‹ Histoire maritime de France (volume 2)Chapitre 3 sur 27 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De l'an av. I.-C. * l'an ssi a», j.-c.

Situation géographique du pays». — Influence de cette situation. — Époque gauloise et massaliotc. — Excitions et colonisations de» Gaulois au-delà des Alpes, au-delà des Pyrénées, au-delà du Rhin et du Danube, en Grèce et dans l' Asie-Mineure. — Expéditions et colonisations des Gaulois. — Origine du nom de la Petîte-Hretagnc ou Armorique et de la Grande-Bretagne.— Cités arnioriques.— Lea Breton» en général. — Les Vénelcs. — Origine de Vannes. — Les Namnetes. — Origine de Nantes. — L'ancien port de Corbilo. — Diverses populations maritimes de la Gaule sur l'Océan. — Littoral gaulois sur la Méditerranée. — Colonies phéniciennes et rliodiennes. — Arrivée des Grecs de Pnocéo. — Euxènc.— Son alliance avec lea Gaulois.— Fondation de Massalie (Marseille;.— Colonies maasulioles — Puissance de Massalie. — L'alliance des Maasalioles recherchée par Ronin et par Carthage. — Influence des Maasalioles sur la Gaule. — Navigations des Massaliotes — Pythéas et EulhymÊnes. — Lea Massaliotes appellent les Romains à leur aide contre les Gaulois. — Invasion de la Gaule. — Snecèa partagés des Gaulois et des Romains jusqu'à Jules-César. — Guerre de Jules-César. — Belle défense des Véuètes. - Supériorité de leur marine sur celle des autres Gaulois. — Comparaison de la marine vénétienne et de la marine romaine. — Bataille navale livrée par Décius Brulus aux Venètes. — Défaite de ceux-ci. — Lu Gaule conquise par les Romains. — Nombre de Bretons et «le Gaulois s'expatrient en Germanie. - État de la Gaule après la conquête romaine. — Positions et ville-, maritimes de la Gaule indépendante. — Positions et villes maritimes de la Gaule romaine.

Dans cette heureuse partie du globe qui depuis des siècles sans nombre, par sa position et le génie de ses habitants, règne sur les terres et les mers, il y a, sous un ciel tempéré qui n'énerve ni n'engourdit, un beau pays participant de tous les avantages des contrées environnantes et en ayant de plus qui lui sont spéciaux. La nature elle-même a pris soin d'en marquer les limites, en laissant toutefois à l'activité, à l'ardeur de sa population des portes ouvertes pour s'élancer d'aventure au-delà, et étendre au loin son influence, tantôt sous la forme de l'épée qui se fait passage jusqu'au cœur de ces steppes devant lesquels s'arrêta Alexandre le i. i

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lirand, tantôt sous la forme do l'idée qui pénètre plus avant et plus sûrement encore. Au sud, la nier intérieure, sur laquelle se sont vidés les grands différends du monde antique, et se pèseront encore longtemps les intérêts les plus immédiats du monde moderne, caresse ses flancs sinueux de flots azurés, reflet d'un ciel pur, et semble l'inviter à se laisser porter sur son sein vers le sol de l'Afrique pour en renouveler la face , vers le sol de l'Asie pour le protéger et le rajeunir, et vers la capitale de l'ancien empire d'Orient dont ses enfants furent un moment les maîtres, pour être le premier, au besoin, à le garantir contre des projets dangereux à la balance et à la sécurité de la plupart des États européens; au sud encore, deux chaînes de montagnes aux fronts glacés, mais aux bases verdoyantes, le séparent, sans l'en détacher, de deux superbes presqu'îles dont tous les chemins lui sont connus, et qui, tôt ou tard, sans abdiquer leur indépendance, au contraire, l'une en affermissant la sienne, l'autre en se la reconquérant, seront sa réserve contre les tentatives qui viendraient encore une fois de ces sauvages et jalouses régions d'où le déluge des Barbares se précipita sur l'empire romain. Au nord, un bras de l'Océan qui dans une immémoriale irruption déchira une portion de son territoire pour en former une île rivale, lui ouvre un passage dans les mers septentrionales, tandis que deux beaux fleuves finissant par se confondre et baignant dans leur favorable cours une double ceinture de places fortes , sont comme les fossés naturels destinés à garantir sa frontière la plus menacée; à l'est, il retrouve ces deux fleuves historiques et militaires; et, à l'ouest, il voit encore l'Océan, mais plus ouvert et plus vaste, l'Océan sans bornes qui l'appelle, par ses vaisseaux, sur tous les points du globe pour y montrer son pavillon et y faire sentir son influence civilisatrice. Ce pays si merveilleusement placé, présente, tant au midi qu'au nord, six cent treize lieues de côtes maritimes qui, bien que ça et là moins favorisées, se développent généralement en baies, en rades, <>n havres naturels ou artificiels, ne demandant qu'à prendre chaque jour plus

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de valeur el d'extension. Douze fleuves recevant près de cent cinquante rivières navigables, formées elles-mêmes d'une innombrable quantité de moindres cours d'eau; douze fleuves liés les uns aux autres par des canaux qui permettent de remonter jusqu'à son centre les richesses exotiques , el de déverser dans les mers environnantes, pour les porter au loin, les richesses indigènes; douze fleuves, dont six de premier ordre, le parcourent et le fertilisent, passant ici à travers des champs d'oliviers, sous des coteaux couronnés des plus exquis vignobles ; là dans de gras pâturages et sous des pommiers chargés de fruits.

A ce tableau tracé par une main fraternelle, quel Français voguant sur une mer lointaine, qu'il y soit entraîné par d'aventureux besoins, ou pour le service et la gloire de l'État; quel Français, à ce tableau, s'il lui tombe sous les veux, ne se sentirait ému et ne reconnaîtrait sa patrie?

Centrale au double point de vue de la mer et de la terre, la France, par cette seule situation, sans même faire valoir le génie, l'activité, le courage de ses habitants, expliquerait son influence unique sur les destinées du monde moderne, et comment son histoire, depuis plus de mille ans, a été celle de presque toute l'Europe, qui elle-même embrasse aujourd'hui l'histoire du globe entier. Plus heureusement placée que l'Angleterre qui, par sa position purement insulaire, est privée d'action et de vie dès qu'elle manque de vaisseaux, la France a pu quelquefois se passer de marine; mais pourtant, si l'on en excepte la courte période napoléonienne où elle se mit en lutte directe et gigantesque avec la mer, toujours son influence a diminué quand elle a cessé d'avoir des flottes à son service, soit qu'elle les empruntât de l'étranger, soit qu'elle les tirât de son sein ; car alors elle a cessé de jouir de sa double situation.

