Poore worme, poore silly worme (alas poore I>ea8t
Feare makes thce hidc thy hcad within ihe ground, Because of crccping things thou art tlie Icast... But I thy rellow wurnie am in worse stalc...
Fidessa, par Gridin, 1596. Ronsard, la Grenouille.
est amour chez les mendiants et chez les rois » ; chez ceux qui parlent et ceux qui se taisent; « les tourterelles ne chantent pas et cependant aiment; les cœurs les mieux épris, voient, entendent et se taisent; ils entendent voient et soupirent, et puis se brisent ^ ».
Des compositeurs comme Byrd publiaient des recueils, vers et musique, pour toutes les dispositions d'esprit où Ton puisse être, soit qu'on veuille pleurer ses péchés, soit qu'on incline à en commettre d'autres. Nicolas Yonge, à l'inverse de Dowland, introduisait en Angleterre l'art du continent, les compositions de Roland de Lassus, donnant des concerts dans sa maison de Londres, où il réunissait (( gentilshommes et marchands » ; car les marchands de la cité ne se contentaient pas de s'enrichir; ils s'intéressaient aux arts, aux lettres et à la musique 2. Thomas Campion surtout, latiniste, poète et musicien à la fois, eut le don (( de marier amoureusement vers et musique ; ce que ne fera pas aisément, dit-il, quiconque ignore l'art de manier les deux » . Familier avec les modèles romains, « charmeur de l'oreille », comme on l'a si bien dit de Ronsard, vif, alerte, ingénieux, tendre, avec une grâce naturelle qui embellit jusqu'à ses défauts, il aime l'amour; il hait les grands mots et quand, d'aventure, il en use, ce qui est rare, un sourire avertit qu'il n'est pas dupe de sa phrase; ei quand il raille l'amour, un regard énm rappelle qu'au fond il l'adore. Ses vers qui n'ont été que tout récemment réunis comptent parmi les plus délicieux de l'époque ^.
1. The first booke of songes or ayres of foure parts, with Tablature for the lute, 1597; The seconde booke, 1600; The Third and last, 1603. Paroles réimprimées par Arber, Enylish Garner.
2. Paroles du recueil de Byrd (1588) et de Yonge (même année) dans VEnglish Garner, t. II et III. Dans le premier, le poème de Dyer : « My mind to rae », etc.
3. Son Book of airs est de 1601 (en collaboration avec Rosseter). — The
Rare chez Campion, le mauvais goM est, chez la masse (les « aniouristes » ses contemporains, poussé souvent au degré suprême; on ne saurait aller au-delà. Licia, Idéa, Corinna, Laura, toutes incomparables, et partant toutes semblables, éclipsent le soleil, surpassent Vénus, font rougir les lys et pAlir les roses (Barnes). C'est le matin et le soleil se lève ; cliose étrange il se lève à l'ouest ; mais regardez, ce n'était pas le soleil, c'est Licia qui ouvrait les yeux. Un peintre a fait d'elle un portrait admirable, mais sans yeux, et il a eu bien raison ; sa toile eût pris feu (Giles Fletcher). Corinna blanchit son linge en le regardant, tant son regard est pur (Chapman). Laura sèche ses mouchoire en les regardant, tant son regard est chaud (Tofte). Le cœur du poète a été assassiné : le rouge du sang est encore aux lèvres de la meurtrière; le soleil est devenu aveugle : c'est qu'il a cru pouvoir soutenir le regard de la bergère chantée par Drayton.
