CHAPITRE
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DE FRAiNCK. Kiô
que sorte obligé par ses sujets , s'était soumis à l'hommage. Un traité que, du fond du cœur et des deux côtés, on regardait du reste aussi comme fort peu définitif, tenait le roi de Navarre, à qui Ton promettait la ville et la seigneurie de Montpellier , dans une incertitude favorable aux projets de Charles V. Enfin, profitant des mécontentements et des antipathies que soulevait dans ses belles provinces françaises le prince de Galles, plus chevaleresquement illustre sous le nom de prince Noir, cet habile souverain prêta une oreille complaisante aux réclamations des seigneurs du Midi , quand , l'appelant à eux contre le fils d'Edouard III , ils lui déclarèrent que leur vrai suzerain était toujours le roi de France. En conséquence, Charles fit assigner le prince anglais à comparaître devant lui , à Paris; et sur son refus dédaigneux, il s'empara sans plus tarder du Querci et du Ponthieu. A cette nouvelle , Edouard 111 reprit, le 11 juin 13G9, le titre insolent de roi de France, dont il s'était départi par le traité de Brétigni, et rappela à son fils leurs communs exploits pour mieux l'engager à reconquérir ce qui venait de leur être enlevé à tous deux. Mais il avait suffi de peu d'années pour que les chances eussent tourné ; et pendant qu'Edouard songeait à envahir de nouveau la France, on s'occupait à Harfleur et à Honlleur de la construction et du rassemblement d'un grand nombre de vaisseaux, pour transporter en Angleterre même une armée considérable , sous les ordres de Philippe le Hardi, chef de la seconde maison de Bourgogne, et frère du roi. L'expédition n'eut pas lieu; mais le soin que Charles V avait mis à visiter lui-même cette flotte deux ou trois fois par semaine pendant qu'il la faisait construire et équiper, prouvait assez déjà dans quelle haute estime la marine serait tenue sous son règne. Le duc de Lancaster, envoyé par Édouard 1H, son père, pour surprendre et brûler les vaisseaux français à Harfleur, en fut empêché par la vigilance du comte de Saint-Pol , qui le contraignit à se retirer au plus vite. L'armée anglaise fut ramenée à Calais sans avoir rien pu accomplir; et, licenciée ensuite, elle repassa en Angleterre.
Cependant Charles V ne se reposait pas. Du fond de son cabinet, il poussait le pays entier à chasser les Anglais de son sein. De toutes parts, le sol s'ébranlait sous leurs pas; des partis les attaquaient, les entouraient incessamment, et chaque jour ils éprouvaient quelques échecs partiels qui (levaient finir par équivaloir à une immense défaite. Presque tous les plus habiles et renommés généraux d Edouard périrent dans des affaires d'escarmouche, et la gloire du prince Noir fut éclipsée par celle du connétable du Guesclin et des chevaliers français. Le siège avait été mis par le connétable devant La Rochelle, qu'occupait une garnison anglaise. Êdouard III, qui connaissait l'importance de cette place pour lui, fit choix du jeune comte de Pembroke pour l'envoyer avec une. flotte imposante au secours des assiégés, et faire passer de là des renforts et de l'argent à ses partisans en France. Afin d'exciter l'ardeur de son lieutenant et de mieux lui prouver quelle importance il attachait au succès de cette expédition, il le nomma, avant son départ, gouverneur et souverain de tout le pays de Poitou. Le comte de Pembroke s'agenouilla devant le roi son maître, le remercia de l'insigne honneur qu'il lui faisait, et lui promit de répondre dignement à sa confiance. Bientôt après, il mit à la voile de Southampton avec une armée et un riche trésor. Charles V, instruit à temps de son départ, en donna promptement avis à l'amiral de Castille; si bien qu'au moment où Pembroke, qui croyait pouvoir agir de surprise, arriva en vue de La Rochelle, le 23 juin 1372, il trouva l'entrée du port fermée par les vaisseaux de France et de Castille, réunis fous les ordres du grand amiral A mbrosio Boccanegra, Génois. 11 n hésita point cependant à engager le combat, et, pour enflammer le zèle de ses compagnons d'armes, comme Edouard avait excité le sien, il en éleva sur l'heure quelques-uns au rang de chevaliers. Les troupes de la flotte d'Ambrosio Boccanegra, presque toutes françaises, bien que les vaisseaux qu'elles montaient fussent pour la plupart castillans, en vinrent presque immédiatement à 1 abordage. Les Anglais firent tous leurs efforts pour les repousser à coups de lance. Les
vaisseaux castillans, quoique moins nombreux que ceux des ennemis, avaient sur ceux-ci l'avantage de la force et de la hauteur; de sorte que les soldats qui les montaient pouvaient atteindre les Anglais sans en être atteints; ils lancèrent sur la flotte du comte de l'embroke des masses de plomb ou de fer, qui la firent, dès les premiers moments, beaucoup souffrir. Néanmoins les Anglais soutinrent le combat avec intrépidité jusqu'à la nuit; et quand l'obscurité la plus complète le fit suspendre, les deux flottes restèrent à l'ancre à côté l'une de l'autre, méditant dans l'ombre ce qu'elles feraient le lendemain pour leur ruine réciproque. Durant cette suspension forcée, qui présageait une lutte plus acharnée encore que celle de la veille, les Rochelais, qui avaient assisté, mais sans s'y mêler, à la bataille du haut de leur ville, furent vivement, mais vainement pressés de prendre parti pour les Anglais. Ils se réjouissaient dans leur cœur de la position critique dans laquelle ils voyaient le lieutenant d Edouard III, et ils refusèrent nettement de rien faire pour l'en tirer. Quatre chevaliers poitevins, qui se trouvaient avec leur suite à La liochelle, furent les seuls seigneurs français qui cédèrent aux suggestions de l'ennemi. Au point du jour, ils sortirent avec quatre vaisseaux pour joindre le comte de Pembroke; mais ils lui furent de peu de secours. Dès que la marée eut recommencé à monter, les deux flottes levèrent l'ancre, et s'engagèrent l'une contre l'autre avec un acharnement qui surpassa encore, s'il était possible, celui de la veille. Les vaisseaux qui combattaient pour Charles V et la France, loin de perdre leur supériorité, l'augmentaient à chaque instant. Ceux qui les montaient jetèrent leurs grappins d'abordage sur les vaisseaux ennemis, afin de les accoster et de les tenir de force au combat. Le vaisseau qui portait le comte de Pembroke se vit ainsi entouré par quatre des vaisseaux de l'amiral de Castille ; il ne put résister à l assaut : tous ceux qui étaient dessus furent massacrés dans la chaleur de l'action, moins le comte et quelques seigneurs anglais que l'on fit prisonniers. Successivement les autres vaisseaux anglais furent attaqués de la même manière et avec un égal succès.
