CHAPITRE XII
Événements maritimes qui suivirent l'expulsion de* Anglais de France. — Descente à Sandwich. — Événements de Gé nés à la lin du règne de Charles VII. — La France mêlée aux querelles de la Ro*e blanche et de la Rose rouge , en Angleterre. — Lus ducs de Bourgogne et de Bretagne . Charles le Téméraire et François 11, appellent le roi d'Angleterre, Edouard IV, en France. — Victoires navales du vies-amiral Coulon. — Louis XI réunit plusieurs provinces nouvelles au domaine de la couronne, entre autres la Provence. — Il laisse à son successeur le soin de faire valoir les prétentions qui lui sont léguées sur Naples et le» Sicile*. — La Flandre aide au changement de la maison régnante d'Angleterre. — Position de la Bretagne a l'égard de la France au commencement du règne de Charles VIII. — Henri VII d'Angleterre veut attaquer la France. — Il est oblige de faire sa paix.
Enfin l'Angleterre, humiliée, vaincue, ne tarda pas à connaître de nouveau chez elle-même les misères et les maux qu'apporte avec soi l'étranger. Au mois d'août 1457, le sire de Brézé, sénéchal de Normandie, et le capitaine d'Evreux ûrent voile de Dieppe et d'Harfleur , et opérèrent , avec quelques troupes , une descente à Sandwich, dans le comté de Kent. Trois cents Anglais périrent dans le combat qui s'engagea : la ville de Sandwich fut prise et livrée au pillage par les vainqueurs , qui s'emparèrent en outre de plusieurs vaisseaux anglais. Les Français se rembarquèrent parla marée qui suivit celle qui les avait amenés, emportant un butin considérable.
Cependant l'attention de la France, délivrée du côté de l'Océan , se reportait vers la Méditerranée. C'était le temps où un prince du même sang que les Valois, René, duc d'Anjou et de Lorraine et comte de Provence , qui n'avait pas abdiqué ses prétentions sur Naples et les Siciles, disputait à la maison d'Aragon, sinon par lui-même , au moins par Jean , son fils , duc de Calahrp , les quelques débris qu'il avait conservés de ce royaume. C'était aussi le temps où la seigneurie de Gênes ayant été de nouveau dévolue au roi de France , ceux-là mêmes qui la lui avaient donnée conspiraient pour la lui enlever. En 1401 , une insurrection
força Louis de La Vallée et les Français qu'il commandait à se retirer de la ville de Gènes, dans la forte enceinte du Castellclto. A cette nouvelle , une armée de six mille hommes fut embarquée dans les ports de Provence, et envoyée contre les rebelles; elle descendit à Savone, s'avança sans encombre jusqu'auprès de Gènes , et la flotte qui l'avait amenée alla jeter l'ancre à peu de distance de cette ville. L'ennemi vint bientôt à la rencontre des Français, qui furent obligés de regagner, avec perte, leurs vaisseaux. Le Castelletto fut évacué; la flotte française regagna les ports de Provence. Savone resta néanmoins encore à la France. On regrette que la vie triomphante de Charles VU ait été, dans sa dernière année , témoin de cet échec. Les affaires de la France dans la Méditerranée et sur les côtes d'Italie en restèrent là pour une assez longue suite d'années. René, duc d'Anjou, comte de Provence et roi titulaire des Siciles, s'occupa moins désormais de guerroyer que de donner quelque bonheur à ses provinces de France; il rendit à Marseille toute sa splendeur.
