We are dressed for life's short comedy
The earth, the stage...
The graves which hide us from tlie scorcliing sun Are like drawn curtains when llie play is donc. {Poems.)
il est comme le reflet de son époque, mais seulement en ce qu'elle eut de plus l)rillant et do meilleur. De noble famille, petit-fils du Northumberland d«''capitc en 1553, neveu du fîivori Leicester, il nîiquit au manoir de Penshui"st en 1554, pa^a sa jeunesse dans ce château de Ludlow qui devait voir représenter le Cornus de Milton, étudia à Oxford et, dès ce moment, manifesta ce don heureux qu'il avait reçu du ciel : le don de plaire. A l'école, à la cour d'Elisabeth, à la cour de France, au hasard de ses voyages à travers l'Europe, k l'armée, tout le monde l'aime. Les rares exceptions sont quelques ennemis de son père, et le turbulent comte «l'Oxford qui eut l'insolence de l'appeler toutou au jeu de paume. Mais Elisabeth à qui il sut plaire, au point qu'elle l'empêcha de suivre Drake en Amérique (marque hainfuelle, chez la reine, «l'un tendre intérêt); mais Charles IX de France, qui le fit trentilhomme de sa chambre ; mais Walsinsrham, qui lui donna sa fille en mariage; mais le grave Huguenot français Hubert Languet, qui le conseilla jusqu'à sa mort, en des lettres toutes pleines d'aflectueuse sollicitude et d'admiration ', et bien d'autres encore : princes, lettrés, soldats, hommes d'État, Jean Casimir le Pieux, Guillaume le Taciturne, Jordan Bruno qui lui dédia deux de ses ouvTages, Spenser qui fit de même pour son Calendrier des Bergers ; tous furent sous le charme. Il n'avait qu à paraître et chacun voyait en lui l'homme cpj'il fallait suivre, admirer, aimer.
Malgré cela, nulle fatuité; nulle idée non plus de se ménager et de préserver l'objet de tant de sympathies. Il
1. Et qui nous sont parvenues: The correspondencr hetirren sir Philip Sidney and Hubert Lanyuet, éd. Pcars, Londres, 1845, 8*. Dan» l'appendice, belle lettre de Sidney à son frère Robert sur les voyages, l'étude de l'histoire, etc. Sur Languet, longtemps supposé l'auteur des Vitidicia: contra tyrannos, voir A. Waddington, De Huberti Lanrjueti vita (1518-81), Paris,
est aventureux au contraire, autant que pas un de ses contemporains; il court l'Europe, rêve d'Amériques lointaines, gaspille sa fortune, rompt des lances, tire l'épée, provoque l'irrévérentieux Oxford, ose en remontrer à Elisabeth même à propos du mariage projeté avec Anjou ^ et finit par mourir, à trente-deux ans, d'une mort héroïque, à Zutphen, dans les Pays-Bas, la jambe brisée par un coup de mousquet — d'une mort qu'il eût évitée s'il n'avait négligé de mettre ses cuissards, le matin du combat 2. Ni ces épitaphes qu'il refusait aux ennemis de la poésie ne lui manquèrent : car tous les poètes du temps rivalisèrent à pleurer son trépas ; ni sans doute les faveurs que peut gagner un sonnet, car il laissa les plus beaux que compte la littérature anglaise avant Shakespeare.
Il s'est moqué de ces poètes prétentieux et glacés qui parlent d'amour sans le sentir : il ne leur ressemblait pas. Il avait vingt et un ans quand il rencontra, dans une fête, une enfant de douze ans, jeune et belle connue la Béatrice de Dante : Pénélope Devereux, fille' du Comte d'Essex et sœur du favori futur d'Elisabeth. Un sentiment incertain se forma dans son âme à ce jour et grandit sans se préciser; les années passèrent, et quand Pénélope, devenue jeune fille, épousa lord Rich, le poète comprit quel était ce sentiment : l'amour. « J'aurais pu!... âpre souvenir! Hélas j'aurais pu! et n'ai pas voulu, n'ai pas su voir mon bon-
1 . Sa lettre, longue et audacieuse, une manière de traité, est dans les « Sidney Papers » : Letters and mcmorials of State... by sir H. Sidney, sir P. Sidney (etc.), éd. A. CoUins, Londres, 1746, 2 vol. fol., t. I, p. 287.
2. «In Ihe opinion of divers gentlemen that sawe him hurt with a mosquet shot, if he had that day worn his cuisses, the buUet had not broken bis thigh bone, by reason that the chief force of the buUet (before the blowe) was in a manner past ». Sir John Smith, Certain discourses... concerning the effects... of divers sorts of weapons, 1590 {Letters of eminent lUerary men; Camden Society, p. 53). La blessure, reçue le 22 septembre 1586, se gangrena, et Sidney mourut le 17 octobre.
heur » ! Les sonnets, les chants, se succèdent, harmonieux, passionnés, entraînants, comme il en peut sortir du cœur d'un vrai poète, vraiment épris; sentiments et tendresses d'hier et d'aujourd'hui qui seront exprimés encore longtemps après nous, rarement mieux; alternatives de tristesses et de joie; chants de deuil et de triomphe, une qualité dominant toutes les autres, celle qu'indique le premier sonnet de la série, la sincérité du sentiment : <» Aimant en vérité et désireux d'expliquer en vers mou amour, pour qu'elle, elle si chère, put du moins tirer du plaisir de ma peine... je cherchais des mots pour peindre la face somhre du désespoir, essayant par d'élégantes inventions de plaire à son esprit, tournant les feuillets il'autrui, pour voir si de là tomherait une fraîche rosée féconde sur mon cerveau desséché. Mais les mots venaient haletants... Je mordais ma plume insoumise; je me frappais de dépit : Fou, dit la muse, regarde en ton cœur et écris* ».
Ses sonnets, les plus régulière de la période, les plus beaux à leur date et de beaucoup, tièdes encore de la tendresse qu'ils expriment, mêlés à des poésies de mètres variés, parurent, comme tous les autres écrits de Sidney, après sa mort, et le monde sut alors combien avait été vive