LIVRE XI
le poil à plus de mille putaciers renommez, et comme la teigne chasse les poux. Tu ne fus pas exempt de cette eau chaude, Cingar, car plusieurs de tes cheveux en tombèrent, et chacun t'appeloit dejjuis : a 0 le pelé, ô le pelé. » Autres jettoient du brasier tout ardent, et autres, des laz, des cordes à nœud coulant; des chaisnes, pensant prendre et arrester avec icelles Balde, comme ils avoient fait une autrefois ; mais la souri, une fois eschappée, ne se reprend plus à la mesme souricière.
Gingar estoit jà descendu du degré jusques à bas, et Balde ne le perdoit de veuë, et le suivoit pas â pas. Il y avoit en ceste hostelerie une petite court, à travers laquelle on alloit à l'escuyrie. en laquelle Gingar avoit accommodé les chevaux tous prests à monter dessus. Iceluy, d'un coup de pied, enfonce la porte, et la jette par bas. Pendant qu'il monteroit à cheval, il fait arrester Balde au devant de la porte, et là se tenir ferme comme un pillier, pour en empescher l'entrée, laquelle lors ny Mandigar, ny Sacripant *, ny Rodomont - n'eusse peu forcer. La meslée fut là si horrible, que des morts tombansles uns sur les autres, il s'en feit une montagne. Et comme on void penser à sa con-
éditions. Il a été réimprimé en 1838 dans une Collection de poésies, romaDS, etc , publiée en lettres gothiques par M. Silvestre, ti il est compris dans le t. II, p. 99-111, des Anciennes poésies françaises, éditées par M. A. de Montaiglon pour la Bibliothèque elzévirienne de M. Jannet.
Les Italiens, à l'époque oii Folengo écrivait, plaisantaient volontiers sur la nouvelle et terrible maladie qui était venue frapper le genre humain. Nous ne citerons qu'un seul exemple de ces joyeusetés : l'auteur d'un livret très-rare, imprimé à Mantoue en 1545 (Cicalamenti del Grappa), discutait la question de savoir si la belle Laure n'avait pas donné à Pétrarque il mal francese. Il annonçait dès le titre de sa composition qu'il faisait l'éloge de ce mal [cosa tanto buona, tante uiilo, tanto salubre e a i desiderosi délia virtu tanto necessaria), et il dédiait son œuvre à la signora Aniea, parce qu'elle avait répandu partout cette maladie et qu'on lui devait une augmentation dans le prix du bois d'Inde, c'est-à-dire du gaïac.
* Géants qui Jouent un rôle dans les anciens poèmes italiens consacrés au récit des exploits des chevaliers errants.
2 Hodomont tient une grande place dans VOrlando innamoralo de Boiardo ; c'est le plus redoutable de tous les Sarrasins, mais il trouve en Roger un vainqueur.
ficiêûôeunSuysèe ou un Lanâquêiict, quand ils s'efforcent de gaynei- la bi eschê faite à une "Ville qui geroit abandonnée au snc, ayant le bruit d'estre fort riclie ; mais, pour entrer dedans et gagner le haut de la muraille et des tour§, c'est là où est la peiné et le travail, et bien souvent les chausges êont abreuvées d'une puante matière; quand ilâ voyent un gros canon bracqué au devant d'eux et jà prest à vômir une grosse baie : ainsi ce peuple se retient; et prend pour le mieux de recnler le pas, voyant ce diable de Balde foudroyer tout avec son espée, et rompre et briser tout ce qui paraiSâOit devant luy, ainsi que feroit une coulevrine.
Cingar, comme est l'usance de la guorre, avoit bien equippé les chevaux, leur ayant mis leâ chanffrains au front les bardes sur les flancê, et la maille sur la poitrine. Il monte sur Rochefort, et prend une masse, et en l'autre bras un rondache de fin acier. Il sort d'un saut hors la porte de l'escurie, comme un foudre, et advertit Balde d'aller monter à cheval, lequel entre dedans, ce pendant que Cingar eoustient tout l'effort. Balde monte d'un saut sur le Frison, qu'on nommoit Brisechaisne. Ces deux Cavaliers, comme fait un torrent à travers les bleds, quand Jupiter se courrouce, poussent leurs chevaux là où ils voyent la plus grand'presse. Iceux, des pieds, renversent celuy-là : courrans, heurtent cestui-cy : et, avec les dents, en prennent aucuns par-dessus le col, les brisant entièrement, et ensanglantons leurs mords, et noyans leurs yeux eu sang, et s'eslevans debout sur les pieds de derrière, et soudain retombàns sur ceux de devant, en donnant du derrière de grands cuups de pieds : vous eussiez veu voler en l'air des corps tombans tout roides morts. Baynrd * n'estoit à comparer à tels chevaux, combien qu'il portast sur son dos sept diables. Rien ne peut demeurer entier contre la force de leurs pieds : ils mettent tout en poudre, et brisent tout aussi menu que chair à pasté. Balde est fort aise d'avoir un tel cheVîil; un tel frison entre ICs jambes : la force d'un cheval redouble le courage d'un guerrier.
* Ce cheval, qui portait les quatre lils Ainion, est l'uiiieux dans les romans de chevalerie; fioileâu en a fait mention (Satire v):
Mais là postérité d'Alfane ci de Bayard,
Quand ce n'est qu'une rrtsse, est vendtie au hasard.