SUR THEOPHILE FOLENGO. XV
avec des vues plus hautes que celles qu'on était en droit de demander à notre poëte macaronique.
Parfois aussi Merlin Goccaie a son côté moral ; il déclame souvent contre les vices de son époque ; il se livre à une vive diatribe contre les courtisanes et les entremetteuses, dont l'Italie était alorè fort abondamment pourvue :
Terra convertatur passim nicretrioibus istis
Quae semper luxu, petulaque libidine jacta;,
Sinceras juvenum nequeuntes flectere mentes.
Ut sua contlnuo satietur aperta vorago.
Ast aliquam si forte volunt maculare puellam,
Aut niveam pueri de corde tirare columbam,
Quid faciunt istae tigres, cagnseque rapaccs ?
Dum missae celebrantur, amant cantonibus esse,
Postque tenebrosos mussant, chiachiarantque pilastres.
Ah ! miserelle puer, dicunt, maie nate, quod ullam
Non habes (ut juvenes bisognat habere), morosam 1
Les attaques de Folengo contre les grands et contre le clergé, très-communes alors chez les poètes italiens, et qui n'excitaient point la susceptibilité du pouvoir, ont inspiré à un critique moderne une appréciation que nous ne saurions partager.
M. J. J. Arnoux a consacré à Folengo deux articles dans la Bévue du Progrès (n" du 15 septembre et du le»- octobre 1839), mais il nous semble avoir grandement exagéré le but que se proposait notre poëte en le désignant comme un fougueux révolutionnaire, animé d'une haine implacable contre toutes les tyrannies. Témoin des châtiments qui avaient frappé de généreux défenseurs de la liberté, il consentit à faire rire les oppresseurs aux dépens des opprimés, à condition d'envenimer dans le cœur de ceux-ci une haine qui tôt ou tard devait porter ses fruits. Moins hardi que Rabelais, il n'écrivit pas dans le langage vulgaire, mais il employa un mélange de diverses langues dont il latinisa les mots seulement dans leurs syllabes finales.
Baldus est le type de l'injustice armée, du privilège inique contre lequel sa victime ose à peine élever la voix. Zambelle est le peuple qu'on opprime, dont on se moque, et qu'on représente comme stupide parce qu'on l'abrutit et qu'on lui ôte les moyens de sortir de son avilissement.
A la tyrannie de Balde qui est celle de la force armée, celle de la violence brutale, succède l'oppression de Cingar et des moines, qui est celle de la fourberie et do l'autorité fondée sur la superstition.
Parfois le poëte, comme l'Arioste, n'a d'autre but que de laisser dans ses récits un champ libre à son imagination ; mais bientôt sa pensée satirique reparaît lorsqu'il attaque la corruption des mœurs et les abus criants du clergé.
Tel est le point de vue auquel s'est placé M. Arnoux ; il paraît