‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 46 sur 290 · Miscellancous writings, pp · texte numérisé non relu

Miscellancous writings, pp

3. Cranmer ajoute, de sa main, cette phrase à une note où il avait consigné son opinion sur les sacrements, la prêtrise et 1 episcopat (1540). Miscellancous writings, p. 117.

Edouard VI, les réformés sont au pouvoir: Cranmer est à la tête du mouvement; dans les derniers jours du règne, il contresigne, par crainte dit-il ensuite, le testament royal qui attribuait la couronne à Jeanne Grey, au détriment de Marie. La fille de Catherine d'Aragon l'emporte, et Tarchevêque lui écrit aussitôt une lettre suppliante, reconnaissant à celle qu'il avait jadis déclarée bAtarde, plein pouvoir pour « réformer dans le royaume ce qui ne serait pas bien en matière religieuse ». Cranmer était le dernier homme à qui Marie aurait pardonné; dans l'espoir d'obtenir grAce, il rédigea sept abjurations successives : « Ego Thomas Cranmer anathematizo onmem Lutheri et Zuinglii haBresim... »

On montre au musée Ashmoléen , k Oxford , un grand anneau de fer rouillé, avec une charnière qui permet de l'ouvrir, c'est l'anneau qui fixa au poteau l'ancien primat d'Angleterre, sur le bûcher où il monta, dans cette ville, le 21 mars 1556, après avoir rétracté ses sept abjurations.

D'une nature toute différente était cet autre champion des changements, Thomas CroniMcll. C'était un pur politique, clair observateur, habile calculateur des résistances et des forces, et qui ne voyait, dans les hommes, leurs traditions, leurs aspirations, leurs sentiments et leurs croyances, que des résistances et des forces dont il fallait tenir compte pour les canaliser ou les détruire, sans se laisser plus émouvoir que s'il s'agissait de problèmes de statique. Fils d'un pauvre diable des environs de Londres qui avait fait, sans succès, tous les métiere, et qu'on trouve, tour à tour, forgeron, foulon, aubergiste, toujours endetté et presque toujours ivre, le jeune Cromwell fut destiné au métier de comptable dans la Cité. Il y travailla d'abord obscurément, puis partit pour l'Italie, où, soldat, marchand, diplomate, faisant, un temps, la guerre pour le compte de la France, s'occupant, à un autre moment, d'obtenir — négociateur improvisé — des

indulgences du pape pour l'église de Boston en Lincolnshire et y réussissant par des moyens à rendre jaloux Beaumarchais lui-même , on le rencontre dans les situations les plus diverses, toujours au bord de la misère, mais grand observateur, brillant causeur et attirant l'attention partout où il passe. Déjà il ne s'étonnait de rien, et le monde lui semblait peuplé de marionnettes dont les fils étaient visibles à ses yeux, si cachés qu'ils fussent aux regards du commun.

Rentré à Londres, il y est marchand drapier, changeur, homme d'affaires. On le remarque, on parle de lui; Wolsey le prend à son service; il est l'homme de tous les emplois. Quoi qu'il fasse, il semble qu'il n'ait jamais fait autre chose ; nul n'est mieux à sa place derrière un comptoir, nul mieux à sa place chez le cardinal ; membre du Parlement, il y joue aussitôt un rôle, tout naturellement, sans en être surpris. Il juge l'institution aussi familièrement que s'il était déjà un vieux routier de la politique et pouvait en prendre à son aise : « Vous voudriez peut-être avoir, écrit-il à un ami, des nouvelles de par ici : car les nouvelles rafraîchissent l'esprit. Sachez donc que je viens, avec d'autres, de supporter pendant un temps fort long une session parlementaire qui n'a pas duré moins de dix-sept semaines, pendant lesquelles nous échangeâmes des vues sur la guerre, la paix, les querelles, les oppositions, les débats, les mécontentements, les griefs, les richesses, la pauvreté, la misère, la vérité, le mensonge, la justice, l'équité, la fausseté, la tyrannie, la magnanimité, Factivité, la force, les transactions, les trahisons, les meurtres, les félonies... et aussi sur les moyens de solidement établir et maintenir la chose publique dans ce royaume. Nous avons fait, en conclusion, comme nos prédécesseurs firent avant nous, c'est-àdire de notre mieux ; et nous avons laissé toutes choses au

