LoTing in trulh, and faine in verse my love to show
That she, dearc She, might takc some pleasure ofmy paine...
I sought lit Abords to paint tlie blackcst face of woe;
Studying inventions Hnc lier vits to entertaine.
oa (urning others' leaves, to sec if tlieuce wouUt flow
Some fresli and fruitfull sliowers upon mjr sunne-burn'd braine.
But words came halting fortli...
Biiing my trcwand peu, bcating niyselfe for spite;
Koole, said my musc to me, looke in thy heart and writc.
Sir Philip Sidnei/s Aslmphel nnd Stella, éd. Pollard, Londres, 1888; 1" édition : ,S//r P. S. Hit Aslrop/iel and Stella, Londres, Newman, 1591, trois éditions la même année; en tout 108 sonnets et il poèmes; additions en 1598; plus beau poème, le célèbre Love's Dirgr.. On a aussi une traduction en Ters des psaumes : 43 par lui; d'autres par sa sœur, Marie, comtesse de Pembroke. Complète Poeins, éd. Grosart, 1877, 3 toI. 8».
la passion qu'« Astrophel » avait éprouvée pour « Stella ». Et Stella, au grand embarras d'une toute moderne école de critiques, d'après qui Sidney aurait peint des amours imaginaires, la vraie Stella, Pénélope Devereux, Lady Rich, continua, malgré ses défauts qui grandirent, malgré sa vie peu exemplaire, d'être, pour les lettrés, un personnage sacré, quasi-divin, sans autre motif que d'avoir été l'aimée de Sidney et le sujet de ses vers. L'opinion des contemporains vaut bien, sans doute, celle des critiques de trois cents ans plus tard ^ . La contre épreuve est facile du reste : comme la plupart des poètes de son temps, Sidney pouvait tirer de son imagination des vers d'amour, il en a parsemé son Arcadie en prose ; on ne peut les lire sans être frappé de la différence, et sans conclure que, en vérité, Astrophel aima Stella.
La flûte fait entendre sa douce mélodie ; sous les saules, au l)ord des ruisseaux, dans les crépuscules dorés, les songes de la nuit, les vapeurs du matin, nombre de poètes de la période voient des silhouettes féminines et disent leur extase dans leurs pastorales et leurs sonnets ; d'autres figures leur apparaissent à travers la fumée des tabagies,
1. Le représentant le plus affirmatif de la très moderne école sceptique est M. Courthope, dans son History of Enylish poetry, t. II, 1897, p. 226. La réalité de la passion qui inspira les sonnets me semble néanmoins certaine; nous avons pour y croire, outre l'impression que laisse leur lecture : 1° le fait que les incidents connus de la vie de Sidney et de Pént'dope cadrent avec les sentiments exprimés par le poète; 2° le témoignage de Sidney, déclarant qu'il lire ses pensées de son cœur, non de sa tète ni des livres; 3° un sonnet où il invective violemment le mari de Pénélope, l'appelant par son nom; 4° un témoignage tel que celui de Florio qui dédie le 2« livre de son Montaigne, 1603, à « Ladie Pénélope Riche » (laquelle avait alors abandonné son mari et ses sept enfants et vivait notoirement avec lord Mountjoy dont elle avait cinq bâtards) : il ne voit en elle que l'amie de Sidney, a your worthy friend », sa muse, celle que le héros appelait :
Natures chiefe worke, fair'sl bookc, his muses spright.
parmi les odeurs de bière, et ils confient leui's impressions au papier, sur lo coin de la table irraisseuse au l>out de laquelle dort Falstatt' : cbœur dainoui's. dausos de nympbos, ricanements de satyres.
Aglaia, Délia, Diella, Diana, Laura, biéa, Cœlia, Corinna, Fidessa, Oriana, Cœlica et quantités d'autres divinités', réel-
1. Voir, entre autres, et sans parler des }>oètes de marqtto mentionnés à part : Barnaby Googe, Eglofjs, Epijiaphet and Sonettcs, 1563 (curieuse préface-, l'excuse usuelle: on l'a imprimé par surprise, le papier était dqà acheté; il a eu pitié du « poore printer w). — G. Turl)erville, Kpitaphes, ep«grams, smujs and sonets, 1567. — G. Gascoigne. Complète ftofms, éd. Hazlitt, 186'.) (son fameux Lullaby : « Sing lullaby, as women doe », I, p. 43). — H. Giflford, Complète pnems, éd. Grosart, 1875; imitation des modèles fran- ^^is et italiens (de Marot, p. 117). — S. Daniel, Délia, cnntaynintj certatjne sonnets, 1592 (Complète Works, éd. Grosart, t. 1), an dos meilleurs de ceâ recueils, très apprécié des contemporains; très beau sonnet 44 : « Care-charmer, sleepe », p. 72. — Thomas Lodj^o, Phillis honourvd uit/i pastoratl sonnets, l.'i93 ( Works, Hunterian club. t. i). — Giles Fletcher, Licia or poèmes of love, i:>93 (éd. Grosart, 1876). — B. Barnes, Parthenophil and Parthenope, 1593, madrigaux et poèmes amoureux et voluptueux {l'oems, éd. Grosart, 1875). — R. Barn6eld, Tlie affectionale ShepUenrd. 1594; Certain Sonnets. 1595 (très libres); Poems, éd. Arber, 1896. — R. LyncheCO, Diella, certain sonnets... 1594 (rééd. par Grosart et jwr Arber}. — H. Constable, Diana... excellent conceitful sonnets, 1594 (du genre respectueux, quintessencié et guindé). — H. Willoughby ('?; \Mtlol>ies Avisa. l.")9i, grand succès. L'hérome repousse les avances d'adorateurs, dont « W. S. », en qui on n'a pas manqué de reconnaître, sans raison sérieuse, Shakespeare. Le nom d'Avisa, selon la 1" éd. serait fait des premières lettres des mots: « Amans uxor inviolata semper amanda », et, selon la 2*, 15%, des mots a et visa, jamais vue; réimpr. par Grosart. — Zep/ieria, 1594, anonyme, remarquable par l'abus des mots d'importation étrangère : es[)érance, souvenance, naufrage, etc. (réimpr. par Arber, Emjl. Garner, t. Vj. — Alcilia, par J. C, 1595 [Emjl. V.arner, IV), médiocre. — W. Smith, Clitoris, 1596 (et éd. Grosart. 1877), sonnets amoureux et pastoraux dédiés à Spenser. — B. GrilTin, Fidessa more, chaste than kind, 1596; encore un sensuel; autre sonnet sur o Care-cbarmer sleepe » (éd. Grosart, 1876). — R. Tofte, Laura, the tot/s ofa Traveller, 1597, Engl. Corner, Wll.—J. Davies (of Hereford), Wittes Pilgrimagc... tkrough a world of amorous .sonnets, s. d. (Complète Works, éd. Grosart. 1878, t. II).
