CHAPITRE X
Mr la liti» dniBdMBH— Lm fh—iwi.— <t*dtir 4t ta — fl«t fnmkn» «iilf«priMf.i~lMlraelian A» Calbtil
[loiir !ri roUmtda Cxnidi. — Situation di's Français i r<iT(>nn( , ï l« Himrf «I ins Antilles, — Premiers i'ip>MiiK>« nirilr du viee-«minl JcM ({'E>(/ce« i-a Auii;ri<]uc — Prsiui^rr all.tr|tir lU' l'Ue de TdMgo. — Conbal a«t«l ii«c U* lluil.ia<tiii, — locciulte i« piuiienn Taiiieanx dei deux ti'-iiiei. — Retour da l'etcadre fnofaiM en Europe. — 8«wd« MféAliM 4a «ka>niml J«n dVibte^Mt ét nW ii Gotm et d'aotrc* po>tM hMmka nr 1» cMt MCÎdMtalt d'AfrifH."ATml» 4a PeMadn m A«ëriqM,->TriM 4« Ttb*Ka. — Naufruge de I*«mi4n fkuftÎM UK Uei d'Avèi. — EipMilioii» <]» nihailicr Cr,iRim>Mit. — Fsp. dilion tto ripiuîiir Fortiil peor ptrhcr Im caaefu de IVicadrï aaafivgie. — Eip.-ijiih^n i U. cùl< uccideotïl» d°Afii(|ue, «a 167'). — <U>mia«BCMMBl d« Daeieet/ Kicidw de U mar dei Indej. — AI>iiiJon de Sâint-Thamë et d« IVttUiiiMnont du HldlgMIVt ^ VlB HhltfH*^
Lnii XI V «■ «cto IM wdiitiMi— mnia«H «'«H* Am 4 te PHm*.
Colbert, pendant ce temps, n avait pas cessé d'avoir rœil sur
les colonies française en Amérique, dont personne mieux que lui ne comprenait les avantages. Dans le Nord , il avait pris fort à cœur TAcadie, que Ton ne confondait nullement encore avec la Nouvelle- Écosse, mais bien plutôt avec le Canada, et Tene- Neuve où il s'appliquait à rendre la pêche des Français le plus sédentaire possible, en favorisant l'établissement qui s'y était formé dans la baie de Plaisance, lequel rendait la France mattresse de toute la partie méridionale de cette grande île, ainsi que de Saint-Pierre et Miquelon, îlots voisins et alors presque dédaignés. En 107.), une petite division navale avait été envoyée à Terre-Neuve pour y protéger les navires français, qu'elle trouva au nombre de plus de cent cinquante occupés à la pêche, rien que sur le grand baoc. Cette division visita successivemeiit la baie de
m HISTOIRE MAKITÎME
Sainle-Mhrje, Plaisance, le Cliapeau-Uouge, le cap Breton, Vile Saint-Georges et los Trois-Hes , où elle s'empara de trois bâtiments lioUan^is, portant ensemble 29 canons. Enfin , elle revint * en France convoyant Cinquante navires du commerce . Colbert avait pris fort à cœur le Canada , qu"il se plaisait à nommer la ?iouvelle- France; ce pays en effet oUrait nii ministre un vaste champ de spéculations profitables à l'avenir du royaume, et particulièrement à celui de la marine. Pendant que les forêts de la vieille France s'épuisaient d'une manière inquiétante . que ses sages règlements n'avaient pu que modérer, Colbert entrevoyait de loin, dans les forêts vierges de laNouvelle-Frnncf\ dos moyens de parer à ce grave inconvénient, et ne s'effrayait nullement de la distance pour tirer de ce pays des bois de construction. Le roi pouvait s'en reposer sur Colbert du soin de choisir des intendants. Il les voulait d'une intelligence capable d'embrasser ses grands projets, animés de Pamour du bien public comme lui-même, et d'une droiture à toute épreuve; il ne les eût point admis autres, même sortant de sa propre famille. S'il avait donné l'intendance générale du Ponant à Colbert de Terron, son cousin, c'est qu'il savait combien il en était compris, quelles étaient ses rares et précieuses qualités, avec quelle ardeur intelligente il s'occupait de ce qu'on lui confiait, et particulièrement de lout ce qui se rapportait à la marine. L'intendant Talon , que le grand ministre avait envoyé au Canada, n'y devait pas laisser de moins beaux souvenirs jque Colbert de Terron dans la France même. Talon, de concerl sucrf^^wpment avec les gouverneurs Daniel de Rémi, seigneur de Cour- Cf'lîes, et le romfe de Frontenac, avait pris des mesures pour assurer à la i-rance tout le nord du Canada; il l'avait mise en possession de tous les environs des lacs immenses qui étaient déjii les merveilles de ces contrées en attendant qu'ils en devinssent la prospérité. De fréquents voyages d'exploration étaient fait^ : l^s Français sont gens aussi •■ntrcprenanls , plus aventureux même que ceux d'aucune nation; c'est l'appui et les encouragements des gouvernants qui seuls leur ont manqué à certaines éj)oquos pour qu'ils poursuivissent d(; grand s découvertes^ laloûles secondait, dans ce but, de tous ses moyens.
Quelque temps après que la baie d'Hudson eût été décotivcrte par terre, deux Français, Desgrozeiiers et Uudisson, hdbiidnh»
du Omadft, coDçurent Vhàée d*j fonner on établissement; mab les 'moyens leur manquant pour cette entreprise, ib furent excités par df*A Anglais à les aller solliGiter de la Grande-Bretagne » oû ils passèrent en effet et se ^nt tavorablement accueillis. Un navire britannique les amena, par le détroit d'Hudson, à la ririère de Nemiskau, que les Anglais appelaient Rupert, en Thonneur du prince de ce nom, et ib y jetèrent les fondementa d'un établissement appelé aussi Rupert. Avec leur aide, les Anglais s'établirent également à Honsipi et à Kichichouanne. On fut quelque temps à Québec sans avoir connaissance de Fentreprise de Desgrozeliers et de Radisson. Hais on verra bientôt qu'aussitôt que la nouvelle en fut reçue à Versailles , Colbert s'en émut comme d'une très-grave atteinte aux droite de> priorité de la France.