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ceux des chevaliers poitevins n'échappèrent pas davantage ; le vaisseau qui portait le trésor de la ilotte anglaise sombra avant que Ton eût eu le temps de s'emparer de ce qu!il contenait. La défaite des Anglais à La Rochelle fut telle, que pas un de leurs vaisseaux n'échappa, que pas un chevalier ne se sauva; tout fut pris, coulé à fond ou tué \ Edouard III et le prince Noir, en apprenant celte catastrophe, pensèrent que c'en était fini de leur prospérité. Ils ne se trompaient pas. La conséquence de la victoire navale de La Rochelle fut la soumission du Poitou, de l'Angoumois et d une partie de la Guienne et de la Gascogne à Charles V. Dans celle circonstance, les bourgeois et les paysans, restés plus Français qu'une partie de la noblesse, forcèrent les chevaliers et les seigneurs à ouvrir les villes et les places. Les bourgeois de La Rochelle et leur maire se rendirent maîtres, par la ruse, de la citadelle qu'occupait une garnison anglaise, et reçurent peu après dans leurs murs le connétable de France du Guesclin, qui finit par repousser les Anglais jusqu'à la Gironde. Le succès couronnait partout les armes des Français et de leurs alliés. Dans le temps même de la victoire de La Rochelle, quelques vaisseaux sortis d'Harfleur avaient opéré dans l'île de Guernesey un brillant débarquement de troupes, sous les ordres d'Owen, le prétendant du pays de Galles.
Edouard III entreprit de venger par lui-même la défaite de sa flotte devant La Rochelle. 11 s'embarqua, avec le prince Noir, deux de ses autres enfants et quinze mille soldats, sur une flotte de quatre cents voiles. Mais on n'eut pas même la peine de le combattre : les vents s'opposèrent à ses projets. Pendant plus de deux mois, il erra le long des côtes de Rretagne et de Normandie, au caprice des flots, sans pouvoir prendre terre ni en Guienne, ni en Poitou, qui étaient le but de son expédition; et il lui fallut en définitive retourner tout confus dans ses ports d'Angleterre. Ce
1 Le dessin que nous donnons de la bataille de La Rochelle est emprunté au magnifique manuscrit de Froissuri, de in Bibliothèque du roi. Nous avons ajouté quelques détails de la bataille de La Rochelle, à la narration ci-dessus, dans nos Marins illuttres, Vi* de Jean de Vienne.
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fui alors que, dans son dépit, il s écria en parlant de son heureux et impassible adversaire : « Il n'y eut oncques mais roi en France qui inoins s'armât, et si n'y eut oncques roi qui tant me donnât à faire. »
Kn effet, la politique de Charles , contrairement à celle de ses deux prédécesseurs, qui avaient si mal réussi en prodiguant hors de propos, sans calculs et dans des impasses , de grandes armées, était de n'exposer qu'avec des résultats certains le peu do braves troupes que les guerres civiles et étrangères lui avaient laissé, et d'user, autant que possible, l'ennemi par lui-même, ou en détail et par escarmouches. Charles V recueillit l'année suivante les avantages de ce système de patience dans toute leur plénitude. C'était vers le temps où du Guesclin, entré en Bretagne à la nouvelle d'une trahison que méditait le duc Jean V au profit de l'Anglais, se voyait reçu avec enthousiasme par les populations, et occupait, au nom du roi, toutes les places du duché, moins deux ou trois, celle de Brest entre autres, défendue par une garnison anglaise, que le comte de Salisbury vint encore renforcer - avec des troupes nombreuses. C'était aussi l'époque où le prince Noir, honteux et désespéré de voir sa puissance en France, naguère si étendue , maintenant réduite à se renfermer dans Bordeaux, venait de remettre à son père toutes les fragiles grandeurs dont il l'avait revêtu, pour qu'il en disposât à son gré. Édouard III, résolu à ne plus combattre par lui-même , donna à son second fils, le duc de Lancastre, l'héritage français et si compromis du.prince Noir; le duc, accompagné de Jean V de Bretagne, qui s'était réfugié en Angleterre après avoir laissé sa ville de Brest aux Anglais, vint débarquer à Calais à la tête d'une magnifique armée. Édouard III avait épuisé pour elle jusqu'à son trésor privé; c'était son va-tout sur la couronne de France. Toutes les villes du royaume étaient soigneusement gardées : l'armée anglaise ne put entrer dans aucune ; mais il lui fut loisible de traverser assez longtemps, sans coup férir, des campagnes qui ne s'étaient pas encore relevées de la ruine dont elles avaient été frappées pendant la captivité du roi Jean. Peu à peu pourtant, derrière cette
armée qui se rendait par terre de Calais en Guienne , les partisans, les esearmoucheurs se levaient ; la misère, la faim suivirent de près; et bientôt tous ces soldats, tous ces chevaliers anglais, naguère si brillants et fiers, furent vus mendiant de porle en porte : ils n'excitaient plus la colère, c'était de la pitié. Knfin, après un voyage de deux cents lieues, ce qui échappa du débarquement de Calais se rembarqua par Bordeaux, et alla offrir à l'Angleterre le spectacle le plus triste, le plus humiliant qui de longtemps se fût vu. Le roi d'Angleterre alors, à qui il ne restait plus que quelques points isolés en France, rechercha la paix, et s'adressa au pape pour qu'il la lui obtînt. Grâce à cet intermédiaire, on convint d une trêve, dans laquelle fut comprise la Bretagne. Mais Kdouard, qui venait en outre de perdre son fils aîné, le fameux prince Noir, ne put tenir à tant de revers après tant de triomphes; il mourut peu de temps après de désespoir plus que de vieillesse.
Charles V venait de faire armer une flotte plus française qu'il n'en avait encore possédé. Il eu donna le commandement à l'amiral de France Jean de Vienne, qui se disposa, la trêve étant rompue, à aller rendre aux Anglais jusque chez eux, en compagnie de Fernand Sanchez, amiral de Castille, une partie des maux qu'ils avaient causés à la France. C'était, l'histoire en fait foi, un habile et brillant chef que ce Jean de Vienne, dont le nom seul fut longtemps un objet de terreur pour les Anglais. Ils l'avaient connu au siège do Calais, et ils se souvenaient que sa présence au milieu des murs de la ville avait été, pendant un an, le plus vigoureux stimulant des habitants dans leur héroïque défense. Il était issu des anciens comtes de Bourgogne, et joignait ainsi l'illustration de sa naissance à l'éclat de sa charge et de son courage. Il avait, sans exclure la prudence, toute l'entreprenante confiance qui, en mer surtout, est souvent le gage du succès, et anime l'ardeur du soldat jusqu'au dévouement. C'est la plus grande gloire maritime que la France ait inscrite dans ses fastes pendant nombre de siècles, et sa noble figure historique, que l'on voit poindre à Calais, et qui
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s'ensevelit sous les ruines de l'empire grec , est sans nul doute l une des plus imposantes de notre histoire. On la voit rayonner sur l'heureux règne de Charles V, et couvrir encore de son éclat les quelques belles années du règne suivant.
