‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 76 sur 290 · Analomy of Ahmex, 1583, éd. Furnivall, I, p · texte numérisé non relu

Analomy of Ahmex, 1583, éd. Furnivall, I, p

2. « 1 need not to make anie long discourse of castels, sith it is net the nature of a good Englishman to regard to be caged up as in a coope, and hedged in with stone walls, but rather to meet with bis enimie in the plaine ficid at hand slrokes ». Drscriplion of Britaine, I, p. 265.

3. Claude Binet, Les Plaisirs de la vie rustique, Paris, 1583, 12°.

et, pas plus qu'en Angleterre, on ne s'y enfermait « comme des poulets ». A leur retour à Londres, les voyageure, les excentriques, les esprits bizarres qui se singularisaient par leur admiration des peintres, des poètes, des rapières ou des romans continentaux se voyaient traités de la belle manière par le groupe des laudatores patriœ;'ûs étaient chansonnés, traduits sur la scène : qu'est-ce donc? allonsnous dédaigner notre pays?

On est, à Londres, fier de ce qu'on est. La satisfaction éprouvée s'étend de l'individu à ce qui l'entoure dans le temps et dans l'espace : sa famille, ses ancêtres, le sol qui l'a vu naître et la langue qu'il parle. Les histoires, les biographies, les descriptions, les généalogies sortent en foule des presses anglaises : compilations énormes et innombrables, et répondant à un tel besoin que presque toutes, si coûteuses qu'elles soient ou si médiocres de composilion, se vendent À un nombre prodigieux d'exemplaires, bien supérieur, la plupart du temps, à celui qu'atteignit la mieux vendue des pièces de Shakespeare : il s'agit d'un culte, on ne discute pas.

On ne saurait se contenter des travaux des Leland, des Fabyan ou des Hall ; simples ébauches aux yeux des successeurs; leur œuvre est totalement refaite, et même plusieurs fois refaite; le même sujet est traité simultanément par divers auteurs ; tous trouvent un public et des lecteurs en foule; à chaque nouvelle édition, ils reprennent et agrandissent leur œuvre, et ne manquent jamais d'acheteurs. Camden s'assigne exactement la même tâche que Leland : visiter et décrire la terre maternelle ; et le voilà en mouvement, ses carnets de notes à la main, traçant, à une échelle plus vaste encore, un tableau de tout le pays, comté par comté, bourgade par bourgade, sans oublier une montagne, une rivière, une légende, une taupinée. in((uiet de

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la grandeur de son entreprise, mais soutenu par l'idée qu'il travaille « pour la gloire du nom britannique ». Il donne la première édition de sa Britannia en 1586, la sixième en 1607^. Le succès est tel qu'il se risque à réunir les rognures, les déchets, les rebuts, les notes éparses qui n'avaient pu trouver place dans le livre et dont il lui restait de pleins tiroirs. Il s'agissait encore de la patrie ~ : les Remaines furent lus avidement; publiés en 1605, ils eurent sept éditions au cours du siècle. Savile imprime les historiens anglais du moyen âge ; Lambarde donne une histoire et description du comté de Kent, Carew une description de la Cornouaille, anciens et excellents spécimens de ces histoires de comtés, devenues depuis si nombreuses et que l'amour du pays a toujours fait recevoir avec faveur 3. Sir Thomas Smith, ambassadeur, député, secrétaire d'État, helléniste, juriste, alchimiste, astrologue, décrit l'organisation administrative du pays, supérieure à toute autre, et digne des anciens Romains, Il est fier surtout, et avec raison, d'un Parlement dont le pouvoir est, sans doute, atténué de son temps, mais qui n'est pas mort, et qui est, pour le peuple anglais, ce qu'étaient les comices pour le peuple de Rome ; tous les Anglais en font partie, u princes ou peuple, soit par eux-mêmes, soit par représentant * ».

1. Britannia, sive florenlissimorum regnorum Angliic, Scoliae, Hiherniœ et insularum adjacenlium ex intima anliquilute chorographica Dexcriplio, 1586, S»; traduit plusieurs fois en anglais et d'abord en 1610. Né à Londres en 1551,Camden mourut en 1623, à Chislehurst, dans la maison, « Camden house », où mourut depuis Napoléon III. Grand éloge de Camden par Spenser, dans ses Ruines of Time, 1591.

