‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 65 sur 290 · Hay any worhe for Cooper Y 1589 [Coventry · texte numérisé non relu

Hay any worhe for Cooper Y 1589 [Coventry

4. 11 les appelle lui-même des pasquinades et les signe du pseudonyme de

Affermie sur son trône et entendant monter incessamment la rumeur, Elisabeth travaille à imposer silence à tous. Reine d'Angleterre et « gouverneur suprême » de l'Église, elle agit surtout en reine et, sinspirant des exemples d'L'topie, traite les opposants en rebelles aux lois communes plutôt qu'en hérétiques. Elle se rend compte du danger de toucher aux sentiments religieux ; elle châtie durement les gens qui s'écartent de la foi établie, non parce qu'ils ne veulent pas croire, mais parce qu'ils troublent l'ordre public. Walsingham remplit le royaume de ses espions; les « marchands de messes »» sont poursuivis, traqués, torturés pour qu'ils « avouent » ce qu'ils sont suspectés de savoir, écartelés ou pendus'. Le couperet s'abat, tranchant les poings et les têtes; le couteau du tortionnaire fouille les entrailles des victimes que le feu achève. On est obligé de relire les textes pour se convaincre qu'il ne s'agit pas de vaines imaginations, et que de tels supplices ont pu être réellement infligés, en grand nombre, à une époque si proche de la nôtre, en un siècle de gloire intellectuelle, dans un pays qui n'est pas celui de l'Inquisition, sous un règne qui n'est pas celui delà « sanglante Marie ^ ».

Pasquil (Pasquin) : A countercu/fe given to Martin Junior by... Pasquillof England, 1589, i"; — The retiime of tfie renowned cavalière Pasquill of Englanil... and his meeting wilh Mnrforius in London. 1589, i", pIc. A la même série apparlient le Pappe witli an hatchrt [1589] de l'euphuiste Lyly (Iri'S médiocre). Sur le sens de ce titre, voir Bond, Complète yVnrks of Lyhf, III, 573; texte du traité, ihid., p. 393.

1. Voir, en parliculior, le statut 27 Eliz. cb. ii (1585), condamnant a mort, avec les supplices spéciaux réservés aux traîtres, loul jésuile, prélro de seloinaire ou autre prêtre catholique trouvé dans le royaume; peine de mort pour ceux qui les assistent ou les cachent; ordre à (ous sujets de la reine recevant leur instruction dans les séminaires du continent de rentrer en Angleterre dans les six mois, |>our prêter un serment équivalant à l'abjuration de leur croyance, sous peine de mort avec les supplices réservés ù la haute trahison.

2. Ordre du conseil privé aux autorités de la Tour de torturer le Jésuite Campion : « In case he continue >\ilirullie to tell Ibo trothe {sic), thcn to deaic

Vingt-deux prêtres, onze laïques et une femme périssent clans les tortures, de juillet à novembre, 1588.

Le sort des puritains et non-conforniistes divers, un peu plus ménagés d'abord, devient, dans la dernière partie du règne, tout aussi cruel. Les plus actifs, Henry Barrowe, John Greenwood, le Gallois Penry, ce dernier condamné surtout pour des notes éparses et des pensées détachées, non publiées, trouvées dans sa demeure, sont pendus en 1593. Un relieur convaincu d'avoir relié des livres puritains est exécuté; des anabaptistes sont brûlés; toutes les sectes ont leurs martyrs. L'autorité royale exige l'uniformité; et si elle ne peut l'obtenir dans les croyances, elle l'imposera du moins dans la tenue. Croyez ou ne croyez pas, mais taisezvous et allez à l'église.

On a trop jasé, trop écrit, trop imprimé. Le pouvoir civil impose la paix; à des adversaires peu modérés il oppose des lois qui le sont moins encore ; à des fonctionnaires dont il se méfie, il adresse des injonctions restreignant à un minimum la faculté de parler et de penser. Un curé en exercice, obligé par les statuts de prêcher, ne pourra composer de sermons que moyennant permission spéciale et après examen sur la conformité de sa doctrine avec celle de l'Etat-. Faute de quoi, il « se bornera à lire gravement et dignement, sans gloses ni addition », les homélies toute faites publiées par les soins du gouvernement, et dans lesquelles il est démontré que, de toutes les obligations d'un

willi him hy Ihe racke », 30 juillet 1581. — Ordre de torturer Paine : « They are to proceade to the torture with liiin, and to examine him tiieruppon ». — Ordre de torturer de nouveau Campion et divers autres, 29 octobre, etc., etc. Parfois, on indique d'avance aux tortionnaires (pour les guider dans leur recherche de la Vérité !) le genre de renseignements qu'ils devront, à toute force, arracher aux victimes. Acts of the Privy Council, nouvelle série, t. XIII.

