‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 50 sur 290 · Original Letters, 8* série, t. III, p · texte numérisé non relu

Original Letters, 8* série, t. III, p

Wyclif, ce que la vérité historique lui permettait de faire. Il voudrait que « quelque savant anglais, comme nous en avons maintenant, d'esprit éveillé et excellent, reprit toute l'histoire d'Angleterre, pour l'écrire sous sa vraie forme, en toute impartialité », c'est-à-dire au point de vue protestant, en rejetant les « menteries papistes » de Polydore Virgile, et en disant leur fait à cette « sainte prostituée d'Église romaine » et à « cet exécrable Antéchrist de Rome, le propre vicaire du diable^ » ; car c'est ainsi que Baie savait écrire lui-même en toute impartialité, « ail affections set apart ». Dramaturge, il rédige des pièces qui sont comme des pamphlets et où il se sert encore de l'histoire ancienne et moderne, adaptée aux besoins de sa cause, afin de défendre la Réforme. Des notions pratiques sur la voie à suivre se rencontrent dans son cerveau fumeux. Il sait que, pour être entendu du peuple, il faut simplifier; partisan de la suprématie royale, il s'applique à réhabiliter le plus détesté des anciens rois anglais, Jean-Sans-Terre ; il faut que tous les « évêques de Rome » soient exécrés et tous les rois d'Angleterre respectés. Jean devient, dans le drame de Baie, un prince modèle, ennemi des papistes et calomnié par eux. Tous les maux dont souffrit le pays sous son règne furent causés par les nonnes, les moines et le pape; c'est par leur faute que le roi d'Espagne attaqua l'Angleterre avec ses vaisseaux (( remplis de poudre à canon » — au treizième siècle : — la haine aveugle. Dans d'autres pièces, l'histoire moderne est mise à contribution; et l'on voit figurer, sous des traits peu flatteurs, Jules II, Clément VII et François de Paule, « canonisé pour trois mille ducats » '-.

1 . Ce serait le plus beau livre qui fût, « next llie sacred scriptures of the Bible ». Brief Chronicle, dans les Select Works [Parker Society, 1849), pp. 6, 8.

2. Kynge Jolian; Camden Society, Londres, 1838, 4°. Du même, voir entre autres pièces : A comedye concernynge thre Lawes, Londres, 1538, 8»,

Aux pièces protestantes répondaient des pièces catiioliques où les contemporains n'étaient pas non plus très ménagés, et moins que personne, sous le troisième Tudor, le <( très cher oncle du roi, Edouard duc de Somerset ». Le désordre grandissait; les interdictions se succédaient. Henri VIII avait proliilié les interludes protestants, « contraires à la doctrine que le roi a établie ou pourrait établir » (car la théorie du libre examen n était pas près de passer dans la pratique) ; à la troisième récidive la peine était le bûcher'. Edouard VI prohibe les interludes catholiques où on se moquait de son très cher oncle. Mais les railleurs continuent leur jeu; à défaut des imprimeurs anglais, ils recourent à ceux du continent ou font circuler leurs pièces en manuscrit.

Au milieu de ces tempêtes et de ces querelles, une voix s'élève, moins âpre que les autres, plus agréable à entendre, plus persuasive. C'est celle de Hugues Latimer, fils d'un fermier du Leicestershire, converti à Cambridge aux idées de réforme, chapelain d'Henri VIII, évoque de Worcester en 1535. Prédicateur infatigable, inquiétant périodiquement l'Église catholique, se soumettant puis se révoltant, excommunié en 1532, évoque démissionnaire en 1539, emprisonné môme un moment, il parvint à demeurer en Angleterre, parcourant les provinces, prêchant sans cesse et tâchant de vulgariser les idées de réforme 2. H ne dédaignait

souvent cilée comme perdue; mais le Brilish Muséum co possède un exemplaire avec le portrait de l'auteur (analyse dans Théâtre en Anglelerre, chap. v, La Réforme et le TliMtre), et le texte a été réimprimé par M. Schrôer, Anglia, t. V. Beaucoup de pamphlets étaient rédigés en forme de dialogues, ceux de More, par exemple, ou de William Roy et Jérôme Barlowe : Rede me ànd be nott torothe, conlrc la messe et les croyances catholiques, 1528 (réimpr. ]>dr Arber, 1895).

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