Ixaac Wallon, Lives, éd. Gollancz, 1898, t. Il, p
contre l'Église romaiDc, les canons de 1571 avaient interdit la possession de plus de deux bénéfices, mais Parker avait accordé à Whitgift une permission spéciale, car ce n'est pas tout que de punir, il faut aussi récompenser; et c'est ainsi que le défenseur des biens d'Église était, à cette date, doyen de Lincoln, maître de Trinity collège à Cambridge, chanoine d'Ely, et recteur de Teversham.
Archevêque de Cantorbéry en 1583 et possesseur de revenus considérables, >Vhitgift renouvela les traditions des anciens prélats du moyen âge. Il tenait table ouverte, ne se dépla<;ait jamais sans une escorte princière, avait sa garde, une vraie garde, prête à l'action, comme autrefois, et non pas seulement une garde pour la montre, avec des valets déguisés en soldats : ce furent ses soldats qui arrêtèrent Essex. Avec de telles dispositions, il ne pouvait manquer de déplaire aux Martinistes; il fut leur hôte noire, le Belzébuth de leurs diatribes. Il leur donna, en compensation, la chasse avec un zèle égal à l'emportement de leurs atta- (|ues; il les traqua, pourchassa, lit prendre et pendre, toujours partisan des peines les plus dures et des lois les plus sévères, rédigeant des articles à imposer au clergé, si captieux que Burghley ne put s'empêcher de protester, les trouvant « dignes de l'inquisition espagnole » et mieux calculés, « pour découvrir des rebelles que pour en ramener aucun ^ ». La reine appréciait encore en lui le bon goiU qu'il avait eu de rester célibataire et l'appelait « son petit mari noir 2 ».
Sachant ce que veut la reine, les chefs de son clergé en veulent, comme elle, les moyens. Les supplices en sont un,
1. Vf juillet 1584, Â propos des Articles de Lambetb.de mai 1584. Prolbero, Select Sfatutes, p. 213.
2. c Her Utile black husband ». Walton, Lires, éd. Gollancz, II, 47. La /'orAer Sofie/y a publié The works of John W'/MVyl/'/ (traités, sermons, correspondance,. Cambridge, 1851, 3 vol. 8".
sans doute, mais les raisons en sont un autre. Il ne faut pas recourir seulement aux bourreaux, mais aussi aux lettrés; les livres sèment les croyances. On n'a pas encore les journaux, mais on a les pamphlets, les placards, les feuilles volantes, au besoin les gros traités in-folio : on se sert de tout cela; si fort qu'on puisse être, il importé d'avoir pour soi l'opinion. Cecil en est plus convaincu encore que les prélats. Parker eût préféré laisser sans réponse le livre du catholique Sanders^ ; Cecil l'oblige à répliquer.
Les martyrs de Marie avaient puissamment contribué à tourner l'Angleterre vers le protestantisme : il faut empêcher que le souvenir ne s'en perde, maintenant surtout que les bûchers s'élèvent principalement pour les catholiques, et pourraient ramener les sympathies vers eux. John Foxe compile une histoire de ces martyrs, à la date et dans l'esprit voulus; livre énorme, dédié à la reine, et que la convocation de Cantorbéry décide de placer dans toutes les cathédrales pour l'édification du public. Foxe y raconte « les grandes persécutions et désordres horribles pratiqués et fomentés par les prélats romains (romish), particulièrement dans ce royaume d'Angleterre et d'Ecosse, depuis l'an de Notre-Seigneur mille, jusqu'au temps d'aujourd'hui- ». Cette immense compilation est faite de quantité d'histoires, anecdotes et descriptions de supplices, mises à la suite, sans aucun art et sans le moindre esprit critique. Le livre est comme un long cri de douleur, une longue malédiction, un hurlement mille fois répété. L'auteur n'a pas plus le désir d'éviter la monotonie qu'un charpentier
