For such whose poems, be they ne'er so rare
In private chambers tliat incloister'd are, And by transcription daintily must go; As though the world unworthy were to know, Their rich composures...
à d'autres ! je me tairai, pour moi, « sur ces reliques », écrit Drayton (Épitre à Reynolds).
faute de les changer ou d'en ajouter, choisissant, bien en tendu, les plus illustres, celle de Shakespeare, par exemple, qu'on voit en tête d'une collection de 1599, signe de sa renommée grandissante'. Quant aux seigneurs qui se plaindraient de voisiner, dans un livre, avec des gens de rien, Ling répond qu'on a rapproché leure esprits et non pas leurs personnes et que, de plus, devant la muse, tous les hommes sont égaux. Le compilateur prouva sa bonne foi en corrigeant les signatures de son propre recueil : il colla un bout de papier, portant le nom de l^odge, sur les initiales S. E. D. (sir Edward Dyer), mises d'abord au bas d'un poème ; le nom illustre de Sidney fut remplacé par celui, plus modeste, de Breton, etc.
Les limiers de lil>raires n'avaient pas, on le voit, une tâche trop difficile; le succès de Tottel aidant, les miscellanées poétiques se suivirent à intervalles rappi'ocbés; toutes accueillies avec joie : ce sont des vers, il suflit. Il y avait convenance parfaite entre les poètes et le public; les première intarissables, le second insatiable, et comprenant toutes les classes de la société, et justju'aux fossoyeurs de Shakespeare, qui chantent, dans Hamlet, une ballade tirée de Tottel. La richesse lyrique d"aloi*s était si grande que les compilateurs de recueils ne purent tout utiliser, il s'en faut ; ils ont eu, de nos joure, un successeur, d'un goût plus pur que le plus habile d'entre eux, M. Bullon, (jui, puisant dans les drames et les rcunans du temps «rÉIisabeth, rendant au jour les oubliés et les dédaignés, a fourni les dernières et les plus riches en beaux vei-s de ces anthologies 2.
1. the passionate Pihjrim, chez Jaggard, pirate notoire. D'après le titre, tout serait de Shakespeare, mais il est seulement l'auteur de cinq morceaux sur TittRt (S. Lee, Life of Shakespeare, 1898, p. 182).
2. Principales misc«llanée3 poétiques du temps d'Elisabeth : The Paradyce
Sans exception, graves ou légers, nobles ou plébéiens, illustres ou obscurs, presque tous gens de savoir, ayant passé par l'Université, ces poètes chantent leurs amours. Vénus est leur déesse ; ils l'invoquent et la contemplent : plus de voiles ; l'âge d'or est revenu ; il nous faut la nudité de l'âge d'or. Et dans leurs vers s'étale, en pleine et resplendissante lumière, la nudité, mais non pas d'ordinaire l'innocence, de l'âge d'or. Toutes les sortes d'amoureux sont représentées dans ce groupe immense : le sincère qui mourra de sa peine, le dédaigneux qui s'empressera de changer de peine, le pédant qui copie les classiques de la passion et dessine d'après les anciens modèles, non d'après nature; le sensuel, le voluptueux, le bestial; celui qui chante et celui qui prie, celui qui siffle et celui qui s'agenouille en extase ; « celui aussi qui écrit parce que tout le monde écrit ».
Le type des imitateurs est Thomas Watson, très instruit, trop instruit , capable de traduire YAminta du Tasse en vers latins, laborieux rimeur de tièdes poèmes sur des peines imaginaires (« my labour, my travaile... my paines, althoughbutsupposed... »), grand imitateur de Pétrarque, Ronsard et bien d'autres. Il annote ses propres madrigaux et sonnets, ou les fait annoter par un ami sous ses yeux ;
of daynty devises, compilé par R. Edwards le dramaturge, 1576, 8° éd. en 1600. — A gorgious Gallery of gallant Inventions, compilé par T. Procter, 1578. — A handeful ofpleasant rfe^ii^s, compilé par Clément Robinson, 1584-, contient, entres autres jolies pièces, la ballade de Ladg Greensleeves et, entre autres curiosités, une ballade de Pyrame et Thisbée en vers de mirliton. — The Phœnix Nest, 1593. — The passionate Pilgi-ime, by W. Shakespeare [Barnfield et autres], 1599. — Englands Helicon, 1600, vers de Lodge, Breton, Barnfield, un des meilleurs de ces recueils, réédité parBullen, 1899. — Apoe^ tical fiapsocZy, compilée par Davison, 1602. — Collections formées par M. Bullen : Lyrics from tlie song books oftite Elizabelhan âge, Londres, 1887 ; More, lyrics, 1888; Poems cliiefly lyrical from Romances and prose Tracts of the Elizabetkan âge, 1890; Lyrics from the dramatists of the Elizabetkan âge, 1891..
ses remarques sont des aveux et font voir quelle marqueterie savait faire cet ébéniste de lettres : douze auteurs sont imités par lui dans une pièce de dix-huit vers. Patient ol)servateur des moindres njouvomouts de son Amo, il cou sacre sept poèmes à décrire rémotion qu'il aurait eue à entendre sa maîtresse imaginaire chanter'.
