XVI NOTICE
fort exagéré. De rneme que tant d'autres conteurs du commencement du seizième siècle , Folengo n'avait, nous en sommes sûrs, aucune idée d'une réforme politique et sociale; témoin des vices de son époque, vices qu'il avait partagés, il les peignait en riant, Sans grande malice, sans envie de renverser les pouvoirs établis et sans la moindre préoccupation des droits de l'homme.
Observons aussi que, dans d'autres écrits, Folengo s'est montré tout aussi enclin à débiter des idées téméraires et sentant le fagot. Son poëme sur le petit Roland (OrJandino), dont nous aurons occasion de reparler, dut, sous bien des rapports, choquer vivement les lecteurs orthodoxes. L'héroïne, s'adressant à Dieu, lui dit : M Je ne veut point tomber dans la même erreur que cet imbécile vulgaire rempli de superstition et de folie qui fait des vœux à un Gothard et à un Roch, qui fait plus de cas d'eux que de toi*, parce qu'un moine, souvent adorateur de Moloch, a l'adresse de tirer de gros profits des sacrifices offerts à la Vierge, reine des cieux. Sous une écorce de piété, ils font d'abondantes moissons d'argent, et ce sont les autels de Marie qui assouvissent l'impie avidité des prélats avares.» Vient ensuite un trait acerbe dirigé contre les confesseurs 2 « Mon Dieu, ajoute Rerthe, si tu daignes me sauver des flots irrités qui m'environnent, je fais vœu de ne jamais ajouter foi à ceux qui accordent les indulgences pour de l'argent 5. »
Pour faire excuser ses hardiesses, Folengo ajoute que son hé-: roïne était Allemande et qu'il ne faut donc pas s'étonner si elle fait des prières pleines d'hérésie.
Plus loin, on voit Roland se prendre de querelle avec un gros prieur goinfre et ivrogne auquel il dérobe un bel esturgeon. La bibliothèque de ce dignitaire était composée de vins, de liqueurs, de pâtés, de jambons ; au font de cet oratoire était sur un autel l'image d'un Bacchus gras et vermeil : il n'y avait pas là d'autre objet de piété, d'autre crucifix pour y faire ses dévolions*.
Ces hardiesses n'étonnaient d'ailleurs personne, et en Italie, avant que la réforme eût donné aux attaques centre l'F.glise une portée jusqu'alors ignorée, on accordait aux poètes de très-grands
< Ne iusieme voglio errar con volgo sciocco
Di s-perstizia colmo e di raatezza ;
Che fà suo' voti ad un Gotardo e Roci^o,
E più di te non so quai Bevo apprezzo, etc. Nous employons, pour la traduction française, celle de Ginguené, dans son Histoire littéraire d'Italie.
* E qui trovo ben spesso un confessore
Essere più rufliano che dottore.
3 Ti faccio voto non prestar mai fede
A clii indulgente per denar concede.
^ Ne altra pietade, ne allô crucifisso
Tien suU' altare a far divozione.