1. De visibili monarchia Ecclesise, Xnvers, 1571. V^rker, Cor respondence, 1853, pp. 409 et s.
2. Actes and monuments of thèse lutter and perillous dayes touching matters of the church, wherein ar comprehended and described the great persécutions and horrible troubles that hâve bene wrought and practised
enfonçant un clou; il ne se préoccupe que d'asséner des coups aussi forts et aussi nombreux que possible. Il recueille ses renseignements au hasard des occasions, sans prendre le temps de contrôler ni de vérifier, faisant parfois deux martyre d'un seul supplicié, ou contant la mort d'un personnage qui se trouvait encore vivant, pour protester, à l'apparition du livre. Foxe promettait des rectifications, mais omettait de les faire. Il demeurait convaincu qu'il n'en saurait jamais assez dire et que les traits mis en trop étaient loin de compenser ce qu'il avait dû ignorer. Des gravures innombrables corroboraient l'eifet du texte; les supplices d'autrefois y sont montrés dans leur variété et leur horreur; les costumes sont uniformément ceux du seizième siècle, comme dans les pièces de Shakespeare et suivant l'insouciance historique usuelle alors. Au lieu d'en être diminué, l'intérêt était accru : ces touches contemporaines rapprochaient les événements et augmentaient l'émotion. Les moines et papes sont toujours représentés sous des traits ignobles; le caractère étranger de ces prélats de Rome ou d'Avignon, et de ces suppôts de l'Espagne est énergiquement souligné : Foxe savait qu'il redoublait ainsi la vivacité des rancunes. L'immense machine de guerre accomplissait son œuvre et maintenait présent le souvenir des persécutions, très réelles celles-là et incontestables, de la reine Marie. Les Actes et Monuments eurent de nombreuses éditions et plus d'une église d'Angleterre montre encore, de nos jours, le vieil exemplaire enchaîné à un lu-
by the Romishe prêtâtes, xpeciallye in this reatine of Kngtand and scotlande, from Itie yeare of oiir Lorde a thousande, unlo tlie tyme nowe présent, Londres, John Day, l5fi2-3, fol. Autres éditions : I.'i63, 1570, 1576, 1583. 151)0, etc. John Foxe, né en 1516, avait donné d'abord une édition latine moins ftendue : Bâle, 1559. A noter, parmi ses écrits, un Christus Triumphans. drame latin en cinq actes, 1556. Ses objections au surplis empêchèrent son avancement dans la hiérarchie religieuse ; il mourut en 1587.
trin, qui entretint jadis dans la haine de Rome les sujets d'Elisabeth.
Ce n'était pas assez que de faire la guerre à Rome et à Genève ; il fallait aussi donner consistance à cette formation composite qu'était l'ÉgUse anglicane; et river ensemble ses diverses parties qui n'étaient que juxtaposées, avec des joints et des fissures demeurés visibles; si visibles qu'on en plaisantait en Europe. Par les archevêques ou sous leur direction, l'œuvre est poursuivie. Ils tracent des règles, fixent une discipline, rédigent les articles définitifs de la foi anglicane. Ces règles et articles, rigoureusement imposés, sont comme des crampons de fer retenant en place les moellons de l'édifice : ce n'est pas, sans doute, la meilleure manière de bâtir; mais on aura, du moins, une sécurité provisoire; dans de telles crises» on va au plus pressé, se réservant de parfaire l'œuvre en des temps meilleurs. Nowell, ami de Parker, rédige le catéchisme de la nouvelle croyance, autant pour répondre aux critiques continentaux que pour satisfaire les fidèles insulaires; il soigne son latin, à cause des lettrés d'Europe ^ Parker s'applique à démontrer que cette croyance n'est pas si nouvelle. Justement préoccupé de l'effet produit, en un pays de précédents et de tradition, par l'effet de la persistante question des catholiques : où étiez-vous il y a cent ans? il compulse les vieilles annales, écrit aux historiens de son temps pour avoir des informations, demande à Grafton où il a puisé ses renseignements sur les missionnaires envoyés au roi