Quoique les Français eussent pénétré , même par terre • jusque dans les parties les plus septentrionales de TAmérique , ce n'était point encore assex pour les hardis pionniers du Canada ; l'honneur de la découverte de ta moitié du Nouveau-Monde leur devait appartenir presque tout entier. On avait atteint la mer par le nord; un homme, doué du génie le plus entreprenant, le plus ferme et le plus constant à la fois, lésolut de l'atteindre par le sud. Cet homme, qui n'était pas navigateur de son métier, mais qui le devint par circonstance, avait nom Caveher, sieur de La Sale; il était né à Rouen d'une famille honorable. Rêvait étudié ' chez les jésuites, et s'était fait particulièrement remarquer dans les sciences exactes, quand , très-jeune encore , fl passa au Canada, prit goût au commerce et surtout aux projets de nouvelles découvertes dans l'intérieur de l'Amérique septentrionale. Décidé à s'en faire une seconde patrie , il acheta une habitation dans llle de Montréal , oti une ville commençait à s'élever sous le patronage des Sulpiciens, qui en étaient devenus seigneurs. Ce fut en poussant les recherches à l'ouest des grands lacs , que l'on parvint à les étendre au sud. Si l'on en croit les relations des missionnaires de ta compagnie de lésus, un reUgieux de cet Ordre, nommé Allouez , aurait reconnu, en 1665 , l'embouchure par laquelle le lac Supérieûr se dégorge dans le lac Huron, et le saut de Sainte- Marie , rapide placé à cette embouchure , qui se brise sur un grand nombre de rochers , mais qu'on ne laisse pourtant pas de franchir
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d'un côté encanoi, à l'.ude d'une percin;. l.e missionnaire Allouez aurait alors visité les Inbus des rives sud du lac Supérieur. Trois ans après, il aurait été joint par les PP. Marquette et Dablon , et durant les cinq années suivantes , ces trois missionnaires auraient exploré les terres situées entre le lac Supérieur et le lac Michigan, et établi les postes de Mackinac, Saint'^-Mari»-., de la Baie -Verte, points de ralliement de la civilisalion sur U*s hauts lacs. Les mêmes missionnaires auraient entendu 1 ^ indiens parler du fleuve Mississipi, mot qui dans la langue des indigènes signilie grande rivière. La curiosité de ces Pères aurait été excitée • m\ si grand cours d'eau devait aboutir à l'Océan; quelques-uns s upposaient qu'il se jetait dans la mer Vermeille ou golfe de Californie; d'autres qu'il se déchargeait dans le golfe du Mexique , ou bien i iu ore qu'il allait à TOcéan Atlantique, le long des côles de la \ ir<:inie ou de la Floride; etenlin ce serait sur les rapports des jésuites que lé gouverneur et l'intendant de Québec auraient pris la résolution d'envoyer à la découverte au sud, en 1673. Mais, si l'on en croit d'autres autorités , ce serait h La Suie que reviendrait l'honneur d'avoir descendu, de l'an 1669 h l'an 1671, le Mississipi jusqu'aux Arkansas, parl'Ohio. C'est du moins ce qu'atteste une carte de Louis SnluA iul effectivement envoyé, en 1673. avec le P. Marquette et trois ou quatre Français , à la déroiiverie du côté du ftlississipi. JoUet, quoique par un autre chemm, par rOuisconsin, arrivn au même ponu où était allé La Sale, mais ne poussa pas {«lus loin. La Sale paraît avoir eu d aburd une préoccupation tout autre que de descendre au golfe du Mexique par le MissisMpi ; le nom de la ilune donné par lui à son habitation de Montréal atteste qu'il s'était flatté , dans le principe, de trouver un passage pour aller à la Chine et au Japon par l'extrémité ouest des grands lacs. Il avait déjà acquis une grande habitude de la navigation sur les eaux intérieures de l'Amérique, et avait établi des comptoirs à la remonte du fleuve Saint- Laurent, tant par le cours qui s'élève vers le nord que par celui qui s'élève vers le sud, au-dessus de Montréal. Il n'épargnait rien pour atteindre ce grand résult;it, f;ii>;mt continuellemt m des eicursions parnn les inbus indiennes, étudiant leurs habitudes, ieun mœurs, leurs ressources et leurs diverses langues. Â cette époque , la îS^uveUe-France, qui avait été réunie au
domaine de la couronne , eut un gouTemeur du plus grand mérite dans la personne de Louis de Buade , comte de Frontenac, à qui La Sale fit aisément accepter ses projets , comme déjà il les avait - fait goûter à Tbabile intendant du Canada Takm. Frontenac remonta en personne le Saint-Daurent au sud jus<iu*au lac Ontario, et fitétever, au lîea où ce lac tombe dans le fleuve, un fort pour s'opposer aux courses des Iroquois et détourner vers Québec , ^tué à cent lieues de là, le commerce des pelleteries que ces Indiens pouvaient faire avec New-Tork et les Anglais. Peu après, le gouvernement de ce fort qui avait pris le nom de Frontenac, fut donné à La Sale, comme étant le poste le plus avancé dans' Tintérieur des terre»;
Ce n'était que le premier jalon que Sê ménageait le hardi pionnier. Ën 1 675 , La Sale passa en France, et s*j fit garantir par le roi , h de certaines conditions , le gouvernement et la propriété du fort Frontenac et du lac Ontario avec ses dépendances. Il parait que des lettres dfanoblissement lui furent données en même temps que la seigneurie de Cataraqui, nom primitif du lieu où était situé le fort Frontenac.
La Sale, de retour au Canada, remboursa à Frontenac les dépenses qu'il avait lûtes sur le lac Ontario , et fit travailler avec ardeur à Tagrandissement de rétablissement. Des missionnaires de rOrdre des Récollets vinrent joindre leurs efforts aux siens, et bientôt plusieurs familles françaises et même des Indiens auparavant nomades plantèreni leurs demeures autour du fort. Près de là, sur le lac Ontario, était un boa port; La Sale fit construire trois barques pontées, les premières de cette espèce qui furent vues sur les rapides du Saint-Lauientj c'était un nouvel acheminement an grand projet du découvreur. En 1677, La Sale revint en France pour y chercher des secours. On dira , dans un autre chapitre, comment il fut aocueilii par Colbert, et quels furent les résultats de sa démarche.
