Obédience of a Christen ifian, 1528, foi. J
gain, d'anciens livres religieux non rectifiés. Quant à Cromwell, il est l'honneur des lettres, « decus litterarum » ; ses actes ont un caractère divin. « Rien dans votre tête, écrit Coverdale, qui ne soit politique, qui ne soit divin ^ ».
Sa traduction fut exécutée de seconde main, sur les textes latins, allemands et anglais; elle parut en 1535, avec une dédicace à Henri VIII, toute politique, dédicace ad hominem, où Coverdale, exprimant évidemment les idées de Cromwell, insistait sur Futilité de la Bible anglaise pour aider à secouer le joug de Rome et énumérait tous les anciens abus dont avait souffert le royaume depuis le temps du roi Jean, « à cause de l'ignorance de la parole de Dieu ». Ce fut la première Bible anglaise complète après Wyclif.
Les tentatives se répètent ; les Bibles anglaises se multiplient au cours du siècle : Bible de Matthew (pseudonyme de John Rogers, brûlé sous Marie), faite d'une fusion des traductions de Tyndale et de Coverdale, 1537; Bible « de Cranmer » ou « Grande Bible » de 1539, imprimée à Paris par François Regnault sur « le meilleur papier de France ^ », reproduisant surtout le texte de Matthew ; Bible de Genève ou Bible (( aux culottes » , Breeches Bible (à cause des « culottes » de feuilles que, selon les traducteurs, se seraient faites Adam et Eve), traduite de nouveau sur les originaux hébreu et grec, par Whittingham et autres réfugiés anglais, 1557-60, texte qui devint le plus populaire de tous et atteignit le chiffre énorme de cent cinquante éditions ; Bible « des évêques », rédigée par un comité de prélats sous la direction de l'archevêque Parker, 1568; Bible catholique anglaise, due surtout aux efforts du cardinal Allen (Reims
1. Lettres à Cromwell, Remains; Parker society, 1846, pp. 490, 500, 501.
2. Une intervention des autorités françaises empêcha toutefois la publication du livre à Paris ; l'impression fut achevée à Londres. Sur les conditions dans lesquelles ce travail fut exécuté, voir les lettres de Coverdale, Remains pp. 492 et s.
et Douai, 1582-1609); enfin version dite autorisée, la plus soig-née de toutes, la plus pure de style, due à l'initiative de Jacques 1", qui se déclarait mal satisfait de toutes les autres et qui en fit une vraie aitaire d'État, d'où le nom qui lui est resté*.
Cromwell et Cranmer s'étaient appliqués sans relâche à répandre la Bible et à vaincre les scrupules du roi, mais ils n'y étaient parvenus qu'à moitié, tantôt par surprise, comme pour Mattheivs liiblf qui obtint la licence royale bien qu'elle renfermât l'œuvre condamnée de Tyndale, tantôt par flatterie. Dans la préface de la Grande Bible, pour laquelle un ordre royal avait été enfin obtenu, prescrivant qu'un exemplaire fût mis dans cha<[ue église k la disposition des fidèles, Crajimer expose les bienfaits qu'on peut attendre d'une telle lecture et ajoute : mais c'est assez que le roi la prescrive; « ce motif, en dehors de toute autre considération quelconque, doit suffire à chaque loyal et obéissant sujet - ». Malgré ces habiles précautions et malgré un frontispice où l'on voyait Henri VFII sur son trône, distribuant la Bible pendant que, d'une seule voix, les multitudes criaient : « Vivat Rex » ! Henri n'était pas convaincu, et il faisait voter bientôt par son Parlement un de ces statuts contradictoires si fré(juents de son temps : « La Bible ne sera lue en anglais dans aucune église. Ni femmes, ni artisans, apprentis, tâcherons, serviteurs, gens quelconques du degré de yeomen ou au-dessous, fermiers et ouvriers agricoles, ne liront le Nouveau Testament en anglais », 1 542-^3 .
1. La décision royale est de 1604; le travail commença en 1G07 et Tut exécuté par les plus tiubiles hellénistes et bébraïsants de l'époque, d'après les textes ori};inaux, mais avec l'aide des traductions antérieures, sans omettre la Bible de Reims. L'œuvre parut en 1611-1.1; revision moderne, 1881-5.
2. « Wbich only to ail truc and obedicnt subjects ought to be a sufflcient reason for the allowance of tbe same ». La préface de Cranmer fut ajoutée A l'édition de 1540, MLicellaneous writings, p. 122.
