‹ Histoire maritime de France (volume 2)Chapitre 25 sur 27 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

De >«» « lut.

Colbcrt , restaurateur de lu marine, ou a «l'abord tous les travaux, et do Lionne la signature. — Mouvement imprimé par les compagnies des Indes. — (lapide et prodigieux accroissement des forces navales de la France. — Travaux à Toulon, Brest, Dunkerquc et au Hnvre-dc-Gràce. — Fondation de Rochcfoit et de Celte. — Commencement des règlements et ordonnances de Colbcrt. — Politique utile un pays, mais peu loyale en principe , de Louis XIV dans ta guerre navale de l«M à 1668, enlro l'Angleterre et la Hollande.— Déclaration de guerre pour la forme a l'Angleterre. — Ruyter sauvé par quelques gentilshommes français au combat du G aoùi 1666. — La colonie française de Saint-Christophe bat la colonie anglaise , le 20 avril ICCC. et la chasse de l'ile. — Prétentions do Louis XIV sur les Pays-Bas espagnols. — Guerre de Flandre avec l'Espagne en IC67. — Paix de Brcda entre l'Angleterre et la Hollande, et entre la France et l'Angleterre. — Continuation de la guerre avec l'Espagne. — Les flibustiers français eu profitent pour attaquer les colonies et la marine des Espagnols eu Amérique. — Paix d'Aix-la-Chapelle entre la France et l'Espagne, le a mai 1CG8. — Expédition envoyée au secours do Candie , en IG69. — Mort de Beaufort. — Suppression de la charge de grand maître, chef et surintendant de lu navigation et du commerce de France.

Mazarin, à ce suprême moment où l'homme même le plus accoutumé à la ruse méprise des détours pour lui désormais stériles, et laisse échapper de ses lèvres la vérité toute nue avec son dernier soupir, Mazarin, au lit de mort, avait dit à Louis XIV : « Je vous dois tout, Sire; mais je crois m'acquitter en quelque sorte avec Votre Majesté en lui donnant Colbert. » En effet, de tous les hommes d'État que le cardinal italien avait devinés, élevés et formés, Jean-Baptiste Colbert, né à Reims, le 20 août 1610, d'une famille de négociants, était le plus noble ouvrage d'un ministre qui, à de très remarquables qualités, avait joint bien des défauts, et qui, pour quelques hommes heureusement choisis et poussés par lui, avait produit et secondé bien des coquins. On peut dire que les mouvements honnêtes et rangés que Mazarin avait eus dans quelques rares circonstances, et particulièrement à la tin de sa carrière , en fait de finances , lui avaient été inspirés par Colbert. Louis XIV, résolu à gouverner par lui-même après la mort du cardinal, avait néanmoins donné toute sa confiance au protégé de celui-ci, et, s'il ne lavait point élevé au

rang de premier ministre, ni même de surintendant de ses finances, c'est qu'il avait pris le parti de supprimer ces hautes charges. Il l'avait donc simplement nommé, en 1661, contrôleur général; sous ce titre modeste, il lui avait accordé une puissance plus grande qu'aucun surintendant ne s'en était encore vu. On a beau vouloir s'en défendre, uu homme de vrai génie politique domine toujours ce qui l'environne, et inféode ses pensées dans tous les esprits qui sont là pour l'entendre; le malheur des grands hommes est de ne pas pouvoir se faire entendre dans leur cabinet de tous ceux qu'ils sont chargés de gouverner. Colbert atteignait les affaires du commerce par les finances qui se répandent sur tout; et par le commerce, il allait bientôt atteindre les affaires maritimes. Le commerce, il l'aimait par ses souvenirs de famille; il le connaissait, en ce qui concernait la France, pour l'avoir étudié dans ses voyages, province par province, ville par ville, port de mer par port de mer; et, en ce qui concernait l'étranger, pour s'être fait faire des relations détaillées, minutieuses, par des voyageurs habiles et véridiques. Il s'était entouré des négociants les plus intègres et les plus habiles; il les interrogeait, il coordonnait, en les rédigeant, leurs pensées et les siennes; et c'est ainsi qu'il arriva à recueillir une législation commerciale destinée à faire la gloire du ministre et la richesse de l'État. Il donna à la France un code marchand ; il forma une chambre générale d'assurance en faveur des villes maritimes , et une chambre de commerce où les plus habiles négociants furent appelés à discuter les causes de la prospérité nationale. Tout en encourageant l'agriculture, il accordait une protection spéciale aux grands établissements manufacturiers. Pendant qu'il faisait ouvrir de nouvelles routes et réparer les anciennes pour faciliter les rapports corn-* merciaux des habitants du pays entre eux , il projetait le canal de Bourgogne, et accueillait avec une admiration raisonnée le nouveau plan de Pierre-Paul de Riquet, pour ouvrir une communication entre les deux mers qui baignent les côtes de la France. Ce fut en 1664 que commencèrent les travaux du canal du Languedoc,