Quatre jours après la mort d' Edouard 1(1 et l'avènement de Richard II, son petit -iils, l'amiral de France Jean de Vienne et Fcrnand Sanchez étaient près des côtes d'Angleterre. Ils opérèrent d'abord une descente à Rye, dans le comté de Susscx ; et le '29 juin 1377, cette ville fut brûlée, et ses habitants traités comme auparavant Edouard avait fait de ceux de certaines villes de France. Hastings, Plymouth, Darmouth, Portsmouth éprouvèrent un sort pareil. Jean de Vienne lit une descente dans l'île de Wigth , s'en rendit maître, et força les habitants à racheter leurs biens et leur vie; il opéra aussi un débarquement dans le comté de Dorset, et vint attaquer la ville de Pool. L'amiral de bastille et lui trouvèrent là le comte de Salisbury, à la tète d une multitude de soldats qui défendaient le passage; mais ils n'en brûlèrent pas inoins une partie de la ville. Puis, n'étant rembarques, ils continuèrent à longer les côtes d'Angleterre , donnant grande peine et grand souci au comte et à ses troupes , qui suivirent à cheval , tout le long du littoral , les mouvements des vaisseaux français et Castillans. Les deux amiraux arrivèrent devant la ville de Southampton , qu'ils faillirent prendre , bien qu'elle lut défendue par l'élite de l'armée anglaise, qui avait été prévenue et s'y tenait très nombreuse. Les vaisseaux au service de Charles V ne cessèrent de menacer Soulhamptou que pour entreprendre un débarquement au-dessous de Leweç. Une multitude de gens s'assemblèrent sur le rivage, ayant à leur tête trois personnages éminents, qui se mirent avec eux en devoir de combattre les Français- et de leur barrer la route. Mais les Français ne se laissèrent point arrêter par le nombre , et ils débarquèrent sous les coups des ennemis. La lutte devint alors plus acharnée encore ; les Anglais finirent par être complètement battus; ils perdirent un grand nombre deB leurs, et les trois chefs qu'ils avaient à leur tête furent faits prisonniers.
Jean de Vienne et Fernand Sanchez, après s être emparés de Lewes et y avoir fait un grand butin , cinglèrent vers Douvres par un vent propice; ils trouvèrent cette ville et ses environs gardés par près de cent mille hommes , sous les ordres des comtes de Cambridge et de Buckingham, oncles de Richard II, qui, bannières et pennons déployés, attendaient les Français qu'ils avaient vus venir de loin; leur armée se grossissait à chaque instant, et ne permettait pas une attaque aux amiraux de France et de Castille. Toutefois ceux-ci se tinrent en face du port de Douvres tout un jour et toute une nuit, insultant les Anglais, qui n'osèrent rien entreprendre contre eux, et, par la marée suivante , ils s'en vinrent ancrer devant le havre de Calais, h la barbe encore des ennemis, possesseurs de cette ville.
Cependant Charles V et Charles le Mauvais avaient trop de causes de haine au fond du cœur pour que la paix qu'ils avaient faite fût sincère et durable. A tort ou à raison , il n'était bruit que d'empoisonnements tentés sur la famille royale de France par le roi de Navarre. Ses possessions de Normandie furent attaquées; et dès la ûn de juin 1378 , il ne restait plus à Charles le Mauvais dans cette province que la ville de Cherbourg, devenue très forte, et que, par un traité signé le 1rr août de la même année 1378, il appela les Anglais à garder en son nom. Ainsi l'étranger, qui déjà avait profité des désordres de Bretagne pour s'installer dans la principale position maritime du duché, à Brest, se servait des querelles des deux Charles pour se faire donner une des bonnes clefs de la Normandie; et, dès ce temps, de trop confiants alliés purent apprendre ce que c'était que de remettre la garde d'un point fortifié à l'Angleterre. Ce ne fut pas sans peine toutefois que les Anglais réussirent à jeter une garnison dans Cherbourg. La flotte de Richard II, commandée par les comtes de Salisbury et d'Arundel, qui avaient mission de remplir les intentions du roi de Navarre, fut attaquée et fort maltraitée par une escadre franco-castillane ; elle ne déposa dans la place livrée par le roi de Navarre qu'une parlie de la garnison qu'on lui destinait.
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Les troupes de terre de Charles V, aidées par mer des amiraux de France et de Castille, mirent le siège tout à la fois devant Brest, Cherbourg, Bayonne etMortagnc-sur-Mer. Le prétendant de Galles fut assassiné par un de ses compatriotes pendant le siège de cette dernière place; mais les prétentions de sa famille ne moururent pas avec lui : on les retrouvera bientôt au sein même de l'Angleterre, s'appuyant sur les Français. Au siège de Cherbourg, le irère du connétable du Guesclin tomba dans une embuscade, et fut prisonnier des Anglais. Vers le même temps, le duc de Lancastre et le comte de Cambridge, après avoir tenu quelques semaines la mer dans l'espoir de surprendre séparément avec des forces • plus considérables, soit l'amiral de France, soit celui de Castille, qui, l'un occupé devant Cherbourg, l'autre devant Bayonne, avaient projet de se réunir, vinrent assiéger Saint-Malo ; mais, après quelque temps d'inutiles tentatives, ils se rembarquèrent pour Southampton.
Les affaires semblèrent un moment prendre une tournure moins favorable pour Charles V. D'un côté, les Flamands se soulevaient contre leur comte , Louis III de Maie, dont il allait sans doute être obligé d'embrasser la cause. De l'autre, il venait de s'aliéner les bonnes dispositions des Bretons, en voulant réunir leur pays au domaine de la couronne et en leur enlevant leurs privilèges. Son but était d'une haute politique; mais la France n'était pas encore mûre pour la grande unité qui fait aujourd'hui sa force. La plupart des principaux seigneurs de Bretagne se confédérèrent et résolurent alors de rappeler leur duc exilé, qui ne se fit pas attendre, partit d'Angleterre, et débarqua, le 3 août 1379, sur les bords de la Rance, à peu de distance de Saint-Malo. Les Bretons le reçurent avec acclamations; il n'y eut guère que du Guesclin et Clisson qui, de toute la noblesse de Bretagne, restèrent alors fidèles à la cause du roi de France. Jusqu'ici donc, tout semblait sourire au duc revenu d'exil ; mais bientôt la nature elle-même troubla le cours renaissant de ses prospérités. Une flotte anglaise, qui lui apportait de grands secours en soldats, fut battue de la tempête à
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sa sortie de Southampton, et poussée sur les côtes d'Irlande, où plusieurs de ses vaisseaux se brisèrent; le comte d'Arundel , chef de l'expédition, périt. Le gouvernement du roi Richard II arma une nouvelle flotte qui, pour é\iter celte fois un temps défavorable et la rencontre des flottes françaises ou castillanes, et surtout de Jean de Vienne, s'en alla tout de suite et prudemment débarquer son monde à Calais, ville si peu distante des côtes d'Angleterre. Le comte de Buckingham, qui commandait les troupes de débarquement, ne se fut pas plutôt mis en marche de Calais pour la Bretagne, qu'il apprit la maladie de Charles Y. Ce monarque, dont # la politique ne restait pas inactive, même au lit de mort, avait traité avec les principales villes de Bretagne, qui, se défiant d un prince revenu sous l'escorte de l'étranger, s'étaient montrées aussi peu empressées à se soumettre à Jean V, que la noblesse avait mis de promptitude à le rappeler. Nantes surtout avait tenu à honneur d'être toujours comptée comme bonne et loyale ville de France, et soutint avec courage et suecès un siège contre les Anglais. C'est eu cet état du royaume que Charles V mourut, Tannée laissant une marine qui était devenue l'effroi des
Anglais, tellement qu'ils osaient à peine se montrer sur les eaux qui séparent leur île de la France.
