‹ Histoire maccaronique de Merlin Coccaie, prototype de RabelaisChapitre 153 sur 238 · LIVRE XV. 2i · texte numérisé non relu

LIVRE XV. 2i

tisé tous les jours par les Dieux, et les reçoit tous joyeusement, et ne sort de luy jamais qu'une bonne chère, tant envers les pauvres, qu'envers les riches. Quelquefois (et pourquoy non?) un Dieu est offensé par un autre. Vulcan se plaint de Mars, et dit que Venus est une Ribaude. Juno regarde de travers Ganimede. Gerès pleure sa fille ravie par Pluton, et chaque Deosse accuse Priapede ce qu'il s'esbat avec les Nymphes tout nud. Jupiter les escoute tous de l'une et l'ortre oreille, et comme juge o t l'une et l'autre cloche sonnant, entre lesquelles il prononce enfin un jugement equitablo. Si toutesfois il se trouve importuné de ces Dieux, il commande d'apporter son foudre^ et commande aux tonnerres de bombarder, estonnant par ce moyen grandement les hommes, lesquels estiment lors le ciel tomber. Mais, quand Ganimede se présente, et luy baise le visage et le regarde d'yeux mignards, etqu'il luy présente sa coupe d'or pleine de doux Nectar, incontinent sa cholere se passe, le desdain s'enfuit de son cœur, il descharge le ciel de nues, le Soleil paroist tout nouveau, et la fleur penchée par la pluye se redresse à la clarté du Soleil. Ainsi quelquefois les grands personnages, les grands maistres et Roys sont quelquefois plus esmeuz parla beauté d'une jeunesse, que par le docte avis d'un sçavant Caton.

11 y a des degrez grands et magnifiques, montans jusques au haut, faits de coral, et de marbre, et de jaspe. Ghascun d'iceux a nouante marches, par lesquelles montent et descendent, vont et reviennent les Dieux et Déesses, passant par des chambres d'or et sales d'or : le plancher desquelles n'est point fait de bois; mais les soliveaux et carreaux sont d'or et d'argent, et y void-on reluire plusieurs Saphyrs. Gà et là les serviteurs des Dieux et servantes des Déesses sèment et couvrent de diverses fleurs les licts bien accomodez, jCS garnissans de beaux linceux blancs, et de riches couvertures tissuës, bordées et enrichies par les Nymphes avec un Tierveilleux artifice. Car Minerve, née du cerveau de Jup.ter. tient ià des escholieres pour apprendre le mestier de l'aiguille et de la quenouille.

Il reste maintenant à parler de Saturne, qui est situé en la plus loingtaine région. Iceluy a une femme, laquelle a eu trois enfans ensemble, et tels, qu'il se plaignoit de les avoir engendrez. Car ils coupperent à leur propre père ses parties génitales, et luy enlevèrent par force le sceptre de

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son Royaume. Iceluy est de corpulence fort maigre, vieil, et bave tousjours, et a la roupie pendue au nez. 0! qui est plus maladif que luy? Qui est plus pourry que luy? oes mâchoires n'ont pas une seule dent, et avec sa mauvaise et puante haleine il infecte un chascun. Sa barbe grise mal peignée est vilaine et pleine de poux. Sa teste, avec le poil hérissé, est chargée de lendes. Il marche tout voûté, s'appuyant sur un baston, comptant ses pas, et de pas en pas ne fait que toussir et cracher de gros flegmes. Il aies yeux tous chassieux, et l'ordure n'en bouge. Il se couvre le corps jusques aux talons d'une grande robbe fourrée, et en tout temps est tousjours tremblant. Samaisonbasse pleure sans cesse d'une humidité fâcheuse: les murailles y pleurent, les planchers y pleurent, tout ce qui est de luy pleure, et n'y a rien plus Saturnien que luy. Toutes ses viandes sont moisies; car en icelle ApoUo n'envoyé jamais ses beaux rayons. La nuict y apporte tousjours ses noires ténèbres. En icelle résident les chouettes, les chat-huans, les chauves-souris, qui n'aiment que la nuict, durant laquelle on y oit aussi les matoux chanter gnao, gnao. I^a tristesse demeure avec luy, la maigreur, toute espèce de maladie, le mal de costé, la squinancie, la fiebvre quarte , l'epidemie, l'apostume, le charbon, lamale-peste, le flegme, l'apoplexie, l'hydropisie, les vers, la colique, la pierre, le chancre, les glandes, les pustules, la grosse vérole, la cague-sangue, la petite vérole, la foiblesse de cerveau, la rage frénétique, la rage de chien, les doux, la douleur des dents, les escroûelles, les fistules, l'hernie enflée du coiiillon pendant, la teigne, la ladrerie, l'asthme, la goutte, les fiebvres phthisiques. Je ne sçaurois nommer toutes les maladies, lesquelles sont ordinairement avec Saturne, et lesquelles l'accompagnent et luy font service, mais avec peu de fidélité, car elles vuident tous les jours sa bourse, et c'est ce que les médecins aiment. Saturne donc commande au plus haut ciel, duquel tombant il sepuisse rompre lecol. Nous avons descrit les sept cieux, lesquels ont esté mal déchifrez par les anciens, et plus mal par les modernes, soit Aristote, soit Higine, soit Macrobe. Il reste que nous venions au huictiesme Cercle. « Mais qu'est-ce que je voy ? Vous ne voyez pas ? Voyez là ! » Comme Cingar disoit ce mot, on crie du haut de la gabie : « Fustes ! » Ce sont fustes. Aussi-tost on court aux armes : l'Astrologue Cingar dit : «Il faut autrement astrolo-

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