Haaotaux, Recueil des Instructions; Rome, t. I, p. lvii
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tion pourrait subsister avec de tels rongeurs? Le « noble roi Arthur » n'aurait jamais pu résister à Lucius l'empereur , si son royaume avait été la proie de pareilles gens; jamais les Grecs n'auraient pu prendre Troie « s'ils avaient dû laisser à la maison derrière eux des cormorans de cette sorte * ». Nous sommes au temps de la Renaissance et de la Réforme {V la fois ; on le voit à ce style.
Outre ces aspirations, d'ordre politique, vers un changement, d'autres se manifestaient en Angleterre, qui n'avaient, elles non plus, rien à voir avec le dogme. Ces Bretons latinisés, ces Anglo-Saxons normannisés qui formaient la population de l'Ile, avaient acquis, peu à peu, cet esprit que nous appelons aujourd'hui l'esprit anglais : esprit médiocrement logique, mais très pratique, patient, obstiné, qui sait attendre le moment et, dès qu'il voit clair, se précipite avec une décision, une énergie et un oubli des scrupules antérieurs qui surprennent toujours les observateurs superficiels, frappés seulement des lenteurs et des incertitudes du début. Plus que jamais, les Anglais souhaitaient voir clair dans leur croyance; la Bible de Wyclif, péniblement supprimée, avait eu auprès d'eux un succès immense : des réformateurs qui leur annonceraient de nouveau une Bible anglaise seraient sûrs de semer en « terre préparée ».
Bien des forces, toutefois, s'exerçaient encore en sens contraire : l'appréhension de l'inconnu qui retient d'habitude
1. A siipplicacyon for Ihe Beggers, 1329, réimpr. par Arbor, Westminster, 1895. Fish recommande d'user de moyens plus énergiques que les lois; si le roi recourt aux lois, il est douteux qu'il réussisse : « I ain yn doubt wliether .ye be ahic ». Henri VIII lut ce livre avec admiration et voulut connaître l'auteur. Cf la réplique de More : The xupplicacion of soûles, mode anno 1529; Worhes, 1557, p. 228; il s'applique à mettre en lumière le danger que fait courir à l'ordre social la doctrine « yt only faith sufliseth you for salvalion p.
les masses, l'indignité des meneurs les plus en vue, les souvenirs attendris du passé, les persécutions et les spoliations qui venaient donner l'auréole du martyre aux représentants de l'ancien ordre de choses. Toutes ces forces, opposées les unes aux autres, se balancèrent longtemps de façon si égale qu'un souffle, semblait-il, eût pu faire pencher pour toujours, dans un sens ou dans l'autre, l'incertaine balance. On songe à ces énormes rochers bretons, du granit le plus dur, debout sur la lande; ils paraissent inébranlables, mais ils ne pénètrent pas dans le sol ; ce sont des « pierres qui virent » ; qu'une secousse trop forte les jette à terre, et le bras d'un géant ne saurait les remettre en place.
Au point de vue du dogme, le roi était catholique dans l'ànie, bien plus profondément que ne le fut, à aucun moment, François P' . Jamais, si l'intérêt personnel n'avait été en jeu, il n'aurait quitté le giron de l'Église. Rien de plus insignifiant que les changements purement religieux acceptés par lui. Entraîné, un moment, par Cromwell et Cranmer, il ne tarde pas à se reprendre. A l'encontre des réformateurs et de ses propres ministres, il fait, après sa rupture avec Rome, sanctionner en Parlement la fameuse loi des u Six Articles » qui est son œuvre personnelle : car « il a eu la très gracieuse condescendance, lit-on dans le statut lui-même, de venir, de sa propre personne princière, dans cette haute cour et conseil du Parlement, et là, en prince de la plus haute prudence et de non moindre savoir, il a exposé et déclaré beaucoup de choses de haut savoir et grande insti'uction touchant lesdits articles ». Ces articles ne sont autre chose que les principaux dogmes de la foi romaine et les principales règles de l'ancienne discipline ecclésiastique : messe, transsubstantiation, confession auriculaire, célibat des prêtres, communion sous une seule
espèce. Les peines imposées par le roi sont pires que celles de rinquisition espagnole qui permettait, du moins, l'abjuration; ici tout homme qui, « à partir du 12 juillet prochain », aura eu le moindre doute sur la transsubstantiation, sera brûlé vif, « sans qu'on doive tenir compte d'aucune abjuration, droit de clergie ou de sanctuaire », 1539.
Dans la réalité, les seuls changements qui l'intéressaient étaient ceux qui pouvaient augmenter sou pouvoir ou remplir son trésor. La suprématie royale et la confiscation des biens des couvents étaient des changements selon son coeur. Il n'avait nulle objection à cette « idolâtrie » que dénonçaient les réformés, pourvu qu'il fiU lui-mt^me l'idole. Les réformés étaient bien obligés, pour vivre, de se plier à son désir; vous êtes pour moi en lieu de Dieu, « in God's stead », lui écrivait Latimer. Il y allait sûrement de la vie. Dès (|ue son intérêt ou ses désirs personnels étaient en question , tout disparaissait pour Henri. On le vit bien quand le berger des fêtes de York-house eut été atteint « du dard d'amour ». Il fallut, si impossible que la chose semblât, que Catherine d'Aragon disparût et (jue sa dame d'honneur, « mine own darling », écrivait le prince, devint reine d'Angleterre. C'était ouvrir avec la maison d'Espagne une querelle sans fin : n'importe; c'était se faire excommunier : n'importe ; c'était risquer des révoltes et une succession au tr«*)ne contestée : n'importe. Henri va de l'avant; il s'allie avec la France contre l'Empire ; congédie Wolsey trop tiède pour le divorce, rompt avec le pape, renvoie Thomas Moi-e et épouse enfin Anne Boleyn dont il était las trois mois après.
De graves résultats étaient acquis. Le lien avec Rome était brisé; cette suprématie royale qu'avait réclamée Wyclif, était établie en fait et allait être solennellement proclamée'.