Le semblant de règne de Charles M, qui devait être une minorité perpétuelle accompagnée de tous les désastres qu'entraîne une famille de princes égoïstes, ambitieux, jaloux et désunis, ne fut pourtant pas sans quelque gloire à son début. Ses commencements firent voir assez que le règne précédent pouvait encore porter d'heureux fruits, même après sa lin, et que, si la France n'avait été livrée, vendue par ceux-là mêmes qui, en qualité de parents et tuteurs d'un roi mineur, puis insensé, étaient appelés à la défendre, il lui aurait suffi «le son renom et du respect qu'elle imprimait non seulement pour la sauver, intiis encore pour continuer l'œuvre réparatrice de Charles V. Il parut même un moment que ce dernier, par sa mort, avait enlevé jusqu'au dernier prétexte de discorde civile.
En effet, vers le temps où les Anglais, sortis de Brest pour assiéger Nantes, où commandait le connétable Clisson, «'prouvaient * une sanglante défaite, les seigneurs de Bretagne, ouvrant de nouvenu les yeux sur les fatales conséquences de l'alliance de leur duc avec l'Angleterre, députèrent vers lui quatre d'entre eux, le vicomte de Rohan, Charles de Dinan, Gui, sire de Laval, et Gui de Rochefort, qui lui tinrent ce hardi et loyal discours :
« Monseigneur» vous montrez à tout le monde que vous avez le cœur tout anglais. C'est vous qui avez amené en ce pays ces étrangers, qui vous enlèveront votre héritage, ou qui, tout au moins, l'enlèveraient, s'ils le pouvaient. Regardez comme ils ont traité Je roi de Navarre, qui se confiait, comme vous, en eux : il a eu l'imprudence de les mettre dans sa ville et son château de Cherbourg, et depuis lors, ils n'en ont voulu sortir et n'en sortiront pas, et les tiendront comme leur bon héritage. Et maintenant, regardez aussi comme ils tiennent Brest, n'ayant nulle volonté de vous la rendre, quoique ce soit de votre droit et domaine; et celui-là, sachez-le bien, n'est pas duc de Bretagne, qui n'est sire de Brest. Jamais vos gens de Bretagne n'abandonneront le roi de France pour le roi d'Angleterre. Que si vous aviez à vous plaindre du roi Charles V, il est mort, et a pour successeur un jeune roi de bel et bon esprit; et tel qui haïssait le père servira bien le tils. Nous vous ferons votre paix avec lui, et les Anglais s'en retourneront tout bellement en leur pays. »
Le duc, à ce fier langage, comprit qu'il n'y avait pour lui qu'à choisir entre deux partis : ou quitter encore une fois son duché, ou rompre le plus honnêtement possible avec les Anglais. Il opta, quoique l 'âme bien triste et pleine de dépit, pour son maintien en Bretagne, et annonça à ses anciens alliés que leurs services ne lui aéraient plus utiles, puisqu'il était contraint de faire sa paix avec le roi de France. Le comte de Buckingham, furieux d'une telle déconvenue, sortit de Vannes le 11 avril 1381, avec tout son monde en ordre de bataille, se rendit au lieu où mouillaient ses vaisseaux, et fit rembarquer ses soldats. Le duc vint au moment
du départ, pour faire honneur à son ancien allié; mais l'oncle de Richard II ne voulut pas même le voir. Le duc Jean IV pourtant insistait pour obtenir la faveur d'un entretien ; mais le superbe comte, le traitant comme il méritait de l'être, s'écria pour toute réponse, dès qu'il crut le vent propice : « Mariniers, lirez les ancres en amont, avalez les câbles, et partons. » Et aussitôt ses ordres exécutés, il cingla de Vannes vers l'Angleterre, ralliant en mer tous les autres vaisseaux anglais qui étaient partis en même temps que lui des différents ports de Bretagne. Le duc Jean V, dans l'extrémité où l'avaient réduit ses barons, se vit même forcé de s'engager à servir désormais, en toute occasion, le roi de France, son suzerain, contre le roi d'Angleterre. Il lui fallut entreprendre le siège de Brest contre ses chers Anglais.
Un an après cet événement , qui semblait devoir être fécond en bons résultats, les Français gagnaient contre les Flamands révoltés la fameuse bataille continentale de Rosbecq, dans laquelle se signala Jean de Vienne, aussi brave et expérimenté capitaine sur terre que sur mer, bataille qui promettait d'assurer à la France la Flandre et ses côtes, si souvent favorables aux descentes des Anglais. Ceux-ci, contraints quelque temps après, par les Français de lever le siège de plusieurs villes de Flandre et de Brabant, et de capituler dans celles qu'ils étaient déjà parvenus à occuper, délogèrent entre autres de Gravelines et de Dunkerque. Au milieu des conférences pour la pacification delà Flandre, le comte Louis de Maie mourut, croit-on , de mort violente. Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, qui avait épousé sa fille et héritière, entra par suite en possession de la Flandre , de l'Artois , et d'autres principautés. Cette accumulation de puissance sur une même tête devait être un jour presque aussi fatale à la France que l'avait été la multiple souveraineté des héritiers de Guillaume le Conquérant.
La Guienne, à son tour, fut aussi le théâtre des succès des généraux de Charles VI, ainsi que le Poitou, la Saintonge et le Limousin, en un mot tout le pays auquel les rois d'Angleterre ne cessaient pas de prétendre au pis aller, comme héri-
tiers de la famille française des Plantagenets , même quand ils n'ambitionnaient plus aussi ouvertement l'héritage de la couronne de France. Les provinces du Midi furent à peu près purgées des garnisons anglaises qui y étaient çà et là restées.
Enfin on crut que ce n'était point assez de chasser de France les Anglais ; on pensa que l'heure était venue d'aller réduire ces insulaires jusqu'au siège même de leur domination, et qu'il n'y avait plus qu'à vouloir, pour recommencer ce qu'avait fait Guillaume le Conquérant.
Dès lors de grands préparatifs furent faits : en dépit du mauvais vouloir de quelques-uns des proches du roi , ils ne furent pas tout à fait inutiles, grâce à l'énergie et à l'audace de Jean de Vienne qui , avec une partie de la flotte disloquée par le duc de Bourgogne pour son service personnel en Flandre, et à la faveur de l'alliance existant entre les rois de France et d'Ecosse, opéra, au mois de mai 1385, un débarquement de troupes françaises à Leith, port d'Edimbourg, pour de là passer dans les comtés septentrionaux d'Angleterre. On ne fit pas en Ecosse aux Français l'accueil auquel ils s'étaient attendus. Néanmoins tous les fils du souverain de ce royaume se rangèrent sous les drapeaux de la petite armée de Jean de Vienne, qui se dirigea vers le Northumberland et le Durham, et s'empara de plusieurs places et châteaux de ces comtés; il envahit pareillement le Cumberland et le Westmoreland. Au seul bruit de l'arrivée de Jean de Vienne, qui n'avait pourtant qu'une poignée de soldats sous ses ordres, toute l'Angleterre s'émut, comme si c'en était fait d'elle, si l'on ne forçait au plus tôt l'amiral français, par tous les moyens possibles, de rebrousser chemin et de se rembarquer. Le roi d'Angleterre lança soudain son mandement par tous ses États, et convoqua ses comtes, barons, chevaliers, écuyers, le ban et l'arrière-ban de sa noblesse. Lui-même se mit en marche, entouré de ses oncles, à la tête de près de quatre-vingt mille hommes de troupes, suivant la côte et se faisant accompagner de vingt gros vaisseaux chargés de vivres et autres objets nécessaires, qui se i. 12
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tenaient sans cosse en vue de I armée île terre. Kl chacun, clans cette multitude, disait, non sans effroi, que pour si peu nombreux que lut son monde, Jean de Vienne n'était homme à reculer, et qu'il fallait se préparer à une rude et sanglante bataille. Le brave amiral n'eût point effectivement reculé d'un pas, et avec sa petite armée eût accepté la bataille contre quatre-vingt mille Anglais, sans la défection des cinq à six mille Écossais qui s étaient joints aux mille à quinze cents hommes de débarquement amenés de France.