Depuis les temps les plus difficiles à éclaircir, les premières populations connues du pays qu'on appelle aujourd'hui la France, lesGalls ou Gaulois, nommés aussi Celtes, pères et fondateurs de la nation gauloise, les Kymris ou Cimbres, issus de la même origine que les (ialls et comme eux venus de l'Asie, mirent à profil

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cette merveilleuse situation. Les Celtes, dès avant l'arrivée des Kymris, franchirent les Pyrénées, occupèrent la côte occidentale d Espagne jusqu'au détroit qui la sépare de l'Afrique, formèrent de leur mélange avec l'ancienne population du pays la nation des Lusitains, laissèrent à une partie de la presqu'île le nom de Cellibérie, à une autre celui de Galice, et refoulèrent les tribus ibériennes des Sicanes et des Ligures sur la côte d'Italie, entre les Pyrénées et l'embouchure de l'Arno. Puis, passant les Alpes, les Celtes-Ombriens forcèrent les Sicules, qui se disaient issus du sol même qu'ils occupaient, à émigrer dans l'île de Sicile, soumirent les Vénètes d'Italie, depuis les Vénitiens, que quelques-uns ont crus fils de ceux de la Gaule, que d'autres ont dits lllyriens et Slaves d'origine; maîtres de toute la vallée du Pô, ils jetèrent les fondements de la puissance ombrienne au-delà des monts. Plus tard, vers Tan 600 avant l'ère chrétienne, date probable de l'arrivée des Kymris, on vit d'autres Gaulois, sous la conduite de Bellovèse, de la tribu des Biluriges, se rendre maîtres en Italie de toute la contrée qui s'étend des Alpes à l'Adriatique, et retrouver avec joie sur celte terre des peuples ayant avec eux une communauté de langue et d'institutions, qui les aidèrent à vaincre leurs ennemis, à bâtir Milan, Vérone, Côme, Vicence, Padoue, et à fonder la Gaule cisalpine, destinée à devenir la terreur de Rome. On sait en effet que les Gaulois s'emparèrent de cette fière cité, après la bataille d' Allia, l'an 390 av. l'ère chrétienne, et la contraignirent à se racheter. Ce n'était pas la dernière fois que Rome devait voir les Gaulois : après la défaite du consul Cécilius Metellus, ils faillirent s'emparer de nouveau de la future capitale du monde; mais une victoire remportée par Dolabella, l'an 283 avant J.-C, marqua en Italie le déclin de leur puissance, qui finit par y être anéantie après un siècle et demi de combats acharnés, l'an 220 avant l'ère chrétienne , sous les auspices de Marcellus. Des bandes gauloises qui, dans le même temps que Bellovèse franchissait les Alpes, avaient passé le Rhin sous la conduite de Sigovèse, aussi de la tribu des Biluriges, se rendirent maîtresses

d'une grande partie de la Geimauie, el s'établirent surtout dans la Bavière et la Bohême. Elles envahirent ensuite, par elles-mêmes ou par leur postérité, l'Hlyrie, la Macédoine, laThessalie, et s'emparèrent de Delphes, dont elles pillèrent le temple célèbre. l'ne de ces bandes, après s'être saisie de quelques vaisseaux, passa l'Hellespont et se jeta sur l'Asie-Mineure; elle mit >iicomède sur le trône de Bythinie, conquit tout le littoral de la mer fcgée, leva des tributs sur tous les États d'Asie, et fonda de ce côté la Galatie ou Gallo-Grèce.

C'étaient là, il est vrai, des expéditions et des colonisations à peu près toutes terrestres, quoique lointaines; elles turent accompagnées et même précédées d'autres essentiellement maritimes; car les Gaulois ne se montraient pas moins entreprenants et audacieux sur mer que sur terre. Leurs premiers navires connus étaient faits d'un bois très léger quant à la quille et aux œuvres-vives en général, c'est-à-dire à la partie du bâtiment qui plonge dans l'eau, et d'un entrelacement de branches de saule et de scions d'osier, recouvert de cuir, quant aux œuvres-mortes, c'est-à-dire à la partie surnageante 1 . C'est dans de si frêles embarcations que les Gaulois, particulièrement ceux de la Bretagne, appelée concurremment Armorique a, allèrent coloniser les îles de la Grande-

1 Naves vitiles coiïo circumsutu; in Britannico Oceanu. (Pline, Hist. nut.)

Bel ad iniraculum.

Navi«ia junclis semper aptant pellibus, Gorioque vastum sacpe perçu rrunt salum.

iFest. Avien., Ora maritima ; voir aussi César, De tell, civ., Iib. i , et Lucain, Phars., Ilv. 4, cité ci-nprés.i

2 La Bretagne s'appela d'abord Srit, Brith, ou Breilh, et, par corruption, Bret, Breis, ou Breii (en latin Britannia et Bretannia) ; il paraît que ce nom lui vint de la coutume qu'avaient ses habitants de se peindre ou tatouer certaines parties du corps; Brith, en langue bretonne, signifiant la plante colorante appelée pastel. On donna aussi à la Bretagne le nom de Corn-Gall ou Com-Wall, et ensuite Cornouaille (Cornu-Galliœ ou Cornu-lVaHitt), en raison de sa position à l'extrémité de la Gaule , dont elle forme comme la corne , lu pointe, dénomination conservée au diocèse de Quimper, et que l'on trouve aussi appliquée a une province d'Angleterre. Plus communément, les anciens appelaient la Bretagne Armorique (drmorica), nom composé de reich (royaume), ar (sur), mûr (mer). • Elle retiennent encore les Bretons en leur langue, dit Pierre Le Baud, dans son Histoire de Bretagne, appelans le pays prochain des rives larmor.»* Car le vieil Gaulois de Bretagne, «•omme encore du iourd'liuy, dit d'Aigcntrv dan* son histoire du même pays, appelait la

Bretagne qui devaient prendre d'eux leur nom dans ces embarcations encore qu'ils passèrent peut-être le détroit d'Hercule, à présent de Gibraltar, et peut-être aussi pénétrèrent jusqu'au fond de l'Adriatique, où des Vénètes, d'origine incertaine, à quelque race qu'ils appartinssent, avaient en tout cas une marine parfaitement semblable à celle des anciens Bretons 2.

Parmi les populations de l'Armorique, qui embrassait avec la Bretagne presque toute la Normandie d'à présent, les Vénètes, ou habitants du pays de Vannes, étaient les plus habiles et les plus entreprenants sur mer. Aussi leur avait-on départi l'honneur de commander les flottes gauloises combinées en temps de guerre. En temps de paix, ils entretenaient avec les îles Britanniques d'activés relations commerciales; ils rapportaient, dans leurs entrepôts, de l etain, du cuivre, des pelleteries et des esclaves. Nul doute que ces entrepots et ce qu'on appelait les cités armoriques n'aient été l'origine de presque toutes les villes maritimes ou fluviales de l'ancienne province de Bretagne. La grande cité commerciale de Nantes, sur la Loire, trouve sans peine ses commencements dans l'antique cité des Namnèlcs. Les Namnètes formaient, après les Véuètes, la population la plus active et la plus industrieuse de la Bretagne sur le fait de la mer. Leur principal entrepôt, dont quelques-uns ont cru retrouver remplacement,

mer more. ... En breton, la syllabe première de ce mot qui est ar, ajou te-t-il , vaut autant comme super ou sur, et vaut tout le mot Armnrira, ensemble comme sur la mer. »

1 « La (Irande-Brelngne s'appelait originairement Albin, des rochers blanchâtres qui l'entourent en quelques endroits, notamment sur les côtes de Kentb; et Brit, BrUh ou Breith, des Brils ou Bretons de la Gaule qui l'avaient en partie peuplée les premiers. • [Hist. de la Petite-Bretagne ou Bretagne-armorique, par l'abbé Manet, Sl-Malo, 1834.) — Rapin-Thoira», dans son Histoire d' Angleterre , si estimée des Anglais eux-mêmes , dit que la Grande-Bretagne s'appela d'abord Cambrie, et que ses habitants s'appelaient Cumri ou Cumbri. C'est une origine également gauloise. Cambria ou Cumbria répond au mot gaulois Kymrie et Cumri au nom de? Kymris, i|ui étaient une des grandes races gauloises. Il est probable que l'Angleterre porta à la fois les deux noms de Brilh et de Kymrie. * Primum rana salix madefacto vimine parvam

Tesilur in puppim, cœsoquc inducta juvenco

Vcctoris patiens, tumidum supernalat amnem,

Sic Vendus stagnante l*ado, fusoque Britannus

Navigat Oreano. ; l.tic.un, Phars., 111*. IV, v. 131..