Louis XI succédai son père Charles VII, en 1461, et le coup d'essai de son adroite et persévérante politique fut de se faire engager le Roussillon et la Cerdagne, par le roi d'Aragon, moyennant une somme qu'il lui prêta et des secours en hommes qu'il lui donna pour réduire la Catalogne insurgée. II eut soin d'entretenir en Angleterre les sanglantes querelles qui venaient d'y éclater sous le nom de la Rose blanche et de la Rose rouge , entre la maison d'York issue de Richard II et celle de Lancastre, héritière de l'usurpateur Henri IV. Edouard IV ayant détrôné Henri VI, chef de cette dernière maison, fit montre d'un grand armement naval pour se venger de Louis XI, qui semblait pencher vers son rival; mais il en fut pour ses frais. Louis, qui s'était transporté sur les côtes et y avait mis tout en état, lui on interdit l'approche. Ce prince termina, en 14C3, les affaires de la France avec Gènes, en passant ses droits au duc de Milan, sous de certaines réserves de suzeraineté. Le duc fut mis aussitôt en possession de Gènes et de Savone, et Louis fut tout entier à des intérêts plus immédiats, i. t4
La ligue, dite du Bien public, s'était nouée, en 1465, par les soins de François H, duc de Bretagne, du comte de Charolais, depuis Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, et surtout de Charles de France, frère du roi. Louis XI n'eut d'autre moyen do la rompre que de faire pour l'instant des concessions aux principaux meneurs. La Normandie fut de nouveau érigée en duché souverain au profit de Charles de France ; le comté de Boulogne, que Philippe le Bon avait enlevé aux princes d'Auvergne, le comté de Ponthieu et les villes de la Somme, presque toute la Picardie en un mot , dans la possession de laquelle le duc de Bourgogne s'était fait reconnaître, en 1435, par le traité d'Arras, fut confirmée, en 1465, au comte de Charolais, par le traité de Conflans. Au premier prétexte toutefois, Louis enleva la Normandie à son frère; mais ce ne fut pas sans être obligé de lui faire bientôt après le sacrifice d'une autre principauté maritime, le duché de Guienne et Gascogne, dont il se ressaisit, après la mort de Charles, pour ne plus l'aliéner.
A peine Philippe le Bon se fut-il éteint , que l'on vit éclater dans tout son jour la rivalité entre son fils Charles le Téméraire et Louis XI. Cette rivalité se montra jusqu'en Angleterre, où Charles se fit le protecteur d'Edouard IV, tandis que Louis y était celui de Henri VI et du comte de Warwik. Des hostilités eurent lieu entre la marine du roi de France, aux ordres du vice-amiral Coulon de Cassenove, le plus habile homme de mer de ce temps , et celle de Charles le Téméraire, sous les ordres de La Vire, amiral de Bourgogne, appuyé du duc de Bretagne et d'ÉdouardIV. Les vaisseaux de France qui conduisaient Warwik en Angleterre surent tromper , à la faveur d'une brume, la surveillance de toute la flotte ennemie qui avait paru au Chcf-de-Caux. Edouard IV fut à son tour détrôné. Mais Charles le Téméraire lui donna encore les moyens de reconquérir la couronne, et il fit assassiner Henri M. Ainsi deux princes français, Louis XI et Charles de Bourgogne, disposaient tour à tour de la couronne d'Angleterre. Edouard IV, encouragé par son protecteur et par le duc de Bretagne, s'avisa de
vouloir rappeler les prétentions surannées de ses aïeux au trône de France et débarqua à Calais, en 4475, avec une armée. Louis XI ne s'en émut point, renvoya les ambassadeurs d'£douard avec quelques aunes de drap , et l'affaire se termina , comme une comédie, par un mariage. Louis unit son dis à la fille du roi d'Angleterre qui lui dénonça tous ses ennemis et se détacha de l'alliance des ducs de Bourgogne et de Bretagne. Ce dernier fut trop heureux ensuite qu'on lui accordât la paix. Quant à Charles le Téméraire, Louis XI en fut débarrassé, le 5 janvier 1477, devant Nanci, par les soins de René II, duc de Lorraine. Aussitôt le monarque mit la main sur les deux Bourgognes, l'Artois, les villes de la Somme, le comté de Ponthieu et celui de Boulogne qu'il se fit transporter par Bertrand II, comte d'Auvergne. Il essaya même de s'emparer de la Flandre. Ces États lui revenaient, disait-il, comme fiefs de la couronne , réversibles à celle-ci faute d'hoirs mâles. Marie, fille et unique héritière de Charles le Téméraire, porta sa main à l'archiduc Maximilien d'Autriche qui soutint, les armes à la main, les prétentions de son épouse. On se battit par terre et par mer. Les armateurs normands désolèrent les côtes de Flandre, de Hollande et de Zélande qui appartenaient à Marie. Le vice-amiral Coulon rencontra, en 1470, la flotte hollandaise, composée de quatre-vingts navires, qui revenait de la Baltique avec une pôchc abondante et de grandes provisions de seigle ; il l'attaqua, la prit et la conduisit, avec toute sa cargaison, dans les ports de Normandie. La Hollande, ruinée par ce coup, poussa un cri de détresse, et la consternation régna pour longtemps dans tous les États de Maximilien et de Marie. Louis XI et son successeur furent obligés de restituer à l'héritière de Bourgogne la Franche-Comté et l'Artois. Le Ponthieu resta un objet de litige. Mais Louis fut dédommagé par le legs que lui fit, en 1481 , Charles IV, dit du Maine, successeur du roi René, de ses États d'Anjou et de Provence, y compris ses prétentions sur les royaumes de Sicile et de Jérusalem. C'est ainsi que le comté maritime de Proveoce rentra au domaine de la couronne pour ne se plus séparer de l'unité française.
