‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 86 sur 290 · ea, 1619, sonnet · texte numérisé non relu

ea, 1619, sonnet

2. Dédicace, en vers, de sa tragédie de Clropntra, 1594. Voir sur ce sujet Shahespcare en France, chap. I. p. 21. (Cf. Ker. Panurgr's English dans .!»( Hiiijlisfi iniscellnny prrsdifcd to Dr. FumivnH, 1901. p. 196.) John Donne, au milieu des legs ironiques d'un testament à la Villon attribue : « à ceux qui virent à l'étranger, sa langue anglaise; » legs ironique : ils n'en sauraient faire aucun usage. T/ir i\ ill, dans l'oems, l. I, p. 60, Muses IJbrnry. ILirrison constate que si d'aventure quelque étranger se ris<jue à apprendre l'anglais, il ne peut se tirer des difficultés de la prononciation, n les Français surtout ». {Desc. of F.ngland, éd. Furnivall, p. xxx.)

et parfois aussi de mauvais : œuvres de Gascoigne, simple, pratique , sensé ^ ; de Sidiiey le plus charmant de tous, de Webbe, ennemi de la rime, mais grand admirateur néanmoins d'un « nouveau poète, Master Sp. », autrement dit Spenser"^; de Puttenham, savant, prolixe, riche en anecdotes souvent grossières, toujours prestement contées, et en explications pédantes réunies pour l'amusement et l'instruction d'Elisabeth 3 ; œuvre enfin du consciencieux Jacques VI d'Ecosse, qui s'inspire de ses prédécesseurs, surtout de Gascoig-ne, mais choisit bien parmi leurs préceptes; il bourre son petit traité de recommandations fort sages et un peu terre à terre, dont on s'est moqué plus que de raison, comme on se moque du pauvre Polonius : on rit de ce qu'il dit parce que c'est lui qui parle ; les mêmes choses dites par un autre seraient des oracles^.

1. Son chapitre sur les licences poétiques, moins bref que celui de Banville (« Il n'y en a pas »), n'est pas moins sage en sa spirituelle ironie : « This poeticall licence is a shrewd fellow and covereth many faults in a verse, it makelh wordes longer, shorter, of rao sillables, of fevver, newer, older, truer, falser, and to couclude, it turkeneth ail things at pleasure, for eiample, ydone for done, adowne for downe, orecome for overcome, tane for taken », et autres libertés que vous ne découvrirez que trop facilement. Certayne notes of Instruction, 1375, éd. Arber, p. 37.

2. A Discourse of English Poetrie, I586,réirapr. par Arber. Webbe insiste sur la richesse de la littérature anglaise contemporaine, démontre l'utilité pratique de la poésie (point qui continuait à être jugé de la dernière importance), trace un tableau des littératures grecque, latine et anglaise, traite des différents genres littéraires, et termine par une prosodie où la rime n'est que tolérée, et encore à regret.

3. Il ne définit pas moins de 121 de ces figures inventées par les grammairiens et dotées par eux de noms savants : The Arte of English Poésie, 1589 (réimpr. par Arber); anonyme, mais probablement par Richard Puttenham. La plupart de ces traités contiennent un tableau sommaire de la littérature anglaise; rapprocher Peacham, qui en insère un dans son Compleal Gentleman, 1622, où il célèbre la gloire de Chaucer, constate que l'époque d'Elisabeth fut « l'âge d'or » des lettres anglaises, mais abrège son énumération des grands auteurs d'alors, « afin de ne pas ennuyer », omettant entre autres, pour ce motif, Shakespeare.

