‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 58 sur 290 · Acts of ihe Privy council, t XXVI, p. 2iG · texte numérisé non relu

Acts of ihe Privy council, t XXVI, p. 2iG

2. Témoignage de Melville, ambassadeur de Marie Stuart, qui prit soin d'ajouter, « to give her a litllescare from marriagH », que la reine d'ÉcosM arail failli en mourir. Memoirs, Londres, 1(>8.3, p. 70.

3. H avait été défiguré par la petite vérole. Parmi les bijoux d'Elisabeth figurtit une fleur d'or arec une grenouille cl l'inscription : « Mounsier his phisnamyc ». KIlis, Original Letlers, 1, m, &2.

revenir 1 et là -bas, en Ecosse, grandissait ce g-arçon que Marie Stuart avait mis au monde et qui réunirait un jour sur sa tête les couronnes des deux ennemies.

Sans scrupule, guidée par un sûr instinct et un esprit clairvoyant, elle discerne, avec la même netteté, l'être dangereux dont il faut se défaire, et le bon serviteur dont il faut se servir. L'individu dangereux peut l'être par sa naissance, son caractère, ses intentions, sa relig'ion, ses actes, ou même simplement par le rôle que d'autres voudraient lui faire jouer. Tout cela est équivalent; il est dangereux, c'est assez, peu importe pourquoi : il disparaîtra. Ainsi disparaîtront le faible Norfolk et l'audacieux Essex, la reine d'Ecosse, des prêtres, des dissidents, des femmes, des puritains et des jésuites.

Les bons serviteurs, distingués d'un regard aussi sûr, seront utilisés également sans merci, sans relâche, juste assez récompensés en titres, concessions et faveurs, parfois simplement en paroles, pour qu'ils ne puissent renoncer à servir. Sur ce chapitre, nulle place à la fantaisie; sa fantaisie a d'autres aliments. S'ils sont vraiment utiles, leur vie et leur fortune sont à la reine; ils pourront mourir ruinés, comme Walsingham, secrétaire d'État vingt-sept ans de suite, sans avoir jamais cessé leur labeur. Cecil, choisi aux premiers jours du règne, conduit les affaires du royaume jusqu'à sa mort, qurarante ans après, touchant à tout, mais principalement aux grandes choses ; c'est le rouage principal de la grosse horloge compliquée : d'autres feront mouvoir les

1. Elle fit tout ce qu'elle put pour le retenir; son chagrin semble avoir été très réel : bien qu'elle eût alors quarante-neuf ans et qu'elle eût pour se consoler Leicester et Hatton qui lui prodiguaient les compliments et les assurances d'un attachement éternel, assaisonnés de ces menues gentillesses qui lui plaisaient tant. Hatton protestait d'une fidélité qui devait durer « for Eve R ». (E. R : Elizabetha Regina), 19 septembre 1580. State papers; Domestic, 1547-

figures ornementales et les automates, et sonneront les carillons; lui a pour principale fonction de marquer l'heure.

La politique d'Elisabeth vis-à-vis de ses sujets fut caractérisée par un trait tout aussi notable que sa politique ^is-à-vis de l'étranger : Elle ne dépassa jamais la limite de ce que son peuple pouvait admettre. Il pouvait admettre beaucoup et la limite n'en était que plus diflicile à voir; Elisabeth la distingua toujours. Rien de plus adroit, de plus circonspect, de plus habile que ses premières mesures : avant tout il faut la paix, il faut vivre; il faut donner quelques satisfactions à ceux-ci sans trop effrayer ceux-là; éviter toute rupture ouverte, fût-ce avec le pape; il faut qu'on respire. Et le problème est résolu; on respire. Les protestants ont confiance : n'est-elle pas « Gouverneur suprême M de l'Église? Les catholiques ne perdent pas courage : n'a-t-elle pas rejeté l'expression suprême Head^? Elle va au prêche; mais elle a été sacrée par un évoque catholique et elle a des cierges allumés et un crucifix sur l'autel de son oratoire. Plus d'une autre à sa place eût épousé Dudley; Marie Stuart n'eût pas hésité, elle qui fit, par deux fois, des folies de ce genre. Elisabeth hésita, puis s'abstint; c'eût été passer la limite dangereuse.

A mesure que sa politique circonspecte porte ses fruits, sa situation devient plus forte et la limite dangereuse est reportée plus loin. Elle peut agir mieux à son aise, elle n'y manque pas et va jusqu'au bout de ses avantages. Elle .se rend compte qu'elle peut encore se servir du Parlement, comme ont fait les Tudors ses prédécesseure ; le moment

1. Forme du serment imposé à tous les ecclésiastiques, juges, fonclionnaires, etc. : « I, .4. J?., do utterly testify and déclare in my conscience, that Ihe Queen's Highness îs the only Supream Governor of lliis Reahn... as well in ail Spiritual or Ecclesiastical thingsor causes as Temporal... » 1 Eliz. cbap. 1, parag. is.

n'est pas venu de craindre cette assemblée. « Les Rois maintenant, écrivait l'ambassadeur de Venise en 1557, n'usent plus du Parlement que pour la montre et pour faire ratifier par lui leurs fantaisies et volontés ^ » . Elle laisse s'écouler dix ans de suite, douze ans de suite, sans le convoquer; elle le réunit, en tout, neuf fois pendant un règne de quarante-quatre ans. Tandis que les années passent, la limite s'éloigne, mais Elisabeth ne cesse pas de la voir, elle sait exactement où elle se trouve. Si utilement que puisse la servir la mort de Marie Stuart, elle comprend très bien, même après la Saint-Barthélemi et à la veille de l'Armada, qu'une exécution pareille, réclamée par le Parlement, souhaitée par quantité de ses sujets, est, néanmoins, tout au bord de la limite dangereuse. Elle patiente, elle résiste à la pression du Parlement et aux objurgations de Sandys, évêque de Londres qui, à la nouvelle du massacre des protestants de France, avait énuméré, en sept articles, les précautions à prendre pour la sécurité du royaume, et dont la première consistait à « couper sur-le-champ la tête de la reine d'Ecosse ^ » .

Au dernier moment même, et l'exécution étant décidée, elle tâche d'y substituer un simple assassinat, moins compromettant. Par malheur, sir Amyas Poulet, gardien de Marie, est un formaliste et refuse de rien faire sans la production d'un warrant en règle ^. Force est donc de suivre les formes et de produire la propre signature d'Elisabeth. Mais d'autres précautions ont été prises ; bien que les journaux n'existent pas encore, les masses sont préparées à

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