2. « ... So resplendenl in ail glorie that if the most Omnipotent had fashioned the world round like a ring, as he did like a globe, it might hâve bene most worthily Ihe one gemme therein ». Remaines concerning Brilaine, 1605, p. 1.

3. William Lambarde, 1536-1601 : Perambnlation of Kent, containing f/ie description, liystorie and customes of the sinjre, Londres, 1576, 4°. Richard Carew (traducteur du Tasse) : Survey of Cornwall, 1602.

4. De Republica Anglonim; the maner of governement or liolicie of Ihe

D'autres, Norden, Saxton, Speed, Nowell, entreprennent la cartoerraphie ^'•énérale du royaume. Les autorités s'intéressent à leur œuvre, et Saxton parcourt le pays avec des lettres du Conseil privé recommandant qu'on le laisse monter sur tout château, tour, colline ou point élevé d'où il pourra bien voir la contrée '. Speed est si ému de l'importance de sa tâche qu'il y eût renoncé, n'était que « le Seigneur me la fit accomplir pour manifester sa puissance dans ma propre faiblesse ». Gardant cependant quelque doute sur l'excellence de cette raison, il ajoute : « La seule excuse de ma folle présomption est que le zèle pour la gloire de ma patrie me troubla tellement l'esprit que je ne sus pas ce que j'entreprenais 2 ». Stow, comme on a vu, décrit la

realm of h n gland, Londres, i:»83, i»; cinq éditions avant !a fin du règne; plusieurs fois traduit en latin. Il croyait à la mutation des métaux et fonda une société pour clianger le fer on cuivre, mais ne fit rien que changer son argent en fumée, et celui aussi de Burghley et .de Leicester qui, pris comme tout le monde de la manie de s'enrichir, avaient risqué des fonds dans cette nouvelle aventure. Voir infrn, p. 315.

1. Acls of (he Privij Couneil; A>«" séries; t. IX, 1894, séances des 11 mars 167[6] et 10 juillet 1570.

2. Atlas d'Angleterre par Christopher Saxton (réunion de caries, de dates diverses, 1575-71», peintes à la main, élégamment ornées, mais de faible mérite géographique). — Corniez divers, par Norden : Sprculum Hi-ilntmix, t/ie firsl Parte... Middlescx, Londres. 1593; Jlartfordshire, 1598, etc. Du même, un guide en Angleterre: England, an inlended guide for F.nglish Travailler.s, 1625.— De Laurence Nowell, frère du doyen de Saint-Paul, une série de cartes des comtés anglais, avec des annotations, de la main de Cecil, conservées au Brilish Muséum. Voir une lettre de lui à Cecil dans laquelle il se flatte — naïveté de travailleur — de donner l'atlas définitif de son pays (1563) : Lellers of eminenf lileranj men, Camden .SoriWy, p. 22. — Speed dessine des cartes de comtés dans les dernières années du seizième siècle; publie, de 1608 à 1610, cinquante-quatre cartes d'Anglelerre et du pays de Galles exécutées par lui et d'autres, et les réunit en un Théâtre oflhe Empire of Great Brilnine, 1611, fol.; 2' éd. 161 i, 3"» 1627 (descriptions to[>«tgraphique8 au verso des cartes; vues et plans des principales villes et sites remarquables; scènes familières : chasse, travaux des champs, voyageurs à cheval, colporteurs sur les routes; beau portrait de l'auteur). Du même : .1 prospect of Ihe most fnmous parts of t/ie World, d'une remarquable exartilude, iiauf pour le N. O. de l'Amérique et le N. E. de l'Asie; Nil sortant des grands lacs d'Afrique.

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capitale pierre par pierre. Harrison observe les mœurs des habitants jusqu'en leurs détails et en trace un tableau vif, pittoresque, humouristique, amusant à lire et instructif en même temps. Tous se préoccupent des origines et des lointains ancêtres. Camden s'étend longuement sur les « primi incolsB » ; sir Thomas Smith cherche, jusque dans les temps anglo-saxons, la source du droit anglais. Foxe, comme on sait, fait remonter aussi loin l'histoire de ses martyrs, et Hakluyt, celle de ses voyageurs.

