Caxtoii's Eneydos, E. T. T. S., p
ouvrages sortent des presses de Caxton à Westminster; le plus remarquable d'entre eux est le gros livre consacré à Arthur, Le morte Darthur^, immense compilation en prose anglaise coulante et simple, sans emphase ni mauvais goût, mais sans chaleur ni ornements*, où un gentilhomme inconnu, sir Thomas Malory, ^ fit entrer, en les coordonnant du mieux qu'il put, tous les anciens récits français sur les exploits et les amours des preux de la Table Ronde. Le moyen âge chevaleresque reparaît ici intact : il faut se bien battre et il faut bien aimer; c'est toute la vie; ceux qui
t. Titre complet : The nohle and joyous hook entytled Le Morte Darthur nolwythslmidyng il trealelh of the byrth, lyf and actes of the sayd Kyng Arthur of his nohle hnyghtes of the roiinde table, theyr tnarvayloia emjuesles and adventures thachyecyng of the sanyreol, and in thende the dolorous deth and departyng out of thys world of theni al, whiche hook was reditced into enghjsshe hy syr Thomas Malory Knyght. Achevé d'iinpriiner : n Fynysshed in lhabb«>y Westmestre, the lasl day urJuyl Iheyere of our lordMCCCC LXXXV. Caiton me Heri fecit. » On ne connaît que deux exemplaires de la première édition. Klle a été réimprimée par O. Sommer et Andrew Lang, Londres, 1889, 2 toI. tt". Malory avait achevé 6on œuvre en 1409-70.
2. Sp«'cimèn du 8t>lc de Malory (ses idées sur l'amour) : n Therfore I>k!?as may raoneth llorcth and flor>ssheth in many gardyns, soo in lyke wyse lete cvery man of wor&hip florysshe his herle in this world fyrsl unto God and next unto the joye of them that he promysed his feylhe unto, for there was never worsbypful man or worâhipfull woman, but thcy loved one betler than another, and worsliyp in armes may never be foyled, but fyrsl reserve the honour to God, and secondly lh<> quarrel must corne of tby lady, and suche love 1 cali virtuous love, but now adayes men can not love seven nyghle but they must linvealle Iheyr desyres. That love may not endure by reason, for whcn they ben sooue accorded and hasty heto, soonc it Kolcth. R>ghte soo fareth love now a dayes, sone hôte soone cold; this is no stabylyte, but the old love was not so; mcn and wymmen coude love to gyders seven yeres; and no lycours lustes were bilwene them, and thenne nas love trou the and fe>thfulnos, and loo in lyke wyse was usid love in kynge Arthurs dayes ». Liv. XVIII, chap. xxv.
:i. On sait seulement qu'un « Thomas Malorie, miles. » figure dans une liste de gentilshommes exceptés d'une amnistie accordée par Édouaid IV, en 1469. Le document original est conservé à la cathédrale de Wells. On a aussi le testament d un « Thomas Malory de Pap|>eworth in comilutu lluntingdon », père de dix enfants, mort en I4G9. (Notes de T. W. Williams et de A. T. Martin, Athenaum, Il juillet 1S96 et 11 sept. 1897).
font autre chose sont des manants et ne comptent pas; il faut aimer Dieu d'abord et sa dame ensuite ; l'amour pur et vertueux consiste à aimer la même dame; peu importe, d'ailleurs, que le malheur des circonstances ait fait d'elle l'épouse d'autrui. Telle est la morale qu'enseigne Malory en toute sincérité et sur un ton de gravité sacerdotale. Pour lui la reine Guenièvre, femme d'Arthur et amante de Lancelot, est digne de tout éloge : « Tandis qu'elle vivait, elle fut constante en amour et c'est pourquoi elle eut une bonne fin^ ».
Caxton avait donné place au roi Arthur d'autant plus volontiers que c'était, à ses yeux, un héros national, « digne de mémoire parmi nous autres Anglais, par-dessus tous autres rois chrétiens », L'imprimeur était fier de ses origines et de tout ce qui est anglais ; il ne publia pas un seul classique dans le texte original, mais il voulut, dès la première heure, répandre les œuvres des grands poètes de son pays; ce sont, pour lui, les vrais classiques de la nation ; ailleurs, le latin peut être un titre à la faveur; pour Caxton l'anglais est le meilleur de tous. Il imprime donc les Contes de Cantorbéry de « ce noble et grand philosophe, Geoffrey Chaucer, qui, pour l'élégance de ses écrits dans notre langue, a hautement mérité le titre de poète lauréat ». La première édition étant fautive, il en donne une seconde, avec des gravures représentant les pèlerins à table ou disant leurs contes. Il imprima la Confessio Amantis de Gower, diverses œuvres de Chaucer et de Lydgate, le Polychronicon de Higden, traduit en anglais par Trevisa, des chroniques d'Angleterre : tout ce qui pouvait le mieux servir à perpétuer la mémoire du passé national.
Sa langue n'est pas encore formée ; il a toutefois, l'idée
1. « Whyle she lyved she was a true lover and therfor she had a good ende ». Liv. XVIII, chap. xxv.
qu'il faudrait châtier et enrichir l'anglais : par là du moins il appartient à la Renaissance, si préoccupée de la nécessité de perfectionner les langues modernes. Seulement Caxton ne sait trop comment s'y prendre. Il importe des expressions françaises et même des tournures franc^aises qui font dans son anglais l'elTet le plus singulier; il dit ihe his pour « le sien » ; il emploie les mots entermete (s'entremettre) , exciftative, kaultain , inconti/nent (sur-lechamp^ etc. Quelquefois il double ses mots, mettant, comme au lendemain de la Conquête, le mot sa.xon à côté du mot normand; il dit chasse and hunt, pour traduire le mot « chasser* ». Il espère « être ainsi compris des lecteure et auditeurs » ; mais il hésite, il change de système et s'attire des critiques contradictoires qui le troublent fort. S'il emploie des expressions « élégantes et rares », ses lecteui*s se plaignent de ne pas l'entendre et le prient de i-evenir aux « vieux termes familiers »; c'était déjà la querelle que devaient faire à Honsard les lecteurs de ses premières odes. Je voudrais bien, dit Caxton, « contenter tout le monde », mais je n'ai pas plus tôt cédé aux lecteurs ordinaires (jue « d'honnêtes et savants clercs viennent me voir et me supplient d'employer les expressions les plus rares que je pourrai : si bien qu'entre le rare et le commun, je demeure fort embarrassé ». Il tâche de sortir de difficulté en suivant le juste milieu et nous fait part de ses anxiétés dans de curieuses préfaces, rudes ébauches d'un art, l'art de l'essai, «ju'attendaient en son pays d'éclatantes destinées. Il a déjà plusieurs des qualités qui y sont nécessaires : la simplicité, la bonhomie, le trait humoristique. Dans la préface de ses Dits rt apkorismes des Philosophes, il se demande pourquoi le traducteur anglais du livre, le