2. Parker's Advertiseinenls, 1565; Prothero, Select Staiutes, p. 191. Ces Avertissements avaient été rédigés sur le désir exprès de la reine. Voir lettre d'Elisabeth à Parker, 25 janvier 156[5], Correspondence of Parker, p. 223.

t>34 LA REINE ET SON ROYAUME.

chrétien, la principale est d'obéir au prince : qui résiste au prince résiste à Dieu. Les sacrilèges, fornications et adultères sont de grandes fautes; moindres ct»pendant <|ue de désobéir à la reine : « Car l'obéissance est la première vertu d'entre les vertus et, en vérité, la racine môme de toutes les vertus et la cause de toute félicité » ; la rébellion n'est pas « un péché isolé, comme le vol. l'assassinat et autres péchés du même genre, c'est l'égout et marais de tous les péchés possibles contre Dieu et l'homme '». Uuiconque, dit un statut de 1581, « aura débité n'importe quels faux, séditieux et calomnieux bavardages, rumeurs ou contes », blessants pour la reine, aura les oreilles coupées ou paiera deux cents livres, à son choix; s'il a mis par écrit ou imprimé ses bavardages, il subira la peine de mort. Et ce ne sont pas là de vaines menaces : c'est par application de ce statut que Barrowe et ses compagnons furent pendus. La censure des imprimés est généralisée et aggravée on 1586, en raison de « la grandeur et de l'énormité des abus commis par diverses personnes, à l'esprit querelleur et turbulent, pratiquant l'art et mystère d'imprimer et vendre les livres ». Défense, jusqu'à nouvel ordre, d'établir « aucune nouvelle presse, rouleau ou autre instrument pour imprimer des livres, feuilles volantes, ballades ou portraits >» ; les imprimeries établies depuis six mois ne devront pas fonctionner, « tant que la multitude excessive des imprimeurs n'aura pas diminué » : le temps n'était plus où les lois favorisaient cet art nouveau et, faute de nationaux, encourageaient la venue d'ouvriers et de matériel étrangers. Toutes les peines sont augmentées.

D'un "'il aussi clairvoyant que loi'squ'il s'agit de dési-

t. « OfOhodienceN, Impartie: « Of Disobcilience » l'^cta' parties. Cerinyne sermons nppuynled lnj (lie Qiieenes Mnjestie lo Oe... read... vvery sondoy, Londres, 156'^3, \'.

gner un secrétaire d'État, Elisabeth choisit ses archevêques. Elle les veut instruits, de belles manières, corrects de tenue, gardant aux services célébrés dans leurs cathédrales quelque chose de l'ancienne pompe catholique, rappelant, par leur train de vie, l'existence quasi seigneuriale des prélats d'autrefois, souples vis-à-vis d'elle, fermes vis-à-vis des dissidents : à ce prix elle les laisse maintenir à leur avantage tels abiis criants mais profitables, objets de protestations séculaires, qui les enrichissent et leur permettent de tenir rang de princes^. « Nous nous habillons des plus fines soies », leur fait dire ironiquement Spenser, « afin d'égayer Dieu quand nous paraissons devant lui- ». La reine eût souhaité un clergé célibataire : car, de même que son père, elle voulait réduire les changements à un minimum. Elle aimait la tradition, l'éclat, les vieux souvenirs; le protestantisme, comme l'entendaient beaucoup de réformés, lui paraissait un peu paysan. Un service en langue vulgaire lui semblait vulgaire; des palais épiscopaux remplis de femmes, d'enfants et de servantes choquaient son goût pour les anciens usages et ses idées sur la dignité religieuse -^ Elle dut céder sur quelques points et, en particulier, sur la question du mariage : c'eût été dépasser la limite dangereuse. Le clergé y tenait trop; les exemples étaient trop nombreux et venaient de trop haut. Les plus radicaux, les plus austères des réformateurs prenaient femme, et l'exem-

1. Par exemple, radmission, moyennant finance, des mineurs aux bénélices. Ce fut une des sources de la ricliesse de Parker; Grindal mit fin à cet abus.