Ce n'était pas que Golbert fdi disposé à laisser prendre prémà- turément aux étabUssements Ivançais d» nord de l'Amérique une extension que la disproportion relative des colonisateurs avec la colonie aùrnit rendue déraisonnable et pleine de dangers; au contraire , il avait donné à cet égard des instructions trés^sages , pour lesqueUes les particuliers, na montiaient pas la respect dé-
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sirable, alors qu'ils se laissaient entraîner, par l'intérêt souveni plus puissant que la crainte, à se fixer isolément dans des endroits trop avancés, qui étaient, comme par périodes , témoins de> quelque catastrophe. Voici de quelle manière il exprimait, yers ce temps, son opinion sur ce pornl important qui n'est pas sans offrir quelque analogie avec la situation dans laquelle certains colonisateurs se sont trouvés depuis l'occupation de l'Algérie par les Français. « L'une des choses qui ont apporté le plus d'obstacles à la peuplade du Canada, a été que les habitants ont fondé leurs habitations où il leur a plu , (;l sans avoir eu In précaution de les joindre les unes aux autres pour s'aider et sYntresecourir. Ainsi ces habitations étant éparses de côté et d'autre, se sont trouvées exposées aux embûches des Iroquois. Pour celte raison le roi ht rendre un arrêt de son conseil, par lequel il fut ordonné que dorénavant il ne serait plus fait de défrichement que de proche en proche, et que l'on réduirait nos habitations en la forme de nos paroisses, autant que cela serait possible. Cet arrêt est demeuré sans effet sur ce que, pour réduire les habitants dans des corps de village, il faudrait les assujettir à faire de nouveaux défrichements en abandonnant les leurs. Toutefois, comme c'est un mal auquel il faut trouver quelque remède, Sa Majesté laisse à la prudence du sieur Talon d'aviser avec le gouverneur et les officiers du conseil souverain, au moyen d& £aire exécuter ses volontés. »
L'attention de Colbert se portait aussi sur l'Amérique du Sud; il n'avait pas un moment cessé d'y entretenir des vaisseaux de rKtat. Dans son esprit, la colonie qu'il avait envoyée dans la petite île de Cayenne n'était pas seulement un moyen pour s'assurer du commerce nvec les populations de la Guyane , mais encore de fonder bientôt d'autres établissements sur le continent voisin. Encouragés par lui, du temps que Le Fèvre de La Barre l'aîné était gouverneur des îles et terre ferme de l'Amériquo. les PP." Gillet et Berhamol, de la compagnie de Jésus, avaient ( tiirepris, en 1674 , un grand voyage dans l'intérieur de la Guyane , à l'ouest de l'île de Cayenne , et avaient parcouru de ?astes contrées où nul Européen avant eux n'était allé.
Les flibustiers de la Tortue étaient toujours la terreur des Etpa^olsi Maracaibo et d'autres villes riches avaient été de
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nouveau pillées par eux. Ces a?enluriers, comme bien on lynae, n'étaient pas faciles à mainteoir à l'état de soumis- 8100 1 et ils avaient souvent donné beaucoup de peine à d'Oge» ron, gouverneur de la Tortue et de la c6te de Saint-Domingue, un de ces hommes pleins de bonnes intentions, de mérite réeS même , que la fortune pourtant s'obstine à ne point seconder. La gloire du nom français et le désir d*étendre la prépondérance de la nation animaient d'Ogeron ; il venait de proposer un uouveAssai de colonisation dans Tancienne Fbride française quand les Anglais s'y établirent, en 1669, et nommèrent la partie où ils s'étaient immédiatement fixés , la Carolinei du nom de leur roi Charles II. C'était l'apathie de la compagpiie des Indes-Occidentales qui avait été cause de ce mécompte. Elle n'avait pas davantage secondé d'Ogeron dans ses projets sur les établissements espagnols de Porto-Ricco, et surtout de l'Ile Saint-Domingue, qu'il ambitionnait de donner tout entière à la France , à la faveur de la gueire qui régnait entre Louis XIV et Charles II d'Ëspagne. Une entreprise du gouverneur général de la compagnie, nommé de Baas, sur l'île de Curaçao, colonisée par les Hollandais, n'avait pas été plus heureuse que celles de d'Ogeron sur la partie espagnole de Saint-Domingue et sur Porto- Ricco. Enfin la compagnie des Indes-Occidentales , n'ayant point répondu à la pensée qui l'avait créée, n'ayant réussi, au bout de dix années, qu'à s'endetter de trois millions trois cent vingt-sept mille livres t et donnant même à craindre que les habitants des lies, en raison de sa détestable gestion, ne rompissent ouvertement avec elle et par suite avec la métropole , le gouvernement l'avait supprimée, en payant toutefois l'intégralité de sa dette. U s'était, il est vrai, formé de nouvelles compagnies des débris de celle des Indes-Occidentales; maïs avec des privilèges infiniment plus bornés, et qui laissaient une entière action à l'État sur les établissements français de l'Amérique et de la côte occidentale d'Afrique.
Cependant, confiants dans les inconvénients inséparables d'un changement de situation, les Hollandais avaient cru qu'il leur serait facile de ruiner les colonies de la France, et même de s'en emparer. Ils étaient venus, avec toute une flotte, attaquer le fort de cetto lie, et s'en étaient rendus d'autant plus aisément maîtres
d02 HISTOIRE IIÀBITIME
qujib o*afai(»i( eu à combattre que deui cent câiiqttaiile eoldals
environ , commandés par le jeune gpUTerneiir de k oolooie ^ Fèvre de Lézy, frère cadet de Le Fèvre de La Barre, officier plein d'ardeur et d'avenir, mais qui alors o'aTait {MU Teipérience néoessaire. Le vice-*amiral Binken, ayant soat ses ordres douze faisseaux de guerre hollandais, plusieurs brûlots et des bâtiments décharge, après avoir laissé garnison à Cayenne, était allé augmenter les fortifications de l'tle de Jabago, où ses compatriotes avaient fondé un établissement; puiAi s'était donné la facile satisfaction de ravager Maiie-Gaiande, petite dépendance de la Guadeloupe.
