‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 57 sur 290 · Arte of English Poésie, pp · texte numérisé non relu

Arte of English Poésie, pp

2. Poems (Muses Library), t. II, p. 209. Dans sa Cynthia (1595), Barnfield appelle Elisabeth : «OfBeauty falrest Fayrle Queene », ^Etatis suée : 62.

ne possédaient plus un pouce de territoire en pays français. La France était elle-même déchirée par les partis, menacée par ses voisins : la tentation était grande de ne pas rester sur cet affront. Avec une âme un peu plus héroïque, un cœur de Plantagenet ou même le point d'honneur des Valois, Elisabeth se fût précipitée et eût tAché de ramener à elle tout son peuple, les loyaux, les dissidents, les incertains, par la gloire d'une revanche. — Elle n'en eut garde et, dès la première heure, se fit une règle dont elle ne se départit jamais, dont les résultats furent excellents et constituent son meilleur titre à la gloire historique : à l'inverse de presque tous les princes de son temps, elle s'abstint de jouer gros jeu.

L'Europe entière était troublée, politiquement et moralement ; les passions étaient déchaînées, les classes sociales bouleversées; chaque souverain aspirait à tout et croyait toujours l'occasion excellente. Les princes français caressaient maintes chimères, d'autant plus dangereuses qu'elles étaient, pour partie, des réalités : suivant l'heure, ils dominaient l'Italie, régnaient en Pologne, étaient appelés aux Pays-Bas, épousaient l'héritière d'Ecosse, rêvaient de s'attacher par mariage Elisabeth elle-même. En Espagne, Philippe II se croyait destiné à la domination universelle; il avait été roi d'Angleterre et comptait le redevenir; ses armées sillonnaient, par moments, la France; ses flottes dominaient les mers; des îles d'une richesse merveilleuse étaient annexées à ses empires, à l'autre bout du monde, et recevaient en son honneur le nom de Philippines. Ce qu'une alliance matrimoniale avec Elisabeth n'avait pu faire, la force le ferait peut-être : peu à peu, d'année en année, se constituait dans ses ports comme une ville flottante, une prodigieuse armada; et le plus grand poète d'Espagne accordait sa lyre pour en chanter les exploits.

En Ecosse même on jouait gros jeu; Marie Stuart, dix-sept mois reine de France, prenait le titre de reine d'Angleterre, et risquait, comme mise, sa couronne, son pays, son honneur, sa tête. Tous se comportaient en héros de romans, en coureurs d'aventures, en poètes : rien de plus naturel qu'ils caressassent leurs Lope de Vega ou leurs Ronsard.

Au milieu de ces ambitions déchaînées, et parmi les occasions les plus tentantes, ÉHsabeth persiste à jouer petit Jeu. La nation qu'elle gouverne est aussi audacieuse et bouillante qu'aucune autre : elle lui rend le service de la retenir, et non de l'exciter. Son premier soin, au lieu de venger la perte de Calais, est de faire la paix avec la France, quatre mois après son avènement. Née à Greenwich, elle n'a jamais quitté l'Angleterre et quand elle mourra, son plus long voyage aura été une visite à Bristol, « long et dangereux voyage », dit-elle, heureusement accompH, et dont elle remercie Dieu en une prière qui nous est parvenue i. Son intérêt se concentre sur ce qu'elle connaît. Avant toute chose, elle veut conserver ce qu'elle a, le développer grâce à la paix, l'enrichir par le commerce. L'idée d'enrichissement est la seule qui fasse sortir la petite-fille d'Henri Vil de sa réserve et s'exposer, de son plein vouloir, à quelques dangers. Elle soudoie, au risque de complications internationales, les grands pirates de son temps. Mais les vagues et considérables combinaisons politiques l'effrayent. Dans les rares occasions où elle dut aventurer des troupes sur le continent, au Havre, en Picardie^ aux Pays-Bas, ce fut à son corps défendant, sous la pression du Conseil. Encore le fit-elle de mauvaise grâce, tardivement, munissant ses armées avec cette célèbre parcimonie, qui hâtait naturel-

1. Aprayerof queen Elizabeth... Aug. 15 [1574] being at Bristol. Nichols, Progresses of Q. Elizabeth, 1823, 1, p. 601.

lement la fin des entreprises, la rendait piteuse et servait à la souveraine d'argument nouveau pour pereévérer dans ses dispositions prudentes. Les auxiliaires envoyés en France, en 1596, ont pour instructions de s'abstenir de « tout assaut de places, où ils courraient chance de mort ou de blessures 1 ». On ne saurait, en vérité, jouer plus petit jeu. Se marier lui paraissait un autre genre d'aventure risquée et dangereuse. Son goût naturel pour l'indépendance était fortifié par les exemples qu'elle avait vus depuis son enfance : les mariages de son père ; Catherine Parr recevant dans ses bras, au lendemain de la mort d'Henri VIII, Thomas Seymour, ce même Seymour!... le souvenir était horrible. Puis c'avait été sa sœur Marie Tudor menant une existence solitaire, veuve d'un époux vivant; et maintenant elle voyait la reine d'Ecosse victime de son cœur et de ses sens, plus malheureuse à chaque nouveau mariage — mère toutefois : seule idée qui ait fait vibrer, pour un instant, un cœur de femme dans la poitrine d'Elisabeth : « Voilà la reine d'Ecosse mère d'un beau garçon, et moi je ne suis qu'un tronc stérile^ » ! Mais ce ne fut qu'un moment; ayant écarté, de bonne heure, la tentation d'épouser Dudley, elle ne fit plus que se jouer des prétendants, n'ayant sur le tard un peu d'attachement que pour le pire de tous, sa « petite grenouille », le duc d'Alençon-*, par une faiblesse de femme vieillissante, qui voyait disparaître, avec « Monsieur », la dernière occasion pour elle d'avoir une famille et un foyer domestique, u Monsieur» s'en allait, en 1582, pour ne plus

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