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s'étendant du voisinage de Toulouse, sur la Garonne, à l'étang de Thau dans la Méditerranée, travaux gigantesques, dont la pensée et l'exécution suffiraient à illustrer, nvec son inventeur, un ministre et un roi. Il s'agissait d'opérer sur une longueur d'environ cinquante -cinq lieues, dans un pays qui présentait des difficultés de tout genre. De huit à douze mille ouvriers par jour, pendant quatorze années , furent employés à cette prodigieuse entreprise, qui permit de voir des bâtiments, partis du niveau de la mer, traverser les terres hautes du Languedoc, et transporter environ soixante-quinze mille tonneaux par an de la Méditerranée à l'Océan , ou de l'Océan à la Méditerranée.

Colhert ne s'occupait pas moins du commerce extérieur que du commerce intérieur. Il comprit et élargit même le système colonial de Richelieu. Il voulut qu'on fortifiât les colonies et qu'on y entretînt des troupes; il fit tout ce qu'il put pour ne mettre à leur tête que des gouverneurs et intendants à la fois habiles, actifs et intègres. Il ne se plaignait jamais des premiers frais d'établissement, persuadé que l'État les regagnerait daus la Buite par l'augmentation du commerce. Il pensa qu'il serait plus convenable d'envoyer en Amérique une escadre fixe qui y resterait trois ans, avec un bon commissaire pour pourvoir sur les lieux à ses besoins, que d'y envoyer tous les ans des vaisseaux qui coûtaient beaucoup et perdaient un temps considérable en voyages. Il ne s'occupa pas que du sort des maîtres ; il porta aussi son attention sur celui des esclaves. Ne pouvant songer dans ce temps à interdire la traite des nègres ni l'esclavage dans les colonies, il voulut du moins rendre ces abus moins flétrissants pour l'humanité. Il prépara les éléments du code noir, qui établissait les obligations des maîtres envers leurs esclaves , et chargeait le ministère public de poursuivre les oppresseurs.

L'année 1664, qui vit commencer tant de grandes choses, fut aussi témoin de la création des deux compagnies des Indes , dans lesquelles devaient venir se fondre la plupart de ces petites compagnies manquant à la fois de moyens et de portée ,

dont on a vu précédemment les peu fructueux essais. La compagnie des Indes occidentales, qui devait être supprimée dans quelques années, eut, dans son partage, tout ce que les Français possédaient en Amérique , avec le privilège exclusif d'y faire le négoce ; on la mit également en possession du commerce avec la côte occidentale d'Afrique. Toutes les Antilles alors françaises, Saint-Christophe, la Martinique, la Guadeloupe et leurs dépendances furent rachetées de leurs divers propriétaires , pour être données à la compagnie. Une nouvelle colonie partit de La Rochelle polir l'île de Cayenne et la Guyane , et l'établissement de Saint-Louis, au Sénégal, entra dans une voie de prospérité. Un vice-roi, le marquis de Tracy, fut envoyé spécialement eu Amérique pour installer la compagnie des Indes occidentales. La compagnie des Indes orientales , qui devait survivre avec éclat à son fondateur, eut dans son domaine le commerce avec les contrées de l'est de l'Afrique et de l'Asie. Madagascar, à qui l'on donna le nom d'île Dauphine, en l'honneur du dauphin, fils de Louis XIV, fut achetée des héritiers du maréchal de La Meilleraie, et destinée à devenir le berceau de la nouvelle association. La Gaze y était devenu l'époux de la fille du souverain d'Araboule et régnait alors avec elle.

Colbert ne se contenta pas de constituer et de réorganiser des compagnies commerciales; il leur prêta des millions et alla jusqu'à promettre aux associés cinq pour cent d'intérêt dans les premières années. Il offrit des honneurs et des titres héréditaires à tous ceux qui se distingueraient à leur service, et concéda, comme appât, des droits considérables à quiconque y entrerait, fût-il étranger. Ce n'était pas que Colbert fût ami des privilèges commerciaux; mais, comme Richelieu , il pressentait tous les avantages de l'association , et , obligé de vivre avec son siècle , il ne la pouvait d'abord fairo naître , pour que l'État en profitât, qu'avec une partie des abus de l'époque ; son idée était, au fond , de retirer peu à peu aux compagnies, lorsqu'elles se seraient suffisamment enrichies, les immenses avantages qu'il leur avait

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accordés, comme stimulants, à leurs débuts, pour les répartir ensuite sur toutes les classes de la nation. Colbert garantit au commerce, et particulièrement à celui des compagnies, l'appui des forces navales de l'État, et s'engagea à en faire escorter les convois et les retours par des escadres aussi nombreuses que les circonstances l'exigeraient. Ce solennel engagement le conduisait nécessairement à donner une extension jusqu'alors inconnue à la marine militaire de France. C'est, en ce qui concerne cet ouvrage, la seconde phase de la vie de Colbert, qui, pour le dire seulement en passant, élevait, dans le même temps , les plus beaux monuments de la capitale , réunissait chez lui tous les savants, tous les littérateurs, tous les artistes, fondait des académies , entre autres l'Académie des sciences, et, de ces hauteurs magnifiques, descendait aux détails du pavé , de l'éclairage et de la sûreté des rues de Paris.

