‹ Histoire maccaronique de Merlin Coccaie, prototype de RabelaisChapitre 152 sur 238 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

micide, sa femme est la Contention, l'Ire est sa mere^ l'Envie est son père, la Rage et la Cholere sont ses filles. Icy on n'oyt que cris et clameurs d'hommes, et hannissemens de chevaux. On y voit toutes sortes de canons, bombardes, passe-volans, sacres, basilics, eoulevrines. Vous y voyez des pavillons, des tentes, etcabannes.Les chevaux, avec leurs pieds, eslevent en l'air de grosses nues de poudre. Les tronçons des lances rompues troublent le ciel ; non pas qu'ils le troublent, mais semblent le troubler. Vous voyez de gros esquadrons armez se choquer les uns les autres sans aucun ordre, et, se poussans rudement, se donnent de grands coups, brisans leurs Jacques de maille avec masses, estocs, piques et pertuisannes. Mars se resjouist de voir plusieurs morts renverrez et foulez soubs les pieds des chevaux.

« Le Roy de toutes les estoilles, Jupiter, fait sa résidence plus haut, et a choisi le sixiesme ciel. Là, au milieu d'une campagne est une grande et spatieuse ville, laquelle est environnée de murailles, dont les pierres ont esté forgées et taillées sur l'enclume par les marteaux de Sterops et Brontus avec un merveilleux artifice tiré de pyrotechnie. Elle n'est point bastie de chaux et de pierre, comme Gennes, Naples, Florence, Rome, et Milan : mais est faite de plusieurs et fins métaux, ainsi qu'en Bresse on voit fondre des cloches. Les créneaux des murailles sont de jaspe dur : et en chascun d'iceux s'y voit un beau rubi. Il y a cent tours fort hautes, toutes de porphyres. Les fondemens sont de bronze. Les frises et cordons sont tout autour de cristal; et tout le haut qui < st en accouldoir, de pur oi-, au-dessus duquel on voit continuellemeut voleter des enseignes , esquelles sont brodées des Aigles grifounes. Là, vous verrez des colomnes d'argent soustenir des arceaux élevez bien haut en l'air. Là se voient de beaux baings, et de grands Palais, et de grandes et merveilleuses cuves. On y void des places à courir et manier chevaux, plusieurs marchez, de grands Théâtres, lieux propres à représenter batailles navales, des conduits d'eau, des colosses, des arcs, des pyramides, mille temples encrustez de marbre; là, sont les maisons des Dieux, au dessus desquelles ont voit trois cents mille cheminées tousjours fumantes à force de myrrhe et d'encens, ayant leurs cuisines nettes , et parfumées de souëfves odeurs. Tous les Dieux ont basti en ceste ville leui' Palais, et au milieu d'iceux est celuy de Jupiter. Icy

210 HISTOIRE MAGCARONIQUE.

Dédale, le premier Maçon, le premier Gharpeiilier, et le premier Architecte, a monstre parfaitement sa maistrise. Vous y verrez cent fcnestres çà et là tousjours ouvertes, par lesquelles ils voyent tout ce qui vient de loing. Il y a une galerie qui tourne tout autour du Palais, soutenue de six cents piliers de bronze. En icelle on void tousjOurs mille Dieux, autant de Déesses, et de braves Nymphes se promenant en rond. La porte est superbe, laquelle ne se void jamais fermée : et au devant d'elle est un large et spatieux porche, lequel est fait et quarré sur huit pilastres. A l'entrée d'iceluy l'arceau est de porphyre , et au milieu se voyent les trois foudres, qui sont fort à craindre, lesquels servent d'armes propres seulement au grand Jupiter Le seuil et l'entrée sont jà cavez, et mangez pour les allées et venues des Dieux, combien qu'elles soit d'albastre fort dur. Les cadenats des portes, les serrures, les doux, les verroux sont d'argent doré.

Après avoir passé le porche, vous entrez dedans cent cloistres, lesquels sont, de chasque costé, embellis de piliers faicts de diamants : et chacun d'iceux est composé d'un ar très-excellent, lesquels Vulcan a endurcis de son propre sang, les ayant premièrement amollis avec sang de bouc* La Sale du consistoire est très-ample, toute environnée de sièges d'or, en laquelle les Dieux traictent de toutes affaires, des fatalitez des hommes, des destinées, du brief temps, et de millle autres négoces. Au haut boutdela sale estla chaire de Jupiter, plus eslevée que les autres : laquelle le Dieu de l'argent, le Dieu de l'or, et l'inventeur et rechercheur de toutes richesses, a fabriqué et y a employé tout ce qu'on peut estimer riche et précieux abondamment, autant et plus qu'on ne jette tous les ans d'ordures et immondices au canal de Venise. Pensez donc combien telle chaire doitestre belle. Tous les Dieux et Dresses viennent là recevoir les ordonnances de Jupiter, lequel leur pesé le destin et leur mesure la fatalité, et fait chevaucher la Fortune sur un cheval tout folastre et fougueux. Les autres ne reçoivenl aucune deité,ny aucune puissance, si les briefs et les bulles (desquelles despend la vraye et certaine raison pour disposer des affaires) ne sont signées du consentement de Jupiter. Car iceluy est le supérieur de tous les Dieux, auquel les Empereurs s'enclinent pour luy baiser les pieds, estanl ftutour de luy un troupeau de cent testes rouges. Il est cour

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