LIVRE VIII
ils destachent l'Arche d'alliance, et barbottent entr'eux : i An hâ ay men ehey^ » et font un bruit comme s'ils vouloient sacrifier une oye en appelant le Messias. Si ne peu^ rent-ils ces malot.uis tant pour loi s mai'monner, ny prendre tels avis de leurs Rabbins, et des maisties de leur Synagogue, ny par leur bec circoncis et ny par leur cabale si bien faire à Sadoche, que, à l'occasion des tesmoins et de la crierie de Gingar, il ne fut condamné de desbourser encore huict ducats, ou de rendre la vache. Icelle fut enfin rendue à Zambelle; et Gingar eut quelque argent pour sa peine.
Voilà comment Zambelle recouvra sa vache, laquelle, comme on dil,de la poisle tomba au feu. Icelle, estant arrachée de la griffe des Juifs, aussi-tost fut dévorée par des moines enfroquez. Dis, je te prie, Comine, la mort de ceste
1 On rencontre un passage du même genre dans une pièce d'Adriano Banchieri, de Bologne, imprimée à Milan en 1600, intitulée : Il Studio diletterole, et qui est un des premiers essais de l'opéra buffa en Italie. Qu'on nous permette ici une citation extraite de ce volume fort rare et très-peu connu.
A la fin du troisième acte, Zani, qui s'énonce en patois, voulant mettre en gage son manteau, frappe à la porte de la synagogue, mais il ne peut rien obtenir des juifs, attendu que c'est leur jour du sabbat.
Tic, tac, tic, tac, 0 Hebrseorum gentibus,
Tic, tac, tic, tac, Su prest auri, auri su prest,
Tic, tac, tic, tac, Da lioin da ben ch' a butt zo buss.
QGI GLI IIEBREI CANTANO IN SINAGOGA.
Ahui Baruchui Adonai Merdochai
An biiachan Cbett milotram la Baruchabà.
ZANl.
A non farô negott, negott, Che i canta i sinagoga 0 clie'l Diavol ve affoga.
SEGL'ITA LA SINAGOGA.
Oth zorochott, oth zorochott, Astach, mustach, lochut, zorochott, Calamala Balocbott.
misérable Chiarine. Il y a un lieu à deux mille pas de Gipade, lequel, selon que recite l'histoire, est nommé Motelle, qui est un petit village pour le peu de maisons qui y sont ; mais a un beau et grand terroir. Là y a une vieille Eglise, ayant ses murailles à demy rompues, en laquelle font le service quelque sorte de moines, et est par eux gouvernée comme est une taverne par des Brodes et Allemans. Soubs quelle règle ils vivoient, je n'en suis certain : mais, ainsi, qu'on pouvoit appercevoir avec de la lumière, on trouvoit qu'un nommé frère Stopin, qui pour lors sembloit estre la splendeur de l'Eglise , avoit reformé le convent, et rempli de bons frères Frappars, desquels si je voulois descrire les meurs porcins, je ci'aindrois apporter un trop grand scandale aux bons Religieux, ausquels pour la mauvaise vie des autres pourroit advenir faute de pain et de vin, et de leur pitanceordinaire, nerecevans plusriendes gens laicz. Iceluy enseigna à ses moines les préceptes de bien cuisiner et les passa docteurs en l'art de larderie. Or deux frères Stopins, de ceux qui demeuroient en ce convent, puans tousjours le lard, nesçay pour quel sujet, s'estoient mis lors aux champs, trottans du pied sans aucune mesure, ayans la teste levée en regardans tout autour, et es environs d'où ils passoient, donnant un très-mauvais exemple aux simples gens, estans eshontez, lascifs, faitneans, sans entendement, n'ayans tousjours l'esprit tendu qu'au mestier de rufiiennerie et gueuscrie.
Pendant qu'ils alloient visiter les commères, ils advisent de fort loing Zambelle venir au devant d'eux, lequel touchoit l'infortunée Chiarine. Le premier de ces deux frères, non pas en l'Ordre, mais qui estoit plus sçavant que son compagnon en la science de cuisine, soudain se propose de mettre à effet une brave entreprinse, et dit à son compagnon : «Frère Baldrach, arreste-toy un peu : je veux gaigner ceste vache qu'ameine vers nous ce paysan. » Baldrach respond : « Ainsi soit-il : je suis prest, frère Roch, à faire ce que tu voudras, Si nostre marmite peut engloutir ceste vache, les feries, précédentes nostre mardi gras, en seront meilleures, et plus grasses. » Promptement frère Roch met le froc bas, et, estant en pourpoint, sembloit un brave soldat. Si vous It considériez ayant despouillé ses habits moiiachaux, vous le jugeriez plustost digne de porter la rondache, ou respiei\ Boulonnois, que non pas de porter une croix, ou dire la