DK FRAXCE. 7

mais non sans contestation, dans le bourg de Coueron, près Nantes, était fameux par toute la Gaule sous le nom de Corbito1. D'autres'populations de la côte, les Bajocasses (du pays de Baveux), les Véliocasses (fondateurs de Rouen), les Calètes (du pays de Caux), les Amhiens (des rives de ln Somme), les Morins (sur les bords du détroit gallique), les Geidons, les Grudhms, les Nerviens, les Ménapes (entre ce détroit et l'Escaut), les Pictons (dans le Poitou), les Santons (en Saintonge), les Biluriges-Vivisques , les Tarbelles (population gallo-ibériennc dans ce qu'on appelait l'Aquitaine) , jouaient sur l'Océan un rôle moins brillant que les Bretons, il est vrai, mais encore honorable, particulièrement les Bituriges-Vivisques , tribu toute gallique, qui avaient créé une marine imposante vers l'embouchure de la Gironde, et fait de Bordeaux un riche entrepôt entre les deux mers. De leur côté, les Gaulois de la tribu des Volcques-Tectosages, fondateurs de Toulouse et de Narbonne, et les Bébryces Gallo-lbériens, à qui l'on doit les premiers établissements sur la côte du Koussillon, avaient aussi quelques éléments de marine, et s'instruisaient à l'école des colonies puissantes qui les avoisinaient de tous côtés, et dont il est temps de parler.

Environ treize cents ans avant l'ère chrétienne, des navigateurs, partis de l'Orient, abordèrent pour la première fois dans la Gaule méridionale. Ils furent émerveillés du pays qu'ils découvraient; car il laissait voir alors à Heur de sol, dans les montagnes des Pyrénées, des Alpes et des Cévennes, d'abondantes mines «l'or et d'argent, et sur les côtes mêmes de la Méditerranée les traces d'un précieux grenat; outre cela, les indigènes péchaient autour des îles d'Hyères, maintenant si délaissées, du corail dont ils ornaient leurs armes, et dont la beauté fut encore un objet d'attrait pour les étrangers. Ils retournèrent en Orient raconter les merveilles qu'ils avaient vues, et revenant bientôt plus nom-

* Du temps île Slrabon le pott de Corbito n'était déjà plus en quelque sorte qu'un souvenir. Il faut se reporter au temps de Polybc pour pouvoir apprécier l'importance qu'eut te lieu, aujourd'hui inconnu, de Corhilo.

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breux sur les côtes qu'ils avaient découvertes, ils commencèrent à y fonder des comptoirs. En échange des richesses que la Gaule leur fournissait, ils lui apportaient du verre, des tissus de laine, des métaux ouvrés, des instruments de travail, surtout des armes. Il est généralement admis que ce commerce entre l'Asie et la Gaule dut son origine aux Phéniciens, appelés par les Hébreux Chananéens, alors maîtres absolus sur la Méditerranée. On croit qu'ensuite, au déclin de la puissance des Phéniciens, les colonies de ceux-ci dans la Gaule passèrent aux Rhodiens, dont la domination fut de courte durée. Après les Rhodiens vinrent les Grecs de Phocéc, en lonie, qui ont laissé une si profonde et ineffaçable empreinte sur les côtes méridionales du pa\s qui forme aujourd'hui la France. Ce fut Tan 600 environ avani 1ère chrétienne, à l'époque où les Kymris venaient rejoindre les Galls, que le premier vaisseau de Phocée jeta l'ancre sur la côte gauloise, à l'est du Rhône. Il était conduit par un marchand, nommé Euxène. Le marchand fui fort bien accueilli par les indigènes, et il épousa même la fdle du chef de la tribu des Salyens , dont le principal établissement était, selon toute apparence, la bourgade qui a donné naissance à la ville d'Arles, sur la rive gauche du Rhône. Non moins enthousiaste de ce qu'il voyait que ne l'avaient élé avant lui les Phéniciens, Euxène fit repartir presque immédiatement pour Phocée son vaisseau et quelques-uns de ses compagnons, pour qu'ils ramenassent au plus tôt des colons. En attendant leur retour, il jeta les fondements d'une ville qui reçut le nom de Massalie Elle fut construite sur une presqu'île creusée

1 Voici comment IVoslradamus, dans son style original, s'explique en peu de mois sur la fondation de Marseille : • Tarquin le Vieil , au vingtième an duquel parurent les murs de Marseille, colonie des Ioniens, que les Phocéens commencèrent, chassés par les Mèdes, cent quarante-six ans après Rome, un peu avant la subversion du temple de Jérusalem , et la conflagration de celui d'Epbèse, que ce pendard d'Êrostrate , pour Taire parler de soi, embrasa. Ville qui depuis fut mère nourrice des armes et des lettres grecques, aneienne cschole des Gaules, dont nous aurons assex à parler partout le cours de ces annales. Et, comme l'on croid, par les mesmes Ioniens la très noble ville d'Arles, qui ne nous donnera pas moins d'iHi^lir iiHtlrrc qur Marseille on mille belles occasions » 'Hi$V<irt de Prouenre

en forme de port vers le midi et attenant au continent par une langue de terre étroite. Le sol de la presqu'île était sec et pierreux ; le chef de la contrée dédommagea les nouveaux venus en y ajoutant quelques cantons du littoral encore tout couverts d'épaisses forêts, mais dont le territoire, susceptible de défrichement et de culture, fut jugé très convenable par les Phocéens, pour l'implantation des arbres qu'ils avaient dessein de faire venir de l'Ionie. D'un autre côté, ceux qui étaient allés à Phocée faire part des grands projets d'Euxène, enflammèrent par leurs récits l'imagination de leurs compatriotes; et les jeunes gens s'enrôlèrent en foule pour aller voir le nouveau pays et émigrer en Gaule. A leur départ, ils prirent, au foyer sacré de Phocée, du feu destiné à brûler éternellement au foyer sacré de la colonie que l'on fondait, comme un gage de rattachement que la jeune patrie réservait à sa mère; et au milieu des transports, des souhaits, des regrets, des adieux d'une multitude rassemblée sur le port, on vit partir les longues galères phocéennes à cinquante rames, portant, chacune à sa proue, l'image sculptée d'un phoque. Une heureuse traversée les amena aux lieux où Euxène s'occupait sans relâche à coloniser; les nouveaux débarqués lui vinrent eu aide avec ardeur; une flotte fut construite; plusieurs des anciens forts bàt's sur la côte, par les Phéniciens et les Rhodiens, furent relevés et reçurenl des garnisons. Les Massaliotes, en remontant laDurance, le Rhône et la Saône, s'acquirent tout de suite le monopole du commerce avec l'intérieur de la Gaule. Massai ie prit, en peu d'années, un accroissement considérable. Un grand nombre d'autres étrangers, après la destruction de la ville de Phocée par les lieutenants de Cyrus, roi de Perse, allèrent chercher un refuge dans la colonie, dont ils augmentèrent encore l'importance. Nice, Portus-Motueci

• La vieille cilé des Phocéens n'ëlail pas située précisément au même endroit où l'on volt la moderne Marseille. Elle occupait les environs du cap de la Croisette où se trouvent ses mines ; son port, comme le dit Strabon, livre 4 de sa Géographie, se présentait au midi ; aujourd'hui l'entrée du port de Marseille regarde au nord-ouest. (Voir le Strabon annote par Casaubon.!