— T. Moricy, Oriana, ItiOl, pièces médiocres, par divers, en l'honneur d'Oriana. — Scoloker, Daip/iantus or the passions of Love, 1604; ton de persiflage, allusions contemporaines : « divine tobacco »; « mad Ilamlet ». — Fulke Greville lord Brooke, Ctrlica in ex Sonnets; Mo/As, éd. Grosart, t. III; ailleurs si grave et obscur, l'auteur est ici plein de sourires; ex. p. 31.
— Drayton, Idea, 1602 (English Corner, VI), un des meilleurs de ces recueils
les ou imaginaires, mais faites, pour la plupart, de fantaisie et de vérité , se voient construire des temples et entendent chanter leurs perfections, en des sonnets innombrables *, odes 2, élégies, poèmes de toutes sortes. Plus blanches que les lys, plus roses que les roses, images éthérées et inaccessibles, ou corps tangibles et nus, elles sont encensées comme déesses, chéries comme maîtresses, portées aux astres par les adorateurs respectueux, décrites par les voluptueux avec une persistance, une minutie, une indiscrétion dépassant celle même des Romains, dont les élégiaques ont à Londres maintenant d'innombrables imitateurs. Davies trace une carte du tendre qui eût fait rougir de honte les Précieuses 3. De sa robuste plume qui pou- ^ait traduire Homère, Chapman dessine un <( Zodiaque d'amour » , et c'est encore une esquisse de la carte du tendre ; carte céleste avec des cheveux d'or qui sont le Bélier à la toison frisée, des yeux qui sont les Gémeaux; rien n'est omis. Plusieurs même, s'excusant tant bien que mal sur les exemples latins, célèbrent, parfois en beaux vers, les pires turpitudes, tel Barnfield dont le style se rapproche tellement de celui de Shakespeare que des doutes
amoureux : 63 sonnets, de la forme que nous appelons sonnets irréguliers. — Voir encore œuvres de Nie. Breton, prolifique mais avec de jolies touAies poétiques (éd. Grosart, 1877, infrn, p. 412) et de Munday. Les compositions de divers autres sont éparses dans les anthologies du temps d'Elisabeth.
1. Presque toujours irréguliers : c'est une liberté que Daniel revendique expressément pour ses compatriotes. Le nom de sonnet est même souvent donné alors à de courts poèmes lyriques de mètre quelconque.
2. Voir notamment celles de Drayton, qui définit, dans sa préface, ce terme rare alors {Poèmes lyrick and pastorall, odes, etc., 1606 ?]. Les odes de Drayton sont patriotiques comme la fameuse ode ou ballade d'Âzincourt, ou amoureuses comme le non moins célèbre poème « to bis coy love » ; mètres variés et chantants, mais pas mal de rimes fausses. Ces pièces avaient été écrites pour être mises en musique.
3. « Ore those faire Alps, Ihy brests », etc. Wittes Pilgrimage... through a World ofamorous Sonnets, s. d., par John Davies, of Hereford; voir in/ra, p. 365, note 2.
subsistent encore sur l'authenticité de pièces attribuées à i'un ou à l'autre par la fantaisie des conipilateui-s de recueils.
Et tout à côté, des merveilles de grAce, des plaintes discrètes et d'une mélodie exquise, des élans passionnés et entraînants, des berceuses d'amour, comme le fameux lullaby de (iascoigne, des adieux navrés qui se terminent en réconciliation triomphante*, des imitations de Ronsard et du Tasse approchant de bien près des modèles -, des comparaisons inattendues faisant jaillir une g"rande pensée de la contemplation dun infiniment petit : comme fera Burns, comme avait fait Ronsard ^ ; des vers composés pour être mis en musique et qui sont eux-mêmes une musi(jue.
La musique était encore un de ces arts qui atteignirent sous Elisabeth une prospérité jusque-là inconnue en Angleterre; les meilleui's lyriques, à l'exemple de notre Ronsard, écrivaient leurs odes pour qu'on les chantât. Dowland faisait connaître sur le continent même et jusqu'en Danemark les airs et la musique de sa patrie. Il se vantait d'avoir été imprimé dans huit villes d'Europe, et s'en était allé, de pays en pays, de Paris à Padoue, de Padoue à Elseneur, chantant l'amour, la passion universelle : « Amour
l' Célèbre et ravissant sonnet de Drayton :
sincc Ihcre is no help, come, let us kiss and paru
Idea, sonnet. 6t.