4. Tel de ses conseils, très judicieux, n'a été suivi que tardivement dans notre propre littérature; celui par ex. de ne pas faire rimer deux mots qui,

La perle de cette petite l)il)liothèque ' est la Défense de la poésie du jeune et hrillaiit poète-chevalier, sir Philippe Sidney. Un lourd pédant ayant atta<|ué l'art divin de la poésie, Sidney répliqua, et son plaidoyer, moitié badin moitié sérieux, écrit au courant de la plume, avec maintes digressions et jugements sur le passé et le présent des lettres anglaises, est un modèle de bonne grâce, et le chefd'œuvre, à cette date, de la prose anglaise. Môme lorsque, sans doute possible, il a tort, on reste en sympatlrie avec lui, et c'est tout dire. Il profite de ce qu'il plaide pour donner libre coure à sa fantaisie : autant Gosson avait ravalé la littérature poétique, autant Sidney se croit, par compensation, le droit de l'exalter. Il défend la poésie et, par là, il entend toute œuvre d'imagination : « Il y a beaucoup d'excellents poètes qui n'ont jamais versifié, et nous voyons maintenant un fourmillement de versificateurs qui ne mériteront janiais le nom de poètes ». Car Sidney écrivait pendant la première période du règne, la moins féconde.; et tout assuré qu'il fût des mérites de la langue anglaise (supérieure à la langue latine, égale ou peu s'en faut à la grecque), il s'inquiétait de l'absence de grands chefs-d'œuvre contemporains : il devait mourir sans avoir vu jouer Roméo ni lu la Reine des Fées. Pour lui, Xénophon était un poète et l'auteur de Théagène et Chariclée

au fond, ne sont que le même mot : « As for example that >«• make not prove and reprove ryme logether ». Ane schort treatise conteining tome reulis and cautelis to be observit and eschetrit in Scollis Poésie; réimpr. par Arber, 1" éd. 1585.

1. M. Gregorj Smith prépare (1903) une réimpression de tous ces ouvrages : Elizabethan Critica! Essays, Oxford, 2 vol. Sur l'ensemble de ces théories et sur leurs tenants et altoutissants continentaux, voir Spingarn, A Hislory ofliterary crilicism in llie Hcnaissance, New York, 1899-, Saintsburj, .1 Hislory of criticism and literary Insle, Londres, t. II, 1902; Symmes, les Débuts de la critique dramatique en Angleterre, jusqu'à la mort de Shakespeare, Paris, 1903.

aussi : <( Les vers et la rime ne font pas plus le poète que la toge ne fait l'avocat ; il plaiderait en armure qu'il continuerait d'être un avocat et non un soldat ».

La poésie étant ainsi comprise, Sidney démontre longuement, avec foule d'exemples tirés des auteurs classiques, mais sans pédanterie noire, que cet art sublime est supérieur à l'histoire, à la philosophie, à tout enfin. Il s'efforce aussi de prouver, car il sait qu'aux yeux de ses lecteurs la question demeure d'importance suprême, que rien au monde n'est plus utile : la poésie corrige, instruit et améliore l'homme. Fervent admirateur de l'antiquité, il cite avec vénération les auteurs anciens; dans le drame, il veut les trois unités, le messager, le maintien des règles d'Aristote. Mais il a l'esprit ouvert à toute beauté : les anciens ne lui font pas dédaigner les modernes; même les plus humbles quand leur chant vient du cœur; ses idées sur l'utilité de la poésie ne l'empêchent pas de tendre la main aux purs lyriques et aux francs amoureux. Un violoneux aveugle chante d'une voix enrouée le vieux chant de Percy et Douglas, et le cœur de Sidney « tressaille, comme au son d'une trompette ». C'est d'un barbare, penseront les raffinés. — «J'aime ma barbarie », répond Sidney. Il a un souvenir pour la poésie populaire d'Irlande et d'Ecosse, pour les ballades de Robin Hood, les romans d'Arthur et de Roland ; des éloges émus pour Chaucer et son merveilleux poème de Troïlits; un jugement équitable pour les poètes de son siècle : Surrey, les auteurs du Miroir, Spenser qui venait de donner son Calendrier des Bergers. Il se prononce contre toute grossièreté, mais en faveur de tout poème d'amour sincère : « Hélas, Amour, que ne peux-tu te défendre aussi bien toi-même que tu sais blesser autrui » ! Il est tout indulgence, malgré ses idées utilitaires, pour les poètes qui ont rendu « plus aimable