Voilà donc Colbert, que le besoin de faire fleurir les finances de l'État avait amené à s'occuper de la prospérité et de l'extension du commerce, conduit maintenant, par la nécessité qu'il s'imposait de protéger efficacement celui-ci, à consacrer une large part de ses veilles à la marine du royaume. En fait déjà, quoique de Lionne eût la signature de ce département, c'était lui, Colbert, qui en avait les travaux. De Lionne, esprit fin, subtil, plein de ressources, servait d'ailleurs admirablement la France en dirigeant les affaires extérieures. Il ne devait pas tarder à remettre entièrement à celui qui en avait les peines, celle de ces hautes charges qui ne lui coûtaient déjà plus aucun soin. Cela eut lieu en 1G69. C'est alors que Colbert eut définitivement la marine dans ses attributions. En attendant, il commençait à lui imprimer la direction nouvelle qui devait faire l'élonnement du monde entier, et l'admiration des siècles.

Les compagnies des Indes avaient remué tout le littoral de la France; et, n'eussent-elles produit que l'élan maritime dont on fut témoin à cette époque, elles auraient encore été un bienfait. Tout le long des côtes, ce n'étaient que hangars, bâtiments qu'on

élevait pour servir d'entrepôts; dans les moindres ports ce n'étaient que navires en construction que l'on avait hâte de lancer, pour qu'ils allassent chercher la fortune à travers les océans. Grands, riches et pauvres, chacun voulait courir les hasards de la mer, chacun lirait vanité do se faire marin; et comme, dans ce vaste élan, les plus expérimentés étaient les plus considérés, toutes les conditions se rapprochaient. Chacun bientôt, à quelque rang qu'il appartînt, s'il était habile, s'il était courageux, allait pouvoir aspirer à un commandement naval. Jamais mouvemejit si magnifique n'avait été imprimé au littoral français , et ce mouvement un seul homme l'avait produit. Mais il ue faut être injuste envers personne : Colbert était merveilleusement secondé par l'énergique volonté d'un roi à qui aucune idée de puissance et de gloire ne restait étrangère, et qui, n'admettant jamais l'obstacle, à toute proposition utile et grande, répondait : « Que cela soit; je le veux l » C'est ainsi qu'en moins de cinq années on vit déjà la France posséder une marine de trente vaisseaux de ligne, dont plusieurs portaient jusqu'à cent dix, cent vingt et cent trente canons, et de nombre d'autres bâtiments de rang inférieur; laquelle, en 1072, s'éleva à soixante vaisseaux de ligne et quaran le frégates, et qui, continuant son mouvement ascendant, devait compter, en 1f>81, cent quatre-vingt-dix-huit vaisseaux, et cent soixante-dix mille hommes de mer. C'est ainsi qu'au moment où, sous la direction de Vauban, le plus grand des ingénieurs militaires, des plans nouveaux étaient dressés, des accroissements, des fortificationsdéjàen train dans les ports de Toulon, de Brest, de Dunkerque, du Havre, on voyait La Piochelle se relever de ses ruines, et Kochefort et Celte sortir du néant.

Des essnis avaient déjà été faits par Colbert pour donner à la France un nouveau grand port de guerre sur l'Océan, celui du Ilavre-de-Gràce ne satisfaisant plus aux exigences nouvelles des vaisseaux de haut bord, et celui de Brest ne suffisant pas, à beaucoup près, pour toute l'étendue de la côte. On avait tenté successivement d'en établir un à l'embouchure de la Scudre, à Brouage, à

Soubise el à Tonnay-Charentc; mais nulle pnrt on n'avait réussi, lorsque, en 1604, Colbert jeta les yeux sur llochefort, qui n'était encore qu'une petite seigneurie sans importance. La profondeur de la Charente en cet endroit, la situation dans un vaste golfe, où les escadres pouvaient avoir besoin de trouver une retraite, le mouillage de plusieurs belles rades voisines, d'autres avantages encore, que ne balancèrent pas quelques inconvénients résultant des sinuosités du fleuve et de l'insalubrité dont on accusait le lieu, décidèrent le ministre. Par ses ordres, l'ingénieur Blondcl donna le plan du port, et les travaux commencèrent en 1666. Peu de mois après, des chantiers étaient construits, une gronde ville était sortie d'un marais, et une grande flotte désarmait dans l'arsenal de llochefort. C'était vraiment le siècle des merveilles j on n'a point exagéré : Louis XIV n'avait qu'à dire : « Je veux ! »