1. Calechismus sive prima In.stitutio Disciplinaque pietatis christianx, 1670, 4", traduit en grec par Whitaker et en anglais par Thomas Norton : c'est le « grand catéchisme ». Nowell en publia deux rédactions abrégées : le moyen et petit catéchisme. Helléniste distingué, doyen de Saint-Paul, Nowell, qui mourut en 1G02 presque centenaire (devant, selon Isaac Wallon, cette longévité à la pèche à la ligne), signalait à Cecil, le 22 juin 1563, la nécessité d'un catéchisme, à cause notamment, de « the opinion beyonde the seas ». Letters ofeminent literary men; Catnden Society, 1843, p. 21,
des Bretons « Lucius ». Grafton répond qu'il les tient, partie de M. Keyes, qui les a pris on ne sait où et partie de Fabyan, ce qui n'était pas remonter bien loin dans l'antiquité^. Parker veut montrer que l'Angleterre d'Elisabeth ne renie pas son passé; il imprime les anciennes chroniques, donnant toutefois des textes qui font plus d'honneur à son activité qu'à son esprit critique'-.
La hiérarchie anglicane est défendue, soit en latin, soit en anglais, par les réfugiés Baro et Sara via 2, les évoques Bilson, Bancroft et Jewei*; mieu.x encore par Hooker.
Hooker se servit de l'idiome national et rédigea un livre, sur les Lois du Gouvernement de f Eglise ', qui est un des classiques de la langue anglaise. Le charme de l'œuvre
1. Granon à Parker 1566 (?). Correspondance of Matthev: Parker, 1853. p. 2<.«5. Sur Fabyan, voir supra, p. 88. Lucius et les missionnaires sont également fabuleux.
2. Asser, Gildas, Mathieu Paris, etc. Les textes sont plein.s d'erreurs et d'interpolations; les savants chargés, de nos jours, de rééditer ces textes ont jugé sans ménagements l'entreprise de Parker : a Parker bas not tbe slighlest scruple in altering what he does not understand, or changing words or expressions Ihat he does not like ». Luard, Matthxi J'arisiensis Chronica Majora (collection du Master of t/ie Rolls] II, p. xxiii. Voir aussi Madden, préface de l'Historia Anglorum du même Mathieu Paris {Itollsj, pp. xxxi et s. De Parker encore, un texte d'ifllfric. publié avec traduction anglaise sous ce litre caractéristique : A festimonie of antii/tiidr, shewing the auncient faytli in the Church of Emjland touching the sacrament of tfie hody and blonde of the Lorde, hère publikely preached... above 600 yenres agoe, Londres, John Day, [1566].
3. Baro, 1534-99, était un réfugié français; Saravia. 1531-1613, d'origine espagnole, était né en Artois; tous deux défendirent la hiérarchie anglicane; le dernier était lié d'une étroite amitié arec Hooker et Casaubon.
4. Bilson, 1547-1616, évéque de Winchester, défendit l'Église anglicane notamment contre Allen; Bancroft, 1544-1610, archev. de Cantorbéry, prélat aux goûts seigneuriaux, fut un des plus rudes adversaires des puritains; Jewel, 1522-71, évéque de Salisburv, écrivit en latin sa mémorable Apologia pro Eccle.sia Anglicana, 1562, sur laquelle Cecil comptait pour seconder la cause protestante sur le continent autant qu'en Angleterre (Parker, Correspondence, 1863. pp. 148, 161). L'apologie fut traduite en anglais e. g. par Lady Bacon, 1564 : oeuvre raisonnable, étayée de citations bien choisies et s'adressant aux esprits modérés.