« Eh quoi ! s'écriait Jean de Vienne, aux premiers symptômes d'irrésolution de ses alliés , on me disait que si vous aviez mille lances de bonnes gens de France, vous seriez dans le cas de combattre les Anglais. Je vous en ai amené mille et plus, et cinq cents arbalétriers, et vous reculez! Mais les chevaliers et écuyers de jna compagnie sont de dignes gens d'armes et la fleur delà chevalerie; ils ne fuiront pas, et quel que soit le sort que Dieu nous destine en ce lieu, nous y resterons. »
Celle généreuse allocution ne réchauffa point le cœur des Écossais effrayés. Ils retournèrent dans leur pays, laissé ainsi ouvert aux Anglais, et d'eux tous, il ne resta avec l'amiral de France que le loyal comte de Douglas el quelques barons. Douglas conduisit Jean de Vienne sur une montagne; il lui Ct voir de là l'innombrable quantité d'ennemis qui s'avançaient, et de quelle inutilité ce serait d'essayer de les combattre, avec les mille à quinze cents Français réduits à eux-mêmes; Jean de Vienne , se résignant alors , reconnut qu'en effet il lui était impossible d'engager une action avec une telle disproportion de forces. Mais, ne voulant pas perdre tout le fruit qu'il s'était promis de sa descente , il fut soudain illuminé d'une de ces hardies conceptions qui n'appartiennent qu'à de grands capitaines. Pendant que ltichard II et son armée entraient en Ecosse par BenvicK , et marchaient sur Edimbourg, en suivant la côte orientale, l'amiral , avec ses Français et le peu d'Écossais restés fidèles à sa fortune, ne battit un moment en retrait** du $orthumberland que pour se
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faire conduire, à l'insu de l'ennemi, par les sentiers difficiles de la montagne, et passer de nouveau la frontière d'Angleterre du côté du couchant. H traversa le Cumberland, le Westmoreland, les comtés de Lancastre et de Chester, qu'il ravagea au passage, et pénétra jusque dans le pays de Galles, où il prit à son aise villes et châteaux; car toute la contrée avait été dégarnie de soldats pour aller à la rencontre des Français sur un chemin tout différent. De sorte qu'à l'heure même où le roi d'Angleterre était occupé à piller et ravager l'Ecosse , et entrait jusque dans Edimbourg , son propre territoire n'était pas davantage épargné , ce qui l'obligea, comme l'amiral l'avait prévu, à faire retraite à son tour et à rentrer pour défendre ses campagnes occupées et ses villes assiégées. Jean de Vienne, quand il apprit que les ennemis avaient vidé le royaume d Ecosse, quitta, de son côté , le royaume d'Angleterre, disant qu'il avait rendu , et au-delà, aux Anglais, le mal qu'ils avaient fait aux Ecossais. Il avait, en outre, empêché , par son expédition , le comte de Buckingham de porter des secours aux partisans du roi d'Angleterre, dans la Guienne et la Gascogne. Il se rembarqua avec des richesses extraordinaires, et flt voile pour la France sans être inquiété.
Ce que Jean de Vienne, l'amiral de la mer, comme on disait alors, avait tenté et opéré avec de si faibles moyens d'action , dut contribuer singulièrement à entretenir Charles VI et sa noblesse dans l'opinion qu'ils avaient au sujet de la grande descente méditée contre l'Angleterre. Son succès complet ne leur parut plus douteux, et l'anéantissement de la puissance des Anglais, la fusion de leur île avec la France , fut pour eux comme un fait acquis d'avance. Toutes les pensées, tous les regards, furent tournés vers l'Angleterre. Les préparatifs répondirent à la grandeur de l'entreprise; ils la dépassèrent même. Toutes les provinces maritimes de la domination du roi de France en furent exclusivement occupées. Qui se serait rendu dans les forêts de la Bretagne, y aurait vu construire un édifice de bois si vaste, qu'il tenait du merveilleux. C'était toute une ville carrée, ayant trois mille pas
de diamètre, et se composant d'une forte enceinte palissadée, ainsi que de maisons que l'on devait aligner par rues, dans l'intérieur des murs ; le tout pouvait se monter et démonter à volonté. Des milliers d'ouvriers travaillaient à cette gigantesque construction , sous l'active surveillance du connétable de Clisson , qui faisait généreusement et patriotiquement les frais d'une telle merveille. Un beau jour, toute la ville de bois fut mise en mouvement, et on la vit se diriger des forêts vers le port de Tréguier. Soixante et douze grands vaisseaux la reçurent, et le connétable se disposa à la conduire lui-même au port de l'Écluse, que I on avait fait reconstruire et agrandir tout exprès pour la grande expédition. La ville de bois avait pour but de servir, après le débarquement en Angleterre, de place d'armes qui tiendrait les Français à l'abri des atteintes de l'ennemi.