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(Monaco), Antipolis (Antibes), Athenopolis (la N'apoule), Olbia (Criinaud), Heraclea-Caeabaria (Saint-Tropez), ancien comptoir phénicien; Taurœntum, à peu «le distance du lieu où est aujourd'hui Toulon; Cilharista (la Ciotat), Rhodanouzia, dont le Rhône emprunta le nom, mais qui a disparu au point que l'on ne sait plus où en marquer la place; Agalha (Agde), dont l'ancien nom signifiait bonne; Rhoda (probablement Rosas), création des Rhodiens; Empuriœ (Ampurias) et Dianium (Dénia), furent fondées ou relevées par les Massaliotes, tant sur le littoral de la Gaule que sur celui de l'Italie et de l'Espagne. Les îles Stœchades, appelées depuis îles d'Or et îles d'Hyères, furent cultivées avec beaucoup de soin, et devinrent très florissantes; les Massaliotes déliaient, des mouillages assurés qu'elles offrent, les courses des pirates liguriens. Massalie ne négligea pas non plus les îles Lerins, et les disputa plus d'une fois aux entreprenants habitants de la Ligurie. La Camargue, entre les embouchures du Rhône, reçut des tours pour servir de signaux à la navigation. Vint un temps où les Massaliotes, ces aïeux des Marseillais, dominèrent sans concurrence, sur toute la côle gauloise, entre les Alpes et les Pyrénées, et même assez avant sur le littoral ibérien ou hispanique. Les dernières colonies que les Rhodiens avaient conservées se mirent sous leur protection, et choisirent leur cité pour métropole 1 . Les Massaliotes ne craignirent pas dfe se poser en rivaux des Carthaginois. L'enlèvement de quelques barques de pêcheurs occasionna, entre la république africaine et celle qui s'était établie sur la côte gauloise, une guerre dont la lin tourna à l'avantage des Massaliotes. Battus dans plusieurs rencontres sur mer, les Carthaginois demandèrent la paix, et les trophées des vainqueurs furent étalés avec orgueil sur les places publiques de Massalie. L'île de Corse, enlevée aux Carthaginois qui s'y étaient précédemment établis,

' Antoine de llufli, dans son liisloire de Marseille, dit que : • l'islede Khodes, si célèbre pur son épouvantable colosse, l'une des merveilles du inonde, estoit aussi sujette aux Marseillais; > mais il aura confondu avec Rhoda, colonie rhodienne qui, efteclivemenl, se mil d'clle-méiiie .-ou* lu dépendance de lu ci lé fondée par les Crcvt d'Ionie dans la f.aule.

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reçut une colonie uiassaliote. Mais ce qui donna un essor prodigieux à la puissance maritime, ainsi qu'au commerce de Massalie, ce fut la lutte gigantesque entre Cartbage, à l'apogée de sa grandeur, et Rome, se disposant déjà à la conquête du monde. Les deux républiques rivales recherchèrent alors l'alliance des Massaliotes; la situation et l'intérêt de ceux-ci les firent incliner vers Home, qui leur dut, sur mer, des services signalés. Cartilage succombant, et Rhodes étant également ruinée, ils eurent le monopole de l'Orient, comme ils avaient déjà celui de l'Occident. Enfin, le commerce de l'univers fut un moment concentré dans Massalie. Les Massaliotes ne s'enflèrent point et n'abusèrent point de leurs succès. Ils recherchèrent moins le titre de maîtres que de protecteurs de la mer, et mirent leur plus grande gloire à vaincre ceux qui montraient une ambition moins généreuse. A l'imitation des Rhodiens, ils firent des lois nautiques. .Massalie n'oublia pas qu elle était tille de la Grèce, et associa les arts, les lettres et les sciences au commerce. On la surnomma l'Athènes de la Gaule. Elle apprivoisa l'humeur sauvage de ses voisins et devança Rome dans l'œuvre de la civilisation des Gaulois.

L'antiquité lui dut deux de ses plus célèbres et savants navigateurs, Pythéas et Eulhymènes. Contemporain d'Alexandre, Pythéas, homme d'études profondes et de calculs prodigieux pour son temps, avait, à quarante secondes près des calculs modernes, précisé la latitude de sa ville natale; il avait deviné et expliqué les causes des marées par l'influence de la lune, et il décrivit, après ses hardis voyages, quelques-unes des étoiles voisines du pôle. Toutes les navigations étaient à peu près renfermées alors dans la Méditerranée, cette goutte d'eau relativement aux mers à présent connues, et l'on ne parlait que comme de souvenirs vagues, confus, fabuleux, des tentatives qui avaient été faites au-delà du détroit d'Hercule (détroit de Gibraltar), où l'on avait assis les colonnes de ce demi-dieu, comme pour assigner là des bornes infranchissables à des entreprises réputées terribles et sans retour. Pythéas, avec les faibles secours que les navigateurs

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possédaient de son temps, veut ouvrir de nouvelles routes au eouimerce de sa patrie; il part, dépasse les colonnes herculéennes, longe les côtes occidentales de la péninsule hispanique et des Gaules, affronte les caps périlleux de la vieille Armorique, les tempêtes de ce bras de l'Océan que les modernes ont appelé la Manche, trouve le détroit Gallique (Pas-de-Calais), se risque à le franchir, et pénètre dans la mer du Nord. Il s'étonne, mais comme s'étonne le génie, en avançant; après avoir longé la côte orientale des îles Britanniques, il osa pousser sa passion des découvertes jusqu'à une île qu'il nomma Thulè, et que quelques-uns ont supposée être l'Islande. Puis, forcé de reculer peut-être devant do flottantes montagnes de glace, et, comme il l'a dit lui-même, devant des cieux pleins de nuits, il se décida au retour, mais non sans explorer, au passage, des côtes et des eaux qu'il n'avait fait qu'entrevoir en allant. C'est ainsi qu'il pénétra, dit-on, dans la Baltique, par le détroit du Sund , jusqu'au fond des golfes de Finlande et de Bothnie. Dans le même temps, Euthymènes, son contemporain et son compatriote, passait aussi les colonnes d'Hercule; mais prenant des routes opposées, il explorait les côtes occidentales d'Afrique, et, par-delà le cap Noun (terme qu'assignent en général à la navigation des anciens ceux qui ne croient ni au périple africain du Carthaginois Hannon, ni aux navigations des Phéniciens, partant par le golfe Arabique et revenant par le détroit d'Hercule), il reconnut l'embouchure d'un grand fleuve qu'il appela un second Nil, et que quelques auteurs ont supposé être le Sénégal. Longtemps on accusa les deux célèbres navigateurs massaliotes de mensonge, pour quelques opinions erronées qu'ils avaient émises; mais, avant d'être positive, la science fut toujours spéculative et hasardeuse. Les erreurs de Pythéas et d'Euthymènes, erreurs d'ailleurs dont quelques-unes ne sont pas restées sans commentaires satisfaisants, n'enlèvent rien à la grandeur de leurs entreprises constatées '.

' V«'ii plus amplement dan* noire lutrodtielum aux .Yavigatturs franntix.