Il voulut aussi, heureusement inspiré par Colbert, que le Lan^ guedoc, qui n'en possédait pas de digne d'être nommé, eût son port Bur la Méditerranée. Le fameux canal du Midi dont s'occupait alors Riquet, et qui devait avoir un de ses aboutissants dans l'étang de Thau, aurait suffi pour faire choisir le promontoire de Cette, qui a d'un côté la mer, et de l'autre cet étang. En 1667, on creusa le Thau de manière à lut donner trente pieds environ de profondeur, et on se servit de ses eaux pour remplir un port capable de recevoir deB bâtiments de cinq à six cents tonneaux. Cette devint l'entrepôt de tout le commerce du Languedoc.

Le grand ministre pensa sagement que ce serait peu de fonder en quelque sorte un nouvel État maritime, s'il ne l'appuyait, pour le maintenir, sur de belles et solides institutions. C'est alors que l'on vit commencer toute cette admirable série d'ordonnances et de règlements sur la marine, qui, pour tous les peuples indistinctement, sont devenus et resteront en principe, à quelques variantes près, le modèle à suivre, et dont on ne pourra malheureusement, dans les bornes de cet ouvrage, qu'indiquer, en passant, les principales dispositions.

Pendant que Colbert méditait ses immortelles institutions cl en

rassemblait de toutes parts les matériaux, les marins français s'instruisaient à la fois, dans la Méditerranée, par la petite guerre que l'on continuait contre les pirates barbaresques, et, dans la Manche et la mer d'Allemagne, par le spectacle d'une des plus terribles luttes maritimes dont le monde ait jamais été témoin. C'était le temps de cette guerre navale d'Angleterre et de Hollande, dans laquelle on voyait d'un côté le duc d'York, qui régna depuis sous le nom de Jacques II, l'illustre Monk, duc d'Alberraalc, et le brillant prince Rupert; et de l'autre Ruyter, dont le nom dit tout en fait de gloire et de génie maritimes, avec Corneille Tromp, fils de ce Harpert-Martin Tromp, qui avait autrefois aidé les Français dans leur querelle avec l'Espagne, et plus célèbre encore sinon plus grand que son père. Quelle école ! quels maîtres ! Les causes de la guerre, ou plutôt du renouvellement de guerre de 1666, entre les Anglais et les Hollandais, dataient du protectorat de Cromwell qui avait trouvé un continuateur assez actif de sa haine contre la nouvelle puissance navale des Provinces-Unies, dans la personne de Charles H, heureux de se venger sur une république de l'humiliation dans laquelle le tenait Louis XIV. C'était toujours la question de souveraineté des mers. En témoignage de cette souveraineté, à laquelle prétendaient avec acharnement les Anglais, Charles II exigeait des Hollandais le salut maritime ; c'était ce qu'on appelait le droit de pavillon. Cromwell avait fait mieux : il avait prétendu au droit de visite. Mais Ruyter, du sein môme de la destruction des armées navales de Hollande, prévoyant d'un œil sûr toutes les conséquences de ce droit dont l'Angleterre, sans en changer le but, qui est la dépendance des autres nations maritimes, n'a jamais fait que transformer le prétexte1; Ruyter, dans une lettre datée du Texel, le 16 décembre 1653, avait écrit aux états-généraux, pour les entraîner à révoquer la concession qu'ils venaient de faire de guerre lasse aux Anglais, ces lignes mémorables et prophétiques : a On nous fera sans doute quelque affront

1 Alors c'était la guerre entre l'Angleterre et l'Espagne qui en était le prétexte. Les Anglais semblaient craindre que le* Hollandais ne donnassent des secours secrets au* Kspngnolii.

signalé, quand nous y penserons le moins. Le dernier des Anglais nous insultera, visitera à son gré nos vaisseaux, s'en rendra maître pour le plus léger motif, et nous traitera d'infâmes et de poltrons. » Ruytcr le savait bien : l'esclavage maritime de la Hollande, la ruine de son commerce, la perte de ses colonies étaient au bout des prétentions de l'Angleterre, pour le droit de pavillon comme pour le droit de visite. Aussi, dès que les États eurent relevé leur marine un moment abattue, les rendit-il non moins jaloux que lui de la liberté des mers, et parvint-il , en leur faisant reprendre la lutte , à les relever pour un temps de leur abaissement.

