‹ Histoire maccaronique de Merlin Coccaie, prototype de RabelaisChapitre 41 sur 238 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Garde, ne fait tant de bruit quand les vents s'esclatent contre les maisons de Catulle, On void encore en ce lieu des cousteaux fraiz, esquels se voient cent chaudrons fumans jusques aux nues, pleins de caillotins, pastez et jonchées. Ces Nymphes demeurent à la pointe de la Montaigne, et grattent le fromage avec des rappes percées : les unes se travaillent à former des tendres goudiveaux ; autres avec le fromage rappé frigolent et s'esbatent ensemble ; et, se laissant couler du haut de la montaigne à bas, paroissent comme grosses mottes avec l'enfleure de leur ventre. 0 combien est nécessaire d'estcndre et eslargir ses joues, quant on veut remplir son ventre de tels goudiveaux ! Autres, maniant la paste, emplisseiu cinquante bassins de gras baignetz et crespes, et les autres, voians la poisle bouillir par trop, s'occupent à tirer iiors les tisons, et soufflent dedans; car le trop grand feu fait jetter le brouët hors le pot. En somme, toutes s'efforcent de venir à bout de leur gallimafréc, tellement que vous y verrez mille cheminées fumantes, et mille chauldrons attachez et pendus à des chesnes. En ce lieu, j'ay pesché premièrement l'art Maccaronique, et Mafeline m'a rendu son poète pansefique.

Il y a un lieu en France, prez les confins d'Espagne, nommé Montauban, lequel a grand renom par le monde. Ce n'est point ville ou cité, mais un chasteau très-fort, lequel est enfermé de triples murailles, construites et bâties de pierres vives, lesquelles ne redoutent la batterie de grosses bombardes, non plus qu'un asne se soucie des mouches, ou une vieille vache des taons. Ce chasteau est basti sur le plus haut dos de la montagne, et en tel endroit que les chèvres barbues n'y peuvent monter. Ce Duc Renaud ^ ce pa-

* Renaud de Montauban, un des douze pairs de Charlemagne, joue un grand rôle dans plusieurs romans du cycle carlovingien. Il était neveu de Charlemagne. Les plus anciennes épopées italiennes gardent le silence sur son compte ; en revanche, il est un des héros de plusieurs poëmes français, tels que les Quatre fils Aywon et Maugis cl' Aigre mont.

Son histoire a été racontée fort au long dans un volume espagnol intitulé : Lihro de! noble y esforçaclo cavallero Renaldos de Montalvan ; mais ce livre, qui a fait partie de la bibliothèque de Don Quichotte, est devenu aujourd'hui d'une rareté excessive, bien qu'il ait eu diverses éditions et continuations signalées dans le Manuel du Libraire, de M. J. Ch. Brunet, t. IV, p. 59.

ladin de France, ce dompteur de MagancC; cousin de Sgùergi, la plus franche lance qui fust au monde, l'a aulresfois possédé, el tenoit tousjours en iceluy sept cens bannis, lesquels ilentretenoitenceste forleresse àsesdespens.Après longues années, vint de sa race ce grand guerrier Guy, doué d'une prouesse merveilleuse. Guy estoii très-valeureux, et ne s'en trouvoit de plus généreux que luy, soit en paix, soit en guerre. Le Roy de France l'aimoit par sus toutes choses, et le tenoit tousjours auprès de soy, comme fisché à son costé, pour l'insigne beauté d'iceluy, et pour son regard gentil. La filie de ce roy, laquelle on nommoit Balduine, fut prinse au piège, et receut le dard du Dieu Amour, fils bastard de Venus. Il n'y avoit au reste du moude aucune qui fut plus belle qu'elle, et estoit très-agréable à son père et à tout le royaume, estant venue en l'aage nuljile. Sa beauté nonpareille la faisoit juger n'estre sortie d'aucun humain lignage, et la croioit-on porter une face angeiique. G'estuit une Pallas pour son entendement, et son visage representoit une autre Venus, et estoit fort gratieuse à un chacun, et libérale à tous les sujets de son père. Mais enfin elle se sentit si fort embrasée du feu amoureux de son Guy, qu'elle ne pouvoit prendre aucun repos. D'autre costé, Guy estoit ignorant d'une fureur si chaude, et sans aucun soupçon tournoit le dos à l'Amour, et s'estoit tousjours mocqué de son arc. Cependant le Roy feit publier par tout son royaume un touinoy et jousto solemnelle laquelle sedebvoit faire en plaine campagne. Geste nouvelle s'espnnd par toutes les provinces lointaines, et le bruit d'icelle convie de loing force compagnies. Les Hirlandois, Escossois etAnglois se préparent d'y venir, comme aussi plusieurs de la Picardie et de Bavière. Cemesme bruict, passant en Italie, excite à s'y acheminer les Liguriens, Genevois, Savoysiens et Lombards, les plus courageux de l'une et l'autre Sicile, delà Toscane, de la Romagne, de l'une et l'autre Marque : des Senois, Romains, de la Rouille et de l'Abbruzzie, se mettent en chemin, ayans entendu qu'en la ville de Paris sedebvoit faire un si magnifique tournoy. Geste ville est le lieu du siège principal du Roy des François, et qui se vante par tout.estre si glorieuse, que depuis la naissance de Ninusne s'est veu ville pareille à elle en toutes les parts du monde. Celle est fort recommandée pour les sciences, et encore plus illustre pour les armes. Le peuple d'icelle s'addonne à

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