‹ Histoire maccaronique de Merlin Coccaie, prototype de RabelaisChapitre 92 sur 238 · LIVRE VII. ^ lOi · texte numérisé non relu

LIVRE VII. ^ lOi

il montroit desjà son cul quasi tout à nud, quand Cingar, feignant le bon valet, y accourut, et lascha du tout l'esguilletle de ses chausses, en sorte que Tognazze demeura tout nud, tomhans sesbrayes jusques sur les talons.

Toute l'assemblée se print si fort à rire qu'on eut dit que là estoyent plus de cent singes et magots. Voulant escamper ainsi sans vestenAens, et chercher quelque lien pour se retirer et cacher sa honte, voulant courir, il se laissa tomber de si haut, que, donnant de sa panse contre terre, il feit un son, comme ci c'eust esté un tambourin. Et ce qui le feit choir fut, à raison que, ses chausses estans tombées jusques sur ses talions, il s'enveloppa tellement les pieds, qu'il ne luy fut possible de se retenir, ne pouvant marcher autrement que comme fait un petit poulet, qui s'est empestré avec de l'estouppe, ou lilace. Tous ces paysans accourent avec risée, pour voir cet homme. « Ha, ha, ha, disoient-ils, voicy de quoy rire. » Les femmes, et les filles tournent -la teste d'un autre coslé, ne voulant voir de jour ce qu'elles pouvoient sentir la nuict. Ce premier des Sénateurs, et Consul de Cipade. tcnoit les mains sur sa bourse, et monnoye, monslrant le tablier de derrière tout à l'ouvert. Geste honte luy feit esteindre le feu d'amour. -

Tout est surmonté par Amour, . '

Mais honle le dompte à son tour. •

Enfin, ayant développé ses jambes en quittant là se^ brayes, comme fait le Castor ses coiiillons à celuy qui le poursuit à dent de chien, s'encourt le plus^ vislement qu'il peut. Je n'ai point veu chat, tombant du fest d'une maison,, courir plus fort. Estant venu en lieu, où il se pouvoit couvrir, la honte luy fait baisser sa teste grise, n'osant estever la face : et disoit en soy-mesme comme s'il e.ust parlé à unauUe : « 0 vieil Tognazze, quelle disgrâce t'a saisi? ne recognois-tu point, ô pauvre malotru, ta honte? Naguère-^ je pensois que la femme n'est qu'une vraye ribaude, et que nous devrions plustost croire à ce larron de Mahomet, qu'aux fausses langues des femmes ; et maintenant je voy que Berlhe m'a prins au piège. Ha ! je m'estimois le plus heureux de tout le monde ; mais à présent chacun se mo-^ que de moy conune d'un malheureux. Je sçaybieni conseiller les autres, et ne me sçaurois conseiller moy-mesme. La

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coulpe, quand tout est dit, n'en doit estre l'ejettée que sur moy, pauvre sot !

Le conseil, ce n'est rien quand on n'en veut user, Et cil conseille mal, qui le veut refuser.

J'ay honte de m'estre trompé moy-mesme. Et, pour un fol amour, je n'ay point recogneu la faute jusques à ce que la vergogne m'aye osté le bonnet, et l'ait tomber le masque de mon visage. Après le dommage, on se repent, croismoy, de l'enlreprinse. »

Pendant que Tognazze se desprisoit ainsi, Zambelle arrive, lequel le vest de ses habillemens, et s'en vont ensemble. Il se tint trois jours entiers caché, ne voulant se montrer à aucun : et rongeoit cependant son mords, se disposant à la vengeance, ne voulant laisser tomber à terre l'injure honteuse qu'il avoit receuë de Gingar et de Berthe. Par ce moyen, l'honneur et révérence qu'on souloit porter à Tognazze, qui estoit en réputation d'estre le premier de la ville, furent fort amoindris, et le moulin de Gingar en mouloit mieux.

Je, Gomine, escris cecy pour servir de miroir aux vieilles personnes : non pas que je sois si folle et téméraire de l'escrire aux sages vieillards, desquels la jeunesse doit aprendre le droict chemin. Mais je parle à vous, vieils moisis et galeux, lesquels l'Escriture appelle enfans de cent ans. 0 vieil, que resves-tu ? Où est-ce que ta bestise te meine? Ne portes-tu pas tousjours sur ton dos la maison des morts ? T'estimcs-tu sage pour porter une callotte fourrée, et avoir le front tout plié, comme si la sagesse residoit seulement aux rides et au poil blanc? Tu ne fais à présent que ronger, et blasmer les jeunes personnes : comme la teigne se coule sur un doux velours. Et que jases-tu? que quaquetes-tu, pauvre podagre, en disant que le Magistrat est maintenant entre des mains puériles ; que les grandes affaires, et choses sérieuses du public, sont administrées par personnes qui sont sans expérience ; que les jeunes se font croislre la barbe, et se font frotter le visage pour y faire mouler le sang, afin qu'ils semblent à des aveugles estre desjà bien àgez, et, après avoir fait passer le rasoir sur leur menton, estre plus dignes à manier les oltices honorables, etestre assis aux plus hautes chaires pour rendre

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