point où elles étaient auparavant' ». Le dédain d'un Byron! Dès ce moment, il est si sûr de sa supériorité, qu'il ne dissimule même pas ses procédés; il montre son âme à nu, et c'est encore un moyen de la cacher; qui pourrait croire h sa franchise? Il trouve un jour, dans l'antichamhre de Wolsey, Rég-inald Pôle, le futur cardinal, de retour d'un voyage en Italie, le pays des politiques. Ils causent des « fonctions près du souverain d'un bon conseiller ». Pôle avance naïvement qu'il faut s'occuper surtout du bien et de l'honneur du prince. « Voilà qui est parler admirablement, répond Cromwell, ou du moins qui le serait s'il s'agissait de gagner les applaudissements d'un auditoire » ; pour la pratique et dans le secret de la vie des cours, il faut surtout se préoccuper d'une chose : « bien comprendre où tend la volonté du maître », et agir en conséquence. Vous en êtes encore aux bavardages des vieux philosophes. « J'ai là un livre, écrit, il est vrai, par un auteur moderne, mais un auteur très ingénieux et très perspicace , qui ne s'est pas leurré de rêves, comme Platon dans cette République pour qui, depuis tant de siècles, on n'a jamais pu trouver encore place parmi les hommes. Non, son livre est un livre d'expérience quotidienne et contrôlée. Si vous voulez le lire, je vous le prêterai ». Plus tard, quand les caractères de Cromwell et d'Henri se dessinèrent, Pôle se rappela ce discours ; il lut le livre, et il lui sembla « que si Satan était roi et voulait assurer la couronne à son fils, il ne lui donnerait pas d'autres avis ». Ce livre était l'œuvre « d'un certain Florentin appelé Machiavel », et était intitulé If Prince'. Crom-

1. Lellre à John Creke, 17 août 1523; Letters and papers... of ihe reign of Henry VIII, éd. Brewer, III, 2* partie, p. 1350. Les lettres de Cromwell ont été réunies : Life and Lellers, éd. Merriman. Oxford. 1902. '.> vol. 8'.

2. Pôle lui-méroe rapporte cet entretien tout au long dans son Apoloçia... ad Carvlum V. — i:pi,%tol[x] Reginaldi Poli, Brixiœ, 1744, 6 vol. 4", t. I, p. 133.

well avait, tout de suite, saisi la vraie portée d'un écrit qui passa d'abord pour fort anodin et dont la première édition parut avec privilège papal'. Il n'avait pas été pour rien à l'école des républiques italiennes et il avait compris, du premier mot, ce maître au parler si tranquille, qui juge tout et ne blâme rien, si ce n'est les fautes politiques, et ne voit dans les vices, les vertus, les serments et les parjures que des moyens de gouvernement.

Pour n'avoir pas voulu suivre jusqu'au bout la volonté du maître, Wolsey tomba; More ensuite (1532) ; Cromwell fut naturellement appelé à hériter de leur pouvoir. Il savait, depuis longtemps, ce que voulait Henri VIII : le roi souhaitait d'être le maître absolu de tout et de tous, de la vie, des biens et des consciences, être pape en même temps que roi. Il fallait donc agir dans le sens de la Réforme qui permettait au roi d'être le chef de la nouvelle religion. Quant au dogme, Cromwell s'en souciait moins que personne. « Plût à Dieu que Luther ne fût jamais né ^ »! écrivait-il au début de sa carrière, et il laissait, en mourant, de l'argent destiné à des messes pour le repos de son âme.^ L'ancienne religion lui eût très bien suffi s'il eût pu l'accommoder à ses desseins.

Mais il ne le put; l'accomplissement de ses projets ne le

1. Il Principe, di Niccholo Machiavello, al magnifico Lorenzo di Piero de Medici... con... privilegi di N. S. Clémente VIL Achevé d'imprimer, Rome, 4 janvier 1532, 4». Cromwell, qui avait conservé ses relations en Italie, possédait un ms. du Prince qui, au moment de la conversation avec Pôle, n'était pas encore imprimé. Bien plus tard, lord Morley envoyait un exem- [ilaire de cet ouvrage à Cromwell, ne se doutant pas qu'il le connaissait déjà, mais sachant bien que ce livre ne pouvait manquer de lui plaire : « This Boke off Machiavele de Principe ys surely a very speciall good thing for youre Lordschip, whiche areso ny abought oure soveraigne Lorde», 1537. Ellis, Original Letters, III-III, p. 63.