L'amiral Jean de Vienne, de son côté, luttait d'activité et de dévouement avec le connétable. Les nombreux vaisseaux que l'on avait fait construire et équiper dans les ports du royaume étaient loin de suffire pour le transport de l'armée d'envahissement. On rassembla, à prix d'argent, tout ce qu'on put en trouver, des côtes de la Castille à celles de la Prusse. Ils furent réunis, au mois de septembre de l'année 1386, au nombre de treize cent quatre-vingtsept, entre l'Écluse et Blankenberg. On eût dit que c'était un pont flottant que l'on voulait jeter de la côte de Flandre à celle d'Angleterre. Cent mille hommes au moins et cinquante mille chevaux devaient être embarqués sur celte flotte immense, dans laquelle pourtant, comme dans toutes celles du même siècle, il semble que les vaisseaux eussent perdu en grandeur ce qu'ils avaient gagné en nombre. C elait, entre les seigneurs de France, à qui déploierait sur ces vaisseaux le plus de luxe et de magnificence. Des étoffes de la plus grande richesse les tapissaient ; les plus brillantes couleurs les couvraient à l'envi : toutes les proues étincelaient d'or sur azur; les mâts, pressés comme les arbres d'une forêt, s'élevaient enlacés jusqu'au sommet de feuillages d'argent et d'or; les voiles étaient parsemées de devises, d'armoiries, d'é-
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cussons brodés en soie par les plus nobles dames, tandis que de tous côtés flottaient au gré du vent des banderoles, des flammes éclatantes, et les drapeaux et les étendards resplendissants des bannerets. Le jeune rot Charles VI, qui avait encore sa raison et était un prince de courageuse humeur, se prenait de joie au spectacle des préparatifs jusqu'alors inouïs de cette expédition, de laquelle il se flattait d'être, et il disait, dans le langage de son temps, au vieux connétable de Clisson , qui Técoutait le cœur tout gonflé d'aise : « Ami, j'ai été en mon vaissel, et me plaisent grandement les affaires de mer, et croi que serai bon marinier. M
Mais les oncles et parents du roi ne l'entendaient point ainsi. Moins de deux ans auparavant, Louis Ier d'Anjou était mort après avoir entraîné avec lui à une perte certaine, en Italie, une brillante armée de soixante mille hommes, qui aurait été un peu plus tard si utile à la France et qui périt par les fièvres, sans coup férir. Le duc de Bourgogne, non moins occupé de ses affaires de Flandre, avait, de son côté, comme on a vu, détourné autant que possible des vaisseaux que l'on destinait contre l'Angleterre, pour les faire servir à ses plans particuliers. Le duc de Bretagne, sous de feintes apparences de dévouement, était sourdement occupé à renouer ses anciennes relations avec l'Anglais, et se disposait, à l'insu de ses sujets, à lui ouvrir de nouveau son pays; tandis que le duc de Berri, se laissant séduire par l'argent des ennemis, entravait de toutes sortes de manières, et réduisait au néant, par des lenteurs calculées, l'expédition dont les préparatifs avaient coûté si cher et donné de si brillantes espérances. La terreur pourtant était au comble en Angleterre ; à peine y croyait-on que la lutte fût possible en cas de débarquement; l'on n'y voyait de salut que dans l'avortement de l'entreprise. Grâce aux princes de la famille royale , aux grands vassaux de la couronne , au duc de Berri particulièrement, qui avait puissance entière sur l'esprit du jeune roi, son neveu, tout se convertit au souhait de l'Angleterre. On ne profita pas du temps favorable à la navigation ; une
grande partie des provisions amassées se gâtèrent; l'ardeur du soldat se ralentit. Le connétable de Clisson qui avait fait, à l'opposé des princes du sang, tant de sacrifices personnels, fut le premier à ressentir les funestes effets de la coupable conduite du duc de Berri ; obligé de mettre à la voile dans une saison avancée, il fut surpris d'une violente tempête, alors que, monté sur un brigantin qu'il avait fait armer en Bretagne, il conduisait une partie de la flotte au rendez-vous général. Le gros temps dispersa tous les vaisseaux sur lesquels on avait chargé la fameuse ville de bois, et l'un d'eux fut poussé par les vents dans la Tamise, comme pour aller porter aux Anglais quelques morceaux inutiles d'une des plus extraordinaires conceptions de l'esprit humain ; sept vaisseaux remplis de provisions furent jetés sur les côtes de Zélande, cinq à six autres furent fracassés; et Clisson, au désespoir, arriva à grand'peine à l'Écluse avec le reste de sa flotte, toute délabrée et hors d'état. Le duc de Berri, auteur de cette disgrâce, ne manqua pas de s'en servir pour persuader au roi de retarder indéfiniment l'entreprise. Le roi, trahi par ses plus proches et n'accusant pourtant encore que les vents et la tempête, quitta l'Écluse, et retourna tout pensif et troublé à Paris. Ce grand et glorieux projet s'en alla en fumée, et de tant de préparatifs il ne resta qu'un vain bruit et la ruine de l'État.
L'année suivante, l'amiral Jean de Vienne et le connétable Olivier de Clisson, tâchant de mettre au moins à quelque profit les débris épars de la grande expédition naguère projetée, se préparèrent à partir, l'un de Tréguier, l'autre d'Harfleur, pour passer en Angleterre. Déjà ils avaient fait une avance de paye de quinze jours aux troupes qui devaient les accompagner, et ils allaient mettre à la voile , quand le duc de Bretagne , toujours complice secret des Anglais, fit traîtreusement et sans prétexte plausible arrêter le connétable, qui était l'âme de cette nouvelle entreprise. L'emprisonnement de Clisson dura tout juste le temps nécessaire pour qu'elle échouât.
Il y eut néanmoins une affaire de quelque importance sur mer
entre les Français et les Anglais. Des chevaliers normands se servirent d une partie de la flotte d'Harfleur pour inquiéter le commerce et les mouvements maritimes de l'Angleterre, qui avait armé de son côté pour résister aux attaques, l'ne flotte anglaise se trouva bientôt en présence de celle des Normands, accepta ou engagea le combat, en tirant à la fois du canon et une multitude de flèches, ce qui n'ébranla pas l'énergie des Français; il y eut tout d'abord un grand nombre de blessés de part et d'autre, et les chances paraissaient égales entre les deux flottes. Mais le trait étant venu à manquer aux Anglais, qui étaient des archers fort renommés et qui se servaient de leur adresse pour interdire rapproche de leurs vaisseaux, les Français mirent aussitôt à profit cette circonstance et vinrent à l'abordage, genre de lutte où ils pouvaient déployer tout leur courage et dans lequel ils s'étaient dès lors acquis une grande célébrité. Une fois placée sur cette sorte de terrain, l'affaire ne tarda pas à être vidée. Les Anglais ne purent soutenir l'assaut, et furent complètement défaits. La mer était un champ de bataille où les deux nations se faisaient rarement quartier; les vaincus furent presque tous tués et jetés à l'eau ; on épar- , gna seulement ceux qui, par leur rang et leur richesse, donnaient l'espérance de bonnes rançons. Hugues Spenser, commandant de la flotte anglaise, fut fait prisonnier ; on l'amena en Normandie sur ses propres vaisseaux, dont pas un n'avait échappé, et qui contenaient de grandes richesses \
Cependant le roi d'Angleterre, encore sous le coup de la terreur qui lui avait été inspirée par les derniers armements, ne
1 On aura remarqué, à propos de ce brillant Tait d'armes maritime, que pour In première fuis il est question de l'emploi du canon dans un combat naval. Il y avait déjà plus d'un demi-siècle que l'on faisait usage sur terre de la poudre et de bouches à feu quelconques; les Anglais leur avalent dû en partie leurs succès sous le règne du roi Jean , et peut-être même sous celui de Philippe de Valois , les Français n'en ayant point encore de leur côlé. Les Vénitiens, croit-on, avaient été les premiers à s'en servir sur mer, l'an 1381, dans une guerre contre les Génois. Une révolution dut, dès lors, s'opérer dans la construction navale. Le dommage que de nouveaux et puissants projectiles occasionnaient , exigea qu'on donnât aux vaisseaux plus de force et de solidité. D'un autre côté , les voyages de lonf; cours, que permit d'entreprendre le perfectionnement de la boussole, contribuèrent à la révolution commencée dans l'art de la construction des vaisseaux par l'usage du canon.
cessait pas de tout disposer pour la défense de ses États; les facilités que lui donnaient les secrètes ouvertures du duc de Bretagne, et les menées du roi de Navarre, lui permirent en même temps de faire inquiéter par une flotte légère, sous les ordres du comte d'Arundel, les côtes de Bretagne et de Normandie. Celte flotte se porta soudainement sur La Rochelle, et opéra, mais sans aucun résultat, une descente près de cette ville; quelques vaillantes sorties des Rochelais suffirent pour forcer le comte d'Aruudel et ses gens à se rembarquer avec perte.
