‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 55 sur 290 · Early tcritings, p · texte numérisé non relu

Early tcritings, p

2. C'était nn rhoix puremenl arbitraire. Pour rcronnallre des droits à la couronne h Jeanne Grey, il fallait exclure, non seulement Marie et Klisabeth, mais Marie Sluart, peiitc-flUe de Marguerite Tudor^ainée des sœurs d'Henri Vlll et femme de Jacques IV d'Ecosse). 11 fallait exclure aussi Fran«-oise. mère de Jeanne Grey. Jeanne était fille de Henry Grey, marquis de Dorset cl duc de SuiToIk, et petite-fille de Marie, sœur cadette d'Henri VIII, mariée, en premières noces, k Louis XII et, en secondes noc«8, à Charles Brandon.

3. Nul n'a mieux montré que Knox (qui s'en indigne avec véhémence) combien lurent t^rands l'enthousiasme et la joie à l'avènement de la inavdite Jézabel : « The insolent joy, the bonefiers, and banketing whirh were in London and els where in England when Ihat cursed Jesabell was proclaimed (pvene, did witnesse to my barl that men were becomen more Ihen enraged ». First Blast of the Trumpel, 1558, éd. Arber, 1878, p. 30.

il sembla que l'union allait renaître, et même, ironie du destin, qu'une ère de miséricorde allait commencer : « car il est certain, lit-on dans le préambule du premier statut de Marie, que le pouvoir des rois... est mieux assuré par l'amour de leurs sujets... que par la lerreur qu'inspirent les extrêmes châtiments 1 ».

C'est alors que parut la gravité des fautes commises depuis des siècles, par l'Église, en Angleterre. La nouvelle religion n'avait pas encore de racines solides et semblait facile à détruire; mais celles de l'ancienne, avec leurs ramifications immenses, étaient sans vigueur; il eût fallu un soin délicat pour y ramener la vie; ce soin manquant, la chute était certaine. Ce soin manqua; une ère de troubles et non pas de concorde commençait. Avec sa sincérité, la fermeté de sa croyance, sa logique rigide, le cuisant souvenir des indignités souffertes, sa vaillance et son obstination, mariée à Philippe II, conseillée par ses chapelains espagnols, Marie avait tout ce qu'il fallait pour provoquer une contre-réaction dont la foi romaine, minée depuis des siècles, ne se relèverait plus. La reine fut sourde à toutes les prières ; elle dédaigna les avis lui recommandant la prudence : ceux de Pôle et de Gardiner, ceux de Philippe II, ceux du pape même-, ceux de Bonner, évêque de Londres, dans le diocèse de qui plus de cent hérétiques furent brûlés et qu'elle suspectait néanmoins de modération. L'ancienne foi fut rétablie avec la dernière rigueur, les bûchers s'allumèrent par tout le pays, le Parlement reçut à genoux l'absolution papale, et une médaille fut gravée à

1. Statutes of the Realm, t. IV, p. 198; 1 Mar., st. I, ch. i.

2. La nécessité des concessions était si évidente que le pape en avait fait : il avait consenti à ce que les biens d'Église restassent aux mains de leurs possesseurs actuels; concession toute politique, que le chef de la religion pouvait accorder et qu'il savait ardemment désirée.

Rome pour commémorer le rétablissement de la foi* : on y voit l'Angleterre agenouillée devant le pape qu'entourent Marie, Philippe, Charles-Quint et le cardinal Pôle.

L'Angleterre ne resta pas longtemps aux genoux du pape ; ce que n'avaient pu accomplir les sermons de Latimer, ni les Articles de Granmer, ni les destructions de couvents d'Henri VIII et de Somerset, ni la lecture deda Bible, ni les abus séculaires de l'ancienne Église, les bùchei*s de Marie le firent. Pour que les foules comprennent, il faut des arguments simples; ceux de Granmer avaient paru obscurs; ceux de Marie furent entendus. Ils révélèrent au peuple qu'il était en présence d'une vraie religion, pour qui on pouvait mourir, qui avait des saints et des martyrs par centaines et qui n'était pas une « farce de Nod ». Seule, de plus, comme l'exemple de Marie le prouvait, cette religion semblait capable de garantir au pays ces libertés nécessaires auxquelles l'Angleterre aspirait depuis si longtemps : l'indépendance vis-à-vis de Home et la Bible anglaise.