5. The Lawes of EcclesiasUcal Polity, Londres 1592 (?) et s. Les livres
vient surtout de ce qu'elle est sincère et l'auteur désintéressé. Hooker ne défend pas, comme Whitgift, une hiérarchie dont il occupe le premier échelon, ni les biens d'Église dont il est accapareur. C'est un homme doux, modeste, savant, qui fait une grande différence entre les injures et les raisons, et qui a le mérite, peu commun, de croire à la bonne foi possible de l'adversaire. Bien loin de solliciter des honneurs, et de se donner ainsi des raisons supplémentaires pour les défendre , il se démet de ses fonctions à Londres afin de vivre aux champs, simple curé, vêtu à la paysanne, lisant Horace en gardant ses moutons, élevant ses quatre filles, tyrannisé par sa mégère, et préparant sous la bure la plus belle défense qui ait jamais été faite de ces prélats vêtus de soie, logés en superbes palais, qui l'encourageaient de leurs belles voix pontificales.
Simple, naïf, consciencieux, ne s'étonnant de rien et ne craignant rien, offrant le type si rare du modéré intransigeant dans sa modération, armé de bon sens, en même temps que de science, usant des deux à la fois, il se comporte en penseur et va au fond des choses. Il regarde en face les propositions les plus hautaines; il en fait aussi le tour et voit ce qu'il y a derrière. Il ose contredire la proposition puritaine, qui avait été déjà celle de Wyclif : tout est dans la Bible ; ce qui n'est pas dans la Bible est humain, contestable et rejetable ^ Tout n'est pas dans la
VI à VIII sont posthumes et déparés par des remaniements et interpolations. — The Works of that learned and judicious divine Mr. Richard Hooker, éd. Keble, Oxford, 1836, 3 vol. 8". Né en 1553, élève d'Oxford, « Master » du Temple où il prêche tous les dimanches, à partir de 1585, il vit ses thèses contredites par le puritain Travers, et le désir de le réfuter lui donna l'idée d'écrire ses Lawes. Il se retira à la campagne pour y travailler et mourut recteur de Bisbopsbourne, près Cantorbéry, en 1600.
1. « Namely that scripture is the only rule of ail things which in this life may be donc by men ». Works, t. I, p. 358, La réfutation de cette thèse est le sujet du livre II.
240 LA REINE ET SON ROYAUiME.
Bible répond Hooker ; la Bible nous enseigne la loi surnaturelle, mais, à côté de cette loi, il y a la loi naturelle qui nous est enseignée par notre raison, et dont les préceptes s'imposent aussi à nous. Il fait à la raison sa place et à l'initiative humaine sa part. Le gouvernement ecclésiastique et le gouvernement civil sont tous deux choses humaines, mais ne doivent pas être rejetés pour cela; ils ont tous deux le même fondement, et, devançant Rousseau, Hooker conclut audacieusement que ce fondement, c'est le consentement des gouvernés : « Ce ne sont pas des lois, celles que l'approbation publique n'a pas faites ». Brève et énergique formule, d'un transport facile, qui se grave dans la mémoire, telle quelle. Hooker ajoute, il est vrai, des restrictions nombreuses et finit par reconnaître au souverain absolu le droit d'imposer des lois contraires au vouloir de ses sujets. Il justifie cette conclusion, qui était aussi, en réalité, son point de départ, au moyen de ce contrat conclu, suivant lui, à l'origine des sociétés et par lequel l'ancêtre populaire aurait abdiqué ses libertés et lié à la fois lui et ses descendants * .
Bien des objections viennent à l'esprit, mais non pas l'envie de fuir ce philosophe honnête qui peut se tromper, mais demeure sincère. Ses discours pondérés, ses larges vues simples, sa voix tranquille, contrastent avec les argumentations ordinaires d'alors, étroites et féroces, semées d'injures, réclamant la guerre à Belzébuth et la mort
1. n Laws they are not therefore, wbich public approbation bath not madc so. But approbation not only they give who personally déclare their assenl, \)\ Toice, si|;;n or act, but also when others do it in their names by right. originally al the least. derived from tbem... When an absolute monarch commandelh bis subjects thaï ^^bich seemeth good in bis o^^n discrétion, bath not his edict force of law whetber they approre or dislike il?... To be commanded we do consent, when thaï sociely nbereof we are part hath at any tinte berorc consented, wilbout revoking the same aHer, by the like universal agreeroent ». Works, I. III, pp. 307, 808.