C'était faire désirer davantage encore la possession des Livres Saints; les meilleurs sermons eussent été moins efficaces ; la lecture de la Bible devenait peu à peu, dans l'opinion générale, une de ces libertés nécessaires pour lesquelles on doit tout sacrifier, même sa vie. Ce statut a une importance capitale, non seulement parce qu'il manifeste les sentiments personnels du roi, mais surtout parce qu'il montre mieux qu'aucun autre — lettres, mémoires, dépêches diplomatiques ou récits de voyageurs — quel public avait déjà la Bible anglaise. C'était bien le peuple lui-même qui la lisait : le laboureur à sa charrue, l'artisan dans son échoppe, comme l'avait souhaité Érasme; et cherchant, dans le livre, toute lumière, il s'adonnait à cette étude avec une passion dont s'inquiétait l'autorité. Qui sait si, à force de communiquer directement avec Dieu, sans intermédiaire, il ne s'enhardirait pas un jour jusqu'à juger ses maîtres, rois et prélats, et à les condamner de par la Bible? Henri VIII eut cette crainte, mais se figura qu'un statut du Parlement écarterait le danger : défense aux petites gens de lire la Bible.
Le 28 janvier 154-7, Henri VIII mourut, excommunié, mais toujours catholique, recommandant son âme à « la Vierge glorieuse et bénie. Notre Dame Sainte Marie », et fondant par testament, comme si l'on était encore au bon vieux temps, une chanterie toute pareille à celles qu'il avait supprimées par milliers, avec un autel où des messes seraient dites à son profit, « perpétuellement, chaque jour, aussi longtemps que durerait le monde' ».
1. Testament d'Henri VIII, à sa date dans les Fœdera de Rymer, 30 décembre ir>46.
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Sa fondation dura moins. Par des motifs encore plus personnels que ceux de Cromwell, le Protecteur Somerset et les conseillers du jeune Edouard VI étaient bien décidés à favoriser les changements. Cranmer reçut toute liberté pour suivre ses tendances protestantes, et il s'appliqua, avec l'aide de Ridlcy, à luthéraniser méthodiquement l^Vngleterre. Il lit promulguer la première série d'Articles nettement protestants, les « Ouarante-deux Articles », singulier mélange de préceptes de foi, d'arguments de polémique et de règles de police. Remaniés sous Elisabeth, par les soins de Parker, puis de Jewel, ils devinrent les « Trenteneuf Articles », aujourd'hui encore imposés au clergé et auxquels tout candidat aux degrés universitaires dut souscrire jusque dans le coure du dix-neuvième siècle'.
L'autorité prescrivait, en même temps, des prédications contre les croyances catlioliques, publiait un premier Frayer Book où il était encore question du « souper de Notre-Seigneur et de la Sainte Communion usuellement appelés la messe 2 », puis un second Prnyer Book où « l'idole de la messe », comme disait Hooper, était supprimée-'; ce livre devait être adopté par les sujets du roi, à peine de prison et même, en cas de récidive, de prison perpétuelle*. Les vieux missels seront détruits; les statues seront
1. 11 y aTait eu d'abord les Dix Articles d'Henri VIII, dont la prenuére rédaction est de sa main, et où se manifestent des tendances protestantes très atténuées, 163C ; puis les Six Articles de 1539, nettement catholiques; enfin les Quarante-deux Articles, rédigés dans le sens luthérien par Cranmer, assisté principalement de Ridley, 1553; enfin les Trente-huit, bientôt transformés en Trente-neuf Articles, élaborés sous la direction de Parker puis de Jewcl, dev. loi en 1571, inspirés des confessions d'Aug^bourg et de Wurtemlierg.
2. « The supper of the Lorde and the holy communion commonly ralled the masse », fol. cxxi. The bookc of Commun prnyer and adminislracinn of the Sdcrrtmentes. Londini, in ofiicina Kdouardi 'W'hitchurchc... A. D. 1549, mense Marlii, fol.
3. Paru en 1552; tous deux ont été réimprimés par Pickering, Londres, 1844, fol.
4. L'acte qui établit ces pénalités est inséré dans le Prayer Book lui-noéme;
brisées; ce qu'il reste encore de ces anciennes chanteries où l'on priait, depuis des siècles, pour les morts d'autrefois, sera supprimé, afin, dit la loi, de créer des écoles ^ Plus de deux mille fondations perpétuelles sont abolies; une vingtaine d'écoles sont créées. La masse des biens saisis, terres, bois, maisons, étangs, sert à enrichir les courtisans, à qui la dépouille des monastères n'avait pu suffire. Hooper, chef du parti avancé, remplace par des tables les autels qui étaient à ses yeux des « autels de Baal ». Les changements sont visibles, considérables; ils s'étendent à toutes les parties du sol et à toute la législation.
Cependant les progrès réels de la religion réformée sont faibles; les dehors surtout sont changés; l'ancien ordre religieux est voilé aux regards, mais le nouveau n'est pas sincèrement adopté. Les cœurs n'ont pas encore parlé. Cranmer a essayé de fournir au peuple, avec ses Articles, son Prayer Book, son Livre d'Homélies^ son catéchisme, cette religion toute faite, nécessaire aux masses 2. Mais ni lui ni les siens n'inspirent confiance ; les Articles demeurent lettre morte; les anciens missels ont disparu, mais n'ont pas été détruits; les révoltés du Devonshire rejettent le nouveau Prayer Book qui leur parait comique ; on dirait, disent-ils, une « farce de NoëP ». Le peuple n'a pas confiance
elles seront appliquées à partir de la Toussaint suivante. 1 et 2 Éd. VI, chap. i, paragr. 2,
1. Statut 1 Éd. VI, cliap. .\iv (1547); beaucoup de chanteries et fondations diverses avaient déjà disparu sous Henri VIII : statut 37 Hen. VIII, chap. iv.