2. Plus de ces messes quotidiennes, continue le poète, et de ces services qui n'en finissaient pas ; on prêche une fois le dimanche et en voilà pour la semaine ; plus de cette « chasteté obstinée » de l'ancien clergé ; nous avons maintenant « the Gospeil of free liberlie ». Molher llubherds taie, 1691 ; vers 449 et s.

.3. Injonctions d'Elisabeth, 9 août lôGl : Ordre d'expédier toutes « wlves, children and nurses » hors des susdits bâtiments : il faut respecter « the intent of the founders ». Ceci! informe Parker que, sans lui, la reine eût pris des mesures bien plus radicales encore : Parker, Coirespondence, 1853, p. 148.

pie, en même temps qu'il encourageait la foule des ecclésiastiques, justifiait parfois aussi l'antipathie d'Elisabeth pour cette innovation. Knox se maria deux fois, d'abord, avec la fille d'une de ces femmes éminemment dangereuses pour un apôtre, qui ont besoin, au même degré, de ses conseils et de son amitié : si bien qu'on ne sait jamais si c'est l'Ame qui, chez elles, est en peine, ou bien le cœur. Malgré l'opposition du père, Knox épousa donc la cinquième fille de Mrs. Bowes, mère de dix filles et cinq fils; bientôt celle-ci, ne pouvant se passer de Knox, quitta, pour le suivre, sa nombreuse postérité et son époux. Dans la seconde occasion, le réformateur s'unit, à cinquante-neuf ans, avec une jeune demoiselle de seize. Le doux, savant et gauche Hooker, proie facile pour une femme déterminée, se laissait épouser par une mégère qui l'arrachait à ses livres et l'envoyait bercer le dernier-né', vraie mégère de fabliau, qui ne lui survécut (jue cinq mois, mais eut le temps, avant de mourir, de se remarier : le pauvre homme avait passé ses jours aux côtés de la « wife of Bath ».

A part quelques exceptions, dont celle-ci est la principale, les volontés d'Elisabeth furent accomplies et l'Église qui finit par se constituer en Angleterre est bien, dans ses grandes lignes, celle qu'elle a entendu créer. Ses décisions prédominèrent; elle ne fut pas reine et « gouverneur »à demi. Ses évoques sont des fonctionnaires qu'elle nomme, suspend, dépose ou favorise, selon leurs services, à son gré. Elle a eu soin de rendre, de bonne heure, la chose claire et notoire, et elle la rappelle de temps en temps, en un langage tranchant, ou en faisant des exemples. Il faut comprendre ses vues, et se garder d'aller au delà ou demeurer en deçà. Nowell, doyen de Saint-Paul, refoule, un moment,

1. Izaac Wallon, Licrs, éd. Gollancz, 1898, l. Il, |>. 31, Tke lèfe of Mr. Iticliard /looker.

ses sentiments puritains pour lui plaire, et fait mettre devant elle, dans la cathédrale, le 1'^' janvier 1562, un livre de prières si richement peint et doré, orné de tant d'imag-es et de miniatures, qu'il se trouve avoir passé la mesure ; la reine, en voyant ce cadeau, donne ordre au bedeau de l'enlever et de lui rendre son vieux livre. Plus tard , le même Nowell, revenu à ses sentiments naturels, se permit, au cours d'un sermon devant Elisabeth, une sortie contre les crucifix, et comme il insistait sur ce sujet délicat, on entendit la souveraine crier de sa place : « Assez ! en voilà assez sur ce chapitre; revenez à votre texte. Monsieur le Doyen ». Nowell, interdit, ne put jamais retrouver son texte et descendit de chaire sans achever son discours.

Trois archevêques, Parker, Grindal et Whitg-ift occupèrent le siège de Cantorbéry pendant le règne d'Elisabeth. Deux furent en ses mains des instruments parfaits. Pour Grindal seul, elle se trompa, entraînée par Leicester qui savait à ce prélat des tendances puritaines, le voyait doux, savant, ami des fleurs, et comptait sur sa docilité ; Elisabeth y comptait de même; tous deux firent erreur. Le berger Algrind des églogues de Spenser était doux, mais non pas docile. Il en fut, toutefois, pour ses résistances. Comme il se refusait à supprimer radicalement ces réunions [prophect/ings) où les puritains discutaient leur croyance, Elisabeth le suspendit de ses fonctions cinq ans de suite , en simple fonctionnaire qu'il était. Elle adressa, là-dessus, une circulaire à ses évêques, leur enjoignant d'interdire toute prédication non autorisée, et menaçant de les châtier pour leur tiédeur, et de faire d'eux « des exemples ^ ».