Déjà plusieurs trêves de suite avaient eu lieu entre les deux couronnes de France et d'Angleterre, quand Richard H, en demandant et obtenant la main d'une fille de Charles VI, parvint à les convertir en une sorte de paix qui devait durer vingt-huit ans, à partir de l'année 1396. C'était donner le temps à l'Angleterre de réparer ses forces épuisées et d'échapper à de grands embarras extérieurs.
Dès auparavant, une partie des plus braves et des plus dignes d entre ceux qui avaient dû être de la grande expédition naguère préparée contre l'Angleterre, dans le besoin de se distraire de la cruelle déconvenue qu'on leur avait. fait éprouver, ne trouvèrent rien de mieux que de ressusciter pour un moment les croisades, et d'aller dépenser leur courage et leur activité contre les adorateurs du Dieu de Mahomet. La France vit alors ses plus nobles soutiens, Jean de Vienne au milieu d'eux, s'embarquer d'abord pour les côtes de Tunis, et trois ans plus lard traverser l'Allemagne, aller au secours du roi de Hongrie, en guerre avec les Turcs, et assiéger Nicopolis. C'est dans la sanglante bataille qui fut livrée sous les murs de cette ville que l'amiral Jean de Vienne finit sa glorieuse carrière, à la tête de l'avant-garde des chevaliers français, le 26 septembre 1396. Sa vieille expérience avait prévu que la fougue et la présomptueuse confiance des jeunes seigneurs de France, qui ne voulaient pas attendre, pour engager le combat, l'arrivée de l'armée hongroise, entraîneraient leur perte entière. Philippe d'Artois, comte d'fcu et connétable de France, se mon-
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trait surtout fort impatient, et déclara qu'il ne voulait plus attendre. Le sire de Couei demanda alors à Jean de Vienne ce qu'il convenait de faire ; « Sire de Couci, répondit le brave amiral, là où la vérité et la raison ne peuvent être ouïes, il faut bien que l'outrecuidance règne; mais puisque le comte d'Eu veut combattre et que nous ne pouvons le retenir, nous devons le suivre, fût-ce à la mort. » Jean de Vienne, qui savait bien qu'il prophétisait ainsi le sort prochain qui l'attendait, s'élança donc à la tête de son avant-garde, la bannière de Notre-Dame en main. Il fit merveille d'armes dans cette lutte désespérée, et ne tomba enfin que fatigué de ses exploits et écrasé par le nombre. On trouva sur le champ de bataille ce noble guerrier en cheveux blancs, couvert d'anciennes cicatrices mêlées à cent blessures récentes; il était étendu sur un monceau d'ennemis immolés de sa main, et tenait encore sa bannière serrée entre ses poings. Si l'on trouve ici, en passant, quelques mots sur cette bataille continentale de Nicopolis, c'est qu'elle achève de peindre la figure homérique de cet illustre amiral Jean de Vienne, qui est la plus vieille des gloires maritimes de la France.
Dans l'année qui avait suivi la conclusion de la grande trêve de vingt-huit ans entre Charles VI et Richard II, Brest avait été enfin restituée au duc de Bretagne, et Cherbourg au nouveau roi de Navarre, Charles III, qui la céda avec son comté d'Évreux, en 1404, au roi de France, contre le duché de Nemours. Les Anglais en voulurent beaucoup à Richard II de ces loyales , quoique tardives restitutions; et ce ne fut pas une des choses que le nouveau duc de Lancastre sut le moins exploiter, quand il le détrôna et se fit proclamer roi d'Angleterre, en 1399, sous le nom de Henri IV.
Le 25 octobre 1396, un grand honneur fut fait à Charles VI; la seigneurie de la ville et de l'État maritime de Gênes lui fut dévolue. Gênes, en se donnant à Charles, sous la réserve de ses libertés civiles, et sous la condition de ne pouvoir être transportée à aucune autre maison souveraine, apportait avec elle 1 île de Corse -
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dont elle s'était emparée après en avoir expulsé les Sarrasins. Gênes avait voulu ainsi échapper aux factions, Allés de celle des Guelfes et des Gibelins, qui, sous le nom des Spinola, des Doria, des Boccanegra, des Fiesque, des Fregose et des Adorne, déchiraient son sein et menaçaient de la rendre la proie de Venise. Valeran de Luxembourg, comte de Saint-Pol , fut d'abord nommé gouverneur de Gênes par Charles VI; mais n'ayant point su se concilier les habitants de cette cité, il fut remplacé par Nicolas de Calville, puis, en 1401, par le célèbre maréchal de Boucicaut, deuxième du nom. Roucicaul rendit aussitôt l'autorité de la France respectable dans Gênes, et quand il y eul apaisé toutes les factions il s'occupa à donner le plus grand lustre à son gouvernement. Lui-même il prit le commandement des Hottes génoises, alla se joindre au grand-maître de Rhodes pour combattre les musulmans ; il attaqua, prit et rasa la ville de Scanderoun ou Alexandrette, incendia Bairouth , termina à la gloire de (iênes une affaire dans l'île de Chypre pour la possession de Famagouste qui resta aux Génois, balança dans une bataille navale, et malgré l'infériorité de ses forces, la fortune des Vénitiens commandés par Carlo Zani, et, fier d'avoir sous ses ordres Chateau-Morant, deCulant, Jean de Dôme, Robinot de Fretel, Jean de Loup, (Juiehard de Mage, Robert de Toloigni, Guillaume d'Escambronne, Richard de Montel, Jean de Montrenard , Charles, de Fontaines, Odet de Chassaigne et d'Oni, brave élite de chevaliers et de marins, resta sur le champ du combat à délier la flotte de Venise ; il la défia plus solennellement encore le 0 juin 1404, dans un manifeste où il accusait les Vénitiens de félonie envers leur Dieu, et s'offrait de combattre leur duc et leur amiral corps à corps, ou de combattre, lui cinquième, contre douze des plus illustres d'entre eux, ou lui vingtième contre vingt-quatre, ou lui vingt -cinquième contre trente; ou enfin de combattre, soit le doge, soit l'amiral, chacun sur une galère de pareille force. Boucicaut continua à gouverner l'État de Gènes jusqu'à l'année 1401) où, prolitant de son absence , les Génois enlevèrent au roi de France l'autorité qu'ils lui
avaient donnée sur eux. La mémoire de Boucicaut n'en resta pas moins honorée des inconstants Génois *.