2. « The famé is that Luther deparled this life. 1 would he had never been born ». A Wolsey, 17 mai 1530. Letters andpapeis, éd. Brewer, t. IV, 2° partie, p. 2869, C'était un taux bruit; Luther avait encore seize ans à vivre.

permettait pas. Ses plans étaient purement politiques : émanciper le royaume de tout lien étranger; concentrer le pouvoir civil ou religieux aux mains du roi, sans que le clergé, les nobles et les Communes pussent rien contre lui; établir une royauté forte et riche, échappant aux lois et aux jugements des hommes, indépendante du pape et du Parlement, responsable devant Dieu seul ; tel était le vœu de Cromwell, qui ajoutait secrètement, en son âme : l'usage de cette immense force sera réservé, par délégation, à Cromwell lui-même; le roi sera tout-puissant, mais Cromwell sera son ministre; le roi sera chef suprême, mais Cromwell sera son « vicaire général ». Ce n'était pas se borner à bien comprendre où tendait la volonté du maître; c'était dépasser la doctrine de Machiavel, et c'est par là que Cromwell devait périr.

De même que dans la Cité et dans l'antichambre de Wolsey, sa présence à la tête des affaires se fit tout de suite sentir. Dès 1533, le clergé renonce à son indépendance visà-vis du pouvoir civil : « Toutes ses constitutions ou canons ne seront valables que moyennant la ratification royale »; tout appel à « l'évêque de Rome » est interdit : il faut une royauté forte. Les annates (revenus de la première année d'un ecclésiastique nouvellement promu) n'iront plus au pape, mais au roi : il faut une royauté riche. « C'est, lit-on dans le statut voté en Parlement, le devoir, et doit être l'inclination naturelle, de tous gens de bien... de subvenir^ non seulement aux besoins du pays, mais aussi de soutenir, maintenir et protéger la dignité royale de leur redouté, gracieux et bénin souverain seigneur, de qui dépend tout leur bonheur et tout leur bien, et en qui on trouve intimement unis un cœur et un caractère tout princiers, tout remplis de bonté, de sagesse et de justice «-. Il a si bien défendu le royaume, lui a acquis tant de gloire et a suivi une

politique si fructueuse, que le Parlement a décidé de lui accorder cette sorte de récompense nationale (1534). Ces considérants peuvent être pris comme spécimen. C'est sur ce ton que parlent uniformément, pendant tout le règne, les représentants des Communes" d'Angleterre. La même année, la suprématie royale est établie par statut; le roi aura seul plein pouvoir pour « réprimer et extirper toutes erreurs, hérésies et autres énormités... à la grande satisfaction de Dieu tout-puissant, pour l'accroissement de la vertu dans la religion du Christ, et la conservation de la paix, de l'unité et de la tranquillité du royaume » : il faut une royauté indépendante. Un an se passe, nouveau statut : le roi, « constamment préoccupé des moyens d'accroître et fortifier la vraie foi et la vertu dans le sein de l'Église, préoccupé uniquement de la gloire et de l'honneur de Dieu », a remarqué la «vie abominable» que menaient les religieux dans les petits monastères, pendant que « les grandes et solennelles abbayes » sont des centres d'édification et manquent de moines en nombre suffisant. Le Parlement, en conséquence, « prie humblement le roi de consentir à prendre, pour lui et ses héritiers à jamais », tous les petits monastères, prieurés, etc. ^ Le roi consent. — Peu après, le roi consent à s'emparer aussi des « grandes et solennelles abljayes » .