Qui peut se rappeler maintenant les parjures de Cranmer, la servilité de Latimer, le pluralisme de Ridley? Ils ont péri dans les flammes pour leur foi : ce sont des saints. La persécution a provoqué l'enthousiasme; on voit renaître l'ardeur des premiers siècles; des femmes et des enfants meurent d'une mort héroïque. On ne se contente plus de risquer les supplices; on les désire. Des jeunes gens comme ce John Philpot, de bonne famille, très instruit, qui avait jadis gagné, à l'école de Winchester, le pari d'écrire, en une nuit, deux cents vers latins sans faire plus de trois fautes, datent des prisons de « m y lord of London » des lettres qui sont comme des chants d'allégresse 2. Phil-

1. Le coin est à la Monnaie de Paris; signé a lo. Cavino R[on)œ] u.

2. « Bc merry, brelhren, and rejoice continually in Ihe Lord; for thevlctory is ours... Paint not, but run out for we are erea at our eod ». Examina-

pot se rit des persécutions, ce sont pour lui des récompenses; il demande qu'on prie pour qu'il ne change pas, mais il a confiance qu'il ne changera pas. Cœur sensible, il garde avec lui la lettre d'une consolatrice et la fera brûler avec lui; « son cœur saute de joie comme la date approche » ; ses ennemis ne sauraient comprendre, « mais cette joie surpasse toutes les délices de ce monde... J'ai confiance que mon vêtement de noces est prêt ». Il mourut sur le bûcher, à Smithfield, le 18 décembre 1555.

La querelle n'est plus dans les livres, affaire de théologiens et de savants ; c'est l'affaire de toutes les familles, elle touche les gens de rien ; il n'est plus question pour eux de baisser la tête et de cultiver leur champ pendant que la tempête déchire les nuages très loin d'eux; la tempête est au ras du sol; ce sont des voisins, des amis, des parents qui ont été appelés à rendre témoignage et qui ont été héroïques; ils sont morts sur la place du village, dans les flammes, au chant des cantiques ; leur exemple est contagieux ; l'éloquence des bûchers est plus convaincante que celle des sermons. Les temps de saint Paul et de Néron sont revenus; il vaut mieux être du côté de saint Paul que du côté de Néron. Cette fois, la masse entre véritablement en mouvement; le difficile était de provoquer ce mouvement; l'arrêter va devenir impossible. Des raisons qui ne sont pas dans les livres ont fait la conviction, et maintenant que la conviction est faite, peu importe ce qu'il y aura dans les livres; tout leur contenu est accepté d'avance. Le peuple, comme toujours, simplifie ; la foi nouvelle est devenue pour lui l'unique source de toute vertu; l'ancienne n'est qu'une superstition et une idolâtrie. Les pires imprudences, la persécution des catholiques sous Elisabeth et leurs morts cou-

tions and writings; Parker Society, 1842, p. 248. Né en 1511, il était fils de sir P. Phllpot, chevalier du Bain.

rageuses; les actes les plus sages, les modèles les plus admirables, les réformes du Concile de Trente mené à bien, enfin, grâce à saint Charles Borromée (1563), les exemples de vertu donnés par les Philippe de Ncri ou les François de Sales viendront trop tard pour l'Angleterre. La Bavière pourra être reconquise par le catholicisme; en Angleterre, le mouvement est définitif, la cause est jugée. L'Ile des Saints, le royaume « offert et concédé librement à Dieu et à notre Saint Père le pape Innocent et à ses successeurs catholiques », le pays des « Défenseurs de la foi », va se trouver le plus grand État protestant du monde; la situation sera retournée; les agitations catholiques seront à la surface; le fond demeurera protestant. Si l'Angleterre ne devint pas, néanmoins, le centre du protestantisme , c'est qu'en religion comme en politique, son instinct séculaire, favoiisé par sa position isolée, la poussait, comme on verra, h former un tout à part, sans alliances permanentes ni mélange permanent d'intérêts.

La cause de la Réforme, qui semblait perdue à l'avènement de Marie, fut ainsi gagnée par les martyrs : leur exemple saisissant, le souvenir de leurs soufi'rauces, soigneusement entretenu, firent pencher la balance longtemps incertaine.

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