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Dans Marot, de même, Héro

Estoit nonnain à Vénus dédiée.

servations dignes de mémoire, qui sont de tous les temps et furent, par suite, souvent réinventées depuis et délayées en de longs chapitres par les auteui"s de psych<do gics amoureuses : « Il n'est pas en notre pouvoir d'aimer ou de haïr. — Les lèvres d'Héro dirent non, ses yeux dirent oui. — L'amour qu'on dissimule trahit les pauvres amants ».

iMais le .seizième siècle ne perd pas ses droits; il y a du sang de Juliette dans les veines d'Héro; elle parle comme parlera Juliette au bal des Capulets; voyant pour la première fois Léandre qui prie à genoux dans l'église de Vénus, elle dit :« Si j'étais le saint (ju'il vénère, sa prière serait entendue ». Us se connaissent et leui-s cieui*s sont déjà d'accord que leurs esprits ratiocinent et discutent encore, avec une subtilité digne du Montaigu.

Après une nuit de Ixinheur, pnratt l'envieux matin: il faut se séparer, et ici s'arrête Marlowe.

Chapman loquitur. — Et d'abord, en une dédicace, il montre qu'il a honte de son sujet : <« so trifling a subject... a trifling subject... though as a trille... » Ce mince sujet, il le relève aussitôt par des considérations, dissertations et même divagations ; il monte en chaire, parfois celle de l'école, parfois celle de l'église, et tantôt par un cours de mythologie, tantôt par un sermon, il orne notre esprit. Puisant dans le trésor d'une imagination pareille, hélas, à cet endroit, à celle de Boileau, il fait ap])araitre devant « Léandre stupéfait », et nous qui ne le sonniies pas moins, « la Déesse Cérémonie ». Elle repi*oche à Léandre de s'être niarié sans cérémonie, comme il n'était (jue trop vrai. Léandre, qui n'est plus le même, s'empresse de « régulariser, sa situation », et d'abord demande la permission à son père. Les incidents sont nondjreux (quelquefois dignes du vrai poète (ju'était Chapman) ; ils sont ti'op nombreux, le

récit traîne, le continuateur délaye en quinze ou dix-huit cents vers c[uelques lignes de l'original g-rec. C'est trop ; il est trop ingénieux ^ ; il est aussi trop savant, il sait trop de mythologie, on s'y perd ; Musée lui-même eût demandé des notes : il est vrai que Chapman en donne.

Les esprits féconds des poètes d'alors s'exercent dans bien d'autres genres. Ces mêmes amoureux qu'un sourire fait pâmer, ont chanté les gloires de la patrie ; parfois , portant l'épée, ils se sont battus de leur personne : Gascoigne l'a fait, auteur du Lullaby, la l)erceuse d'amour; Lodge a couru les mers. Ils traduisent aussi les psaumes en vers, riment des c( sonnets spirituels » et préparent à Cœlia, à Célica et à leurs sœurs une vieillesse sérieuse. Les Drayton, les Barnes et leurs émules semblent, à vrai dire, moins bien inspirés alors, leur chaleur lyrique est atténuée ; leur récompense, s'ils en obtiennent une pour ces vere, n'aura pas été de ce monde'-. Les vrais vers lyriques dictés par

1. De là des conceits comme celui-ci. Héro a des pensées pénibles;

SUe was a mother slraiglit, and bore with pain

Thoughts tliat spake straight, and wish'd tlieir mother slain ;

She hâtes their lives aud they their own and hers.

2. De Drayton (il avait débuté par une Harmonie of Vie church, 1591), trois poèmes pieux : Noah's /lood ; Moses ; David. Il faut malheureusement qu'il mette de l'esprit et des gentillesses partout; l'entrée dans l'arche des animaux, qui ont le bon goût de se plier aux circonstances, devient comique :

The falcon and the dove sit tliere together And th'one of them doth prune the other's feather... Thegoosé which doth for watchfulness excel Came for the rest to be centinel,

s'exerçant déjà, évidemment, à sauver le Capitole. De Barnes, A divine centurie of spirituall sonne/.s- (adieu aux« lewde laies »), 1595. Les traductions ou imitations des psaumes continuent, comme auparavant, d'être nombreuses : e. g. par Sidney, Spenser (perdue), Parker, sir John Harington; par W. Hunnis, poète et musicien : Seven sobs of a sorroivful Soûle for Sinne, 1583, avec d'autres poèmes pieux; par R. Rowlands alias Verstegen, 1601, Joseph Hall; plus tard par Bacon, Jacques 1°', Sandys, Quarles, Carew, etc. La traduction complète, en vers anglais, d'usage courant dans les églises, était celle

3t>4 PROSE ET POÉSIE.

la passion religieuse sont ceux des martyrs d'Élisahetli qui connurent d'autres soufifrances et d'autres extases que celles des amouristes : vers d'un Tychborn qui exprime, la veille de son exécution, ses pensées de « jeune captif ^ »; vers de l'infortuné jésuite Southwell, vrai poète, à l'imagination ample et chaleureuse, habile à manier, dans ses hynmes pieux, les mètres variés de ces poètes mondains <lont il déplorait la légèreté, et dont les folies justifiaient, pensait-il, le dicton : « poète, amoureux et menteur, c'est la même chose «.Lui aussi chante en prison, aux approches de la mort ; martyr dont le supplice dura trois ans, treize fois remis à la torture sans qu'on put tirer do lui un seul mot, et (jui périt enfin à Tyburn. sans qu'on entendit d'autres plaintes que celles de la foule, jugeant par trop longues et trop horribles les cruautés infligées à cet innocent^. « On ne peut pas croire ce qu'on veut >», avait dit sir Thomas More.