Tous les moyens sont bons pour Cromvvell, ou plutôt il ne juge bons que ceux qui sont efficaces; les mauvais moyens sont ceux qui échouent. Vulgarisation de la Bible anglaise, suppression des monastères et confiscation de

1. statuts, 25 Hen. VIII, chap.xix; 26 Hcn. VIII, ch. i; 27 Hen. VII, ch. m ; 27 Hen. VIII, ch. xxviii. Sur la suppression des monastères, voir notamment les Lettets and Papers foreign and domestic, t. XII et s.; Th. "Wright, Three chapiers of letters relating to the suppression of the Monnsteries; Camden Society, 1843, 4°; F. A. Gasquet, Henry VIII and the English Monasteries, Londres, 2° éd. 1888,2 vol. 8".

leurs biens, supplices des abbés, divorces et mariages royaux, échafauds, sermons politiques; tout cela fait partie de son arsenal de moyens; il choisit dans sa panoplie, sans hésiter, suivant la circonstance. Pour se débarrasser de More, il a le billot, et pour elFacer l'impression d'horreur causée dans le pays, il a le sermon politique : il fait justifier en chaire le supplice du chancelier et la suprématie royale. La tâche est difficile : on y reviendra périodiquement; la tâche est difficile, parce que le chancelier est mort en héros, tranquille, souriant, pardonnant à tous. Son mérite est d'autant plus éclatant que certaines époques sont héroïques et vous portent pour ainsi dire; l'e-xemple est contagieux, les plus faibles sont soulevés hors d'euxmêmes, l'héroïsme est dans l'air. Mais on était ii une époque de bassesse où la masse des caractères avait fléchi, où l'archevêque protestant Cranmer brûlait des protestants, où l'évéque catholique (iardiner écrivait contre le pape'; où des Norfolk et des Surrey, (jui eussent vécu en preux dans d'autres temps, riaient au procès de la reine Catherine Howard, femme de leur sang. On savait pourtant encore ce que c'était que l'héroïsme; de là l'émotion produite par le supplice de More.

Aux abbés non encore supprimés, on demandait « l'abandon volontaire » de leure abbayes au profit du roi, et les corps d'une douzaine d'abbés, coupés en quartiers et cloués sur la porte des monastères, servaient à faire comprendre la valeur des mots « voluntary surrender ». Une note des memoranda de Cromwell donne une idée de la façon dont était conduit le procès des abbés récalcitrants :

1. Kvéciuc lie Winchester en 1531, Grand chancelier sous Marie; son traité De Vern Obcdientia , Londres, 1535, 4° (la 2* édition a une préface de Donner, autre catholique}, fut rédigé en faveur de la suprématie royale, dans les idées de Cronnv«'ll (jui s'appliqua à le répandre.

« Item, l'abbé de Glastonbury », vieillard de quatre-vingts ans, « sera jugé et aussi exécuté à Glastonbury^ ». Le Parlement votait tout aussitôt les lois nécessaires pour réglementer, au profit de « notre souverain seigneur, ses héritiers et successeurs à jamais », l'usage des biens d'Église qui venaient d'être ainsi abandonnés par « divers abbés, prieurs, abbesses et priçures... par une décision libre et volontaire de leur esprit, de libre volonté et consentement, sans aucune pression, coercition ou compulsion de la part de qui que ce fût ». Grâce aux ressources ainsi disponibles, (( les enfants seront instruits, les clercs entretenus dans les universités... les lecteurs de grec, hébreu et latin honnêtement payés, les grands chemins réparés » . Chaque spoliation est ainsi justifiée en termes édifiants; le roi et les courtisans se partageaient toutefois l'immense dépouille; les prieurés devenaient des manoirs et maisons de plaisance et le sont encore; des dames, comme lady Elisabeth Ughtred, sœur de Jane Seymour, retenaient d'avance telle ou telle abbaye : « J'annexe ici, écrit-elle, une liste de celles que je préférerais, au cas où on les abattrait ». Cette dame ne donnait pas pour motif l'intérêt de l'hébreu ou du grec, mais « le manque d'assez d'argent pour bien recevoir ses amis- ». Des milliers de religieux étaient jetés sur le pavé, pour tomber bientôt sous le coup du statut contre les vagabonds.