cette terre déjà trop aimée », et pour ces romantiques récits qui enchautent l'Iioiume à tout âge : car, ajoute-t-il, eu son style poétique, « pour les meilleures choses nous restons enfants — enfants jusqu'au moment de dormir dans notre dernier l)erceau. le cercueil^ ». Il termine enfin par une conclusion spirituelle et gracieuse comme tout le reste de son écrit, souhaitant aux ennemis endurcis de la poésie, que, « toute leur vie, ils vivent amoureux, sans rien obtenir faute d'un sonnet ; et quand ils mourront, que leur mémoire s'efface de la terre, faute dune épitaphe ».

(Jn trait frappe dans ce groupe spécial d'écrits : retendue des aspirations et l'intérêt porté à tout ce qui est humain. Sidney mentionne les Turcs et les Tartares, à côté des Italiens et des Latins; Daniel parle des Turcs: un autre des cannibales et des Chinois : il y a partout des enseignements à prendre. La pensée de ces écrivains embra.sse l'univers et court le monde; ils accomplissent, à leur manière, des voyages «le circumnavigation ; c'est un signe de l'époque. Aussi, malgré l'admiration grandissante pour la patrie, les explorateui's littéraires anglais, à l'instar des explorateurs d'océans inconnus, poursuivent-ils leur œuvre. Ils mettent en circulation, dans le monde l)ritannique, des trésore d'idées, «limages et de récits, tirés <le tous les pays qu'aient jamais favorisés les muses; ils adaptent, racontent

1. R So is it in inen : most of wbicb art; cliildish wilb the besl Ibings, till Ihey bee cradied in Iheir graves ». .1/» Apologie for l'oelricirritten Inj thr riglil noble, rcrtuoiis and learned sir Phillip Sidney. Kinyht. — Odi profaniim vulijus et arceo. Londres. 1595, 1"^ édition, posUiuine cuinme toutes les œuvres de Sidney; nombreuses réimpressions récentes : e. y. édition Shuckbur^b (Cambridge. 1891); composé vers 1580-81. L'occasion de ce petit traité avait été la Schoole of Abuse, conteining a plesaunt invective against l'oets IHpers, Plaiers, Jesters and suc/i like, par Gosson, et dédiée, sans sa permission, à Sidney lui-m<^me i|ui n'en fut guère flatté, 1579; réimpr. par Arber. Gosson s'orcupait surtout du tbéàtre (voir infrn , p. 515); une autre réplique, mais pédante et de médiofre intérêt, lui fut adressée par Lodge : ,1 defence of poctrij music and slage-plays, s. d.; Shakespeare Society, 1853.

leurs découvertes artistiques et jettent annuellement sur le marché les chefs-d'œuvre des littératures présentes ou passées, traduits en vers ou en prose : la reine elle-même donne l'exemple de traduire.

(irecs et surtout Latins, dans le texte original ou mis en anglais, voisinent avec les produits des génies insulaires, aux étalages des marchands. Pour un traducteur qu'on comptait sous Henri VIII, on en trouverait cinq aujourd'hui. Phaer continue son Virgile en vers anglais (fort médiocres), commencé sous Marie ^, et l'admiration est immense : c'est Virgile même, ou peu s'en faut, qui emploie notre langue, dit l'un; Virgile n'a pas si bien parlé, et l'anglais est supérieur au latin, observe un autre 2. Golding répand la connaissance des aventures des dieux de l'Olympe, en traduisant Ovide chez qui il découvre, du reste, conformément à la tradition médiévale, des intentions morales et une sagesse quasi-ljiïîlique ; il traduit aussi les commentaires de César 3; Savile traduit Tacite ; Jasper Heywood, plusieurs tragédies de Sénèque, en vers*; Drant, les Satires, lesÉpîtres et l'Art poétique d'Horace ; Plante, Térence, Lu-

1. The. seven first boohes of Eneidos, 1558; The nyne fyrst, 1562; T/ic v'hole twelve (les trois derniers, par T. Twyne), 1573; supra, p. 48.