Cependant la puissance gauloise était déchue. Déjà, repoussée de l'Italie, elle était réduite à se tenir sur la défensive. Massalie, dans ses démêlés avec les tribus ses voisines, eut l'imprudence d'appeler par deux fois les Romains à son aide. C'était leur montrer le chemin de la conquête. Dès l'an 118 avant 1ère chrétienne, ils vinrent à bout, sous la conduite de Crassus, malgré une résistance désespérée, d'établir une de leurs colonies entre les Pyrénées et la Caronne. Ils se fortifièrent àNarbonne, dont ils firent un port et un entrepôt considérables, au moyen d'une dérivation de l'Aude. Ce fut le commencement de la province narbonnaise, qui finit par embrasser le Languedoc et la Provence d'à présent, l'nis à leurs frères les Cimbres ou Kymris de Germanie, et aux Teutons, les Gaulois ressaisissent quelque temps la victoire. Trois généraux romains sont successivement battus, et Rome tremble de nouveau. Heureusement pour elle, Marius arriva de l'Afrique pour rétablir sa fortune et anéantir près d'Aix l'armée des combinés, l'an 102 avant J.-C. Alors, les Romains s'avancèrent, autant par la diplomatie que par les armes, du midi jusque dans l'intérieur du pays. Puis vint Jules-César, qui passa les Alpes l'an 58 avant 1ère chrétienne, et qui, moitié en combattant, moitié en formant des alliances, marcha d'un pas certain à son but : la conquête de toute la Gaule. Dans sa profonde politique, il s'arrangea de manière à vaincre les Gaulois par les Gaulois eux-mêmes. Néanmoins, il trouva de vigoureuses résistances, particulièrement dans les populations maritimes de l'Armoriquc.

L'an 56 avant Jésus-Christ, les Vénètes, ne se laissant point prendre à ses trompeuses apparences, osèrent retenir ses ambassadeurs. Jules-César aussitôt prit la résolution de s'en venger d'une manière terrible, et d'attaquer les Vénètes par terre et par mer à la fois. Les Romains, dont la marine n'était pas habituée à sortir des limites méditerranéennes, ne s'engagèrent point sans crainte dans une guerre sur l'Océan qui n'avait encore pour eux que des îles, des rades, des ports inconnus; d'ailleurs ils ne possédaient pas de vaisseaux sur celle mer. Mais César, par son génie,

Il HISTOIRE MARITIME

suppléait à tout : il fit aussitôt construire des galères sur la Loire. Il leva des rameurs chez les Gaulois eux-mêmes, rassembla des matelots et des pilotes en Provence; puis il confia au jeune Décius Brutus le commandement de sa flotte improvisée et augmentée des vaisseaux qu'il avait exigés des peuplades, déjà soumises, du Poitou et de la Saintonge. Tandis que César s'avançait par terre, Brutus sortit de la Loire pour aller attaquer les Vénètes, dont la plupart des villes étaient situées à l'extrémité de langues de terre et sur des promontoires, ce qui en défendait l'accès aux gens de pied quand la mer était liaule, et aux vaisseaux quand elle était basse. La flotte romaine, retenue par les vents contraires et par l'inexpérience, fut plusieurs mois sans rien accomplir. Enfin une grande bataille s'engagea en vue des côtes de l'Armorique, sous les yeux mêmes de César et de son armée qui occupait toutes les hauteurs prochaines. Les vaisseaux des Vénètes étaient bien plus favorablement disposés que ceux des Romains pour manœuvrer dans ces parages. La carène en était presque plate, ce qui leur permettait de courir les bas-fonds, et ce qui les soutenait lorsqu'ils étaient à sec. Leur proue et leur poupe, étant très élevées, pouvaient résister à lu vague et aux tempêtes. Cette élévation avait encore l'avantage de mettre le soldat à couvert d un grand nombre de traits, et de lui donner de la supériorité sur l'ennemi. Ces bâtiments étaient entièrement faits du chêne le plus dur, pour braver la tempête et ses coups; les bancs, formés de poutres d'un pied d épaisseur, étaient fixés par des chevilles de fer de la grosseur du pouce. Des chaînes de fer, au lieu de cordes, en retenaient les ancres. Les voiles en étaient de peaux amincies et bien préparées, non que les Vénètes manquassent de toile, mais parce que les peaux leur semblaient de plus de résistance contre les vents et d'un meilleur usage sur une mer naturellement houleuse. Joignant la ruse à l'habileté, les Vénètes peignaient de la couleur des eaux de la mer le corps, les voiles , et tous les agrès des vaisseaux; ils revêtaient d'habits de. même couleur les matelots, pour que l'on confondît ce bizarre ensemble

I>K FRANCK. là

avec les flots, et pour dissimuler ainsi leur marche et leurs explorations à l'ennemi le jour comme la nuit; les Romains leur empruntèrent cet usage ' . Il est vrai que si les bâtiments des Vénètes avaient le double avantage sur ceux de Brutus de pouvoir soutenir la pleine mer, lorsqu'ils étaient à la voile, et de pouvoir restèr avec plus de sécurité le long de la côte, lorsqu'ils étaient à l'ancre; les navires romains avaient plus d'agilité et de vitesse, et étaient pourvus de l'éperon. Mais l'éperon, pièce de bois ferrée et attachée à la proue, qui servit longtemps d'arme offensive et pouvait percer un navire ordinaire, n'était d'aucun effet contre des masses aussi solides que les bâtiments gaulois. Les tours de bois que les Romains avaient sur leurs vaisseaux ne leur furent pas d'un plus grand secours : comme elles s'élevaient à peine jusqu'à la poupe des vaisseaux gaulois, les traits qui en parlaient se perdaient, tandis que ceux des Vénètes n'étaient tirés qu'à coup sûr. Dans cette conjoncture, les Romains usèrent d'invention ; à l aide de faux extrêmement tranchantes, fixées à de longues perches, assez semblables à celles qu ils employaient pour les sièges, ils accrochèrent et attirèrent à eux les cordages qui joignaient les vergues aux mâts des vaisseaux de leurs adversaires; puis, faisant force de rames, ils les rompirent; les vergues tombèrent incontinent, et les vaisseaux gaulois, dépourvus des voiles et des agrès sans lesquels ils ne pouvaient rien, fuient à la merci de l'ennemi. On en vint sur-le-champ à l'abordage, et l'affaire se trouva réduite à un combat de pied ferme, dans lequel les légions romaines ne pouvaient manquer d'avoir le dessus. Les Gaulois, ne sachant plus aucun moyen de se garantir de ce genre d'attaque imprévu, résolurent d'abandonner le combat et de faire rentrer au port tout ce qu'ils pourraient encore sauver de leur flotte. Déjà ils avaient tourné la poupe pour prendre le vent arrière,

1 Ne tamen exploratoria* naves cuudore prodaulur, coloie vencto {qui uiarinis est fluclibus similis) vela tingunlur et fanes : cera etiam qua ungerc soient naves inflcllur. Nnulae qnoque vel milites venctam vestem induuul, ut non sulum per noclom , »ed etiam per dtem facilius laleant explorante?. iFlavii f'egetii (1ère militari, lit». IV. rap. xwvh. >

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quand soudain un calme plat survint, qui laissa leurs vaisseaux immobiles, et permit aux Romains d'en achever le désastre. Les légionnaires les abordèrent l'un après l'autre : presque tous ceux qu'ils n'enlevèrent point, furent brûlés ou coulés bas. Il n'y eut qu'une très petite partie de la flotte gauloise qui , à la faveur de la nuit, put rentrer au port. Les Romains ne firent guère de prisonniers, presque tous les équipages des vaisseaux gaulois ayant mieux aimé se jeter à la mer que de tomber en servitude. Cette grande batail'e navale avait duré depuis d\v heures du matin jusqu'au coucher du soleil elle mit lin à la guerre de Jules-César contre les tribus de l'ouest de* la Gau'e; mais elle témoigne suffisamment que cette partie du pays possédait déjà d'importants établissements maritimes, des flottes nombreuses, et une population courageuse, entreprenante, et non dépourvue d'habileté nautique. César usa fort cruellement de sa victoire ; héros d'une nation qui ne voulait la liberté que pour elle, il fit mettre à mort les principaux d'entre les Vénèles, et vendre les autres à l'encan, pour les punir de leur patriotisme. Du reste, on trouvera la conquête de la Gaule par les Romains beaucoup moins triomphale qu'on ne la suppose, et la défense de ce pays beaucoup plus belle encore qu'on ne l'estime généralement, si l'on réfléchit qu'un territoire si vaste renfermait à peine alors cinq à six millions d'habitants, éloignés les uns des autres et ne pouvant concerter leurs moyens d'action contre une puissance aussi unie que Tétait alors celle de Rome.

