Skelton, qui tourne volontiers tout en railleries, Douglas prend tout au sérieux. 11 est médiéval en conscience dans son Palais d'Honneur qui ressemble à la Maison de la Renommée de Chaucer, et dans son Roi-Cœiir qui rappelle le Liv7'e du Ciier d'Amour du Roi René^. Il vénère les anciens avec sincérité; il reconnaît en eux le caractère sacré; il n'approche de leurs temples qu'avec émoi ; il n'oserait jamais prendre avec les dieux les libertés devenues usuelles de son temps en Italie où on s'était habitué à les voir vivre parmi les hommes. Il garde pour les Romains les sentiments qu'avaient eus Pétrarque et les précurseurs; comme eux, il adore Virgile et cherche dans son texte un sens mystérieux; pour lui aussi Énée est « rhomme de bien » et chacune de ses aventures contient un enseignement moral-. Comme Pétrarque, il se répand en effusions attendries ; les expressions viennent en foule sous sa plume et cependant aucune ne lui parait suffi santé : comment louer la perfection? Aussi quelle indignation contre ceux qui ont manqué de respect à ces poèmes quasi divins! Il part en guerre; c'est une guerre sacrée,

1. Né en 1475; Palice of Honour, fini en 1501, supra, t. 1, p. 528; King Hart, poème allégorique dont le héros est le cœur de l'homme : « Cor in corpore hominis ». Le roi René avait pris, de même, pour héros le cœur humain et conté ses aventures; les ressemblances me paraissent fortuites. On rapproche souvent les écrits allégoriques de Douglas de ceux d'Octavien de Saint-Gelais {Le Séjour d'Honneurs, Paris, Vérard, 1519); les ressemblances sont faibles.

2. 11 avait entrepris im « Comment » de l'Enéide, dans lequel il s'inspirait beaucoup de « Cristoferus Landynus, that writis moraly upon Virgill » : mais il moralisait aussi pour son compte, car les grands poètes, disait-il, sont pleins de sagesse cachée, « and thus it [is] that poetis fenyeis bein full of secreyt ondyrstandyng ondyr a hyd sentons or fygur ». Poetical Works of Gavin Douglas, éd. J. Small, Edimbourg, 1874, 4 vol. 8", t. H, pp. 286,293. Même opinion chez Érasme [supra, p. 8).

une croisade; le pauvre « William Caxton, de nation anglaise », s'entend dire de cruelles vérités. Cet imprimeur a eu l'audace d'appeler Énrif/e un livre « qui ne ressemble pas plus au modèle que le diable à saint Augustin... J'ai lu son travail, le cœur serré, à la pensée qu'un livre si barbare portait le nom du poète divin* ».

Quant à lui, premier vrai traducteur de Virgile - en son pays, il écrit ému d'enthousiasme et de tendresse; il ne traduit pas mot à mot, mais c'est volontairement, avec réflexion, pour mieux faire saisir le sens et la beauté du « maître des maîtres ». Il justifie son procédé; il soupçonne l'importance des expressions, de leur portée, leur couleur, leur poids, leur son. Il ose contredire Chaucer même, s'appuyant sur le témoignage d'Horace :

Iloratiiis in lus art of poetrie.

Par là il est bien de la Renaissance. Il est bien aussi de son pays; il en chérit les vieilles légendes romantiques. Les nouvelles Histoires où l'esprit critique moderne commençait î\ se faire jour, le remplissent de chagrin; il tient pour les origines classiques de sa nation ; il croit à la mythique Scota fille du Pharaon noyé dans la mer Rouge, mère des Écossais; il est désolé que son compatriote Major

1. Ijudc, lionor, prasingis, tliankis iofynitc To Ihc, and tlii dulce ornatc Trescli endilc. Hast révérend Vir^ill or Ijityne poetis prince, Gemme of ingine aiid fluide of elo<|uence, Thow peirics perle, patron of poclrie,

Rois, registcr, patme, laurer and glory...

elc, Ole, Works, t. Il, p. 3; sur Caxton, i7»iV/., p. 7.

2. Sa traduction fut acli(*vée, dit-il, le jour de la fête de Sainle Marie Madeleine 1513 (vendredi, 2?. juillet); elle ne fut imprimée (|n'aprè8 sa mort : The xiii Bukes of Eneados of Ihe. famose Poêle Virgill (ranslatet oui of Lafyne versex into Scottixh melir... evrry buke haviny hys perlicular Prologr, Londres, \h53, 4" (édition expurgée; l'aventure de Didon est supprimée; de même tout ce qui pouvait, dans 1rs prologues, déplaire aux protestants; texte complet dans les nv>/-AM.

ait renié des ancêtres si intéressants. Dans son exil à Londres, où il rencontre l'Italien Polydore Virgile occupé à réunir les matériaux de son histoire d'Angleterre, il le supplie de ne pas croire Major et de respecter la légende ^ Il se montre vrai Écossais encore dans les poétiques introductions qu'il ajoute aux chants de Y Enéide : l'amour des traditions se combine chez lui avec l'amour des réalités présentes et le don d'observation ; d'une combinaison toute pareille sera fait plus tard le génie d'un autre descendant de Scota, l'auteur de Waverley. Il représente sa demeure un soir d'hiver, le feu allumé, la bise au dehors; il se couche, s'enveloppe la tête, s'étend sous de triples couvertures; il entend le cri des oies sauvages qui passent pardessus les toits de la cité. Au matin, il ouvre sa fenêtre avançante, « schot-wyndo » ; il n'est plus question de rêves poétiques mais de choses vues; il fait gris et sombre, on frissonne ; il allume son feu ; le Virgile est sur le lutrin ; il se met au travail. L'hiver passe et nous sommes en mai, et voici une vision ravissante de tourelles et de flèches roses dont le soleil dessine à terre le profil dentelé, par un jeu de lumière; les branches des arbres reproduisent, en un réseau d'ombres, leurs entrelacs sur le sol 2. Ailleurs, l'ob-

1. L'Écossais John Mair ou Major, professeur à Paris, Glasgow et Saint-Andrews, célèbre par son enseignement philosophique, avait publié à Paris, en 1521, une Ifistoria Majoris £r itanniœ oiil'oalrouye le premier effort tenté pour dégager de fables l'histoire d'Ecosse. Virgile a raconté tout au long son entrelien avec Douglas : « Nuper enim Gavinus Douglas Duncheldensis episcopus, homo Scotus, virque summa nobilitate ac virtute... multis precibus rogavit, ut ne historiam recens à quodam suo Scoto divulgatara s equerer, in rébus Scoticis explicandis » {Anglise Hlstorix libri XXVI, Bâle, 1534, fol. p. 50) ; et Douglas remit à Virgile un « commentariolum » contenant l'histoire de Scota et de Gathelus fondateur du Portu-Gal. Le poète, qui avait dû fuir l'Ecosse à cause des troubles de la minorité de Jac([ues V et de la fausse situation que lui faisait le mariage de son neveu Angus avec Marguerite, veuve de Jacques IV et sœur d'Henri VIII, mourut à Londres en 152'2.

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