Mais ce n'avaient été que de vains succès ; car bientôt le fiœamiral lean d'Estrées arrifa a?ec une escadre de dii bétiments de gniTre de deuxième, troisième, ({uatrième et cinquième rangs, ie Glorieux^ de 60ea&on8, qui portait le pavillon viceamiral, capitaine de Méricourt; U Précieux^ de 52, capitaines Pannetier et Mascranny; /e Fenéeau, de 54, capitaines de La ftoche-Courbon-Blenac et de Villers d'O; i' Intrépide y de 50, capitaines Louis Gabaret et de Grand-Fontaine ; le GaUmi , de 46, capitaine Montortier; le Mar(^uis, de ir),capitainedeLizines; les Jeuxt de 40, capitaine Cafftnière; CÉmériUony de 36, capitaine Hérouard de La Piogerie« major de la marine de Ponant; le Soleil d* Afrique, de 30, capitaine de La Borde; le iMurier, de 28, capitaine de Mecbault; plus les bâtiments de charge le Bril~ état, de 20 canons, capitaine Chandeau de La Clocbeterie; le tanfaron , de 6, capitaine Jean-Etienne; /a CSoc/te, de 6, capitaine La Clide; ki Baifannaise^ capitaine inconnu ; trois barques longues , t£ntr€prmuttti€fà% 4 canons, capitaine des Vaux ; l* Adroite , de mèmeforoe; fAuurée^ de 2 canons, et deux frégates légères : la Fée fkla Friponne, capitaines Bourdet et Herpin. Les troupes de descente étaient commandées par les ofâciers iulicn «t de Martignac. D'Ëstrées s'était offert à armer une partie des bâtiments è SCS frais, et en avait armé quelques-uns en effet, sacbant combien la flotte de la Méditerranée occasionnait de dépenses à l'État. Noble eiemple à citer aut officiers génér^^ux riches, dans les temps où la patrie a besoiii non-seulement de leur épée, mais encore de leur bourse, souvent moins prompte à s offrir, et quek|uefois cause de bien des déshonneurs. L'escadre du nce*
DE FRANCE. m
nmirni français était partie de lirest, le 6 octobre 1 676 . Apres ^ rire arnUt-e liuil jours aux îles africaines du cap Vert pour y prendre des rafraichissemenls , elle mouilla, le 15 décembre, devnnl l'ile de Oiyenne, qu'elle avait tout d'abord nnssion de reprendre, comme étant la clef de la partie de la Guyane sur laquelle prétendait la i rance. Le 47, le chevalier Le Fèvre de Lézy joignit l'escadre, où sa présence ne fut pas sans utilité , en raison de la connaissance qu'il avait du pays. Jean d'Estrées arrêta qu'une descente serait opérée dans l'île dès le 48. Huit cents sol(int> et lîiâti iolsde l'escadre se partagèrent en deux corps, dans It: premier desquels se plaça le vice-amiral eu [lersi )iiiiu. Ce partage avait pour but de séparer aussi les forces de rennemi.On laissa à Louis Gabaret, comme étant le plus ancien des capitaines de l'escadre, le soin de soutenir , avec, cinq vaisseaux, 1 etlort des forces navales Hollandaises que Ton attendait, mais qui ne vinrent pas. l^s quelques autres vaisseaux français furent chargés de s'avancer le plus qu'ils pourraient près du fort. Une barque longue, quei'on avait aussi charîîée d»' -uldats et de mulelots, et dont la première destination était du soutenir les chaloupes à l'aide de^(juelles on ferait, comme d'ordinaire, la descente, avait ordre de retourner ensuite en garde à la tète des principaux bâtiments. Le 18, la mer s'étant trouvée très- grosse, les deux corps furent obligés de débarquer en un même endroit, npmmé Miret, qui leur [in st niait le moins d'obstacles. Les Hollandais se bornèrent, pour le moment, à observer les Français. Le chevalier de Lézy, qui avait à cœur de venger l'affront que des forces supérieures lui avaient faitnagiit re essuyer en ce même lieu , se cliargea d'aller sommer le gouverneur et les officiers hollandais de rendre le fort de Çayenne; mais il en reçut pour rep<iuse qu'avec le nombre d'hommes dont ils disposaient , i!s ménteraient d'être pendus ea Hollande, s'ils ne se défendaient pas en gens de cœur. Des travaux bien palissadés et une grande quantité de canons qu'ils y avaient placés donnaient une assez grande sécurité aux ennemis, qui s'étaient en outre tlattés que les français se conteti feraient de se rembarquer après avoir pillé l'île. Pour rendre uiuiiles, autant <pie possibli , liîurs travaux et leur artillerie, le vit c-;iMiir;îl résolut dp les attaquer pendant la nuit; mais comme l<i liini- était alors dans aou piem, un jugea à propos d'attendre ju3qu'auàil4 dé-
n inbro, qu'ily eût assez d'obscurité depuis le coucher du soleil jiisiju'au lever de la lune, pour que chacun eût temps de se porter au lieu de son attaque sans être découvert. Les HolKMid.ns, enlendanl bntlre la retraite du côté du camp français eoimm; les soirs précnJciits , confirmai! lU encore dans leur quiétude, quand, à l'heure lixée, les tn upes de descente arrivèrent ponctuellement, par différents sentiers, à l'endroit qui leur avait été assigné, et commenc<''rent soudain les alt<i(jues de tous le» côléî» avec un tel ensemble et ime telle vigueur, que, v'\mi minutes après , les travaux t xténeurs el le fort lui-môme étaient eu leur pouvoir, avec le gouverneur, les oliieiers et tous les soldats hollandais. Les capitaines de vaisseau Pannetier, de Grand-Fontaine et de Lalloche-Courbon-Blenac s'étaient signalés dans cet assaut et y avaient été tous trois blessés. Le |)remier, quoiqu'il eût eu la mâchoire cassée d'un coup de mousquet, n'avait cessé de stfmuler le courage des soldats; et le second , porté dans mie chaise , faute do pouvoir marcher, avait donné ses ordres jusqu'à la fin avec le plus grand sang-froid. Le chevalier Le Fèvre de Lézy était rentré le premier dans le fort dont on Tavait fait sortir quelques mois auparavant. C'est ainsi qu'au temps de Louis XIV on ulfrait aux hommes de cœur l'occasion de venger une défaite passagère par un triomphe durable. Du reste , ce succès des armées françaises dans la campagne du vice-amiral Jean d L>irées en Amérique n'avait pas été obtenu sans pertes. Trente-huit soldats et matelots tués, quatre-vingt-quinze blesses , ^ ins compter les officiers , étaient la preuve de l'acharnement de la d* iense.