Cromwell, en attendant, déjà chancelier et « vicaire général » du royaume, était élevé à la pairie en 1536, devenait chevalier de la Jarretière en 1537, lord Grand chambellan en 1539. Le succès ne faisait qu'endurcir son vouloir ;

1. Gasquot, Henry Vllf and the EngHsh Monasteries, 1888, t. II. p. 349. L'abbé fut, en effet, exécuté et coupé en quartiers qui furent cloués à Bath, Wells, Ilchester et Bridgewater.

2. 18 mars 1537. Letters and Papers, t. XII, 1° partie, p. 298.

tout être qui se trouvait sur sa route était sacrifié sans une seconde d'hésitation, qu'il fût grand ou petit, qu'il s'agit de Fisher, de More, d'Anne Boleyn, de John Houghton, prieur de la Chartreuse de Londres et dont le bras fut cloué surlagrand'porte du couvent, ou d'un pauvre diable d'hermite qui avait émis dans son trou, quelque part, au fond de la province, des doutes sur la suprématie du roi.

Les églises à pèlerinages étaient dépouillées; les statues miraculeuses étaient envoyées au ministre qui en avait de pleins magasins et faisait un accueil particulièrement gracieux aux « nôtres dames » comme celle de Caversham, « entièrement recouverte de lames d'argent », et un accueil moins bon aux statues comme celle d'ipswich « qui n'avait rien sur elle que deux sandales d'argent et trois pierres de cristal montées en argent ». Dépouillées de ces vains ornements, que le ministre retenait par devers lui, les statues étaient ensuite abandonnées au peuple de Londres : chacun sa part. Le peuple les brûlait à Smithfield, et, en même temps parfois, quelque « hérétique » vivant, comme dans le cas de Frère Forest. Cromwell attribuait à son fils Gregory le prieuré de Lewes. Celui-ci s'y établissait avec sa femme, laquelle n'était autre que cette même Elisabeth, précédemment lady Ughtred qui aimait tant les abbayes; il se déclarait très content : la maison est parfaite, tout à fait commode, et ils y seront très bien ' .

Au comble de la puissance, Cromwell qui avait satisfait tant de désirs du roi, crut qu'il pouvait risquer d'en contrecarrer un. Afin de parachever son œuvre, il décida de marier son maître à une vraie protestante. La plus accessible était malheureusement fort commune de traits, d'esprit et de tournure, c'était la « grande cavale des Flandres »,

1. Ellis, Original Letters, II-lI.p. 185; MI, 79; III-III, 78,193.

Anne de Clèves. N'importe, on tromperait le roi sur sa beauté et, une fois le mariage fait, on aviserait à se tirer d'affaire ; Cromwell en avait vu bien d'autres ! Les descriptions des ambassadeurs anglais envoyés à Clèves étaient circonspectes : Anne est fort bien élevée, disaient-ils; sa mère la regrettera beaucoup ; elle sait coudre, lire et écrire ; elle ne sait pas la musique, mais la musique est tenue pour vanité dans sa patrie; elle ne sait pas l'anglais, mais elle pourra l'apprendre; elle ne se donne pas d'indigestion, mérite rare en son pays et que son frère partage avec elle. Quant au reste, « que Votre Grâce examine le portrait qu'en a fait son serviteur Hanze Albein^ ». Le portrait d'Holbein était délicieux : unique mensonge commis, sur Tordre du ministre, par l'honnête pinceau de l'artiste. Le mariage fut décidé; à la vue de sa fiancée, Henri perdit la parole et oublia dans sa poche un cadeau qu'il avait apporté pour elle. C'était trop tard; le mariage fut solennisé le 6 janvier 1540 ; Cromwell fut créé comte d'Essex, le 17 avril, par un maître qui s'entendait à flatter ses victimes déjà condamnées. Peu de semaines plus tard il était à la Tour et il terminait ses dernières lettres par ces mots : « Grâce! très gracieux prince, grâce! grâce!... prosterné à genoux, je demande pardon ; grâce au nom du Christ - » ! C'était mal connaître Henri. Quelques jours après (28 juillet), le tout-puissant ministre avait la tête tranchée, et le fidèle Parlement décidait que ce serait haute trahison de croire, admettre ou supposer que le mariage avec Anne de Clèves eût la moindre valeur 3.

Henri ne s'acharna aucunement sur la famille du mort

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