Louis XIV prenait quelque intérêt à la guerre des Anglais et des Hollandais, entre lesquels il s'était d'abord porte comme médiateur, quoiqu'au fond, il faut l'avouer, il ne fût pas fâché de voir les marines des deux peuples se ruiner l'une l'autre, pour laisser bientôt le champ libre à celle que son grand ministre formait. Cependant, comme il avait promis un secours effectif à celui qui ne se montrerait pas d'accommodement, et que son honneur était solennellement engagé à ne point reculer d'une manière trop ouverte, il donna des ordres pour que ses flottes eussent toutes les apparences d'être disposées à se joindre à celles des Provinces- Unies, sans pourtant trop se compromettre avec celles du roi d'Angleterre qu'il tenait à ses gages, absolument comme il eût fait d'un haut serviteur. Louis XIV pensait aussi que, sous le prétexte de la guerre d'Angleterre, il pourrait travailler sans encombre à mettre sur pied des forces capables d'exécuter tout ce qu'il voudrait entreprendre ailleurs, et particulièrement dans les Pays- Bas espagnols, sur lesquels il élevait des prétentions, depuis la mort récente de Philippe IV d'Espagne. En conséquence de la politique du roi et de ses ministres, la guerre fut déclarée à l'Angleterre le 26 janvier 1 066, plutôt pour la forme que pour la réalité.

On donna avis à la Hollande que la France avait dans la Méditerranée une escadre de trente -six vaisseaux de guerre et de quinze brûlots; que cette escadre viendrait rallier celle de douze vaisseaux et cinq brûlols qui se trouvait déjà dans l'Océan, et

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qu'ensuite elle se réunirait à la flotte dont les États-Généraux, venaient de donner le commandement au lieutenant-amiral général Ruyter. La flotte hollandaise, forte de quatre-vingt-cinq gros vaisseaux, fut bientôt prête; mais dans le même temps, le grandmaître de la navigation, Beaufort, eut ordre de conduire sur son escadre une épouse au roi de Portugal, Alphonse VI; et pendant qu'on engageait les Hollandais à attendre le retour des vaisseaux français pour commencer nu accepter les hostilités avec les Anglais, les deux peuples étaient déjà aux prises, et se livraient, les 13, 14, 15 et 10 juin 1000, des batailles de géants. Quelques sujets français figuraient pourtant sur la flotte des États, en témoignage de l'alliance. Parmi eux, le comte de Guiche se signala particulièrement ; il fut des premiers, avec le prince de Monaco, à charger les ennemis, montra une grande présence d'esprit, et fut atteint au bras et à l'épaule d'un éclat de canon; il paya, autant qu'il était en lui, la dette de la Fiance. La victoire avait, en définitive, appartenu à Ruyter dans les quatre jours de batailles navales du mois de juin.

Les flottes anglaise et hollandaise se retrouvèrent bientôt en présence. Des volontaires français servaient encore à bord de la flotte des États ; c'était, entre autres gentilshommes, les chevaliers d'Harcourt-Lorraine, de Coislin, de Cavoye, et le baron de Busca. Le service qu'ils rendirent à la Hollande dans le combat du 0 août 1060 valut à cette république plus que toute une flotte que leur aurait réellement envoyée Louis XIV. Ruyter s'était trouvé trois heures durant entre les amiraux anglais, le prince Rupert et le duc d'Albermale ; deux cents hommes étaient déjà tués sur son bord ; cependant il continuait toujours à se défendre avec une constance et un héroïsme tels, que les Anglais, désespérant de s'en pouvoir rendre maîtres, résolurent de faire approcher un brûlot pour mettre le feu à son vaisseau. Dans ce moment terrible et décisif, Cavoye, Harcourt-Lorraine, Coislin et Busca, suivis de quarante mousquetaires français déterminés 1 , se jettent dans

« On a écrit , qnoiqiio ri<*n n'en fapsr fol, que Jean Kart , alors enfant , «Malt au nombre

deux chaloupes, et vont au-devant du brûlot pour le détourner, au risque d'en être eux-mêmes consumés. Les Anglais qui le dirigent, intimidés par tant d'audace, sont contraints à la fuite, et c'est à qui, parmi eux, se sauvera, celui-ci à la nage, celui-là sur la légère embarcation qui accompagnait l'instrument d'incendie. Ils ont mis le feu au brûlot, mais au hasard et à la hâte; et ses flammes deviennent plus dangereuses à leurs propres vaisseaux qu'à l'amiral hollandais qu elles n'atteignent pas. Le grand Ruyter était conservé à la Hotlaude. S' est-on trompé en disant que ce service valait celui de toute une flotte ?

Toutefois le combat du 6 août 1G66 fut à l'avantage de l'Angleterre, par la faute, dit on (car quel grand homme de guerre n'est pas exposé à une erreur dans sa carrière !), du lieutenant-amiral Corneille Tromp qui , en se laissant entraîner à la poursuite d une des escadres anglaises, permit au gros de la flotte ennemie d'envelopper le reste de l'armée navale de Hollande, ce qui obligea celle-ci à faire sa retraite, après une perte de vingt vaisseaux. Cette retraite de Ruyter fut si belle, que Louis XIV écrivit lui-même aux États- Généraux, qu'il en faisait plus de cas que d'une victoire. De son coté, Ruyter rendit un hommage éclatant aux Français, qui par leur présence d'esprit et leur courage l'avaient fait échapper au plus imminent danger.