Après avoir repris Cayenne, le vice-amiral Jean d'Estrées fit voilr pour les Antilles, séjourna quelque temps à la Martinique, non dans lu loisir, mais occupé à y augmenter le plus possible ses forces puur aller attaquer l'île de Tabago, où les Hollandais continuaient à se fortifier d'une manière menaçante pour les Antilles françaises. Les lies delà Martinique, delà Guadeloupe et de Sumt- Christopbe lui fournirent de trois à quatre cents hommes qui réparèrent, et au delà , les pertes en soldats qu'il avait faites à Cayenne. Il avait espéré devancer l'escadre hollandaise à Tabago; • mais quanti il arriva en vue de cotte île, le 19 février 1677, l'amiral iiiiikeii be trouvait depuis quinze jours déjà dans la baie, sous la protection d'un fort défendu par sept cents hommes.
le \ice-nmiral Jean d'Eslrées, qui aTaita!orsdix bâtiments, de 28 à 60 canons, et un brûlot, assembla son conseil, dans lequel il fut décidé que pour neutraliser t'avantage que donnait aux ennemis la commuiucalion qu'ils avaient établie entre le fort et leurs vaisseaux, on les attaquerait à la fois par terre et par mer. Il était difficile d'atteindre f escadre hollandaise embossée dans un endroit où les vaisseaux français ne pouvaient pénétrer qu'un à un. Les canons du fort et des batteries à fleur d*eau semÛaient en oulie rendre le port de Tabago si peu accessible , que les habitants de rUe y avaient mis , sur une grande flûte, comme en un lieu sûr à tout événement, leurs femmes, leurs enfants, leurs nègres et tous leurs objets les plus précieux. Le vaisseau français tiniréfiidet auquel était réservé le périQeux honneur d'entrer le premier, en conséquence du privilège d'ancienneté de Louis Cabaret, son capitaine, mit à la voile pour prendre son poste ; mais il rencontra, à six ou sept pieds sous Peau, une roche, d'ordinaire remarquable par un continuel tourbillonnement, que le calme extrême de la mer dissimulait ce jour^là complètement; f/iiire/>/(/e, y toucha par le côté et fut arrêté; toutefois on vint à bout de le relever sans qu'ileût souffert. Hab cet accident ne laissa pas de refroidir quelques*uns des capitaines qui avaient d*abord montré le plus d'ardeur, et la majorité des avis pencha dès lors pour qu'on attaquât au préalable le fort, dans le but de mettre, lorsqu'on s'en serait rendu maître, les vaisseaux ennemis entre les batteries de la terre et le canon de l'escadre française. On se prépara le lendemain à débarquer des troupes comme il avait été résolu, les ennemis détadiêrent deux cents hommes pour empêcher le débarquement; mais deux vaisseaux que l'on fit approcher tirèrent quelques coups de canon , qui les forcèrent à la re- . traite. Les Français, ayant mis pied à terre, s'ouvrirent un chemin de la longueur d'une heue, à l'aide de serpes et de cognées, pour gagner une hauteur défrichée qui se trouvait à sept ou huit cents pas du fort et présentait un campement commode. Le viceamiral, qui avait conduit une partie des siens au débarquement, ne tarda pas à visiter le camp. Après avoir examiné toutes choses, il ordonna à Grand-Fontaine, ancien officier d'infanterie < maintenant capitaine de vaisseau, qui commandait les troupes de des« cente, d'attaquer les Hollandais entre neuf et dix heures du soir»
tu.
pendant qu^il ferait lui-même, du côté de la mer, une diversion assez puissante pour empêcher Tescadre de Tamiral Binken de s'occuper d'autre chose que de sa propre défense, lean d'E$lri!*es étant ensuite retourné sur h Glorieux, où flottait son pavillon, détacha quatorze chaloupes, sous les ordres des capilaines Louis Gaheret et Villers d*0, pour aborder un vaisseau ennemi qui, mouillé à Tentrée du port, épiait tous les mouvements des Français et leur était extrêmement incommode. Les chaloupes, avec le peu d'infanterie qu'elles portaient, firent leur commission avec une intrépidité extraordinaire , et ne lâchèrent point prise qu'elles n'eussent forcé le vaisseau hollandais à couper ses câbles et à se réfugier fort avant dans le port sous la protection de toute l'escadre de Binken. Cependant Grand-Fontaine avait manqué l'ai* taque du fort par suite du débordement d'un ruisseau, soulevé par une pluie subite et abondante. En outre. Les troupes du camp ne se trouvaient pas assez nombreuses pour attaquer l'ennemi , avec quelques chances de succès * dans les fortes positions qu'il occupait. Le vice^miral prit alors le parti défaire débarquer tout ce qui restait d'infaubTif dans ses vaisseaux, ordonna au major de la marine de Ponant, Hérouard de La Piogerie, qui avait autrefois servi sur terre en quuliu^ de lieutenant-colonel, d'aller prêter main-forte à Grand-Fontaine, et lui-même il sa rendit sur la hauteur pour y camper. Les opinions conlinuident à être trèspartagi^es sur la manière dont on devait définitivement agir. Le vice-amiral , plus brave et habile oilicier général sur terre qu'il n'était expérimenté marin, penchait pour une attaque dont le succès serait acquis, selon lui, à beaucoup de résolution et de hardiesse. Ce n'était pas sans regret que, sur l'avis de tous les capitaines de ses vaisseaux, il avait abandomié son premier projet de faire irruption dans le port de Tabago^et de tâcher d'en finir par un brillant coup de main. Il retourna sur son escadre pouf y tenir un dernier conseil et y prendre une dernière résolution. Là, il fit surtout valoir les instructions qu'il avait reçues de chercher partout l'escadre hollandaise pour la combatUre et la détruire. Les capilaines vraiment marins, ceux qui n'étaient pas entrés dans l'armée navale avec lui, opinèrent une seconde fois» malgré tous ses «-aisonnemenls, pour ne point exposer les vaisseaux à périr inutilement sur des bancs et des rochers « et décia-
rhmi qu'ils étaient pn'^ts à app< iM'r leur signature à leur «ivis. Désespérant de pouvoir faire accepter se> uit^cs par sii marine, et ne voulant pas sans doute assiinier sur lui toute la respon^^abilité des événements, le vice-amiral se rendit de nouveau au camp pour tenter au moins un dernier effort du cùlé de la terre, el y animer ses troupes par sa présence el son excniple. Peu de moments après qu'il y était arrivé, il fut bien agré;ihlement surpris de voir accourir Louis Gabaret et deux autres capitaines de vaisseaux , qui lui aiiiiMiicèrenl qu'on venait de prendre luie barque ennemie , dont le pilote assurait qu'il introduirait les bâtiments français dans la baie de Tabago, sans aucun péril pour eux, pourvu qu'on lui donnât la liberté après le combat. Le vice-amiral , an c(iinl)lr de se^ vumix , revint sur son vaisseau, y assembla promptemcûl le coiiseiL iiiU»rrogea à plusieurs repn&es le pilote arrêté, trouva qu'on pouvait s'en liera sa parole, et concerta sur l'heure une attaque, comme il l'avait désirée dès le début, par terre et par mer à la fois. On convint que l'entrée des vaisseaux dans le port précéderait de trois quarts d'heure ]'a>saui ipie donneraient au fort les tnHqtes commandées parlléruuardde La Piogerie et Grand-1 oalaïue, tous deux comme on Ta dit» aucieos officiers de terre.