2. Opinions de Weblje {Discourse, Arber, p. 56), et de Googe :

... Virgils verse hath greater grâce in forrayne foote obtaynde Tban in his own.

Eglogs, Epytaplies and noneltes, 1563 (éd. Arber, p. 72.)

3. The XV Bookes ofP. Ovkllus Naso, entiluled Mctamorphosis... translated... into English wu^efer, Londres, 1584, 4». — The eyght bookes of C.J. Cxsar, 1565, 8°. G. Turbervilie donne en 1567 : The heroycall Epislles of... Ovidius... in Enylish verse, 1567, 4^ éd. en 1600.

4. The sixt tragédie of the mosl grave and prudent aulhor L. A. Seneca, entiluled Troas, 1559; plusieurs autres publiées séparément par le même et par divers, puis réunies : Seneca his tenue tragédies, 1581. Jasper HeywooJ, catholique comme son père John, l'ami de More, né en 1535, jésuite en 1562, arrêté et bien près d'être exécuté en 1583, mourut à Naples, en 1598.

cain, trouvent des interprètes'. Stanyliurst donne, en 1582, sa fameuse traduction, en hexamètres an^elais, des (juatre premiers chants de Y Enéide et fait la joie de ses lecteurs par sa gravité, sa conviction, et Tintense ridicule de son œuvre : « le condjle de la clownerie » , dit Nash (jui s'y connaissait. Sa version est remplie d'allitérations tonitruantes, de mots forgés, d'argot des faubourgs; ce n'est pas le Simoïs, c'est Walhrook (jui coule dans son poème et, en fait, il y parle de ïyhurn. H send)le, par moments, avoir voulu écrire un Virgile travesti; il fait du Scarron sans le savoir^. Le pédant Harvey qui ne riait jamais, vit en Stanyhui*st un élève, et lui donna sa hénédiction, ce qui acheva de rendre ridicules l'homme et l'œuvre.

Les Grecs ont aussi leurs fidèles : YAntigone de Sophocle est traduite en latin, trois discoui-s de Démosthène, six idylles de Théocrite sont mis en anglais, et quelque chose de la grAce et du réalisme du modèle se retrouve dans le Théocrite anglais -^ Snrtout llomére rencontre en

1. Tuo boohes of Horace his Satyres, t:>SG; Horace his nrtr of l'oelrie. episllet and satijrs, 1567, par Thomas Drant; Menxchmi de Piaule, trad. par Warner le poète, ISVtS; Andrw de Térence, trad. par Kyflin, 1688; Te' rence in Enijlish, par R. B. 1598; Liicans First Jiook, trad. par .Marlowe, IGOO.

2. Exemple de sa manière. Quand Laocoon lance son javelot contre le cheval :

Insonuere cavzc gemitumque dcdcre cavcrn.x,

dit Virgile —

Tlicii the jade, hit, shivered, thcc vaults hauir shrillye rel>onndcd Witli chish clasli buzing, witli dr»oinminR clatlercd liuniming,

dit Stanyhurst, qui fait remonter à Ascham la res|H)nsabilité de ses hexamètres. Le môme Laocoon s'écrie : n My lieffor an haiilf penye, Troians u! et il les traite de « blynd hodipecks » — a O miseri », avait dit Virgile. ^Eneis, ir>82, éd. Arber, p. 45. Stanyburst, né à Dublin, oncle de larchevèque Usher, vécut beaucoup sur le continent à cause de sa religion catholique et mourut à Bruxelles en 1618. Il s'était fait ordonner prêtre dans sa vieillesse.

3. Three orations of Demosthenes. 1570, par Thomas Wilsoo, auteur de X'Arie of Logique, 1551. — Sophoelis Antifjone, par T. Wataon, le poète, 1581.