L'escadre de Beauforl arriva enfin à La Rochelle peu de temps après le combat du G août. Louis XIV en fit avertir aussitôt les États-Généraux pour concerter avec eux la jonction ; mais on est fondé à croire que ce n'était encore là qu'un jeu de sa part. U trouva pourtant de nouveau le moyen d'accuser la flotte hollandaise d'être sortie avant le temps marqué pour opérer sa jonction, et d'avoir ainsi livré à de grands risques ses vaisseaux, en les laissant dans l'isolement. Le fait est que Beaufort aurait pu être écrasé par la flotte anglaise en passant devant l'île de Wight; mais Louis savait que Charles II le respectait, et qu'entre eux la guerre n'était,

de. ces Français. On Mit feulement que, vers celle époque, il faUait «on apprentlwniie de marin w les floues de Holl.-imlf.

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au fond , qu une comédie où le canon n'avait rien à faire.

Cependant les sujets des deux nations anglaise et française, à défaut de leurs rois, s'étaient montrés assez disposés à prendre cette guerre pour une vérité, surtout en Amérique où l'on n'avait connaissance que de la déclaration des hostilités, sans en pouvoir, de si loin, deviner le mot secret.

Le 20 août 1666, les deux colonies de l'île Saint-Christophe en vinrent aux mains d'une manière décisive. Les Français étaient commandés par un neveu de l'illustre saint François de Salles. Leur victoire fut complète. Les Anglais, après avoir perdu leurs forts et leurs canons, furent entièrement chassés de Saint-Christophe. Pour prouver l'importance que l'on attachait désormais aux affaires des colonies, une médaille fut frappée à l'occasion de cette victoire. On y voyait une femme costumée à l'américaine, foulant aux pieds les armes d'Angleterre ; sur la légende on lisait, en mots latins : « Colonie des Français affermie; » et sur l'exergue: « Les Anglais expulsés de Saint-Christophe en 1666. » Ceux-ci, ayant envoyé de la Barbade six frégates et quelques autres bâtitiments moins importants contre les vainqueurs, ne surent qu'ajouter à leur propre perte. On leur enleva une partie de leur escadre, et le reste fut horriblement battu de la tempête. Revenus une seconde fois à la charge avec un plus grand nombre de vaisseaux, les Anglais éprouvèrent une nouvelle défaite. Le Fèvre de la Barre, qui commandait l'escadre française, forte de dix-sept navires et de deux brûlots, leur fit perdre près de sept à huit cents hommes. Ils renoncèrent alors à rentrer par la force des armes dans 1 île de Saint-Christophe.

Il est vrai de dire que , d'un autre côté, ils avaient été moins malheureux. Ils avaient attaqué et démantelé, dans la Guyane française , un petit fort construit vers l'embouchure du fleuve Sinnamari. Ils eurent avec une égale facilité raison de Cayenne qui était à peine protégée par quelques commencements d'ouvrages. La paix entre l'Angleterre et la Hollande, et par suite entre la France et l'Angleterre, allait bientôt cire signée à Breda. On

convint de se rendre réciproquement tout ce qu'on s'était pris.

Mais, pendant ce temps, la guerre avait éclaté entre la France et l'Espagne au sujet de la succession des Pays-Bas, sur lesquels Louis XIV prétendait, pour Marie-Thérèse , sa femme, fille du premier lit de Philippe IV, à l'exclusion de Charles II d'Espagne, fils du second lit. 11 avait découvert pour cela une ancienne coutume de certaines parties des provinces en litige; mais sérieusement les seuls droits qu'il eût à faire valoir, c'étaient, avec la force, les traditions toujours vivantes qui liaient ces provinces à la France, et la nécessité d'en déposséder les ennemis pour la sécurité de son propre royaume. Il lui importait , d'ailleurs, au plus haut point, d'assurer ses dernières acquisitions sur la côte de Flandre, et particulièrement Dunkerque, par l'occupation des places fortes qui se trouvaient en arrière. C'est pour cela qu'eut lieu, en 1667, la fameuse campagne de Lille. Charleroi, Bergues- Saint-Vinox, Fumes, Ath, Tournai, Douai, le Fort de l'Escarpe, Courtrai, Oudenarde et Lille furent enlevés aux Espagnols avec une rapidité dont l'histoire offre peu d'exemples.

Celte guerre ne fut l'occasion d'aucune affaire navale en Europe; mais, en Amérique, les flibustiers, qui s'honoraient entre eux du nom de Frères de la Côte, saisirent avec avidité l'autorisation qu'elle leur donnait de faire des courses sur les vaisseaux espagnols. Lo terreur de leur nom, à cette époque, contribua singulièrement à leurs succès. Les Espagnols tremblaient à leur seule vue, et mettaient souvent les armes bas, sans avoir eu le courage de combattre. Ils obtenaient la vie si les galions qu'ils ramenaient du nouveau mondeélaientbien chargés d'or, d'argent, de pierreries, ou d'autres richesses ; mais si l'espérance du vainqueur était déçue , alors malheur à eux! on les jetait impitoyablement à la mer !