Ce fut le 3 mars K)77 q n les vaisseaux français se rixpK reiit définitivement , sur h\ foi d'mi pilote qui, tout à Tlieure encore, appartenait a rei iiUMui , à pénétrer dans la baie de Tabago. L hitrépide, maÎL're racciiient qu'il avait éprouvé dans une première tenialive, ne céda sa place d liouinMir a aucun autre : il alla mouiller en tète de tous, avecsuu valeureux capitaine, Louis Gabaret, à portée de pistolet de l'escadre hollandaise , baus lirer un seul coup de canon. Une blessure dangereuse que Gabaret reçut di s le commencement, ne Pempêcha point de rester sur le pont à donner ses ordres. Le capitaine Montortier le suivit de près, avec son bâtiment le Galant, de 46 canons, et lit une manœuvre non moins brave; le capitaine de La Hoche-( in bon- Bien n en troisième, el se posta audacieusement, avec le Fendant^ de i)4, entre les vaisseaux el les lialleries de l'ennemi. Le cajutiiine de Lizines, sur le Mav'juts , 40 ^ entra à son tour, aborda à toutes vojIls un val-^eau liollaiidais; et son premier enseigne ^ le comte d'Aunay, étant sauté sur le bord emiemi avec
308 IIÎSTOIRE M AUITIME
une Irentnine des siens , eng;igeu sur-le-champ une lutte corps à corps. Le pilote du Glorieux, (icmandanl à d'Éslrées à quel vaisseau (îiinemi il V(»uiail aller : « Au plus grand et au plus fort, répondit le vice-amiral. — A vos souhaits, Monseigneur, t reprit le pilote Kl fr (Uorieux^ que menaçait une prochaine catastrophe, arriva sur le contre-amiral hollandais, qui était effectivement le plus fort des vaisseaux ennemis ; il fut immédiatement salué de tout le feu de l'escadre batave, en même temps que de celui des forts et dos batteries à fleur d'eau. Le capitaine Mascranny, qui avait rt nij lncé Pannetier sur le Précieux., s*empressa aussitôt d'arriver sur le vaisseau vice-amiral de Binkon, qu'il s'estimait heureux de voir d'Kstrées lui laisser; mais, après avoir échangé avec lui plusieurs bordées furieuses, le Précieux fut démâté et eut son càblc coupé d'un coup de canon, ce qui le fit donner à la côte. Les autres vaisseaux étaient aussi entrés dans le port et, de même que ceux qui les avaient précédés, ils avaient mouillé à la portée du pistolet. Le combat devint d'autant plus terrible que r«?space dans lequel il se passait était plus resserré. Quand même les capitaines français ne fussent pas convenus, dans h; dernier conseil de guerre tenu par d'Eslrées, de vaincre on <|p iTif>iirir, la position dans laquelle ils s'étaient placés volontairement leur en faisait désormais une impérieuse nécessité ; le vent même se serait opposé à ce qu'ils reculassent. L'engagei!i('!it qui avait lieu de si prés, que les canons opposés étaient , pour ainsi dire, bouche à bouche, Ips boulets rouges qui partaient incessauunent du fort et du rivage ^ l'ardeur excessive du jour, qui ne laissait prise qu'à un vent aussi brûlant que celui q»M parcourt les désfTts de l'Afrique : tout se réunissait pour menacer les deux escadres d'un prochain embrasement. Cependant les hommes du vaisseau le Marquis, qui étaient passés à Tabordage avec le comte d'Aunay, semblaient être entièrement les maîtres d'un des vaisseaux ennemis. Après un coml)aL d une demi-heure, ils avaient en'effet contraint les matelots et les soldats de se jeter à fond de cale et les y avaient enfermés en clouant sur eux les écoutilles. Ils pouvaient croire que leur unique soin désormais serait d*emmener leur prise, quand un boulet rouge vint mettre le feu au petit hunier du vaisseau captif. Ce fut en vain qu'on essaya de l'éteindre ^ l'incendie se développa
dans une proprossion effrayante, et l'on ne put empêcher qu'il ne se communiquât au vaisseau vainqueur. Pendant que les malheureux UoUandais brûlaient à fond de cale, les Français, sur le Marquis , n'avaient pas un sort meilleur. On vit» sur le bord de la sainte-barbe de ce bâtiment, le capitaine et son chirurgien- major qui criaient qu'on les sauvâl; mais, au même instant, le vaisseau sauta avec sou conunandant, de Lizines, les lieutenants de Hesnadiëre et tous eeux qui s*y trouvai^t. Le comte d'Aonay, qui avait conduit Tabordage, parvint à s'échapper du vaisseau hollandais tout en feu , avant qu'il eût aussi sauté. Le combat étant de vaisseauà vaisseau, il n'y ejl avait pas un qui ne présentât son drame particulier et également épouvantable. Le Précieux qui , ainsi qu'on se le rappelle, avait donné i la côte , ayant vu «n outre couler à fond sa chaloupe , implora longtemps en vain le secours des autres vaisseaux. Le péril était si grand pour tous, que nul ne semblait disposé à livrer ses moyens de salut ni à se défaire de ses propres chaloupes. A la fin il y en eut deux qui se décidèrent à envoyer les leurs. Le capitaine Mascranny, ayant perdu ^tout espoir de remettre son vaisseau k flot, voulut se servùr de celles-ci pour sauver, en plusieurs voyages, tout son équipage. Mais son déses|)oir fut grand quand il s'aperçut bientôt que les chaloupes ne revenaient pas du premier voyage qu'il leur avait fait faire ; dans leur effroi , ceux à qui il en avait confié la conduite avaient oublié leurs camarades. La conduite du lieutenant Champigny de Saintp>Pierre fut peu honorable dans ces circonstances. Une troisième chaloupe vînt pourtant e'ncore à bord du Précieux: Hascranny ordonna à un de 'ses officiers de s'y embarquer avec une partie des hommes qui restaient , et de revenir aussitôt en prendre d'autres; mais les gens du vaisseau sur lequel il avait transporté son monde n'ayant pas consenti à renvoyer la chaloupe qui leur était devenue à eux-mêmes d'une imminente nécessité, cet officier ne put faire qu'à moitié sa commbsion. Ce fut alors seulement que le capitaine Mascranny prit le parti d'aller à bord du Glorieux ^ pour sollidter le vice^amiral d'user de son autorité en &veur du Précieux , et d'ordonner aux autres vaisseaux de l'aider à en retirer cent vingt hommes environ qui s'y trouvaient encore, estropiés ou %èrement blessés. Le vice-amiral, qui était personnellement dans la plus critique po-
