LES DEBUTS DE LA REFORME
doutes qui avaient troublé la paix de sa cellule monacale, il était déchiré d'angoisses et, par moments, se demandait s'il avait eu tort ou raison.
On pouvait se le demander en effet, au spectacle de l'Europe divisée, des guerres civiles et des persécutions religieuses, des bûchers et des billots qu'élevaient, à l'envi, catholiques et protestants, du trouble jeté dans les mœurs par le bouleversement des anciennes croyances. Pour une querelle sur la portée d'un livre où ne se trouvent que des paroles de paix, on s'égorgeait du nord au midi; le sang coulait à flots pendant que, profitant du désarroi, les sceptiques s'enrichissaient du pillage et maints énergu mènes fondaient des sectes bizarres, remarquables surtout par la liberté des mœurs de leurs adeptes ou par l'audace de leurs revendications sociales.
Éparse dans de nombreux pamphlets, la nouvelle doctrine offrait, sur une foule de points, la plus grande ressemblance avec celle de Wyclif, et cela n'est pas surprenant. Étouffée en Angleterre, la secte du curé de Lutterworth avait survécu sur le continent; la condamnation de Hus n'avait pu l'éteindre entièrement, et Luther a lui-même reconnu tout ce qu'il devait au Hussite Jean de Wesel. Déjà Wyclif avait nié la transsubstantiation, rejeté la confession auriculaire et la suprématie papale, réclamé la Bible en langue vulgaire, nié le mérite des indulgences et fait à la doctrine de la grâce une part immense dans la religion i. Luther agit de même, mais avec des différences, principalement sur ce dernier point. Emporté par son ardeur naturelle, en haine des pratiques matérielles et des œuvres, il répandit une doctrine extrême de la grâce : la doctrine de la prédestination. Les « œuvres », auxquelles l'Église romaine attache tant d'importance, ne servent à rien; nous ne sommes rien