On se rappelle le coup du flibustier Legrand, enlevant un viceamiral d'Espagne avec une sorte de barque ; il y eut un autre flibustier, nommé Michel le Basque, qui en fit un non moins hardi. Il attaqua et se rendit maître, sous le canon de Porto-Bello, dans l'Amérique centrale, d'un gros galion espagnol chargé de

plusieurs millions de piastres. C'est ainsi que les flibustiers, en se gorgeant de trésors, échangeaient souvent leurs barques contre des vaisseaux, et parvenaient quelquefois à se composer des escadres.

Ils en formèrent une, en 1667, pour aller attaquer et piller Maracaïbo, dans la province de Venezuela. L'entreprise avait été conçue par Michel le Basque et par l'Olonnais, qui s'était rendu fameux sous ce nom emprunté aux Sables-d'Olonne, sa ville natale, et qui eut, en cette circonstance, le commandement des Frères de la Côte. L'expédition, après s'être emparée sur sa route de tous les galions qu'elle a rencontrés, arrive à la baie de Venezuela, qui s'enfonce très profondément dans les terres; le fort qui en défendait l'entrée est emporté, le canon est encloué et la garnison de deux cents hommes passée au fil de l'épée. On va aussitôt attaquer Maracaïbo; mais cette ville, riche de son commerce de cuir, de tabac et de cacao, est déjà abandonnée par ses principaux habitants, qui ont emporté le plus qu'ils ont pu de leurs trésors. Néanmoins les flibustiers y trouvent encore de grandes richesses, et forcent, en définitive, cette ville à payer sa rançon. Chose étrange, et que l'on prendrait pour une affreuse dérision, si l'on ne savait combien dans l'homme la superstition est souvent près du crime, ces pirates, qui ne vivaient que des maux d'autrui, prirent aux églises de Maracaïbo des croix, des cloches, des tableaux, pour les placer dans une chapelle qu'ils projetaient de faire bâtir à la Tortue. Ils avaient déjà, d'un aulre côté, ravagé, pillé, brûlé une partie des établissements espagnols à Saint- Domingue, et menaçaient la capitale même de l'île, quand la paix signée entre la France et l'Espagno, le 2 mai 1668, à Aix-la- Chapelle, vint gêner le cours de leurs sauvages exploits.

Par le traité d'Aix-la-Chapelle, Louis XIV obtenait une partie de ce qu'il voulait. Il rendait la Franche-Comté, qu'il avait aussi conquise, et qui, toujours facile à reprendre, autant à cause de ses vieilles sympathies françaises que de sa position isolée de l'Espagne, ne pouvait manquer de lui revenir un jour ou l'autre; mais il gardait les places dont il s était emparé dans les Pays-Bas. Les

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côtes maritimes He France avaient dès lors acquis l étendue qu'on leur voit aujourd'hui ; le traité d'Aix-la-Chapelle leur donna de toutes parts militairement leurs points d'appui.

Dans ce temps, les Turcs faisaient une guerre acharnée aux Vénitiens, et, depuis vingt-quatre ans déjà, ils assiégeaient presque continuellement Candie. Jamais attaque ni défense ne s'étaient montrées aussi persévérantes. Toute la chrétienté, comme aux grands jours des croisades, avait uni par s'intéresser à la cause des assiégés. La France n'avait pas cessé d'être représentée parmi eux, malgré les vieilles alliances qui l'unissaient à la Porte-Ottomane. L'île de Candie était comme un champ clos, comme un carrousel, où chacun venait rompre des lances pour l'honneur de sa religion, mais sans que cela influât fortement sur les relations de peuple à peuple. Cependant l'intérêt de l'Europe chrélienue, si sincère qu'il fût au fond, ne s'exprimait pas d'une mauière suffisante. Ce n'étaient pas des paladins qu'il fallait à Candie aux abois, mais de bons et solides corps d'armée. Louis XIV le comprit, et décida, immédiatement après la paix d'Aix-la-Chapelle, qu'il enverrait un secours considérable aux Vénitiens, sans pour cela déclarer la guerre au sultan. S'il eût été imité des autres souverains, les Turcs sans aucun doute auraient fini par ne poinl réussir dans leur dessein. Beaufort , grand-maître de la navigation , et Louis- Victor de Rochochouart, duc de Montemart et de Vivonne , général des galères de France , par suite de la démission du duc de Créqui , furent chargés de transporter à Candie dix mille hommes, dont le duc de Navailles eut le commandement. Un grand nombre de gentilshommes français tinrent à honneur de faire partie de cette expédition. Elle partit de Toulon le 0 juin 1669 , et les galères et aulrcs bâtiments français de transport parurent devant Candie le 19 du même mois. Les troupes furent débarquées la nuit suivante. Tous les ouvrages extérieurs de la place étaient alors au pouvoir des musulmans. Montbrun, octogénaire français, qui avait le commandement de Candie, ne défendait plus que des ruines, cl pourtant il rejetait héroïquemenl