de Jézabel. Son style convient à sa pensée; il est noble et sans emphase ; ce latiniste nous fait songer, en son anglais, aux grandes lignes et aux nombreux replis de la phrase et de la toge romaines. Les fleurs de poésie s'épanouissent naturellement dans la vaste plaine de ses démonstrations ; sa parole qui n'est jamais rauque, a parfois des modulations quasi musicales, ainsi qu'il convenait à cet ami de la musique : « laquelle s'associe à nos peines comme à nos joies, également bienvenue lorsqu'elle accompagne les actes les plus graves et les plus solennels, ou lorsqu'elle charme la retraite et le repos des hommes ».
Au calme relatif des premières années avait succédé une période de répression rigoureuse. Le pays avait consenti, il ne se révoltait pas ; les croyants consciencieux des partis extrêmes soufl^raient seuls; le sol n'était pas déchiré par ces troubles profonds qui bouleversaient les grands États du continent, affligés d'interminables guerres civiles, religieuses ou étrangères. La nouvelle Église avait pris forme et consistance; l'édifice n'était pas d'un style très cohérent, mais il commençait à faire figure; la masse des gens sans passions mystiques lui trouvait une régularité suffisante : il rappelait un peu le passé et on y respirait plus librement qu'autrefois; la police qui y régnait satisfaisait ces âmes toujours nombreuses qui aiment les croyances toute prêtes, garanties par le Gouvernement.
Sans doute, il lui manquait la patine du temps; surtout il lui manquait des fondations profondes : il n'était pas sûr que quelque grande tempête ne pourrait pas l'ébranler sur sa base. C'était le secret de l'avenir : de ces secrets Elisabeth se souciait moins que des recettes pour le temps présent, et elle avait plus d'une raison pour n'être pas mécontente du temps présent.
Les bûchers, les supplices, les querelles religieuses, les ambitions seigneuriales amènent quantité de catastrophes individuelles et dans le pays, par moments, des troubles inquiétants. Mais les périodes de désordres sont courtes et localisées, bien moins durables que dans les autres royaumes d'Europe'. Les ambitieux de grande taille, les apôtres pleins de zèle en soufl'rent; la classe moyenne, un moment émue, se remet vite à cultiver son jardin. Les marchands développent leur négoce, les grands et petits propriétaires, l'œil attentif au gain, le cœur peu sensible à la souffrance d'autrui, continuent, jusque bien avant dans le règne d'Elisabeth, d'expulser le cultivateur agricole, qui s'en va mourir, n'importe où, de famine, ou se faire pendre comme vagabond. Le maître du sol devient producteur de laine et commerçant : c'est une des grandes étapes de la route parcourue par l'Angleterre pour se mettre à la tète du commerce des nations.
On voit se former ces rudes jouteurs, intrépides, persistants, que n'arrêtent ni leur propre danger, ni les maux (ju'ils risquent ou infligent, que la richesse n'apaise point, insatiables et toujours sur la brèche, et qui, trait remarquable et quasiment unique, rapportent avec empressement à Dieu, leur réussite, quels qu'en aient pu être les
1. Les malheurs delà France, par exemple, ont été alors tellement plus profonds et durables par comparaison, que les étrangers m<Mne étaient mus de pitié à la pensée des souffrances de cette « valeureuse monarchie ». Dekker écrit : « France lies yet panting under thc biowes which her own rhildren bave given her. Thirly yeercs tngelher suffred she her bowels to hc lorne oui by thosc thaï werc bred within tiiem... O gallant monarrhy, whal hard fale hadst Ihou.tbat wben none werc lefl to conqucr thee, thoushouldst triinnph over thy selfe »! Seven deadly .«n», 1606; réimp. par Arber, p. 7.
moyens. Ils le font en conscience : ils sont gens d'aujourd'hui et de demain et non d'hier; les moyens sont d'hier; la réussite, d'aujourd'hui; ils remercient pour aujourd'hui.
