Fleurange (collection Petitot, XVI, p
4. Chronique de Hall (contemporain), éd. Ellls, 1809, 4", pp. 515, 517.
juger par les débuts, son règne va être un « Camp du drap d'or », et un Roman de la Rose perpétuels. Il sait les mérites de la langue anglaise ; il encourage le drame national, et décourage les mauvais auteurs en quittant le spectacle au milieu de la pièce quand elle est trop ennuyeuse *. Joyeux vivant, brillamment marié à une fille de Ferdinand et d'Isabelle, Catherine d'Aragon, ce qui lui assure le puissant appui de la maison d'Espagne, il sourit à la vie. H aime à paraître, il souhaite qu'on l'admire; il veut que tous les regards se tournent vers lui : ceux du pape, de l'empereur, du roi de France, du peuple d'Angleterre, des ambassadeurs étrangers. 11 recherche les occasions de briller, les plus hautes comme les moindres. A peine sur le trône, il rêve de renouveler les exploits des Plantagenets; il veut prendre la Guyenne et recommencer la guerre de Cent ans. Il veut aussi éblouir les envoyés de Venise, il leur parle quatre langues; il se montre à eux couvert de bijoux : « Ses doigts n'étaient qu'une masse d'anneaux et de pierreries ». 11 culbute en leur présence un cavalier et son cheval ; puis, « ôtant son casque, il vint causer et rire avec nous, sous la fenêtre où nous étions, ce qui fut pour nous un grand honneur ». Il apprend avec chagrin des mêmes ambassadeurs que, pour la taille, François I" n'a rien à lui envier; mais, avec plaisir, que si le roi de France a les jambes longues, du moins elles sont grêles. « IJi-dessus le roi d'Angleterre ouvrit son pourpoint et, mettant la main sur sa cuisse, dit : Regardez un peu là ! et notez que j'ai, en outre, le mollet fort beau- ». Il reste, à cet égard, le même
1. C'est ce qu'il fait en I&15, à la représenUUon d'une moralité par Henry Mrdwall.
2. Lettre* de N. Sagudino, 3 mai 1515, de Piero Pasquaglio, même date; rapport d'ensemble de Sébastien Giustiniani. 10 oct. 1519, dans Rawdon Brown, four years nt the court of llmry VIII, Londres. 1864, 2 vol. 8". Cf. l'éloge du roi par Paul Jotc, Dfscriplio BrilutiHÙe, Venise. 1548, 4", sig. c. ii.
jusqu'au bout; ou le sait et on agit en conséquence. Tard dans le règne, il envoie dix dames de sa cour admirer un énorme navire qu'il fait construire à Portsmouth, le plus gros qu'on eût encore vu; elles lui adressent une épitre collective qu'elles signent toutes les dix et où elles déclarent <( que le bâtiment est si magnifique à voir que, de toute notre vie, nous n'avons jamais vu (à l'exception de votre personne royale et de monseigneur le Prince votre fils) rien d'aussi agréable à contempler^ ».
Fier de sa tournure, il est fier aussi de son savoir. Si un audacieux moine allemand surprend la chrétienté par la témérité de ses attaques, Henri ne laissera pas aux théologiens l'honneur d'écraser « ce serpent » ; il ira de l'avant et, se détournant, pour un temps, « de ces occupations militaires et de ces affaires d'État auxquelles », comme il l'écrit au pape, « il avait dû consacrer sa jeunesse », il confondra l'hérétique par ses arguments; il sera le rempart de l'Église, l'objet de l'admiration universelle-. 11 voit, avec joie, dans une dépêche de l'envoyé anglais, que Léon X, recevant le bel exemplaire du livre, relié en drap d'or, qui lui est destiné, n'a pu se retenir d'en lire « cinq pages de suite, et je crois bien que, si le temps et le lieu et des affaires de non médiocre importance le lui eussent permis, il aurait tout lu jusqu'à la fin ». Ces cinq pages, du moins, ont été grandement admirées; le pape, tout en lisant, marquait, « par exclamalions ou signes de tête, le plaisir qu'il y prenait 3 » ; très admirés aussi les deux vers écrits à