Aussi les railleries ne furent-elles pas épargnées aux aniouristes, môme de leur temps. Ils furent chansonnés, satirisés, mis à la scène. On leur reprochait, «pii leur nombre, qui leui*s prétentions, qui leur inunoralité. « Joujoux, fantaisies, bavardages », disaient les adversaires des chantres d'amour, inventions païennes qui corrompent les cœurs, car, observe un grave censeur dont l'indignation trouble évidenmient les idées, ne sont-elles pas *< imaginées par Belzél)uth, écrites par Lucifer, autorisées par Pluton, et imprimées par Cerbère »? Nouvelles tortures, ces railleries, ajoutées aux peines d'amour... « Je l'allai voir,
Works of Dr. Thomas Cnmpion, vd. HuUen, 1889, 8". Quanlilé d'autres recueils de vers lyriques à chanter, ce que nous appellerions des romances, mtis œuvres alors de vrais poètes, parurent sous Elisabeth et Jacques I*'. Voir les spécimens publiés par M. Bullen dans ses Lyrics from Elizabtthan Song Books, 1897 (tirés d'une soixantaine de recueils). 1. Stubbes, Analomie of Abuses, 1083, éd. FurniTall, I, p. 185.
et le trouvai malade, malade d'amour; il avait dû prendre le lit... sa chamljre était tapissée d'élégies, de dolentes complaintes disant ses peines; sur ses fenêtres, des sonnets gravés... Je m'approche, il soupire, il pleure... et le voilà qui se travaille à eml)aumer les rares perfections de sa belle au doux parfum de quelque épithète rose ^ ».
Le plus cruel était la confusion que se plaisaient à faire les esprits moqueurs entre les amouristes aux grandes prétentions (souvent justifiées), vrais lettrés, anciens élèves d'Oxford, et les rimailleurs de Ijas étage, versificateurs de ballades, traitant, pour le peuple, les mêmes sujets, dans le style le moins châtié. Ceux-là aussi, les Deloney, les Elderton, les anonymes innond)rables, réclamaient une place au soleil et à l'étalage des libraires ; leurs sornettes, illustrées de gravures grossières, avaient grand succès : « incommensurable populace de rimeurs de ballades, dit VVebbe, aligneurs de sonnets creux, qui encombrent les étalages de leurs plates inventions et sottes brochures ». Ne se mêlaient-ils pas quelquefois, comme pour faciliter une confusion si humiliante, d'avoir du talent? Et la foule, qui n'y regarde pas de près, allait, de son côté, prendre les vers les plus exquis de la muse savante, se les appropriait, les fredonnait par les rues — les vulgarisait. Un radotage de Deloney se chantait « sur l'air de Corne, live ivith me and be my love ^ » , le ravissant poème de Marlowe, devenu chanson des rues. Rarement la ballade populaire avait eu de plus beaux jours : c'est que jamais la
1. Marston, 1598 ( Works, éd. Bullen, t. III, p. 278). Cf. Hall, sat, VII, Ut. I ; et sat. II, liv. IV (apparition redoutable de l'ombre de Pétrarque au\ pillards), et Puttenham (?) qui traite ces poètes de « phantasticall », comme on les traitera plus tard chez nous de « visionnaires » {Arte of Ewjl. Poésie, Arber, p. 33).