2. Tel avait été déjà, sous le règne précédent, l'objet de livres comme l'Institution of a Christian inan, 1537, qui maintenait encore les sept sacrements, mais affirmait l'indépendance de l'Église d'Angleterre, et l'Erudition ofany Christian man, qui proclamait la suprématie royale, mais maintenait la transsubstantiation (1543).
3. « We will not receive the new service, because it is but like a Christ mas game; but we will hâve our old service... » Fifteen Articles of the Rebels, Devon, anno 1549, avec les répliques de Cranmer dans ses Miscellaneous Writings, p. 179.
dans Cranmer qui vient de produire sa femme au jour, ni dans Ridley qui prêche contre les abus d'autrefois, mais qui est lui-même un pluraliste et qui, pourvu d'un évêché, détient deux cures et deux canonicats en commende; ni même dans Latimer qui voyait jadis en Henri VIII une sorte de dieu et qui s'extasie maintenant, d'un zèle égal, sur les vertus de Somerset. La lumière n'est pas faite dans l'esprit du peuple; il observe le désordre du royaume, les ruines amoncelées de toute part; le couvent, dont on pouvait rire, mais dont souvent on vivait, devenu désert; les clochers muets; les monastères changés en châteaux; un immense pillage, des supplices sanglants : le tout sous prétexte de religion, mais en fait au profit de nobles qui ne croient à rien et que leurs nouvelles richesses n'ont pas rendus plus tendres pour les misérables. Ils se sont approprié les biens d'Église et maintiennent leurs « enclosures ». Le peuple se prend à regretter les anciens curés avec tous leurs défauts, moins sensibles d'ailleurs maintenant qu'ils commencent à devenir chose du passé. Il ne voit pas sans pitié moines et frères, ces anciennes figures familières, jetés sur le pavé, nomades par force et adjugés comme esclaves, « slaves », en châtiment de leur vagabondage, à des maîtres qui ont le droit de les battre et les vendre , ne doivent leur donner d'autres aliments que du pain et de l'eau et peuvent les astreindre « A tout travail si vil qu'il soit' ». Les nouveaux pasteurs valent-ils mieux du reste, eux et leurs femmes qui se taillent des robes dans les vieilles chasubles? « Farces de Noël! » répétaient les mécontents, et ils se montraient au doigt le Protecteur qui venait de s'emparer de trois palais épiscopaux , d'une église et des matériaux du vieux cloître de Saint-Paul, non pas pour fonder une école, non
1. Stalutes of thc Renlm, 1 Éd. Vl.chap. m. La forocilé de ce slâlul excila une telle indignation qu'on ne put le maintenir longtemps en yigucur.
pas pour soulager les pauvres, non pas pour créer un hospice, mais pour construire son palais de Londres, Somerset-house.
Jamais on ne vit pareille rapacité ; les destructions sont tellement brutales que, sous prétexte d'abolir des centres de superstition, on risquait de provoquer un recul de la civilisation dans le pays. C'était l'avis de plus d'un protestant, même dans le parti avancé : « Ce sera pour l'Angleterre une tache indélébile, aux yeux des graves penseurs étrangers, disait John Baie ; quantité de ceux à qui échurent ces anciens asiles de la superstition se servirent des livres pour alimenter leurs tourne-broches, ou pour frotter leurs chandeliers et leurs bottes ». On a transporté de pleins navires de manuscrits hors du pays; les autres nations peuvent ainsi faire passer pour leurs les gloires littéraires de l'Angleterre. « Je sais un marchand qui a acheté deux nobles bibliothèques pour quarante shillings; c'est une honte. Voilà plus de dix ans que ces livres lui servent de papier d'emballage et il lui en reste encore pour plusieurs années ». Thomas Lever, autre protestant, prêchante Saint- Paul en 1540, après avoir déclaré son horreur pour les abbayes et les moines, constate que si l'usage fait jadis des biens d'Église était blâmable, il est maintenant mille fois pire; le gouvernement royal et ses « officiers rapaces » s'étaient engagés à fonder des écoles et des hospices : ils n'ont rien fait que détruire; « le prétexte était merveilleusement honnête » ; les résultats « sont mondains , sont coupables , sont diaboliques, sont abominables ^ ».
Les petits suivent comme ils peuvent l'exemple des grands; ils pillent de leur côté ; le désarroi est général ; prêchant devant Edouard VI, Hooper déclare au jeune prince que son