1 Dom Moricc, dans son Histoire ecclitiaslique et civile de Bretagne, suppose qu'elle fut livrée entre Quiberon et la presqu'île de Ruis. • Rien ne nous marque mieux , dit cet auteur, le ras que César a fait de sa victoire sur les Vénètes , que la description qu'il a donnée de leur pays. Pour faire sentir à ses lecteurs l'importance de sa conquête et la grandeur de sa victoire, il est entré dans le détail de toutes les difficultés qu'il a eues à surmonter. Sa description ne peut être plus exacte et plus fidèle . cependant presque aucun de ses

interprètes ne l'a bien comprise, faute d'avoir vu les lieux Leurs

villes (les villes des Vénètes] étaient bâties sur les bords d'un golfe assci étendu , mais dont l'entrée est très étroite. César l'appelle une mer close et renfermée : on le nomme dans le pays Morbihan, c'est-à-dire petite mer. Quelques changements qu'une longue suite de siècles ail causés dans ce golfe, on y voit encore les pointes ou langues de terre sur lesquelles les places des Vénèles étaient >ilnécs. Klles étaient de difficile abord par terre a

DK FRAISGE. 17

Quelques restes infortunés des Vénètes et d'autres Gaulois réussirent à échapper, les uns par terre, les autres par mer, au joug des Romains; ils cherchèrent un refuge du côté des tribus gauloises qui déjà occupaient une partie de la Germanie, et s'établirent, selon toutes probabilités, entre les embouchures du Rhin et de l'Elbe, là où depuis se forma la ligue des Francs. Menant la vie de pirates et inquiétant incessamment la puissance romaine, ils surent se conserver sur mer la liberté qu'ils avaient perdue sur terre, en attendant que Rome en décadence permît à leurs enfants de revenir dans la mère-patrie. César, selon son habitude, n'eut garde de négliger le courage et les talents des vaincus. Outre qu'il fit construire des navires semblables à ceux des Vénètes, il eut soin de s'appuyer, durant sa querelle avec Pompée et dans sa guerre d'Afrique, d'une armée navale de Gaulois dont il tira les plus grands services. Quand il se disposa à passer dans la Grande- Bretagne, il fit ses préparatifs à l'embouchure de la Seine, où était un des principaux ports de la Gaule.

Massalie, qui avait appelé les Romains dans la Gaule et qui les avait fortement aidés dans leur conquête, ne devait pas tarder à être à son tour leur victime. Une nouvelle imprudence, produite du moins par un généreux sentiment, l'ayant portée à prendre le parti de Pompée contre César, dans la lutte gigantesque de ces deux fameux capitaines, le second, pour s'en venger, la fit assiéger par terre et par mer.

Précédemment, dans sa guerre avec les habitants de la Grandemusc du flux de la mer, qui, deux fois le jour, remplissait d'eau toutes les vallées qui y étaient en grand nombre, et y formait de9 marais impraticables. L'accès n'en était pas plus facile du cûlé de la mer par rapport au reflux qui , pareillement deux fois le jour, laissait les vaisseaux à sec, sur la vase ou sur des rochers, ce qui les rendait inutiles. On ne voit plus sur ces pointes les forts dont parle César ; on n'en remarque même aucun vestige , si ce n'est à Lociuaria-Ker, où l'on découvre quelques ruines, dans lesquelles on a trouvé des médailles romaines. Mais si l'on ne sait pas positivement où étaient ces places, on conçoit aisément que les Vénètes étant maîtres du Morbihan, pouvaient passer, sans aucun risque, d'une place à l'autre et se secourir mutuellement. Le Morbihan renferme plusieurs îles et rochers, qui en rendent la navigation dangereuse. Lorsque la mer est retirée, il y reste toujours des canaux qui ne sont connus que des gens du pays, et où les étrangers courent risque d'échouer, s'ils n'en connaissent les profondeurs. •

is HISTOIRE MARITIME

Bretagne, il avait appris de ceux-ci à se servir des navires primitifs de la Gaule, à la quille et aux varangues d'un bois léger, à la carcasse d'osiers tressés, recouverte de cuir; il en fit construire sur ce modèle. Ce fut encore à Décius Brutus qu'il donna le commandement de sa flotte. Elle était inférieure en nombre à celle des Marseillais qui avaient dix-sept galères , sur lesquelles onze étaient pontées. Mais César avait placé sur ses vaisseaux l'élite de son armée. Tous ses soldats s'étaient pourvus de harpons, de mains de fer, d'une grande quantité de javelots , de dards et d'autres traits. La flotte marseillaise, après avoir tout disposé , s'avança avec confiance contre celle des Romains qui était à l'ancre devant une des petites îles situées en face de Marseille même. A l'approche de ses adversaires, Brutus fit sortir ses vaisseaux du port ; il les disposa en croissant, et l'action s'engagea. On combattit des deux cotés avec un égal courage. Des Gaulois, habitants des montagnes au-dessus de Marseille, et de tout temps dévoués à cette ville, se signalèrent sur la flotte opposée aux Romains. Les Marseillais, par la vitesse de leurs vaisseaux et l'adresse de leurs pilotes, évitaient ou soutenaient avec avantage le choc des galères romaines, et, étendant leurs ailes autant que l'espace le permettait, ils cherchaient à envelopper ces galères, se réunissaient contre une seule, ou tâchaient, en passant, de briser les rames de leurs adversaires. S'ils étaient forcés d'en venir à l'abordage, la science et l'habileté des pilotes faisaient place à la vigueur des montagnards gaulois. Cependant la fortune de César finit par l'emporter. Les Marseillais perdirent, dans une première bataille, neuf de leurs galères. Us ne se tinrent pas pour domptés. Une nouvelle bataille navale eut lieu entre leur flotte à demi-réparée, et celle de Brutus, qui s'était encore augmentée de ses captures. Les Marseillais, persuadés qu'il y allait de leur liberté, coururent, jeunes gens et vieillards, sur leurs derniers vaisseaux. Tandis que les femmes et les enfants remplissaient les temples de leurs prières, et que les gardes, obligés de rester dans la cité, élevaient, du haut de leurs murailles, des

