LIVRE III. S
peust forcer un tel enfant. Ce neantmoins, en trois ans on le veid tant avancé aux lettres, qu'il retenoit par cœur tous les livres qu'il lisoit, et recita en un jour tout l'yËneide de Virgile devant son maistre par cœur, tant les guerres descritespar cet autheur luy plaisoient. Mais, après qu'il eut mis le nez dedans les gestes de Roland, il quitte là incontinent les règles du Compost : il ne se soucia plus des espèces, des nombres, des cas, ny des figures : et ne feit plus d'estat d'apprendre Je Doctrinal *, ni ces différences de bine, illinc, hoc, illoc, et autres telles sophistiqueries, ou fanfrelucheries des Pedans. 11 fait des torcheculs de son Donat-, et de son Perot, et de la couverture en fait cuire des saucisses sur le gril. Rien ne luy plaist que les beaux gestes de Roland, de Renaud, par la lecture desquels il eslevoit son courage à choses grandes. Il- avoit leu Ancroye, TrebisondC; les faits d'Ogier le Danois, Automine, Bayard, Antiforre, et les ,\ctes Royaux de France 3,
1 Ce titre fut donné à divers ouvrages fort goûtés à cette époque. Le Doctrinal de Sapience, de Guy de Roy, jouit longtemps d'une grande réputation. On vit paraître en vers français le Doctrinal des bons serviteurs, des ïemmes, des filles, des femmes mariées. Michault composa le Doctrinal du temps. Un poète resté ignoré composa le Doctrinal saulvaige.
2 .'Elius Donatus, grammairien romain, vivait vers le milieu du quatrième siècle. Il eut saint Jérôme pour élève. Il est l'auteur de diver' ouvrages de grammaire ; lun d'eux devint une petite syntaxe latine à l'usage des écoliers, intitulée de Octo partibus oralionis, et réimprimée maintes fois au quinzième et au seizième siècle. Le nom de Donat finit par signifier toutes sortes de leçons et en général un traité élémentaire quelconque. Quant à Nicolas Perot, né en 1430, il fut l'autem' des Budimenta grammatices dont les éditions furent des plus nombreuses depuis l'origine de l'imprimerie jusque vers l'an 1540, où l'on eut recours à des ouvrages mieux rédigés.
s II faut reconnaître sous ce nom un célèbre roman de chevalerie en italien. Li Reali de Franza, dont la première édition parut à Modène en 1491 ; elle fut suivie de plusieurs autres; le 3/anuel du l^ibraire en énumère dix-sept; les deux dernières sont celles de Venise, 1694 et 1821 ; celle-ci est due aux soins de l'habile biblio.-raphe Gamba. Ginguené, dans son Histoire littéraire d'Italie, t. IV, p. 165 et suiv , donne l'analyse de celte composition.
Deux mots au sujet des autres romans signalés dans le même passage
h'Aitcrote est le poëme intitulé Libro délia regina Ancroja^
38 HISTOIRE MACGARONIQUE.
ramourachement de Gaiion et d'Aspremont, l'Espagne, Altobelle, les guerres et combats de Morgant le Géant, les espreuves de Meschin*, les entreprises du Chevalier de
dont l'auteur n'est pas bien connu, et qui, de 1479 à 1589, a été réimprimé au moins douze fois. Les premières éditions sont extrêmement rares. Cette épopée a été appréciée par Ginguené, Histoire littéraire d'Italie, t. IV, p. 200; il la trouve ennuyeuse et d'une longueur excessive.
La Trébisonde est le poëme de la Trabisonda, attribué peutêtre à tort à Fr. Tromba, et dont la première édition vit le jour en 1483; on en connaît quinze autres ; la dernière porte la date de 1682.
Ogier le Danois est trop connu pour que nous nous y arrêtions; le roman en prose qui raconte ses exploits, et dont la première édition vit le jour à Paris, vers 1498, est tiré de deux poèmes français des douzième et treizième siècles, lesquels avaient été précédés par une relation latine. Le fond de ces récits est historique, mais l'imagination des trouvères y a beaucoup ajouté. Voir YHistoire littéraire de la France, t. XXII, p. 643-659 ; les Recherches de M. Paulin Paris, sur Ogier, dans la Bibliothèque de r École des Chartes, t. III, p. 512, etc.
Au lieu de Bayard, nous lisons Boiardo, nom de l'auteur de cet Orlando innamorato, si souvent réimprimé, et dont le savant conservateur des imprimés du Musée britannique, M. A. Panizzi, adonné, à Londres, une excellente édition à la suite du Roland de l'Arioste, 1830-1834, 7 vol. in-8.
On attend encore une bonne traduction française de ce poëme. Celles de Le Sage et de Tressan ne sont que des extraits où l'on ne s'est nullement piqué de fidélité.
Quant à VAntiforre, c'est le nom d'un géant qui fut mis à mort par Roland lorsque ce chevalier était banni de la cour de Charlemagne. L'histoire à.'Antifor ou Antafor de Barosio et des exploits de so)i vainqueur, forme le sujet d'un poëme qui a été porté à quarante-deux chants. La plus ancienne édition connue est celle de Milan, 1498; la dernière porte la date de Venise, 1650; entre ce deux dates on peut placer une dizaine de réimpressions.
* On reconnaîtra sous ce nom le célèbre roman de Guerin Meschin [Guerino Meschino), appartenant, comme ceux dont il est ici question, à l'histoire de Charlemagne et de ses paladins. La première édition est de Parme, 1473 ; les réimpressions sont en très-grand nombre ; plusieurs ont vu le jour au dix-neuvième siècle. Cette production a été traduite en espagnol et en français; la Bibliothèque des Romans, janvier 1777, t. II, p. 5-52, en pré- .sente l'analyse.
L'Amourachement de Carlon et d'Aspremont signifie le poëme italien connu sous le nom d'Innamoramento di Carlo Magno, publié pour la première fois en 1481, et divisé en soixante-dix- sept