LIVRE V
Cependant Gaioffe assemble en une Chambre du Palais ceux qui se laissoient aller à sa dévotion, et lesquels il estimoit estre les plus advisez. Là, chacun prestant le serment de ne rien reveler de ce qui seroit résolu par eatr'eux, la conclusion fut de prendre ce Balde, si on peut, par force, ou par quelque ruse ou finesse. Ils n'y veulent employer la bande des Sergens Prevostaires: car ils seavoient bien, et le tenoient pour certain, et l'avoyent souvent esprouvé; que Balde, en trois coups, les tailleroit tous en pièces. Que font-ils donc? Ce Prêteur, ou ce Roy, Gaioffe mande promptement vers luy un Appariteur, ou Sergent du Palais, du nombre de ceux, qui pour un liard presenteroyent le dos à endurer bastonnades et estafilades. On lui commande d'aller trouver Balde, et luy presenter une lettre de la part du Sénat, cachettée du cachet, auquel est eiigravée l'image de Liberté et de Justice, afin que, ce scel estant recogneu, Balde y adjouslast plus de foy, et que par ce moyen la petite mouche se vint jetter dedans la toile de l'araignée.
Cet appariteur, qui se nommoit Spingard, s'accommode entièrement en forme de courrier, prend un chappeau sur sa teste, un fouet en la main, et met sur ses espaules un petit gaban brodé de crotte. A son costé droit pend un cornet, et au gauche a une escarcelle ou faulconniere; et, estant monté sur sa maigre jument, galloppe en diligence. Resvant toutesfois souvent, ce pauvj-e malotru, au lieu où il alloit, se retient quelquefois, et non sans trembler de peur: et, se repentant desjù de sa folie, eust bien voulu avoir refusé telle commission, sçachant bien, pour l'avoir luy-mesme autrefois esprouvé, comme la main de Balde est propre à descoudre leurs casaquins. Cependant il l'advise de loing, tenant pour lors d'aventure avec la laisse de son chien nommé Lassé, et ayant des bracques et autres petits chiens autour de luy. Avec iceux, accompagné de Falquet, Cingar, et autres; tantost prenoit le lièvre, tantost donnoit la chasse au renard, et autrefois enibrochoit des tessons.