sitioD, dil à Haaerannjf qu'il eût à foire tout son possible pour sauver les malheureux qui reslaientsut le yaisseau échoué; mais il lui enjoignit surtout de brûler celui-ci plutôt que de souffrir qu'il tombât au pouvoir des Hollandab. Uaseiauny, uTec un cauot extrêmement petit, alla de vaisseau en vaisseau ^ tantôt foisaut valoir Tordre du vice-amiral » tantôt employant b seule prière, pour obtenir le secours d'une chaloupe qui suflK à retirer les siens du danger où ib étaient. Mais partout on lui répondit au nom *du péril presque aussi grand dans lequel on se trouvait soi-même. Le capitaine du Précieux , ayant dès lofs perdu toute espérance de pouvoir retirer de son vaisseau les estropiés et les Uessés, crut qu'il était maintonant de son devoir d'accomplir rigoureusement la dernière partie des ordres qu'il avait reçus du vice-amiraL 0 revint à son bord, dit à tous ceta qui lui semblaient encore en état de se sauver qu'il» eussent à se jeter au plus vite à la nage, et, un boute-fou à la main, il se disposa à allumer lui-même l'incendie du Préâeux. Bfois les infortunés qui se voyaient près d'être sacrifiés à l'honneur du pa« viUon, oubliant leurs tortures pour échapper à la mort, se dressèrent aussitôt autour de lui avec une rage convulsive, ceux-ci le menaçant de leurs poignets sanglants, de leurs restes de bras, ceux-là, qui n'avaient plus d'autre moyen « de leurs dents qu'un affreux délire agitait. Mascranny se vit arracher des mains son boute-fou , et fut trop heureux d'échapper, en sortant du vaisseau, à celte foule de corps galvanisés, sanglants et mutilés, qui, dhns leur naturellnstinct de conservation, aimaient mieux tonto au pouvoir de l'ennemi que de périr dans les iammes. Il leur arriva bientôt comme ils avaient préféré.
VJktr^ltide, qui était entré le premier dans labaie, combattait depuis plus de trois heures avec une prodigieuse foreur, quand son capitaine, Louis Gabaret, qui avait déjà reçu (rois Messures sans cesser de donner ses ordres, fot atteint d'un quatrième coup dont il ne se releva pas. C'était un ofiîcier des plus habiles et d^ plus braves, et sa mort devait être universellement regrettée. Les ofQciers àetlntréfndet nommés de Tivas, Courpeteau, Herpin, et Coisnard, perdirent toute contenance après la mort de leur commandant; on eut même la honte d'en voir se jeter dans la chaloupe, et, malgré les ordres contraires du vice-amiral, ne plus
revenir avec, elle porter si cours h f Inirêplde près de périr. Un prtMre, nommé de Mamiel , aumùmer sur ce bord, fut, de tous les gens de quel(jiie rang, celui qui, après la morl de Louis Ga- Ijaret, s'y c nuixirla le plus dî^ement, cherchant < ! implorant les secours des autres vaisseaux trançais pour les soldats et les matelots de tïntn'pide.
Ce qui se passait sur le Glorieux ne le cédait pas en horreur a ce dont avaient été témoins le Marquis et le Précieux. Le vueamiral d'Eslrées s'était, il est vrai, rendu maître en moins dUn quart d'heure du vaisseau contre-amiral iiollandais qu'il avait abordé; un de ses lieutenants, le chevalier d'Hervaux, avait fait prisonnier le lieutenant de ce vaisseau ♦ t l'avait fait entrer dans fe Glorieux par un sabord; un genUihomme de Bretagne, nonmié de l'Isle, avait, de son côté, envdyé le pavillon de la prise au vice-amiral; et la joie de l'équipage du Glorieux était devenue telle un moment, que, de la cale au haut des mâts, on n'entendait plus retentir qu'un immense cri de : « Vive le roi! » iMais cette joie fut de courte durée. In boulet rouge vint, par là aussi, mettre le feu au vaisseau. abordé, tout près de la chambre aux poudres. Alors le Glorieux se di'i>auit de toute sa puissance, pour déborder, pour se séparer de ce trophée funeste auquel il s'était lui-même attaché ; il en était à peine à u[ie distance de deux brasses, quand le feu se mit aux poudres de la prise, accabla les Français de toutes sortes de débris de canons et du bois enflammés , démenibia tout l'arrière du Glorieux , et le chansrea bient 'ji lu i- même en un théâtre d'incendie. Le viceaminl iri^sticrs, j^ravement blessé à la lùlc t ii deux endroits, et ayaiii penlu ilialoupe et canots, attendait, appuyé à l'un des mâts de son vaisseau près de sauter, que quelque frêle embarcation du reste de son escadre vînt lui apporter un ï.ei;ours que chaque seconde de retard pouvait rendre inutile. Ce secours ne venait pas, uu volontaire, du nom de Berthier, ollViL d'aller le chercher, avec un matelot, non près des amis, mais aux vaisseaux an mes de l'ennemi , qui étaient plus proches. Berlhier, avec son matelot, s'élance à la nage, parvient à son bul, et enlève une des chaloupes des Hollandais jusque sous répen ii d un leurs vaisseaux qui, ne s'a percevant pas lui-nitme qu'il luùl.iit par ses hunes et ses hauts mats, faisait, par tous ses soburds.