toute idée de capitulation. Le duc deNavailles, malgré l'opinion contraire de ce noble vieillard qui joignait la prudence au courage , et qui se flattait de mettre enfin les ennemisàbout en les fatiguantde sa résistance indéfinie, fut d'avis de faire une vigoureuse sortie et de tomber sur les Turcs avant qu'ils eussent eu le temps de rassembler leur cavalerie dispersée dans l'île. Navailles, dont l'ardeur était encore excitée par celle de Beaufort et des gentilshommes français, impatients de signaler leur arrivée par un grand fait d'armes, appuya en outre sa résolution de la nécessité qu'il y avait, disait-il, de débusquer les ennemis d'un poste à l'aide duquel ils empêchaient la libre entrée et la libre sortie du port. Le duc de Beaufort se mit, dans cette circonstance, à la tête des troupes de marine qu'il avait débarquées tout exprès. Le succès sembla d'abord aller à souhait pour les Français ; ils emportèrent bravement plusieurs redoutes, prirent trente canons, et firent un grand carnage de musulmans. Mais un accident interrompit tout à coup ces brillants débuts. Comme les Français occupaient déjà un des quartiers de l'ennemi, un soldat entra avec sa mèche allumée dans un magasin souterrain de poudres, de grenades et de bombes, pratiqué au-dessous des batteries, et y mit le feu par mégardc. Le souterrain saute avec un horrible fracas, et avec lui tous ceux qui se trouvaient dessus ou à côté ; la panique se répand avec la rapidité de réclair parmi les troupes de sortie qui, ne devinant pas la cause de l'accident, croient être sur un sol partout miné, et se dispersent au loin, sans que leurs chefs puissent les retenir. Les Turcs ont remarqué ce mouvement inattendu, et ils en profitent pour reprendre leurs avantages. C'est en vain que les ducs de Navailles et de Beaufort, chacun de son côté, cherchent à rassembler leurs soldats épars et à les ramener à la charge. Beaufort, transporté de rage, crie aux moins épouvantés de le suivre, et se jette à corps perdu à travers une multitude d'ennemis. Pendant ce temps, le duc de Navailles, qui ne l'a point aperçu, fait de son mieux pour changer du moins la fuite des siens en retraite. Mais quand, ayant à peu près réussi, il chercha des yeux le duc de

Beaufort et demanda de ses nouvelles, personne ne sut lui répondre. Beaufort avait disparu, sans que toutes les informations prises alors et depuis aient pu faire connaître au juste ce qu'il était devenu. On se plut à se figurer que sa fin avait été aussi étrange que toute sa vie, et on se livra, à ce sujet, aux plus bizarres suppositions. Les uns se représentèrent Beaufort coiffé d'un turban, au milieu d'un sérail ; les autres disaient tout bas que ce pouvait bien être le gouvernement français lui-même qui l'avait fait enlever, de peur qu'il ne revînt quelque jour à régner sur les halles. Le plus, le seul probable est que les musulmans, suivant leur ancien et barbare usage, lui avaient coupé la tète après l'avoir tué, et qu'ils avaient dépouillé son corps de toutes ses marques distinctives. Le découragement le plus complet fut la conséquence de ce malheureux événement qu'un autre, non moins déplorable, suivit bientôt. Pendant que la flotte française et celle de Venise et de Malte canonnaient les Turcs , le vaisseau de 50 canons la Thérèse, qui portait les trésors du duc de Navailles, sauta, couvrit de ses éclats une partie des autres bâtiments, et faillit couler à fond la galère réale, que montait le duc de Vivonne , investi du commandement général des forces navales de France par la mort de Beaufort. Un moment après, Vivonne fut blessé d'un coup de canon. Le duc de Navailles n'eut d'autre parti à prendre que de ramener ses troupes en France. La flotte française mit en conséquence à la voile sous les ordres de Vivonne. Peu après , la ville de Candie capitula.

On ne donna point de successeur à Beaufort dans la grande maîtrise de la navigation. Depuis plusieurs années déjà on ne lui laissait cette charge, dont le département de la marine avait envahi toute la partie administrative, que par condescendance pour son rang de prince issu du sang de Henri IV. L'édit de suppression de la charge de grand-maître, chef et surintendant de la navigation et du commerce de France, fut rendu au mois de novembre 1669 ; il portait rétablissement de celle d'amiral, mais dans des conditions toutes nouvelles.

HIST01RK MARITIME!

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