‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 42 sur 290 · Liv. IV, chap. xx, sec. 10, p. 1198, iôùZ · texte numérisé non relu

Liv. IV, chap. xx, sec. 10, p. 1198, iôùZ

pas nombreux, au frottement de leurs fortes épaules, les chemins s'aplanissent, les portes s'élargissent. Les systèmes se simplifient, deviennent humains et pratiques. Quelle qu'ait pu être l'idée initiale du fondateur, la partie subtile de sa théorie s'évapore et reste uniquement un sujet d'étude pour les maîtres théologiens.

Luther sut se faire entendre; les abus visibles de l'Église romaine lui avaient facilité la tAche; il put l'accomplir grâce à sa fougue, son ton impérieux, son éloquence et cette tournure d'esprit guerroyante qui est toujours d'un grand effet sur les multitudes. Sans se soucier des raisonnements obscurs et de logique incertaine par lesquels le maître et les siens tâchaient de justifier d'inexplicables doctrines, la masse des mécontents se rangea derrière eux, et accepta, en gros, leur système ; la force des lois et le sens commun contrebalancèrent, en fin de compte, ce que pouvaient avoir de dangereux des théories comme celle de la prédestination, et empochèrent que les hommes ne se missent à vivre « comme rats en paille ».

En Angleterre, plus peut-être qu'ailleurs, le nombre des mécontents, désireux de réforme, était grand; le ressentiment pour les abus de la papauté était d'autant plus vif que la papauté était plus lointaine. Les papes constituaient un pouvoir étranger bien plus nettement aux yeux des Anglais qu'aux nôtres. Les abus et les empiétements étaient les mêmes dans les deux pays, mais on était moins inquiet en France du joug romain; on était plus près de Home et plus fort contre elle; les rois de France avaient des armées en Italie, ils avaient fait des papes; ils pouvaient en refaire; ils les avaient tenus dans leuix mains à Avignon; ils savaient comment on les oblige à plier. Sur les Anglais, malgré le passage des siècles et malgré tous leurs statuts et leurs protestations, pesait toujours l'acte de soumission

LA REFORME ET L'AUTORITE EN ANGLETERRE. iri9

de Jeaii-sans-Terre^; ils n'avaient pu obtenir aucun concordat. En France, on avait eu, du moins, la Pragmatique de Charles VU en l'i.38, et François I", naguère, tout couvert de gloire au lendemain de Marignan, avait rencontré Léon X à Bologne et jeté les bases du fameux concordat de 151G, très favorable aux libertés gallicanes^. Cet acte, qui attribuait au roi de France le droit de nomination aux bénéfices majeurs, lui enlevait une grande tentation : si le roi ne pouvait s'emparer lui-même des biens d'Eglise, du moins, il pouvait en disposer au profit de qui il voulait : ce fut le beau temps de la commende : un ecclésiastique de profession récitait les prières dans l'abbaye; un seigneur avait le titre de prieur ou d'abbé, était censé protéger l'établissement et, dans tous les cas, en touchait les revenus. Quelquefois il se nommait Pierre de Bourdeille, d'autres fois Pierre de Ronsard.

Grandes étaient les doléances en Angleterre, et, d'année en année, surtout après que Luther eût donné l'exemple de la révolte, elles étaient exprimées plus librement. La première partie du règne n'était pas encore achevée, Wolsey était encore ministre, que Simon Fish écrivait sa fameuse Supplication pour les Mendiants, où il traçait, en quelques pages, le plan qu'Henri VIII devait suivre peu après. Le royaume est rempli de « paresseux gaillards, de saints voleurs », qui se croient subordonnés au pape et non au roi, amassent force argent grâce aux messes, testaments, enterrements, pèlerinages, dimes et pardons, enrichissent Rome et appauvrissent le pays. Il faut leur faire rendre gorge; que le roi leur reprenne tous ces biens qu'ils tiennent, du reste, des anciens souverains d'Angleterre; qu'il établisse son autorité au lieu de celle du pape. Quelle na-

Page 1