un feu d'enfer sur teGlorieur. Berthier nmcnn sa chnloupe à d"Estrées. Lo vico-amiral, cimir nrcnuîntau uéïK'rriix usage gén(^raleniciilcn vigueur dans lu nui iii"d('savanlcelleépoque, sVmhiinjua le premier avec -^fs nfliciers, uou sans promettre à son éi|iiipni:e, qui s'était montré si dévoné à sa personne, de revenir bientôt luimême le chercher et (Je ne point le laisser périr sans secours. La chalo!ipe surlarpielle était descendu d"Kstré<'S avec ses oilicicrs, ne pouvait arriver àaucun vaisseau français sans faire le tour de deux des plus îzrands vaisseaux enucniis; elle en rerut un eouj) de canon qui l'emplit d'eau, et emporta le talon du soulifT du lieutenant d'Hervaux. Un chapeau fut immédiatement employé à boucher le trou de rcmbarcation , pend.'uit que l'on en nuirait l'eau avec d*autres chapeaux ; mais elle n'en menaçait pas moins de périr, et Von n'eut pas d'autre ressource que de la diriger eu toute hàle vers la terre, où elle ne put si complètement arriver, que ceux qui la montaient ne fussent obligés de se mettre dans la mer jusqu'à la ceinture pour atteindre le rivage; le vice-amir,iî, qu'im matelot prit sur ses épaules, fut déposé h une port* * de iiKHisquet du fort de Taba^o qui était toujours au pouvoir des lioiiandais; car les troupes débarquées sous les ordres d'Hérouard de La Piogerie et de Grand-Fontaine n*avaient eu aucun succès; Hérouard av/ut été tué et Grand-Fontaine avait eu le bras cassé; de sorte i|ue d'Estrées n'était sorti d'un dnnçer (pie pour (( niliiT dans un autre en apparence non moins grand. Le nvag»j * lait couvert de matelots hollandais échappés des vaisseaux ennemis qui avaient péri. Jt!an dli,>lrées, entré tardivement dans la marine pour y eommander du premier saut, n'avait pas tous les mérites d'un bon amiral à beaucoup prts; mais, liur> de la manœuvre navale, il était beau toujours de courage et de sang-froid. Il fit portera bras deux de ses ofticiers, Wv\~ court et d'Hcrvaux, (pii étaient blessés à ne pouvoir plus m;ircher; puis il ordonna à douze ou treize hommes de le suivre fort serrés et armés de mousquetons |:)eu dangereux car ils étaient mouillt^s, qu'ils retournèrent prendre dans la chaloupe. Jouant alors le vainqueur, quoique sa position fût des plus désesper('i's, le vice-amiral, la tète toute saiîinante encore des coups qu'il avait re(;us, alla droit aux matelots hollandais , et leur envo)ra dire pur uu des siens quli leur ferait bon quartier
DE FRAriCE. 313
g'ils se rendaient, mais sur l'heute. Les HoUandaw, croyant que le vice>amiral et ses douze ou treize hommes étaient débarqués de plein et ne pouvaient manquer d'être appuyés»
mirent bas les armes et se rendirent au nombre de quatre>vingt* dix. D'Estréesles retint jusqu'à ce que, une chaloupe lui ayant été enToyée par un de ses vaisseaux , il se rembarquât avec les quelques hommes qui l'avaient suivi à terre. Pendant ce temps il n'avait pu retourner au Glorieux qui, envahi à la fois par le feu et par l'eau, s'était englouti en jetant» pour dernier adieu , vers les cîeox, uné g^ntesque colonne de fumée. Sur le Soieii d* Afrique t on avait à regretter la perte du capitaine de La Borde et de plusieurs autres officiers.
Si la perte des Français avait été grande, celle des Hollandais avait été bien autre encore. De toute leur escadre, il ne restait plus que deux vaisseaux tout désemparés. Les bâtiments sur lesquels on avait eu Timprudence d'embarquer, pour les mettre plus en sûreté, nombre d'habitants de Plie, avaient été la proie des flammes et avaient sauté comme les autres. longtemps les cris des femmes et de^ enfants , les hurlements des nègres , se joignant au bruit du canon et aux explosionsdes poudrières, avaient rempli le port d'épouvante et d'horreur.
D'Estrdes, désolé que Taltaque du côté de la terre n'eût pas môme vu le succès de la sienne sur mer, prit le parti de rembarquer les troupes du camp, et, après avoir employé trois jours, continuellement sous le feu des ennemis, à retirer à grand'peine du port ce qui lui restait de vaisseaux, il mit à la voile pour la Grenade , y établit un hôpital pour ses blessés, y ût radouber son escadre, pnssn ensuite quelque temps à la Martinique, et revint en Frince au mois de juin 1677, rendre compte de ce qu'il avait fait en Amérique. Son combat dans la baie de Tabago fut consi- Avré comme une victoire, en raison de l'anéantissement de l'es* ' cadre hollandaise, et une médaille fui frappée à cette occasion» pour relever un triomphe si chèrement acheté.
Mais cette victoire , si c'en était une , n'ayant point rempli le but de rexpcdition , lequel était d'enlevfT nux Hollandais une position inqiiiclanle pour le commerce Ircincais, il fut décidé qu'avant la fin de celle mcme année 1G77, le vice -amiral Jean ferait une nouvelit; tentative sur Tabago. (Jne ibrlQ
3f4 HISTOIRE MARITIME
escadre appareilla de Brest le I*' octobre. Elle se composait de deux vaisseaux de deuxième rang» te TenibUt de 68 canoii», portant le pavillon de d'Estrées, capitaine de Héricourt, et fe Tminanu de 64, portant la cornette du chef d*escadre de Graucej, capitaine Hascranny; de cinq vdsseaux de troisième rang , lê BelUiiuettx, de 60 canons , capitaines de Nesmond et de TEstrille, te DttCt de 50, capitaine de Sourdis, ie Prince ^ de même force, capitaine d'Infreville de Saint-Aubin, PHereuie, de 50 canons aussi, capitaine de Flacourt, et le Bourbon f de 44^ capitaine deRosmadeck; de trois vaisseaux de troisième rang, tAl^ CUOR, de 44, ieBrittaitty de 40, ^ttunky de 38, capitaines d*Aml>limont, Chaudeau de la Clocheterie et de Montortier ; d*un bâtiment de cinquième rang, tÉmériihn, de 34 canons, capitaine do Drot; de la flûte armée en guerre le Dromadmre, de SO canons, capitaine de La Harteloire; de quatre bâtiments de charge, et de quatre brûlots, commandés par les capitaines des Herl^rs de TEstenduère, d'Héricourt, Jean-Étienne et Mezières, en tout vingt bâtiments. Chemin faisant cette escadre enleva aux Hollandais, dans F Afrique occidentale, l'Ile de Ocrée à une lieue du cap Vert et à trente lieues environ au sud du fleuve le Sénégal. Les HoUandais étaient, depuis Fan 1617, en possession de lUe de Corée qui, de même que celle d'Arguin, leur était d'une grande utilité pour leur commerce avec la côte occidentale et l'intérieur de TAfrique.
L*escadre française reprit ensuite sa destination principale, l'Amérique , où cdle ent nouvelle que Le Févre de Lézy, que Ton ' avait laissé à Cayenne, s'était emparé, au mok de juillet, du fort hollandais d'Oratige , dans TAmérique méridionale, et avait ruiné toutes les colonies de renncmi aux environs;.
Le vice-amiral Jean d'Ëstrées mouilla , le 7 décembre, devant 'cette petite, mais importante iie de Tabago qui naguère lui avait opposé tant de résistance. