‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 37 sur 290 · EES DÉBUTS DE LA REFORME · texte numérisé non relu

EES DÉBUTS DE LA REFORME

disaient les papes, « émanent tous les titres et toutes les dignités ». Le sens de la nationalité s'était développé; les guerres du moyen âge y avaient servi, le culte des langues modernes, mis en honneur à la Renaissance, avait corroboré l'effet des guerres. Les prétentions romaines semblaient d'autant plus vexatoires que Rome avait cessé d'être un. centre dé ralliement contre un ennemi commun. En face du Sarrasin autrefois, tous les peuples confondus marchaient sous la môme bannière; Français, Anglais, Allemands portaient la môme croix. Longtemps après que les expéditions eurent cessé, l'effet en durait encore et l'on croyait à leur possibilité; pendant le quatorzième siècle les rois de France et d'Angleterre dénonçaient encore à Rome et à la chrétienté la tiédeur les uns des autres pour le « sancto passagio transmarino » . Mais le Turc est considéré maintenant, par beaucoup de chrétiens, comme un mal nécessaire, et même un mal dont peut sortir du bien. Les enthousiastes ont disparu, les politiques l'emportent ; au lieu de faire la guerre au Turc, on recherche son alliance, le roi très chrétien le fait, et le pape même noue des pourparlers avec lui. Le joug de Rome qui dispose des bénéfices, perçoit des taxes, juge en appel, impose des lois chez des peuples qui ont, de plus en plus, conscience de leur nationalité, parait insupportable : une réforme ou, à défaut, une révolte est imminente.

Au point de vue religieux, même situation. L'hérésie wyclifite éteinte en Angleterre, Jean Hus brûlé en 1415, le grand schisme fini en IVVT, l'Église, sans appréhensions, n'ayant aucun ennemi redoutable, ne se surveille plus. Elle oublie son principe, ne prie plus que de bouche; ses papes libertins, guerriers ou artistes, Alexandre VI, Jules II, Léon X, vivent entourés de leurs neveux, de leurs enfants, de leurs soldais et de leurs peintres, annexent des provin-

ces, entrent par la brèche dans les villes conquises, apprécient, en princes de la Renaissance, toute beauté, et, pour payer leurs architectes, vendent publiquement au menu peuple, par toute l'Europe, les mérites des saints du Paradis. Les marchands, ou « insinuateurs » d'indulgences annoncent leur venue à grand bruit et détaillent sur les places, avec de gros profits, leur marchandise impalpable.

Tandis que se manifeste le réveil païen de la Renaissance, et que les exemples de mauvaise vie viennent de haut, la religion, consolatrice éthérée, descendue du ciel dans les cœurs, faite d'oubli de soi et de charité, est réduite, de plus en plus, aux pratiques matérielles. Ce ne sera bientôt, et pour beaucoup ce n'est déjà plus, qu'un rite : manger du poisson à jour fixe, assister à jour fixe à des offices célébrés en latin, payer au prôtre et à Saint-Pierre leur dû, recevoir le sacrement une fois l'an, faire par surcroît provision d'indulgences, voilà le principal pour maintes gens qui se croient bons chrétiens. L'importance des rites est montrée par les châtiments infligés à ceux qui s'y soustraient, du moins si la faute est publique et qu'il en résulte scandale.

Une réaction était fatale; elle se produisit partout à la fois : dans l'Église même et pour elle; hors de l'Église et contre elle. Dès la fin du quinzième siècle, elle avait été violente en Italie même, dans la ville des arts, la Florence des Médicis, avec Savonarole qui prêchait le renoncement, le retour au Christ, l'abolition des arts mondains et qui avait organisé une surveillance des mœurs privées faisant songer par avance à la Genève de Calvin. En France, Lefèvre d'Étaples, « Faber Stapulensis » , précepteur du troisième fils de François I", proteste, avant Luther', contre

1. Pour ne pas remonter plus haut. Biais beaucoup d'abus araleat été signalés bien auparaTant, tel l'abus des ima^BS. Passe pour une statue du

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