mains suppliantes vors le ciel, là, tout près, sur la mer, se décidait le sort de Marseille ; par suite aussi peut-être celui de César et de Pompée, et du monde entier. Jamais les Marseillais n'avaient déployé un plus grand courage; il tenait de la fureur et du désespoir, sans faire perdre de vue l'habileté. Les vaisseaux romains s 'étant séparés, les Marseillais saisirent cette circonstance pour mettre à proût l'adresse de leurs pilotes. Dès qu'un do leurs vaisseaux était accroché par les mains de fer de l'ennemi, tous les autres venaient à son secours. Forts surtout des braves montagnards gaulois qu'ils portaient, ceux-ci ne craignaient pas de combattre de près. Deux trirèmes de Marseille, reconnaissant, à son enseigne, le vaisseau que montait Brutus, firent force de rames pour l'attaquer des deux côtés. Brutus n'échappa que par une manœuvre qui ressemblait fort à une fuite. Les trirèmes, manquant ainsi leur coup, se heurtèrent; l'une d'elles brisa son éperon et fut toute fracassée. Quelques vaisseaux romains, qui étaient à peu de distance, purent attaquer alors les deux vaisseaux marseillais sans danger, et les couler à fond. Ce fut le commencement d'un désastre qui aurait pu être réparable, si les alliés des Marseillais, ceux par qui ils étaient entraînés à leur ruine, avaient montré un courage égal au leur. Mais Nasidius , que Pompée avait envoyé pour les secourir avec seize vaisseaux , dont quelques-uns étaient à proue d'airain, se retira presque aussitôt du combat avec sa flotte, sans avoir été de la moindre utilité. La lâcheté des gens qui montaient les vaisseaux de Nasidius ne s'émut ni des prières, ni des reproches, ni du désespoir des Marseillais. Aussi ces funestes alliés purent- ils se sauver sains et saufs, tandis que ceux qu'ils avaient compromis voyaient quatre de leurs galères prises par l'ennemi, cinq coulées à fond, et envoyaient la dernière, la seule qui leur restât, porter à la ville éplorée la nouvelle de la catastrophe des autres. Marseille continua à se défendre; elle épuisa toute son énergie, tout son génie, tous ses trésors, toutes ses ressources, tout son sang, dans une lutte inégale, et où pourtant un autre que l'heureux César eut sans

20 HISTOIRE MMUTIMK

doute succombé. La courageuse cité fut enfin obligée de se remettre à la discrétion du vainqueur, qui la traita avec une rigueur extrême. Cela se passait en l'année VJ avant Jésus-Christ. Les Marseillais néanmoins ne tardèrent pas à pouvoir se gouverner de nouveau par eux-mêmes et avec leurs anciennes lois. Rome leur rendit l'indépendance en considération de leurs services passés. Leur système républicain reposait sur une aristocratie réglée, qui était assez dure pour le peuple et se montrait fort amie de l'esclavage d autrui.

Avant que la domination des Romains se fût étendue au-delà des Cévennes, les principales positions de la Gaule sur la .Méditerranée ou dans le voisinage sur les fleuves, étaient, des Alpes aux Pyrénées, dans ce qu'on appelait la province romaine ou narbonnaise, et les possessions massaliotes (comté de Nice, Provence, Languedoc et Roussi lion) : Herculis-Monœci-Portus (Monaco); Nicœa (Nice); Antipolis (Antibes); Egilnapolis (peut-être la Napoule); Olbia (Eoubo); Athenopolis (peut-être Saint-Tropez); les trois Stœchades (îles d'Hyères), à savoir : Hypea (île du Levant), Mesè (Portcroz), et Prolè (Porqueroles); l'auroïs ou Taurœnlum, dont on voit encore les ruines; Citharista (Ceyresthe, à une lieue de la Ciotat) ; Massalia (Marseille), reine de toutes ces positions et de plusieurs autres encore; Berginc (peut-être Berre), sur le bord septentrional de l'étang ou lagune de ce nom dans la plaine phénoménale de la Crau; Analilia (Martigues); Theline , nommée ensuite Arelalc (Arles); Rhodanousia, colonie disparue, comme on l'a dit, probablement par suite des atterrissements du Rhône; Nausialo (peutêtre Aigucs-Mortes) ; Agalha (Agde) ; Besara, puis Beterrœ (Bézicrs), sur l'Orbe; ftarbo-Marlius (Narbonne); Huscino (Castel -Roussillon), sur le ïet; Illiberis (Elue); sans comprendre, au-delà du promontoire pyrénéen, Rhoda (Rosas), Emporiœ (Ampurias), et autres colonies marseillaises sur la côte d'Espagne. Les principales positions de la Gaule sur l'Océan et ses fleuves étaient , des Pyrénées un peu au-delà du détroit gallique, dans ce qu'on appelait selon les géographes latins X Aquitaine (Guienne et Gascogno), et

aussi pays des Tarbelles, des Boyens et des Bituriyes- Vivisques ; le pays des Santons (Sainlonge, Angoumois et Aunis); le pays des Pictons (Poitou) ; ÏArmorique (Bretagne et grande partie de la Normandie) ; le pays des Calèles (pays de Caux) ; les pays des «4m- 6ieiw (Picardie), des Morins (Boulonnais et Calaisis), des Nerviens et des Mènapes (Flandres) ; les positions maritimes de la Gaule étaient sur ce vaste littoral : Sibutzates (Sobusse), sur l'Aude; Boates ou Bercorates (Tête-de-Buch) ; Burdigala (Bordeaux) , sur la Garonne ; Portus-Santonum (La Bochelle) ; Vliarus (l'île d'Oléron); Secor-Porlus (probablement Olone); Samnitum (Noirmoutiers); Corbilo, port détruit (peut-être Coueron, ou, selon quelquesuns, Corsep1); Condivincum ou Namnctes (Nantes), sur la Loire; Brivales-Portus (près du Groisic) ; Vindilis (Belle-Ile) ; Dariorigum, puis Venetium (Vannes) ; Vorganium ou Gesocribate (Brest) ; Uxantis (Ouessant); Curiosolites , Ingena, puis Abrincœ et Abrincalum (Avranches); Sena (l'île de Sein), fameuse par ses mystères druidiques; Biduna (Aurigny); Cœsarea (Jersey) ; Sarnia (Guerncsey); Crociatonum (Turqueville), à l'entrée de la baie d'Isigny; Balumagus (Rouen), sur la Seine, port lluvial de la plus grande importance, etc., etc.

Sous l'entière domination romaine, le nombre des positions maritimes de la Gaule s'augmenta. Sur la Méditerranée, où l'ancienne province romaine et les possessions massaliotcs avaient été divisées en Alpes maritimes (comté de Nice); Seconde Narbouaise (partie sud-est de la Provence) ; Viennoise (partie ouest de la Provence jointe au Daupbiné); Première Xarbonnaise (Languedoc et Roussillon); sur la Méditerranée , le port de Forum-Julii , Marché de Jules (Fréjus), commencé par Jules-Gésar et termine par l'empereur Auguste, dans un but de rivalité avec Marseille, devint, en peu de temps, un des grands entrepots de la Gaule 2 ; si

1 Plusieurs auteur» ont pense que Corbilo n'était autre que Nantes même. « Corbilo, seu , et aliquando, Corbilum, dit Daudrand, urbs fuit Galliœ Lvgdunensis, ad f.igerim fluvium, Strabohe teste, y tue à mut lis rreditur Cottdirineum, mine NaiH<\s i« liiitannia minori ; sed non bene constat. (iMiehaetis intonii Jlawlrand parismi Ctfoyraphia.)