Les chroniqueurs ont l'ambition de ne rien laisser échapper des faits et gestes des ancêtres; ils sont infatigables en leur labeur : annales ou chroniques, de Grafton, de Stow, d'Hoiinshed ; histoires de Speed et de Daniel, toutes en anglais; annales (en latin) du règne d'Elisabeth, par Camden^ : ils rivalisent de zèle, écrivant avec joie, parce qu'ils

1. Richard Grafton (imprimeur, chroniqueur, membre du parlement; querelles avec Stow et avec Buchanan] : Abrithjement of Ihe Chronicles of England, 1562 (cinquième édition, 1572); C/ironicle al large and meere Historye of Ihe affayres of Englande, 1568. — John Stow (marchand tailleur, épris du passé national, donne une éd. de Chaucer en 1561, m. 1605) : Summarie of Englyxhe c/ironicles, 1565 (dix éditions avant la fin du siècle); Chronicles (plus tard appelées Annales) of England, 1580, 4°. — Raphaël Holinshed : The... Chronicles of England, Scotlande and Irelande... failhfidly galhered, Londres, 1577, 2 vols. fol. illustré; 2° éd. augmentée, 1586-7; en tète, la Description of Britaine, d'Harrison. — John Speed : History of Greal Brilainc, 1611, si.\ éditions en vingt ans; dédiée : « To the learned lovers of Great Britaines glory », illustrée. — Samuel Daniel : The first part of the Historié of England, 1612, 4", œuvre remarquable, grand soin des sources; sa conclusion sur le quatorzième siècle (dans la 2« édition, 1618) lui fait grand honneur. — William Cdmden : Annales rerum Anglicarnmel Hibernicariun régnante Elizabelha, ad annum /.'jS.9, Londres, 1615, fol.; (en latin, le t. II, contenant la fin du règne, est posthume) : important témoignage d'un contemporain bien informé, qui souvent peut dire : j'y étais, je l'ai vu; qui sait, à la fois, la valeur des sources et l'importance du trait ou de l'anecdote caractéristiques. Voir, par exemple, son récit de la catastrophe d'Esscx.

Les historiens écossais se servaient encore, par préférence, dans ce siècle, du latin : histoires de John Major ou Mair: Historia Majoi-is Britanniee, Paris, 1521,8", .^wyJ''«- P- 119; d'Hector Boece ou Boyis : Scolorum Uislori[a], Paris, 1526, quantité de fables (trad. en dialecte écossais par Bellenden, 1536); de Budianan, Rerum Scoticarum Jfisloria, verbeux et médiocre, Edimbourg,

traitent un sujet national, dédiant, comme Speed, leur œuvre « aux amants de la gloire de la (irande-Bretagne ». Les meilleurs d'entre eux savent la valeur des sources, et donnent volontiers le texte des documents importants ayant, dit l'un, pris soin « d'examiner minutieusement les chartes des rois et des grands, les lettres, les avis du conseil, les dépèches diplomatiques, les journaux du Parlement, les actes et les statuts^ ». Ils reproduisent des médailles et des sceaux, et ajoutent parfois des gravures pour intéresser le vulgaire : car ces gros livres ne s'adressent pas seulement aux riches et aux lettrés. S'il n'avait compté que sur un public de lettrés, Holinshed eût, sans doute, été plus scrupuleux dans le choix de ses images et eût hésité à em> ployer le même bois pour représenter l'assassinat de Mogal en 169 et celui de Jacques I" d'Ecosse en 1V37; la même vignette pour figurer Noé et Connal. Mais simple de langage, facile à comprendre, sans vues profondes ni considérations abstruses, il s'adressait à tout le monde et fut lu par tout le monde : clercs, nobles et gens de peu, comédiens en quête d'un sujet de pièce, et parmi ces derniers, Shakespeare.

11 se trouve enfin dans le groupe, en attendant que Bacon et Haleigh viennent en accroître l'illustration, des auteurs capables de vues originales et d'absolue impartialité : tel Daniel dont l'effort pour écHrc une vraie histoire, équitable, exacte, en style coulant, est remarquable; tel encore sir John Hayward^, moins artiste, mais plus audacieux.

1582. Lindesay of PiUcottie, mort vers 15G5, se sert toulefois du dTalecle étossais : Historié ntul Cmniclrs of Scollrnid, éd. Markay, 1890. ?. vol. 8«, sans art, mais passages piltores(]ues; impr. seulement en 1728. Knox, suprn, p. 228, emploie le même dialecte dans sa viruleate histoire de la Réforme en Écosxv. pamphlet plutôt qu'hi-sloire.

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