Chapman, uii admirateur convaincu, énergique, patient, qui fait passer dans ses vers anglais, rudes mais fiers, et d'une belle allure, l'œuvre entière du grand poète i. Il traduit d'après le texte grec, sans le suivre de trop près, et il s'en vante ; il a foi, comme tant d'autres de ses contemporains, dans la langue nationale et se flatte de contribuer ainsi à son illustration : si le français, l'italien, l'es pagnol ont été jugés capables de reproduire la phrase homérique, pourquoi pas l'anglais, qui s'y prête mieux, dit-il, qu'aucune autre langue? A deux cents ans de date, la gloire de Chapman devait être rajeunie par un de ses lecteurs, Keats, à qui cette traduction révéla Homère et qui exprima sa gratitude dans un de ses plus célèbres sonnets. Les modernes ont leur part, et elle est belle. Conteurs, historiens, poètes, moralistes du continent, vêtus à l'an glaise, trouvent à Londres un public favorable. Parmi nos historiens, Commines est traduit ; parmi nos penseurs, Montaigne 2 ; parmi nos poètes (sans parler de Saint-Gelais, Marot, Ronsard 3, du Bellay, constamment imités). Du Bartas

— Sixe Idillia of Tfieocritus, trad. en vers anglais, attribuée à tort à Dyer, Oxford, 1588 (Arber, Etiglish Garner,Ylll, p. 117.) Mais, pour les tragiques grecs, ce furent surtout les nombreuses traductions françaises d'alors qui aidèrent à les connaître.

1. Seaven Bookes of Ihe Iliades of Homère, 1598, 4°; l'Iliade fut achevée en 1611; l'Odyssée, en 1614. La première partie de V Iliade était dédiée à Essex, personnage semi-divin aux yeux de Chapman et l'Achille de l'Angleterre. Même en décrivant son propre Achille, Homère a, en fait, assure Chapman, dépeint Essex, « by sacred prophecy». Éd. moderne : Works of Chapman, éd. Shepherd, 1874 et s., 3 vol. 8"; belle introduction au t. II, chaleureusement admirative, par Svvinburne. De Chapman encore : The Georgicks of Hesiod, 1618, traduites aussi en vers; dédiées à Bacon.

2. Historié of Philip de Commines, par T. Danett, Londres, 1601 ; dédicace de 1596 ; composé vers 1565. — The Essayes or morall, polilike and millitarie discourses of... Mon(nifjne, Londres, 1603, fol., traduction fameuse, parFlorio, connue de Shakespeare et de Jonson, 3"' éd. 1623; réimprimée dans la série Tudor Translations (chez Nutt) avec une introduction par M. Saintsbury.

3. Sur la manière dont « Rounsard » est pillé à Londres, voir l'Arte of English poésie, attribué à Puttenham, éd. Arber, pp. 259, 260.

est traduit et devient, sa religion aidant, plus fameux encore à Londres qu'à Paris'. Le Plutarque d'Amyot est mis par North^ en un anglais pittoresque et savoureux. North traduit aussi lilirement Amyot que celui-ci avait traduit Plutarque, de sorte que nous nous trouvons fort loin du grec; mais l'agrément du modèle fran<;ais est conservé. Le succès fut grand et durable auprès de toutes les classes de lecteur. C'est dans le Plutarque de North que Shakespeare vint prendre le sujet de ses tragédies antiques.

I*anni les Espagnols, (iuevara, Mcnitemayor, l'histoire (le Lazarille de Tormes^^ ont les honneui's d'une traduction; la grande popularité de la littérature espagnole date, toutefois, d'un peu plus tard. Les Italiens sont légion. L'Italie demeurait la grande admirée, la grande tentatrice; les esprits chagrins avaient beau la traiter « d'écurie d'Augias •) (mot de Peele), on y courait : et les traductions de Castiglione d'enseigner les belles manières « aux jeunes gentilshommes et gentilfemmes», les traductions de (lUazzo, l'art de la convei-sation ; les traductions de Boccace, de

