Prologue du XII' livre
servation est mêlée de réminiscences classiques : « les oiseaux de Palamède traversent le ciel, formant un vol disposé comme un Y ^ ». C'est le procédé qu'emploiera Ronsard, et par là encore Douglas se rattache à la Renaissance^.
Elyot voulait qu'un jeune noble sût tout : le français, l'italien, le latin, la paume, l'équitation, l'escrime, la peinture, la sculpture, la musique, l'histoire, la prosodie, la danse et beaucoup d'autres choses dont plusieurs étaient généralement laissées par les chevaliers d'autrefois aux grammairiens et aux « maçons ». Le temps des chevaliers n'était plus, la cour était lettrée, les princes donnaient l'exemple; le savoir devenait une mode, une élégance et
1. Prologue du Vil* livre. Il s'agit des grues et de leur toI. « schapin lik an Y a (ou piutAt comme un M', une drs lettres qu'inventa Palamède).
2. Les poules écossais de la deuxième |>arlie du siècle, continuateurs plutôt qu'innovateurs, sont de mériti* trop modeste pour mériter une place à part dans les Histoires qui ne sont pas s|H^ialement celles des lettres en Ecosse. Alex. Monl^omerie. le meilleur d'entre eux, compose un Ffyting, comme Lyndesay et Dunbar; des vers amoureux et pieux-, décrit le printemps et croit s'envoler comme les poètes du quatorzième siècle. The Cherrie and the Slae, 1597, son œuvre la plus célèbre, est un succinct Roman de la Rose; Poems. S. T. S. éd. Cranstoun, 1885. — Allégories et moralisations en vers par sir Richard Maitland, rappelant, en plus pâle, Lynde.say : Selecled poems : Maitland Club, 1830. — Poèmes amoureux, caricatures et satires (Ex. de forte boulTonneric : The jiisting... at the Drum, maison de lord Somerville) par Alex. Scol, publiés par la Scottish Tvjt Soc. 1896. — Po^>mes divers compris, avec la plupart des précédents et quantité d'oeuvres des clautiques écossais, Dunbar, Ilenryson, etc., dans l'anthologie formée par George Bannatync en 1568, et publiée par le Hiintrrion Club, 1K73 et s., et dans celle du même sir Richard Maitland, compilée peu après, présentement à liagdalen Collège, Cambridge. Des Spécimens of Middle Scots, bien choisis et accompagnés de noies historiques et grammaticales, ont été imbliés par M. Gregory Smith, Edimbourg, 1902. Sur c^tle littérature, voir la ronsciencieuse et intéressante Ai/erarj/ //m/o»»/ «/".sco/Za/u/ de J. II. Miliar. Londres, 1903. ch. iv.
un plaisir; plaisir de roi! Aussi, avec l'entrain de leur âge, l'avantage des loisirs et la possibilité de voyager et d'avoir les meilleurs maîtres, les héritiers des plus grands noms s'étaient-ils piqués au jeu et rais en devoir de tout apprendre. Dès l'instant qu'il s'agissait de modes, nul ne devait les surpasser, car la mode était leur affaire.
Nul en effet ne les surpassa ; les premiers représentants véritables de l'art nouveau furent, en Angleterre, de jeunes seigneurs vivant à la Cour. D'autres purent être des poètes de transition; eux appartinrent entièrement à la nouvelle époque. Avec eux, plus de rêves ni d'allégories médiévales ; ils rient aux gentillesses de Bel- Accueil et bâillent aux sermons de Raison ; ils sont pour les méthodes rajeunies et pour l'art renouvelé; ils sont italiens, latins et français dans leurs vers; ils essayent même d'introduire le style grec dans l'architecture de leurs châteaux^. Faisant exception pour le seul Ghaucer, ils rougissent de la barbarie des aïeux. Il faut quitter cette « swinelike grossenesse » et écrire de manière à « honorer la langue anglaise » : ainsi s'exprime l'imprimeur Tottel qui réunit, sur la lin de la période, au temps de Marie, leurs œuvres éparses. Car ces jeunes seigneurs dédaigneux écrivaient pour eux-mêmes et pour leurs amis, ils n'étaient pas poètes de profession; écrire était pour eux une élégance, et c'était assez que leurs vers fussent admirés dans le petit groupe d'initiés qui pouvaient apprécier aussi la coupe de leur manteau et la finesse de leur escrime. On se passait, de main en main, leurs manuscrits; ils moururent sans avoir rien publié. Ils avaient, d'ailleurs, bien autre chose à faire, car ils n'étaient pas de ces courtisans, comme on en vit plus tard,
1. Surrey transforma un prieuré bénédictin, à Saint-Léonard près Norwich, en un château de style grec : Mount Surrey; en ruines dès 155i, totalement détruit depuis.