: Le port de Fréjus avait, selon le curé liirardin, auteur d'une histoire de la ville de ce

22 HISTOIHK MAR1T1MK

Taurœnlumne laissa bientôt plus voir que des ruines, Telo-Mailius s'éleva, que l'on présume, bien que sans entière certitude, avoir été le commencement de Toulon ; Arles prit l'aspect d'un arsenal militaire où l'on construisait des galères pour guerre; Narbonne, devenue la capitale de toutes les colonies romaines au-delà des Alpes, finit par être tenue pour le port de toute la Gaule ; Cervaria (Cervera) et Portus-Veneris, port de Vénus (Port-Vendres), furent de nouvelles créations maritimes au pied des Pyrénées. Sur l'Océan, dans les provinces qui avaient pris des Romains, leurs nouveaux maîtres, les noms de Troisième-Aquitaine ou Novempopulanie (Gascogne et Guienne jusqu'à la Garonne); Seconde- Aquitaine (partie de la Guienne avec Bordeaux, Angoumois, Saintonge, Aunis et Poitou); Troisième-Lyonnaise (Bretagne); Seconde-Lyonnaise (Normandie); Seconde-Belgique (Picardie, Artois et Flandre); sur l'Océan, et dans les provinces qu'on vient do nommer, le fleuve de l'Adour vit naître, vers son embouchure, Lapurdum (qui, selon toutes probabilités, fut l'origine do Bayonne); avant d'arriver à Bordeaux par l'embouchure do la Gironde, on trouva sur la rive droite de ce fleuve quatre stations: Novioregum (Royan), Tamnum (Talemont), Blavia (Blaye), Burgus (Bourg). Portus-ftamnclum (Nantes) supplanta Corbilo ; on vit naître Blabia (le Blavct); Aletum, des ruines de laquelle devait sortir, dans le voisinage, Macliovopolis ou Maclovium (Saintnom, qui, vers 172!», en put encore mesurer aisément l'étendue, 2,480 pas de circuit. It était creusé dans l'intérieur des terre?, sous les murs de lu ville, et communiquait à lit mer par un chenal sinueux de 2,000 mètres de longueur ; une dérivation de la rivière d'Argcns formait une espèce d'écluse de chasse, qui entretenait l'entrée continuellement libre ; celte dérivation et d'autres travaux, tels qu'un mur fort curieux dont parle le curé (iirardin, lequel se prolongeait jusque dans la mer el retenait adosse contre lui le limon qui aurait obstrué l'entrée du canal; cette dérivation et ces travaux n'ayant pas été entretenus, le canal se combla, et le port , ne communiquant plus avec la mer, se transforma en marais. Ce n'est que depuis peu d'années que ce marais a été desséché et livré à l'agriculture. On assure que, malgré la ruine mémo de l'ancienne ville de Fréjus par les Sarrasins, vers 9 JO, l'entrée du port était encore parfaitement libre et son bassin assuré à la fin du dixième siècle, tjuolque le port de Fréjus soit maintenant comblé, on voit encore de beaux re«lea de qunis, deux bornes d'amarre en pranit, où le frottement des cordages se rccoimait s'ins peine, un pliaic circulaire et une espèce d'arc triomphal, désigné aujourd'hui par le nom de l'oilc- Dorée, sous lequel on passait pour aller de la ville au port.

DK FRANCE

Malo); Grannonum (Granville) ; Coriallum, puis Caroburgm (Cherbourg *); Grannona (peut-être Port-cn-Bessin) , près de Bayeux; Carocotimtm (Crétine), tout près du lieu où est Harflcur; Juliobona (Lillebone); Gessoriacwn , nommée depuis liononia (Boulogne) , où Caligula fit élever la tour d'Ordre lorsqu'il projeta de passer dans la Grande-Bretagne ; Itius-Porlus (Wissant) d'où cingla, par deux fois, Jules -César pour cette même Grande-Bretagne2; Citrrior-Porlus (peut-être Ambleteuse); tlterior-Portus , (Calais ou Sangate3) , et quelques ports dont les noms sont inconnus dans le pays des Morins , des Nerviens et des Ménapes.

Le progrès ne fut pas moins grand dans l'intérieur du pays que sur son littoral. Partout des villes s'élevaient; partout où Borne passait, elle laissait une empreinte durable et féconde. Le monde se transformait sous sa puissante main ; elle faisait presque bénir les chaînes qu'elle forgeait à l'univers, en semant les champs de

1 La ville de Cherbourg {Coriallum, Casaris-Burgus, Chereburyum, Cherebertum) est fort ancienne. Lors de )a démolition de son vieux château, vers l(i'J4, on trouva des médailles de Jules-César, de Néron, de Nerva; et même , dit-on , sous une des roches de la montagne du Roule , des médailles avec une inscription grecque qui signifiait : « ISiromède, roi d'Épire. »

» On a beaucoup disserté sur le Porlus-ltius, Ictus ou lecius. Le savant du Gange et le fameux géographe Samson luttèrent ensemble à ce sujet. Lefebvre, auteur de V/Jiitoire générale, et particulière de la ville de Calais et duCalaisis ou Pays reconquis, précédée île l'histoire des Morins {2 vol. ln-l. Paris, n w.c lxvi) , prétend quece port existait avant l'arrivée des Romains dans laMorinie.maissous un autre nom qui nous est entièrement inconnu ; d'ailleurs il n'apporte pas le moindre indice à l'appui. 11 accepte avec du Cange l'opinion la plus généralement admise, que le Portus-lcius est celui de Wissant. D'autres ont prétendu, avec Samsonet l'Anglais Guillaume Sommer, que c'était Boulogne ; d'autres enfin que c'était Portet, Sandale, Calais, Saint-Omer, Mardlck, l'Écluse, Bruges, même Gand ou Nieuport ; on a été jusqu'à nommer Dieppe. D'Anvillc a établi, sur une carte particulière que l'on trouve dans son atlas, la position à'Icius-Portus où est a présent Wissan , Wit-sand (de deux mots anglais qui sigoiûent sable blanc). • l'.yo visis illis purtibus , anno dit Uaudrand, et attente observatis loci situ et aliis omnibus, existimo cum Camdemo, Brielio, et indigents illius tractus, Iccium-Portum esse locum Galliœ Cnleto vicinum, in comitate Boloniensiet in Picardia provincia, quem indigenasW'ia^an vocant, Angli Witsaud, flandri Isten et vautœ Esseu, nomine parum mutato, qui nune vicus ad fr'elum Gullicum, ubi antea oppidum et port us arenis oppletus.» César le décrit ainsi : « Omncs ad Porlum-ltium convenir e jubet, ex quo portu in Britanniam trajectum commodissimum esse cognoverat, circiter mil Hum triyinta a continenti. »

3 Quant à YUltcrior-Porius , on ne sait trop sa place, si ce n'est qu'il était très rapproché de Y Itius-Portus. Sam son le met où est à présent Calais; M. Walkenuêr à Sangate. Lefebvre, auteur de Y Histoire de Calais, cherche à établir une distinction entre Gessoriacum (Boulogne), et un Gessoriacum-natale, qui aurait été l'origine de Calais

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l'avenir. Les Gaulois ne sentirent bientôt plus le joug; au contraire, ils craignirent d'être délaissés par Rome et cherchèrent à se confondre en elle. On les appela les Gallo-Romains. Ils donnèrent des empereurs à Rome, et plus d une fois, les empereurs romains choisirent les principales villes de la Gaule pour en faire leur séjour. On pourrait même dire qu'il vint un temps où Rome ne fut plus dans Rome, mais dans Narbonne, dans Arles, dans Lyon et enfin dans Paris. C'est de cette position centrale, c'est de la Gaule que la durée ou la chute de l'empire des Césars parut dépendre au moment où fondit sur lui le déluge des Barbares , signal d'une immense transformation, et de l'enfantement du monde moderne au sciu de la nuit d'un nouveau chaos.

OHIjRES DE BATAILLES DES GALÈRES,

d' après le î^rr Koste .

le.r yn/nr., un e.irnAïf .te ItMffmtmi en ,rm.r.r,inl tlunt Je.r ,mrne.r r»;ir;,,tri,r rieiu- /ennemi ft tf mi'hti el.iU — ,n/v /w

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