Charles VIII, sous la régence d'Anne de Beaujeu, avait recueilli, en 1483, l'héritage de Louis XI, quand les Français recommencèrent à jouer un rôle actif et important dans les affaires des Anglais, au sein même de leur île. Ce fut avec l'argent de la France, et l aide de dix -huit cents hommes d'armes fournis par le gouvernement de Charles VIII, que le comte de Richemont, pctit-lils de Catherine de Valois, après s'être embarqué à Harfleur, vainquit l'oncle et assassin des enfants d'Edouard IV , qui régnait sous le nom de Richard III, et se fit lui-même couronner sous le nom de Henri Vil. Le nouveau roi d'Angleterre ne put se défendre, à ses débuts sur le trône, de quelque reconnaissance envers ses bienfaiteurs , en signant avec le gouvernement de Charles VIII un traité de trois années, qui, entre autres clauses, accordait aux deux nations française et anglaise une pleine et réciproque liberté de commerce.
Cette tranquillité momentanée du côté de l'Angleterre permit à Anne de Beaujeu de soumettre tous les seigneurs du midi de la France à l'autorité royale; et quand, le duc François II étant mort, Henri VII oublia les services qui lui avaient été rendus par le gouvernement de Charles VIII , et se mêla aux difficultés qu'eut d'abord l'héritière de Bretagne avec le roi de France, il en fut bientôt pour ses préparatifs et ses ridicules prétentions. La Bretagne qu'il avait espéré se faire ouvrir, et par laquelle il se flattait même d'être aidé pour entreprendre la conquête de la Normandie ou delaGuienne, ne parut nullement empressée pour lui; malgré le désir qu'elle avait de conserver ses privilèges, elle se montra peu disposée à sanctionner par des effets le traité qu'il avait signé avec la duchesse Anne. Cette illustre héritière était l'objet de bien des convoitises et de bien des intrigues politiques. Dans le même temps que le roi d'Angleterre exigeait qu'elle ne se mariât point sans son consentement , elle était recherchée par le roi des Romains, Maximilien d'Allemagne, alors en guerre avec la France; et elle était pressée de se servir d'un secours de deux mille hommes que les souverains d'Aragon et de Castille, Ferdinand et Isabelle, avaient
envoyé débarquer à Vannes, au mois de mai 1489. Heureusement pour la France que tous ces graves symptômes de nouveaux désordres trouvèrent, en 1491, leur solution la plus naturelle dans le mariage de la duchesse Anne de Bretagne elle-même avec le roi de France, Charles VIII. Henri Vil n'en persista pas moins, l'année suivante, dans ses projets de conquêtes partielles. On dit même que ses vues s'étendirent alors sur toute la France. Il débarqua en 1 492, à Calais, avec vingt-cinq mille hommes de pied et seize cents chevaux; les plus grands seigneurs d'Angleterre l'accompagnaient; le 1 5 octobre , il alla mettre le siège devant la ville de Boulogne , défendue seulement par dix-huit cents soldais. La ville, avec cet appui et celui d'une bonne artillerie , trouva le moyen de tenir assez longtemps pour qu'à la nouvelle d'un traité d'alliance entre Charles VIII d'une part et Ferdinand et Isabelle de l'autre, Henri VII s'empressât aussi de faire sa paix avec la France. Bientôt Charles, tout préoccupé des grandes conquêtes qu'il projetait lui-même, eut l'imprudence d'acheter la neutralité du roi d'Aragon, par l'abandon qu'il lui fit de la Cerdagne et du Roussillon, sans exiger le remboursement de la somme prêtée par Louis XI.
A cette époque la domination des Maures avait complètement cessé en Espagne par la prise de Crenade, en 1492, et la Péninsule, rendue déjà si puissante par l'union de Ferdinand et d'Isabelle, des couronnes d'Aragon et de Castille, allait peser d'un grand poids dans les affaires de l'Europe et du monde entier.
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