122 LKPOQUE DE L.\ RENAISSANCE.
occupés, sans plus, de rubans et de madrigaux. Ils étaient de leur temps et représentaient une époque à la fois troublée et savante. Ils ne se contentent pas d'imiter Pétrarque, de lire Horace, de paraître étincelants de bijoux dans les fôtes royales : ils se battent, assomment les bourgeois, cassent les vitres, vont en ambassade, commandent des régiments, canonnent des villes, sont accusés de haute trahison et meurent sur l'échafaud.
Le désordre de leurs vies, leurs ambitions, leurs querelles, leur instruction variée feraient attendre d'eux des poèmes fougueux, hauts en couleurs, tachés de mauvais goût, pleins de disparates. — Rien ne montre mieux comment, à la différence des autres poètes du temps, ils appartiennent pleinement à la Renaissance : leurs œuvres frappent, au contraire, par des qualités d'harmonie, de sobriété, de bon goût, de mesure. C'est qu'ils sont parfaitement au courant des nouvelles modes littéraires; et puisque c'est en tant que modes qu'ils les suivent, c'est bien le moins qu'ils s'y conforment exactement. Où serait, sans cela, le plaisir, et en quoi se distingueraient-ils du commun?
A ce groupe nettement constitué et composé à peu près uniquement de gentilshommes, appartiennent sir Francis Bryan, diplomate lettré*; Thomas lord Vaux, qui se moque du Roman de la Hose et fait bombarder un cœur par Cupi-
1. Aucun i>o«*ine ne peut être attribué avec certitude à Bryan; peut-tHre esl-il l'un de ces .( uncerlain anthors » à qui l'on doit 13i des pièces recueillies par Tottel; il était, toutefois, connu comme lettré et versificateur; Wyatt consacre une de ses satires,
Byran, to thee, who knowg how great a grâce In writing is.
Ambassadeur en France, Bryan se fil admirer comme Joyeux vivant, n Quant aussy aux folies >>, écrit le connétable de Montmorency, « que |)eut avoir mandé Briant par delà, si ce a esté après soupfier, vous scavez ce que vous en devez penser et respondre » (1538). Correspondance de CaUillon et de Mnrillac, Paris, 1885, p. 78. Il mourut en 1550.
don, assisté de Bon- Vouloir, grand-maitre de l'artillerie ^ ; George Boleyn, lord Rochford, qui mourut sur l'échafaud, avec sa sœur la reine Anne 2; enfin et surtout l'ambassadeur sir Thomas Wyatt^, et Henry Howard, comte de Surrey, chef de l'armée anglaise à Boulogne, décapité à trente ans. Wyatt, né en 1503, au château d'Allington, était un gentilhomme selon le cœur d'EIyot; élève et gradué de Cambridge, il connaissait les classiques, parlait couramment le français, l'italien et l'espagnol; jouait du luth, était habile aux armes, avait une noble prestance, « un visage sérieux et doux », dit Surrey^. Il fut plusieurs fois ambassadeur et séjourna en France, en Italie, en Espagne, à la cour de François F'' et de Charles-Quinte Dépensier, aventureux, querelleur, il rosse le guet, tue un sergent, est mis en prison*^: ce n'était assurément pas un diplomate gourmé. Il entretient avec Anne Boleyn un commerce de galanterie et se trouve, lors de la catastrophe, en grand périP. Bonner, évêque de Londres, qui l'avait espionné dans une de 'ses ambassades, l'accusa de haute
1. Dans Tottel's Mi.scetlany, éd. Arber, 1895, p. 172 (attribution douteuse). Voir aussi Poems of Thomas lord Vaux, éd. Grosart [Miscellanies oftlie Fuller Worthies Library), 1872, t. IV.
2. Consulter, sur ce personnage, E. Bapst, Betix gentilshommes poètes, Paris, 1891, 8».
3. Poetical Works, éd. Aldine, ou WorliS of H. Howard earl of Surrey and sir Thomas Wyatt, éd. G. F. Nott, Londres, 1815, 2 vol. 4°.
4. Poems of Henry Howard, earl of Surrey, édition Aldine, p. 60.
5. 11 accompagna sir Thomas Cheney auprès de François I"' en 1526, et sir John Russell auprès de Clément VII en 1527; il remplit une mission auprès de Charles-Quint en 1537, auprès de François I""" et de l'Empereur qui traversait alors la France en 1539-40. Il suivit Charles-Quint dans les Pays-Bas.