Les dédaigneux sont principalement gens de Cour; cela va sans dire : familiers d'Élisahetli, diph)mates. soldats, jeunes hommes habitués à regarder de haut les êtres et les choses, et à prendre, par ruse ou violence, les places fortes : Dyer, Percy, Edouard de Vere comte d'Oxford, Raleigh*. Sidney est une exception.
Très l)ien doué, mais extravagant, violent, dissipé, querelleur, emporté juscju'à tuer un aide-cuisinier de Gecil, le comte d'Oxford est le type de l'Anglais italianisé. Revenu de Venise , il abandonne sa femme, rapporte l'usage des sachets et des gants parfumés, s'endette, se bat, fréquente les acteure, provoque deux ou trois seigneurs et conmience, lui et ses partisans, une telle querelle qu'Elisabeth doit intervenir comme le duc de Vérone entre Montaigus et Capulets, Des vers de lui, harmonieux et chantants, presfjue tous perdus, circulent en manuscrit; quelques uns, happés au passage par les limiers de libraires, figurent dans les recueils du temps. On voit vite qu'il n'est pas de ceux qui mourront aux peines d'amour : « Je me suis amusé avec des folles, fou que je suis » ! Tous les cri-
1. Passionate centurie of Love [1582]; éd. Arber, 1870. Ses «passions », appelées aussi sonnets, ne sont pas des sonnets, mais des poèmes de dix-buit vers. Autres œuvres amoureuses du même, The Tears of Fancie, 1593, sonnets irréguliers.
2. Voir leurs œuvres et celles de quelques autres gens de rour dans : Poemi of... ludeigh... and ollier couitUj poets, éd. Hannah (.l/f/iii«> Poe(,i), 1892. Pour W. Percy, 3* (ils dii comte de Norlhumberland, voir : .Sonnets to the fairest Coelia, 1594, réimpr. par Grosart, 1877. Poèmes du même genre dans les œuvres de F. Beaumont, le dramaturge, e. g. : The indiffèrent.
tiques d'alors font son éloge; celui aussi de sir Edouard Dyer, qui publie moins encore, et même si peu que, déjà de son temps, d'aucuns se demandaient pourquoi il était si célèbre. De nos jours, il l'est à la faveur d'un seul vers : « mon esprit est pour moi un royaume »,
My miade to me a kyngdome is '. .
Mais la pièce est médiocre et ce voyage autour de la chambre de son esprit est inspiré par une telle satisfaction de lui-même (« Would ail did so well as I ») que nous le quittons sans regret : aussi liien n'a-t-il pas besoin d'autre approbation que la sienne pour être heureux.
Au milieu de ce groupe, deux figures se détachent : celle de Raleigh avec un relief plus grand, celle de Sidney dans une lumière plus claire. Raleigh, l'aîné des deux, apprend d'abord la guerre en France où il reste cinq ans, servant comme volontaire du côté huguenot, soldat de Jarnac et Moncontour. Puis il fait, avec Gilbert son (( demi-frère », un premier voyage de découverte ou plutôt de pillage, en 1578; il paraît à la Cour, disparaît, allant commander une compagnie en Irlande, reparaît, à la fin de 1581, et charme la reine par l'élégance de sa tournure et de son esprit. Pendant des années, les faveurs pleuvent sur lui. Il s'enrichit de parts de prises, équipe lui-même des corsaires et organise des expéditions, mais ne peut les diriger en personne : au moment de s'end)arquer, ordre vient de la reine qu'il demeure ; assez d'autres partiront et se feront tuer. L'esprit ouvert à tout ce qui est beau, nouveau, curieux, il comprend que ce n'est pas assez d'exploiter et de piller le nouveau monde : il faut le coloniser; il vulgarise en Irlande l'usage de la pomme de terre, donne aux gentilshom-
1. Works in verse and prose (Grosart, Miscellanies of the Fuller Worthies Library, t. IV, 1872, p. 21).
mes rexemple de fumer, se lie avec Spenser, salue en lui un des grands génies de la race' et le présente à la cour; se môle aux penseurs, aux déistes, aux hétérodoxes, aux lettrés de la capitale, et brille à la Sirène autant que dans les galeries de Greenwich. Heur et malheur, il s'éprend d'Elisabeth Throgmorton, fdle d'honneur de la reine ; le l)ruit court mémo dun mariage secret. Grande fut l'indignation de « Cynthia », qui, comme d'ordinaire, avait pris plus au sérieux qu'il ne fallait les versifications amoureuses du favori. Raleigh fut envoyé en prison, et la belle aussi fut mise à la Tour, la traîtresse! I.e prisonnier tAcha de rentrer en grâce, en composant une suite à son grand poème louangeur de Cynthia^. La reine fît la sourde oreille; mais ayant eu besoin de Raleigh pour empêcher le pillage, par ses sujets, d'une grande caraque espagnole, amenée à DartmoOth et chaînée de trésoin», elle l'expédia sur les lieux, et finalement lui rendit la liberté, mais non ses bonnes grâces. Il put, en conséquence de cette défaveur, épouser sa fiancée, briller au Parlement, et diriger enfin, en personne, une importante expédition, à la découverte de Manoa, capitale du pays de l'or en Guyane. Il rapporta de ce voyage de l'acajou, du quartz aurifère, des données géographiques confirmées par les découvertes modernes et, pour sf>n malheur, un désir de reprendre son exploration, qui devait être sa perte-'.