tien. VIII, chap. i
2. Sermons and Remains by Mugh Latimer, éd. G. E. Corrie, Parker Society, 1844-52, 2 vol.
pas d'amuser et de faire rire ; il contait ses expériences, citait des traits et des anecdotes humouristiques, en appelait à ses auditeurs ; on reconnaissait en lui un vrai Anglais. Rien de plus familier et de plus simple que ses discours, même devant les grands et le roi ; parfois ce sont presque des causeries; la note éloquente et élevée qui se fait entendre ensuite n'en produit que plus d'effet : « Je rentrais une fois de Londres, disait l'évêque, et voyageais à cheval vers ma demeure; j'arrivai à un endroit où je fis savoir que je prêcherais le lendemain matin parce que c'était jour férié, et il me semblait que la prédication convenait pour un tel jour. L'église était sur ma route; je montai à cheval et j'y allai, suivi des miens. Je croyais trouver l'église pleine de monde ; mais quand j'arrivai, la porte était fermée à clef. J'attendis une demi-heure et plus; à la fin la clef fut trouvée et quelqu'un de la paroisse vint à moi et dit : Nous sommes fort occupés aujourd'hui, Monsieur, nous ne pouvons pas vous entendre , c'est le jour de Robin Hood. Toute la paroisse est aux champs, à couper des branchages pour Robin Hood. Veuillez ne pas nous interrompre. — Force me fut de laisser place à Robin Hood. J'aurais cru que, sinon ma personne, du moins mon rochet aurait fait impression; mais il n'en fut rien et je dus céder la place aux archers de Robin.
« Il ne faut pas rire de cela, mes amis, il y a plutôt de quoi pleurer, de quoi s'affliger, oui s'affliger : sous prétexte de fêter Robin Hood, un traître et un voleur, voilà un prédicateur mis à la porte ^ »! L'homélie reprend, comme il est naturel; mais une bouffée de cet air frais de la campagne que Latimer avait respiré dès l'enfance a pénétré dans le sombre sermon. Il en est souvent ainsi et les images
1. Frutefull Sermons, Londres, 1571, 4° ; sixième sermon devant Edouard VI (1549), \^. 75.
tirées de la vie paysanne qu'il avait pratiquée, « dans son pays de Leicestershirc », abondent en ses discours. Son fameux sermon « sur la charrue » en est rempli. Les prédicateurs de la parole de Dieu sont les laboureurs de Dieu, ils produisent le blé qu'on mange toute Tannée; ils produisent du blé et non « des fraises •> qui n'ont (ju'une saison.
Son éloquence est abondante; il court, rien ne l'arrête; il est désordonné, il se répète; l'art de la composition lui est totalement inconnu; il forge au besoin des mots', c'est encore une familiarité qui plait ; il pratique à merveille le genre d'humour le mieux goûté de ses compatriotes, par exemple dans ce passage fameux : « Et maintenant, il faut que je vous pose une étrange question. Quel est le prélat, l'évêque le plus diligent de toute l'Angleterre, qui surpasse tous les autres dans l'accomplissemeat de sa lâche? Je peux le dire car je sais qui c'est; je le connais bien. Vous n'êtes pas distraits maintenant, ce me semble, vous voulez m'entendre dire son nom. Il y en a un qui surpasse tous les autres et (]ui est le prélat et prédicateur le plus diligent de toute l'Angleterre. Voulez-vous savoir qui c'est? Je vais vous le dire : c'est le diable ». Il continue, justifiant son dire, entraîné par sa verve, entraînant l'auditoire et concluant : Vous connaissez donc bien le diable, me dira-t-on? « Hélas oui, trop bien; je lui ai obéi plus que je n'aurais dû, en commettant quelques folies" ». Les caractéristiques du gé-
1. « Righlprelalingisbusy Ial>ouring, not lording » (Sermon ofthe. plough).
2. « And now 1 would ask a slrange qui'stion : Who is Ihe raost diligentesl bishop and prelate in ail England, that passelh ail Ihe rest in doing bis office? 1 can lell, for 1 know him who it is; 1 know hirn well. But now 1 lliink I see you lislening and hearkcning Ibal 1 sbould namc bim. Tbere is one Ibal passetb ail Ibe olher, and h lli« niosl diligenl prelalc and preacher in ail England. And will je know who il ift? I wlll tell you : il is Ihe devil... Bul bore sonie inan will say lo me, Wbal sir, aie yc so privy of Ihe deTÏl's counscl, tbal ye know ail tbis to be true? Truly I know him loo well, and bave obeycd bini a lillle loo mucb in condcsceoding lo some follies... u Sermons; ParLer Society, pp. 70, 71.
nie d'une nation reparaissent çà et là, dans les endroits les plus différents, mais elles demeurent conformes à ellesmêmes. Un passage offrant un parallélisme complet avec celui-ci se trouve dans Clarisse Harlowe , et il n'est pas probable que Richardson soit allé l'emprunter à Latimer. C§ genre d'humour est dans la race.
Henri VIII, pour qui les brillants causeurs avaient tant d'attrait, préférait les sermons de Latimer à tous autres; il le fit prêcher devant lui chaque mercredi du carême de 1534 et lui accorda quantité de faveurs.
Par un autre moyen encore, Latimer plaisait à ses auditoires : il avait un sens très exact de la vraie nature des revendications nationales; il savait qu'à prêcher la doctrine de la prédestination, ce qu'il ne pouvait se dispenser de faire (« celui qui dit : Je vivrai saintement et mériterai le ciel, — exprime une opinion damnable ^ ») , et en expliquer les inextricables contradictions, il entraînerait difficilement les foules; mais que d'autres questions étaient claires aux yeux du peuple et d'importance pratique. Il mêle à ses discours des allusions à l'autorité que s'attribue le pape, qui n'est pas un Anglais, qui est un étranger : <( cet évêque italien, là-bas, chapelain du diable ». Il se plaît àtracer le portrait de l'évêque mondain, chargé de besognes terrestres; il se sert des mêmes termes que Langland, car la querelle est restée la môme ; c'est cette vieille querelle pendante depuis des siècles qu'il faut terminer : « La charrue est arrêtée... » les évêques chassent, ils jouent aux cartes, ils ne peuvent pas prêcher, ils ont trop à faire : <( d'aucuns sont ambassadeurs; d'autres, membres du conseil privé... d'autres, contrôleurs de la monnaie. Eh bien! est-ce là leur devoir? est-ce leur fonction? est-ce leur métier? Avons-nous des mi-