Ces poètes de la Renaissance cultivent d'autres genres encore, car ce sont des esprits émancipés, propres à toutes

de Sternbold (m. 1549), Hopkins, T. Norton, KeUie et autres, publiée sous sa forme complète en 1562.

i. The day is ned .ind yet I saw no sun...

The Trait is dead aod yet Ihe leaves are green; >ly youth is gooe and yet I am but young.

Dans Poems of Raleigh, etc., éd. Hannah, p. lit.

2. Février 1595. Principal poème : Saint l'eters Complainte 1595, sujet favori au seizième siècle, traité en italien par Tansillo, 1560, imité de loin par .Malherbe, 1587; traité de nouveau par Kobert Eslienne : Les larmes de S ainct- Pierre, 1595, à peu prés la même strophe chez Southwell i» h a b ce) que chez les Français (a a b c b c) : le même ordre, retourné. Beaucoup de courts poèmes lyriques, dont les meilleurs sont consacrés à l'Enfant-Sauveur : The burning Babe (célèbre); Xew Prince, tieu> Pompe (plus simple et très beau), ou à la mort désirée :

1 dye but such a dcath as never ondes...

(/ dye alive). Sa chaleur et son exubérance d'imagination le mènent assez souvent au mauvais goût. Complète poems, éd. Grosart, 1872, 8*.,

LYRIQUES, AMOURISTES ET DIDACTIQUES. 3Gj

les tâches : graves et philosophiques, comme Fulke Greville, lord Brooke, l'ami de Sidney, le chantre de Ccelica^ ; didactiques et ingénieux comme sir John Davies qui dé montre en vers l'immortalité de l'âme, ofi're à Elisabeth le plus fort encens qui brûla jamais devant elle, et représente Pénélope, invitée à danser par Antinous, « that jolly knight », et subissant une immense démonstration de la valeur morale et physique de la danse-; élégants, pittoresques, associant dans un mélange exquis les réalités et les fantaisies, se surpassant eux-mêmes, comme Drayton qui se penche sur un monde imaginaire de fées microscopiques, aussi gracieuses et plus ténues encore que Titania,

1. 1554-1628. Ses principaux poèmes sont des traités austères, impitoyablement didactiques : Treatise of vwnarchy, divisé en chapitres : ofChurch, of Laivs, of Commerce, of Crown revenues, démontrant que le régime monarchique serait celui de l'âge d'or; A treatise of Religion; A treatise of human Learning (où sont étudiés les sens, l'imagination, la mémoire, etc.); d'autres traités encore. Tous sont posthumes, mais œuvres de sa jeunesse, ou de son âge mûr. Du même, quelques drames classiques et une biographie de Sidney qui est encore une manière de traité. Works in verse and prose, éd. Grosart. 1870, 4 vol. 8°.

2. Orchestra, a poème on dauncing, 1596-, quelques beaux vers; mais long pour un paradoxe badin. Tout danse: les atomes dont est fait l'univers, la mer, les étoiles ;

For loe the sea that fleets about the land And like a girdle clips her solid waist, Musicke andmeasure botli doth understand. For his great clirystall eye is ahvayes cast Up to llie moone, and on lier fixed l'ast.

Du même : Nosce te ipsum, 1599, traité philosophique sur la nature de l'âme ses attributs, son immortalité; exposé des objections, réfutations; Hijmns of Astrœa, 1599, prodigieux éloge d'Elisabeth; Epigrammes {souveal peu réservées); important traité en prose sur l'état de l'Irlande dont Davies fut attorney général; mort en 1626. Complète poems (avec prose), éd. Grosart, 1869 et s., 3 vol. 8°. Ne pas le confondre avec cinq autres John Davies du même temps, dont trois avaient, comme lui, le titre de sir et dont l'un fut, comme lui, poète philosophique, savoir John Davies (of Hereford), mort en 1618, auteur de sonnets amoureux, de Mirum in modum, 1602, traité en vers sur l'immortalité de l'âme, Microcosmos, 1603, traité psychologique et anatomique où l'on dirait parfois que l'auteur rime les théories des médecins de Molière; etc. Complète Works, éd. Grosart, 1878, 2 vol. 4"; supra, p. 351.

et écrit son chef-d'œuvre : Nymphidia, ou la Cour des fées.