A la faveur de la sécurité que Charles V avait répandue sur les mers, et d'une brillante marine qui florissait encore au commencement du règne de Charles VI , les Français purent entreprendre, dans l'intérêt de leur commerce, des navigations alors réputées difliciles et lointaines, et former, dit-on, des établissements sur des côtes où aucun autre peuple européen n'en avait encore; nul doute que les Français n'aient dû être entraînés par ce que leur en avaient pu dire les populations mauresques, avec lesquelles ils avaient été en si fréquentes communications depuis, et dès avant les croisades, à essayer d'explorer les côtes occidentales d'Afrique. Le port d'Arqués était devenu le port d'une ville nouvelle, celle de Dieppe, dontl'enceinte ne datait que de 1M60, lorsque deux navires iirent voile, en 1364, de cette ville vers les Canaries, arrivèrent au temps de Noël jusqu'au cap Vert, mouillèrent dans une baie qui portait encore, dit-on, en 1666, le nom de Baie de France, et après avoir parcouru la côte aujourd'hui connue sous le nom do" Sierra-Leone , s'arrêtèrent au lieu nommé plus tard par les Portugais liio-Sestos. Il paraît que, frappés de la ressemblance qu'ils trouvaient entre cette situation et celle de leur ville natale, les navigateurs dieppois nommèrent le lieu découvert par eux Petit- Dieppe, et ne s'en éloignèrent qu'avec le projet d'y revenir bientôt. L'année suivante, en effet, 4365, des commerçants de Rouen s'étant associés à eux, ils armèrent en compagnie' quatre navires, dont deux devaient traiter depuis le cap Vert jusqu'au Petit-Dieppe, et les deux autres aller plus avant pour découvrir les côtes. Mais ce plan subit quelques modifications qui néanmoins, en résultat, furent favorables; l'un des navires s'arrêta au Grand-Sestre , qu'il nomma Paris, sur la côte de Malaguette, où il prit une charge considérable de poivre; l'autre
• Nous avons donné, dans nos Marins illustres de ta France , la biographie du maréchal de Bouciraut, en compagnie du grand-innilrc frnm;;iis de Khodes, Philibert de
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trafiqua à la Côte des Dents, et poussa jusqu'à la Côte d'Or, d'où il rapporta beaucoup d ivoire et un peu d'or. Les peuples de ces rivages n'ayant pas fait aux navigateurs un accueil aussi hospitalier que ceux de la côte de Malaguette , la compagnie résolut de fixer désormais ses établissements au Petit-Dieppe et à Paris d'Afrique. Des expéditions furent faites tous les ans pendant la durée du règne de Charles V et les premières années du règne de Charles VI. Des comptoirs, que l'on appelait loges, furent établis. En 1383, un comptoir fut créé par les Français à la Côte d'Or; on l'appela la Mine, D'activés relations commerciales existèrent entre Dieppe et la Guinée jusqu'aux années calamiteuses du règne de Charles VI, années auxquelles on touche, qui devaient entraîner la ruine de la marine française et l'abandon des comptoirs dieppois et rouennais sur les côtes occidentales de l'Afrique, et permettre un jour aux Portugais de prétendre à la priorité sur ces côtes, priorité plus que contestable ; car on voit dans un savant auteur de la première moitié du dix -septième siècle, et qui avait même appartenu au seizième, cette phrase significative : « Le siècle précédent, avant que les Portugais nous eussent enlevé le château de la Mine, toute la Guinée était remplie de nos colonies, qui portaient le nom des villes de France dont elles étaient sorties » D'où l'on doit conclure qu'au quinzième siècle les Français prétendaient encore être les légitimes possesseurs de certaines positions sur la côte occidentale d'Afrique, et qu'au seizième et dans la première moitié du dix-septième siècle, on tenait les Portugais pour des usurpateurs de ces positions, de même que pour des navigateurs venus à la suite des Français, et longtemps après ceux-ci2.
1 Georges Fournier, Hydrographie, page 202 , chapitre des Colonies tirées des Gaules.
* Les personnes qui auront lu nos précédentes éditions de Y Histoire maritime de France, seront sans doute étonnées de nous trouver presque alDrmalif aujourd'hui sur la priorité des Français à la côte occidentale d'Afrique, quand notre impartialité nous avait d'abord fait pencher vers l'opinion moins discrète de M. le vicomte de Santarem en faveur de la priorité de ses compatriotes les Portugais. Mais, outre que H. d'Avezac a fuit depuis des recherches qui laissent maintenant peser le plus grand doute sur l'euctilude de
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Dans le même temps ù peu près que les Français formaient des établissements à la côte de Guinée, des aventuriers normands et gascons, conduits par Jean de Béthencourt, partaient de La Rochelle le V mai 1402, commençaient la conquête des îles Canaries, doublaient le cap Noun, et, selon l'expression de Fournier, montraient, eux aussi, aux Portugais, le chemin qu'ils ont depuis tenu pour la découverte des côtes d'Afrique et de l'Inde. Toutefois, les malheureux événements auxquels la France allait être en proie devaient mettre bientôt Jean de Béthencourt dans la nécessité de se ranger sous le protectorat des princes de Castille, pour achever sa lointaine conquête et revêtir le titre de roi des îles Canaries ' .
celles de M. de Santarem , la phrase découverte par nous dans un chapitre de Y Hydrographie, où personne n'avait songé à l'aller chercher (car chacun s'en tenait à la lecture des Mémoires de la marine de France , dans cet énorme in-folio de petit-texte) , cette phrase, qui, s'il l'eût connue , aurait ruiné en partie l'échafaudage du savant vicomte {Hecherrhes $ur la découverte des pay$ située sur la côte occidentale d'Afrique, au-delà du cap Bojador), ne lui permettra plus désormais de dire que le savant Fournier ne parlant pas des navigations et des établissements des Français à ta côte occidentale d'Afrique, nous sommes tenus, nous autres Français, de passer condamnation. Oui, le silence de Fournier eût été concluant si , comme l'avançait M. de Santarem, il eût eu lieu à cet endroit; mais, au contraire, Fournier parle des établissements des Français à la côte de Guinée , de leur château de In Mine , comme de faits connus de tout le monde de son temps, et qui n'exigeaient pas même la moindre discussion pour être admis. Ils vivaient dans tous les souvenirs. Les Portugais ont nié notre priorité à la côte d'Afrique, comme les Anglais nieront un Jour, que disons-nous, comme Ils nient déjà notre priorité sur eux dans la Nouvelle-Zélande, quoique ce soit d'hier qu'il s'agisse. Nous revenons là-dessus dans notre Introduction aux Navigateurs français . llàtons-nous de dire, toutefois, que, nonobstant ce. personne ne rend plus de justice que nous à l'étendue des connaissances et au grand savoir de M. le vicomte de Santarem.
1 Voir la vie de Jean do Béthencourt dans les Navigateurs français. L'expédition de Béthencourt sert aussi à démontrer la priorité des Français sur la côte occidentale du continent africain : car Jean de Béthencourt débarqua eu terre ferme. Fournier, en disant que Béthencourt montra aux Portugais le chemin qu'ils ont tenu pour la découverte des côtes d'Afrique et de l'Inde, entend évidemment parler de la découverte des côtes, vers le cap de Bonne-Espirance , qu'en effet les Portugais, entre les peuples modernes, ont les premiers reconnues. Mais, quant à la (minée , c'était un fait acquis aux Français , par l'auteur de l'Hydrographie. Fournier dit même que Béhencourt fut le premier qui renouvela (donc il y en avait eu ; ceux des Dieppois sans doute) les voyages de long cours dans l'Océan et doubla le cap Ntton, qui était le terme des navigations des anciens. {Mémoires de la marine de France.)
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