LES DEBUTS DE LA REFORME
l'abus des pratiques, contre le célibat des prêtres, les prières en latin ; il entreprend une traduction complète de la Bible en langue française.
Le mal était évident et frappait les regards ; Érasme, dans une page éloquente, recommandait au jeune prince pour qui il écrivait son Institution ( le futur Charles-Quint) de s'inspirer du vrai esprit chrétien : « Ne crois pas que tu trouveras le Christ dans les cérémonies, et par là j'entends les préceptes, si bien obéis soient-ils, et les constitutions de l'Église. Ce n'est pas Fonction, l'ablution, la présence aux offices, qui fait le chrétien; le chrétien est celui dont le cœur est avec le Christ et dont les actes viennent du Christ ... Ne crois pas qu'il te suffira, pour mériter le Christ, d'envoyer une flotte contre les Turcs, de bâtir une église ou quelque monastère ». Tout cela ce sont des pratiques, ce n'est rien; ce n'est pas par un fait isolé et rédempteur que tu pourras te tirer d'affaire, c'est par la tenue de toute ta vie; roi, accomplis ton métier de roi; sois un prince bienfaisant pour tes peuples; par là tu pourras vraiment te « concilier Dieu^ ».
En Angleterre, More est sensible aux innombrables abus qui se sont glissés dans l'Église; il les raille aux jours heureux du règne, il rit des frères et de leurs superstitions; il est partisan de la Bible anglaise; il appelle une réforme que l'Église ferait elle-même. Un groupe de jeunes gens studieux et sincères s'était formé dans les Universités anglaises et aspirait à une purification des mœurs et des pratiques religieuses. Les hommes les plus instruits et les plus
Christ ou de la Vierge; mais renonçons à tous ces « babouins » grimaçants, « à tant de marioles » (figurines), dont nos niches sont pleines et devant qui s'agenouillent les dévots. « Balade que on ne doit mettre es esglises nulz ymaiges entailliez ». Eustache Des Champs, Œuvres complètes, VIII, p. 201. 1. Institutio principis Christiani, 1516. Opéra omnia, Leyde, 1703, fol., t. IV, col. 567.
saints donnaient l'exemple; le savant Fisher prêchait la parole de Dieu en anglais avec un zèle que les réformés ne purent dépasser; ses sermons furent les premiers imprimés en langue vulgaire; ils précédèrent ceux de Luther.
Mais il fallait plus que cela. L'Église, qui avait brûlé Savonarole en li98, était trop confiante pour s'apercevoir de la vraie portée de ces aspirations et de ces railleries. Les vues audacieuses de Lefcvre d'Étaples avaient été exprimées en un langage obscur auquel on n'avait guère fait attention; les railleries de More ou d'Érasme étaient celles de tout le monde; car l'Église, ne craignant rien, laissait alors rire à leur aise les gens d'esprit. Les prélats étaient gens d'esprit et riaient aussi fort que personne. Pour que l'état réel des choses apparût il fallait une explosion et la guerre déclarée.
Ce par quoi l'Église péchait de la façon la plus visible servit de point de départ; les dogmes furent d'abord étrangers à la guerre; elle éclata à propos de l'abus des rites et des' pratiques matérielles. Le 31 octobre 1517, le moine augustin Martin Luther jeUi, comme on sait, son premier défi à la papauté, en faisant afficher sur la porte de la chapelle du château, à Wittenberg, quatre-vingt-quinze propositions contre les indulgences. Ce novateur ne ressemblait pas aux autres. Sorti du peuple, nature ardente et désordonnée, incapable de se contraindre et de se raisonner, insensible à la logique, il est plein de disparates; il obéit à l'impulsion du moment, insoucieux des conséquences. Une chaleur entraînante caractérise tous ses actes, échauffe ses paroles, lui fait franchir les obstacles, pousser de l'avant malgré les contradictions, les siennes et celles des autres, et explique son influence. Il obéit, dans ses actes et ses paroles, aux mobiles les plus divers; il se dédit, défait son œuvre, la recommence, toujours avec le môme