« Le vieux Chaucer a pour héros sire Tliopas, le fou Ral)elais, Pantagruel, et un troisième a Dowsahel : c'est jouer avec des riens. D'autres ont consacré leui's laheurs à. ceci et d'autres encore à cela, et l)eaucoup ne savent à (|uoi, surs seulement de leur envie de parler ». Lui s'est donné plus haute et no])le matière, et nous voici au palais d'Obéron et de la reine Mab, au pays des fées et des lutins qui se répandent la nuit par le monde, et que les filles voient dans le foyer, le soir, quand le feu est près de s'éteindre. D'immenses passions agitent ce peuple microscopique, peint en fraîches couleurs d'aquarelle ; Mab g-alope sur le dos d'une sauterelle à un rendez- vous d'amour; Obéron, plus terrible en sa fureur qu'.Vlcide, Roland et Ajax, monte sur une fourmi, tombe de fourmi, roule dans la boue, remonte et poui-suit à mort son rival. Mais le dieu cpii penli! Troie, et ceux qui la défendirent, interviennent ; pers<mne ne meurt, et les petits personnages se réconcilient en leurs palais de toiles d'araignées, argentés de lune^

Et ce n'est pas tout. Les poètes d'Elisabeth sont encore bien autre chose : ils sont satiriques avec Donne, qui est en même temps un des meilleurs chantres de l'amour, héroïijues et pastoraux avec Spenser; dramati(iues avec Shakespeare et Jonson : le meilleur reste à dire.

1. Nimpfiidin, t/ie cnurt of Fnijrie, t" éd., avec diverses autres œuvres, 1627, fol. Du même genre, par le même, dans The Muxes Elysium, 1630, le Nymphal Vlli, gracieux dialogue sur le mariage d'un fée et d'un sylphe — « chief of Ihe crickets of much famé ». — Le Drayton spirituel et aimable paraissait déjà dans la charmante Bnlladof Diursnbel, 1593 (ressouvenirs de Chaucer).

John Donne est une figure à part. Né à. Londres en 1573, allié à la famille de Thomas More , petit-fils de John Heywood le facétieux poète du temps d'Henri VIII, neveu d'EUis et de Jasper Heywood, jésuites lettrés, il appartenait au milieu catholique le plus intransigeant. Il étudia à Oxford, apprit le français, l'espagnol, l'italien, et accompagna conmie volontaire, ou plutôt comme spectateur curieux d'impressions nouvelles, Essex dans ses expéditions de Cadix en 1596 et des Açores en 1597.

Au contact des hommes et des choses, sa foi s'émousse ; pendant que son frère meurt en prison pour la religion catholique, lui s'en éloigne. Ses croyances sont incertaines, et ses principes moraux, flottants. Il se lie avec les jeunes poètes à la mode, surtout ceux du l>eau mondé, et commence de honne heure à écrire. Ses vers magnifiques, hauts en couleur, très licencieux, courent de main en main, et Donne , comme tant d'autres à cette époque , se trouve célèbre et constamment cité sans avoir rien publié ^ . Un mariage secret avec Anne, fille de sir George More, de Loseley, lui fît connaître la prison, la misère, mais aussi les joies d'un foyer qu'anima bientôt une fourmillante

1. Il fait allusion lui-même à la circulation de ses vers en manuscrit. Ma Muse, dit'il :

... to few, yet to too many lialh shown

How love-song weeds and satiric thorns are growo.

Sauf quelques poèmes élégiaques (surtout yl« Anatomy of the TForW, 1611, à propos de la mort de Mrs. E. Drury), ses vers furent imprimés seulement en 1633, après sa mort. Poems, éd. Chambers, Muses Library, 1896,2 vol., t. II, p. 12. — Complète Poems, éd. Grosart, 1872-3, 2 vol. 8". — Edm. Gosse, Life and Letters ofjohn Donne, Londres, 1899, 2 vol. 8°. La statue qui ornait son tombeau, et qui le représente drapé dans son linceuil, a échappé au grand incendie et se voit encore à Saint-Paul.

postérité. A ravénenient du roi Jacques, il parut à la cour, et le souverain donna, à son occasion, une preuve singrulière de clairvoyance. Contrairement à l'opinion de tous et surtout à celle du principal intéressé, il maintint que la vraie vocation de ce poète amoureux et sensuel, jadis catholique, maintenant protestant, était la carrière reliirieuse. Entre la famine et l'Église, menaçantes, Donne hésita longtemps ; tantôt il étudiait la théologie et rédigeait quelque grave traité, pour s'essayer, tantôt il briguait un poste diplomatique, dans lespoir d'éviter son destin. Mais il dut se soumettre; il reçut les ordres le 25 janvier 1615, devint chapelain du roi, doyen de Saint-Paul en 1621, et parut un autre homme. Un mérite littéraire supérieur est le seul trait qui réunisse le premier au deuxième Donne, personnages, pour tout le reste, entièrement différents : le premier, mondain, sceptiijue, au parler licencieux; le second, modèle de dévouement, de vertu et de passion religieuse, esclave de sa tâche, prédicateur infatigable et le plus éloquent de son époque. Il mourut, sujet d'édification générale, le 31 mars 1631.

Le premier Donne, nature à la fois ailée et grossière, ange au pied fourchu, était un des plus vrais poètes de la période. Souvent son vei-s est rocailleux, et il le dit luimôme^; les images que lui fournit une imagination sura-

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