2. Ballade sur la Reine Eléonore, dans Strange slories, or songes and sonets ofkings, etc., 1607, [Perctj Society 1841.)
faculté d'écrire en vers n'avait été si répandue, et jamais le peuple ne s'était tant associé, à sa manière, au ,a-oùt des lettres qu'avait la haute classe. Lui aussi voulait des chants et des vers; on lui en fournissait à profusion, ha-, bituellement exécrables et qui le charmaient ; car la forme lui était indifférente et, avec son sérieux naïf, il s'intéressait au sujet : batailles et risques de mer, aventures tragiques, morts d'amoureux, apparitions, assassinats, exécutions, complots et trahisons, Essex, l'Armada, Marie Stuart, Robin Hood ; tout ce qui va sans peine au cœur des foules, et monte sans peine de son cœur à ses lèvres , transformé en chansons; fidébté d'amants, constance d'une jeune fJle qui aimerait mieux mourir ving-t fois que d'entendre une seule messe, et qui finit par éviter la mort et la messe et vivre heureuse coiuine dans un conte de fées; exploits d'autrefois et d'aujourd'hui, de Drake et de Guy de Warwick*. Ajoutez pas mal de chants grossiers à l'usage des
1. Voir notamment : The Fnglish and Scottisli popular hnllads. éd. F. J. Child, Boston, 1882 et s. 4" (le t. V presque entièrement consacré à Robin Hood; cf. sur le même sujet: Adam Bel, Clijinofthe Clougfie and W'yllijam ofcloiidesie, s. d. mais seizième siècle, chez Copland, très populaire). — Songsand ballods irit/i ot/ier short poems of the reign of Philip and Mary, éd. T. Wright, Roxburghe Club, 1860, 4* (compilé par Richard Shealo, ménestrel de profession : beaucoup de pièces des poètes aristocratiques en renom vulgarisées ainsi parmi le peuple; contient la fameuse Chevy Chase. — Ballads from manuscripts, éd. FurniTall, Ballad Society. 1868 et s. (sur la conspiration de Babinglon. H. p. 6: sur Essex. II, p. 24). — The Roxburghe Ballads, éd. W. Chappell et J. W. Ebsworlh. 1871 et s., Ballad Society, immense collection formée d'abord par R. Harley, comte d'Oxford, né en 1661, continuée par le duc de Roxburgiie, textes pour la plupart du dix-septième siècle. — Bishop Percy folio tus. éd. Haies et FurniTall, 1867, Ballad Society. — Les plus belles et les plus célèbres de ces ballades {Tira Corbies. Edotn O'Gordon, .Sir Patrick Spens, Clerk Sanders. Glasgerion, etc.) ont été réunies par M. Allingham en un charmant volume : The Ballad Book, nour. éd. 1872; court, mais excellent choix, avec préface par Andrew Lang, dans T. H. Ward, English Poets. I, p. 203. Sur les ballades écossaises, les plus remarquables de toutes, voir Millar, Literary Hist. of Srotland, 1903, p. 181 et Gregory Smith, Transition Pcriod. 1900. cli. vi. — Cf. supra, t. I, p. 360.
joyeux drilles, et des satires du gouvernement qui se vengeait en faisant pendre les chanteurs malintentionnés i. Dans cette masse d'écrits hétéroclites brillent, de loin en loin, des perles de poésie, des vers à émouvoir un Sidney; des idées tragiques et touchantes qui se trouvaient déjà dans l'antique Tristan, modèle des poèmes d'amour et reparaissent dans le Roi Renaut, et autres chansons que chantent encore aujourd'hui nos paysans de France ^ : car les sujets de beaucoup de ces Ijallades sont de tous les pays. Mais le plus souvent ce ne sont rien que radotages et involontaires caricatures des odes et sonnets rimes par les lettrés de profession : caricature du Miroir des Magistrats^ caricature des épîtres et complaintes des héros an glais historiques ou légendaires; caricature des odes à Drake ou Frobisher^ : mais poèmes chantés toutefois d'un cœur sincère, « au rouet, en allant au puits^», ou par le
1. Pendaison de W. Turnbull et William Scott, à Edimbourg, 1579, ea châtiment de ballades satiriques. Roxburghe Ballads, I, p. iv.
2. C'est le cas de l'admirable Douglas Tragedy, e. g. dans "Ward, English Poels, I, 221.
3. Ex : L'ombre du conspirateur Babington conte ses tragiques aventures dans le style du Miroir, en une ballade précédée d'un « Dreatne or induction » {Ballads from mss., éd. Furnivall, II, p. 6); ballades sur Frobisher et sur Drake {ibid., p. loo); ballade sur le roi Jean sans Terre qu'un religieux empoisonne, par Deloney, Strange stories, Percy Society, p. 32; sur l'Armada, par le même — c'est Minot qui nous est rendu —
Our pleasant country
So beautiful and se fair, Tliey do intend by deadly war
To make bolh poor and bare; Our towns and cities
To rack and sack likewise.
Arber, English Garner, VII, p. 39.