1. Par Joshuah SyWester (t563-1618)qui publia d'abord des fragments dans les dernières années du seizième siècle, puis le tout en IGO:)-' : Du Bartns his (Urine Wee/its ami Workes. I>e même traduisit aussi Pibrac. Complète Wort>es of Josliiiati Sylresler, éd. Grosart, Londres, 1880, ?. toI. 8'. Parmi diverses traductions partielles de Du Bartas, noter VVrauie mise en latin par Ashley, 1589, en anglais par Jacques VI, t.'>8.'>, et publiée, dans les deux c«s avec le i'rançais en regard.

2. Tlie lives oftlie noble Grecians aixl Homaiifs...hij thaï yrnrelearned philosopher... Plularke of Chxronra, Iranshiled... ont of French into Emjlishe. Londres, 1579, fol.; 3* éd. 1603; éd. moderne, par G. Wyadbam, M. P., 1895 {Tudor TrnH.<ilafions).

3. The (Hall of l'rinces, traduit de Guevara par North, 1557 (et antérieurement par lord Berners, 1534). — Diana of George of Monleiiiayor, Irad. par B. Yong. 1598.— The pleasanl history of Lazarello de Tormes... drauen ouf of Spanish, by David Rowland, Londres, 1576, 8°, 3* éd. 1596). Surces influences espagnoles, voir J. G. Underbill, Spanhh lilerature in Ihe England of the Tudors, New-York, 1899.

Tasse, rFArioste, l'art de bien conter, d'assembler des suites de romantiques aventures, l'art surtout de charmer i. La traduction d'Arioste par Harington paraissait, ornée de superbes gravures italiennes ^ qui servaient, autant que le livre même, à répandre dans le pays où domineront demain les puritains, le culte de la beauté splendide et sans voiles, comme on l'entendait à Venise ou Ferrare. « Peut-être, dit le traducteur, avec un sourire, alléguera-t-on que, si mon auteur parle en chrétien à certains endroits, à d'autres il est fort lascif. . . Si c'est là, hélas, un défaut, pardonnez-lui cet unique défaut, bien que j'imagine, gentils lecteurs, que beaucoup d'entre vous ne sont pas inexorables sur ce chapitre ; il me sendile même en voir quelques-uns cherchant ces endroits dans le livre et quasi fâchés que je n'en aie pas dressé une liste qui permette de les trouver tout de suite 3 ». Il y avait, dans cette immense quantité de lecteurs que comptait maintenant l'Angleterre, des publics de bien des sortes. Il s'en trouvait un pour s'éprendre de la traduction d'Harington ; un assez instruit dans la langue italienne pour qu'il fût nécessaire d'imprimer un Aminta

1. The Courtyer of count BaldessarCastilio...verynecessaryana profitable for y ange gentilmen and gentilicomen abiding in court palaice or place, par Th. Hoby, 1561 (trad. en latin par Clerke, Londres, 1571). — The civile Conversation, àe Guazzo, trad. par G. Pettie et B. Yong, 1586 {supra, p. 266). — De Boccace, des traductions et imitations partielles; le Décaméron ne fut traduit qu'en 1620. — Godfrey of Bulloigne, or the recoverie ofllierusalem... bi/ Seign. Torqnalo Tasso... imprinled in botfi languages, traduction en vers des cinq premiers chants par R. Carew (l'auteur du Survey of Cornwall). — Godfrey of Bulloigne... done into English lieroicall verse, par E. Fairfax, 1600, traduction complète, très supérieure à la précédente. — Orlando furioso in English heroical verse, par John Harington, 1591, dédié à Elisabeth. Ce ne sont là que quelques-unes des plus célèbres de ces traductions, elles furent innombrables. Un essai de bibliographie en a été tenté par miss M. A. Scott : Elizabethan translations (italien et autres langues), Baltimore, 1894 et s.

2. J'ai montré leur origine, dans English Novel, 1890, p. 70.

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