A Parker même, ancien chapelain d'Anne Boleyn, et favori de Cranmer, prélat selon son cœur, habile, instruit,

1. 7 mai 1577; Prolhero, Select Statutes, p. 206. Cf. discours au Parlement en 1585, ibid., p. 221.

souple, qui sait mener lo train qu'il faut, elle ne ménage pas les rudes paroles; elle le traite parfois si durement qu'il n'a plus goût à rien '. Mais ce sont cpierelies passagères. Parker a compris ses vues : il lutte pour elles contre les extrêmes des deux partis, s'applique à maintenir debout l'Église nouvellement créée, où Ton aperçoit encore tant de trous et de fissures, où tout le monde veut agir à sa guise, où chacun raille son voisin, si même il ne le maudit, où les cérémonies les plus saintes sont troublées par des incidents ridicules, où l'on peut voir, au moment de la communion, alors que prêtre et auditoire se recueillent, un assistant s'avancer vei-s la table, prendre la coupe et le pain et les emporter, empêchant la cérémonie : parce que le pain n'était pas du pain ordinaire, mais du pain d'hostie (wafer bread» et que, dans les idées de cet individu, on ne pouvait communier décemment qu'avec du pain ordinaire-. Parker prend une part prépond«Tante à la rédaction des trente-neuf articles définitifs. S'inspirant des vues de la reine, il évite, le plus possible, d'attribuer un caractère dogmatique et religieux aux règles de discipline qu'il édicté-' : l'important est de former, modeler et régulariser; (ju'il y ait une véritable Église, qu'on sache où elle est, qu'on la reconnaisse en la voyant. On portera certains surplis et certains bonnets, on s'agenouillera à certains mo-

1 . n I liavc neilber jo> oF liousc, land or namo, so abased b> my nalural sovereign good lady ». A Cecil, 1561, à propos de la question du mariage des prêtres : la reine avait parlé à son archevêque de « cette sainte et divine institution i> en termes qui <( l'avaient rempli d'horreur » ; et par aggravation de peine, on savait tout cela au dehors, et l'ancien clergé en faisait des gorges chaudes : « They laugh prcltily to sec bon Ibe clergy of our tiroe is handied ». Parker, Correspondence, 1853, p. 157.

2. Parker à Cecil, 12 avril 15«5«. Correspondence, 1853, p. 278. Sur les haines que lui vaut sa lutte contre les partis extrêmes, voir ihid., p. 158 (1561 ).

3. « Not yet prescribing thèse rules as laws équivalent witli Ihe eternal Word of God... but as lcm(>oral orders u. Préambule des Advcrtisements de 1565; Prolbero, Select Statutes, p. 192.

ments, non parce que la Bible le dit, mais parce que la reine l'ordonne : vous obéirez en tant que sujets sinon en tant que chrétiens.

Whitgift fut mieux encore un prélat selon le cœur de la reine : sa souplesse vis-à-vis d'elle était plus grande, sa fermeté vis-à-vis des mécontents plus rigoureuse, et précisément les circonstances étaient devenues plus difficiles. Les partis, épuisés et incertains au début du règne, avaient repris courage, se rendaient compte des vues de la souveraine, fort inquiétantes pour eux, et se montraient plus turbulents. Capable de transactions vis-à-vis de sa conscience, ce qui n'intéressait que lui, mais non pas vis-à-vis des esprits rebelles, ce qui intéressait tout le royaume, Whitgift était, à sa manière, un homme de gouvernement, selon les besoins du temps. Il avait montré, de bonne heure, des tendances vers le protestantisme, qui s'étaient un peu effacées sous Marie, mais qui s'étaient avivées et étaient devenues du calvinisme sous Elisabeth. 11 y avait, toutefois, de la méthode dans son calvinisme : il était calviniste dans les questions de foi pure , et anticalviniste dans les questions de hiérarchie; et justement la reine attachait de l'importance surtout à ces dernières qui touchaient plus sensiblement au bon ordre dans ses États. Les idées puritaines en matière d'organisation épiscopale n'eurent pas d'adversaire plus ardent; la question des biens d'Église était, à ses yeux, affaire de salut éternel et il osa le dire à la reine même, parlant, à la fois, de la Grande Charte et du Jugement dernier i. Il laissait entrevoir la damnation pour quiconque toucherait à des possessions dont il était lui-même fort abondamment pourvu. Afin de restreindre l'abus séculaire du pluralisme, un des principaux griefs

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