‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 7 sur 290 · I. Voir supra, t. I. p. 2iS · texte numérisé non relu

I. Voir supra, t. I. p. 2iS

comte Rivers, a supprimé les passages satiriques sur les femmes : c'est peut-être qu'il était amoureux et ne voulait pas déplaire à sa dame, ou bien que, pendant son travail, un coup de vent ajuste emporté, sans qu'il s'en aperçût, le feuillet injurieux ; ou peut-être que ces passages conviennent pour les femmes des autres pays et non pour celles d'Angleterre; car les Anglaises, dit Caxton, « sont bonnes, sages, aimables, modestes, réservées, sensées, chastes, obéissantes à leurs maris, fidèles, discrètes, constantes, toujours occupées, jamais oisives, modérées dans leurs discours et vertueuses dans toutes leurs actions — ou du moins elles devraient l'être » ; et là-dessus il rétablit les passages supprimés ^

Caxton mourut très vieux, en 14.91, travaillant jusqu'à la fin, et faisant, malgré la concurrence de l'étranger, un commerce prospère. Cette concurrence était vive et le roi l'encourageait, parce que le besoin de livres grandissait, que l'Angleterre était notoirement en retard sur les autres pays, et que Caxton et ses seconds ne pouvaient suffire à la demande. Un statut de 1483 qui avait pour objet de protéger l'industrie nationale, exceptait de ses prohibitions, « tout artisan ou marchand étranger... apportant et vendant en ce royaume, au détail ou autrement, des livres manuscrits ou imprimés ». Henri Vil donnait l'exemple, et son avarice invétérée ne Fempêchait pas d'acheter pour sa bibliothèque des exemplaires de luxe, tirés sur vélin, des beaux livres imprimés à Paris par Antoine Vérard. Les étrangers affluèrent et de nouvelles presses furent établies à Londres par le Lorrain Wynkyn de Worde, collaborateur puis continuateur de

1. « For I wote vvel, of what somever condicion women ben in Grèce, the women of this contre ben right good, wyse, playsant, humble, discrète, sobre, chast, obedient to their husbondis, trewe, secrète, stedfast, ever besy and never ydle, attemperat in speliing and vertuous in aile their werkis, ore atte leste sholde be soo ».

HISTOIRE UTTliUAIKE. — T. II. 3

:m l'éi>oque de la renaissance.

Caxton, par le Français Jean Barbier, par le Flamand William do Malines (« Machlinia»), par Richard Pynson, autre Français qui avait appris son art à Rouen sous Le Talleur et qui devint imprimeur du roi d'Angleterre.

Les progrès furent tels qu'en 1533, l'ancien statut dut être rapporté : «« Du temps de cette loi, dit le Parlement, il n'y avait que peu de livres en ce royaume, et peu d'imprimeurs étaient habiles dans la science et l'art d'imprimer; mais depuis lors, beaucoup de sujets du roi se sont adonnés à ce métier avec tant de zèle qu'il existe ici maintenant nombre d'imprimeui-s aussi habiles dans cet art et science que ceux d'aucun pays. De plus, beaucoup de sujets du roi vivent par la pratique de l'art et mystère qui consiste à relier des livres. Et, ce nonobstant, nombre de gens font venir d'outrc-mcr quantité de livres imprimés, non seulement en latin, mais dans notre langue maternelle anglaise, livres reliés en bois, d'autres en cuir, d'autres en parchemin, et on les vend au détail' ». Les privilèges antérieurs sont abolis et si les arrivages du dehors ne sont pas entièrement interdits, du moins sont-ils entravés, pour le plus grand bien des imprimeurs nationaux et en vue du développement d'un art si important. L'imprimerie s'est répandue; outre Oxford, qui avait ses presses dès 1478 et imprimait, avant toute autre ville anglaise, des textes classiques, on trouve, dans la première partie du seizième siècle, des imprimeurs k Edimbourg (1508), York (1509) Cambridge (1521)-. L'outillage intellectuel de la nation

1. statuts 1 Rie. m, chap. ix (1483) et ?A H. VIII, chap. xv (1533).

2. D*ux rhlffre* montreront les progrès relatifs de l'imprimerie en Franco et «>n Angleterre : dans notre pays, quarante et une villes ou bourgades avaient leurs imprimeries avant IbOO (Thlerrj-Poux, Premiers Monuments de l'imprimerie en Frnncr. I89«i, p. iii]; en Angleterre il s'en trouvait seulement quatre, à celte date, en comptant pour deux Londres et Westminster. Les deux autres étaient Oxford et .Saint-Aliian.

s'améliore; l'Angleterre pourra bientôt se suffire à ellemême.

Edouard IV régnait encore lorsque Caxton était venu s'établir à Westminster, et la longue querelle d'York et de Lancastre n'était pas finie, Richard III l'usurpateur a remplacé Edouard en 1483, puis est venu Henri VII, premier Tudor, autre usurpateur ^ La nation lasse s'est soumise et, pendant vingt-quatre ans, a subi le règne d'un despote habile et rapace. Il a dii quitter enfin « tous ses beaux palais si richement ouvrés et parés, ses galeries où il se plaisait tant, ses grands et beaux jardins avec des parterres curieusement disposés^ ». Son fils Henri VIII lui a succédé en 1509-

Le nouveau roi a dix-huit ans, il est beau, instruit, vigoureux; il aime la chasse, les plaisirs, les arts; il sait autant de latin que les clercs d'Oxford ; il saute les fossés comme personne; il rend des points à la lutte aux célèbres lutteurs de Cornouailles ; il est (( un merveilleusement bon archer et fort'»; il favorise les peintres, il construit des palais, il adore les fêtes; il se déguise en empereur romain, en chevalier du « Cœur Loyal », en archer de Robin Hood^*. A

1. Du côté de son père, Henri Vil descendait de gentilshommes galJois sans la moindre prétention à la couronne; du côté de sa mère, il descendait d'un fils adultérin de Jean de Gand, duc de Lancastre, quatrième fils d'Edouard III. Or non seulement cette lignée était bâtarde, non seulement, en la légitimant plus tard, le Parlement l'avait exclue de la couronne, mais il restait encore un descendant légitime d'Edouard III : le jeune Edouard, comte de Warwick, arrière-petit-fils d'Edmond de Langley, duc d'York, cinquième fils lui-même d'Edouard III. Henri VII le fit décapiter en 149'J.

2. Oraison funèbre par Fisher, Workes; Early English text Society., 1, 278.

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