Les Visionnaires, par Desmarets de Saint-Sorlin
4. Scillaes metamorphosis : enterlaccd witit the unfortunate love of
troubler l'esprit, troubler les sens des lecteurs : « Ma uiuse légère chante lascivement des jeux d'amour » (Marston); « mon tableau est, j'espère, peint en couleurs si vives que tu ne le quitteras que l'esprit en désordre » (Beaumont i. Et ce sont en effet de long>> hymnes à lamour sensuel, des descriptions de paysages radieux, de palais de jaspe, de printemps éternels au bord des flots bleus, de bosquets verts et de sables d'or où se jouent des nymphes éprises d'un berger si beau qu'elles en oublient la chasse de Diane, et que Diane même en oublie sa chasteté. Nulle étude de caractères, cela va sans dire, nulle idée élevée et même aucune idée du tout dans ces poèmes : des formes ravissantes, des couleurs délicieuses, un décor engageant *, et
Gtaucus... verie fit for young courtiers to peruse and coij Dames to remember, par Lodge, 1589; écrit dans le mètre que Shakespeare adopta pour sa Vénus (1593); Works, Hunlerian Club, t. I. — Kndimion and Phœbe, par Draylon, s. d. maU 1594, dans Poems, Roxburyhe Club'; même sujet, mais très remanié : Tfie Man in t/ie .Voo«, par le même. — Cassandra, par Barnfield, 1595, écrit dans la strophe de Vénus et Adonis : a b a b c c: histoire de la Cassandre de Troie, aimée par Phébus, puis par Agamemnon; Poems, iA. Arber, 1896. — Orid\s banquet of sence, par Chapinan, 1595; Ovide, caché dans un bosquet, surprend an bain la belle Julie, lille d'Auguste; importante préface exposant les théories littéraires de l'auteur, Poems, éd. Swinhurne, 1875. — Tfie inetamorpliosis of l'iymalion's image, par Marston, ir>98, dédié, comme par déti, « to Ihe world's mighty monarch, good opinion*; U'o/As. Bulien, l. III. — Salmacis and Ilermaphroditus, par F. Beaumonl, le dramaturge, 1602; brillantes peintures, beaucoup d'esprit (épisode de Jupiter à la |>orte d'Astrée) mais un des plus indécents de ces poèmes. — Le genre, audacieusement misa la scène par T. Heywood, est continué par W. Barksted, poète et acteur : Mirrha, Vie tnnther nf Adonis, 16o7, (histoire d'inceste, tirée d'Ovide), et par divers anonymes, ex. : Britlnin's Ida 1628, histoire de Vénus et Anchise, plus que libre, faussement attribuée, alors, à Spenser, et depuis, par Grosart, à Pbinéas Fletcher : Pnems, 1869, I. I. 1. Ex., dans Drayton :
Ont or lliys soyle swect bul>ling lnunlains crcpt... Whose silver sand with orient pearl >\as slrcwed, Shadowed \\ith roses and sweet eglaniine, Dipping their sprayes into this clirisUlline : From which llie byrds Ihe purpIe berries pruncd, And to their loves thcir small rccorders luncd.
Le haut de la montagne, tout en pierres précieuses, ressemble à ces Par-
l'adoration de la beauté physique : « fête des âmes, gloire de la lumière, musique pâmée ^ ».
Le plus réservé (par comparaison) de ces poèmes est aussi le meilleur, et c'est, en Angleterre, le chef-d'œuvre du genre : VHéro et Léandre de Marlowe, achevé par Chapman 2. Marlowe s'y montre pur artiste, sans autre préoccupation que son art. Il veut peindre une toile splendide ; dans un paysage oriental, représenter un amante belle comme Vénus, un amant gracieux comme Adonis, montrer Léandre passant l'eau bleue, Héro qui l'attend sous les étoiles, dire leur bonheur et leur amour et, en peu de vers, leur fin tragique. De la lumière, de la couleur, des formes divines; il ne veut ni ne cherche rien autre. Ses descriptions sont pleines, riches en détails ; brèves, comparées à celles de Chapman; longues comparées à celles de son modèle grec. Par son style et ses pensées, comme par sa date, Marlowe est entre Chaucer et Byron; les costumes de ses personnages, les ornements du temple de Vénus à Sestos, « cette belle éghse » dont Héro <( était nonne ^ » , sont peints en couleurs brillantes, claires et crues comme chez les miniaturistes, comme souvent dans Chaucer. Avec cela, des remarques sceptiques dignes du Byron de Don Juan; des vers frappés en proverbes, dont l'un, repris par Shakespeare, est devenu proverbe en effet; beaucoup d'ob-
nasses de gemmes et d'ivoire que ciselaient les ouvriers de la Renaissance; plus loin, un triomphe de Diane et d'Endyraion comme en peignaient les artistes du même temps.
\. The feast of soûls, the glory of ihe liglit...
Music entranced, never duly sung. (Ovid's Banquet).
1. Hero and Leander, t598 (dans Chapman, Poenis, etc., éd. Svvinburnc, 1875), en vers de dix syllabes, aux rimes plates; original grec attribué à Musée; Marot avait rimé antérieurement une « histoire de Leander et de Ero ».