Déjà on se préoccupe avec une ardeur militaire des débouchés à ouvrir. C'est, pour Elisabeth, une raison suffisante et justifiant des pirateries exécutées en pleine paix, que de pouvoir dire à Philippe : Vous avez gêné mon commerce. Car, bien qu'on soit loin encore des théories du libre échange, on a déjà celle de la « porte ouverte » ; elle est formulée en de nombreux actes, récits de voyage ^ et documents internationaux. Philippe, qui avait ses raisons pour préférer un régime contraire, s'applique à maintenir, dans ses possessions d'outre-mer, le système des portes closes : on les enfonce. Hawkins oblige les Espagnols des Antilles à lui acheter ses cargaisons qui consistent en nègres; s'ils refusent, il brûle leurs villes. Aux yeux des sujets de la reine, l'importance du commerce est dès lors prééminente, et il n'y a guère de cause pour laquelle ils feraient plus volontiers la guerre. Le contre-coup des événements sur leur commerce n'est jamais loin de leur pensée. Sir Thomas Smith, secrétaire d'État, apprend la nouvelle de la Saint- Barthélemi, et, écrivant à Walsingham, ambassadeur en France, commente l'événement dans une lettre qui se résume ainsi : la catastrophe est horrible, infâme, épouvantable; elle va nuire prodigieusement à notre commerce-.
1. « For I trust in God! to go both thilher and hither, and to buy and sell as freely as... any other. Hère is very great good to be donc in divers of our commodities; and in like manner, there is great profit to be inade wilh coramodities of this country to be carried to Aleppo ». Lettre de J. Newbery ; Goa, :>0 janvier 1584. (Voyages de Fitch, Newbery, etc., dans Arber, Englinli Garlier, III, p. 189).
2. « Tiie mater apereth ali maner of waies very lamentable... Yf...of long lyme premeditate before..., Ihen the worse and more infamous... Now the vintage as you know is at hand, and our trafique into Roan and other places in France is ahnost laid downe vvith this new feare... Who shall now worthely
ZiO LA REINE ET SON ROYAUME.
Ce commerce grandissait; de nouvelles industries venaient s'ajouter aux anciennes, grâce aux émigrés protestants, chassés de France et des Pays-Bas espagnols : tissus, tapisseries, aiguilles, dentelles. Les produits du négoce et du sol anglais pénétraient au loin : draps, toiles, plomb, étain, transportés dans le Levant et la Bnltique, à Dantzig, à Constantinople. « C'est chose notoire, dit Hentzner, que les draps anglais, à cause de l'excellence de leur laine, sont très recherchés et qu'on les importe dans tous les royaumes et provinces d'Europe* ». Les relations d'affaires commencées avec la Russie étaient affermies; des aventuriers cherchant fortune séjournaient aux Indes et une compagnie était formée pour trafiquer avec ce pays-.
La conquête des richesses est jugée d'importance prééminente. Il faut être riche. Elisabeth et son peuple, qui se ressemblent par certains points et se complètent sur d'autres, sont d'accord quant à la nécessité de s'enrichir, avec cette diff'érence que le peuple y met plus d'ardeur et elle de circonspection ; il est dépensier, elle est économe. Pendant qu'elle renonce à conquérir la France et même à recouvrer Calais, ses sujets rêvent de dominer le monde, ou du moins d'en accaparer les richesses. Les richesses ont à
Write of Ihese new Ireasons and cruelties more barbarous tlian erer the Scitliiaiis u$ed »? Woodstock, 11 septembre 1572; le massacre était du 24 août. Ellis, Original Le.Ue.rs, III, m, 377.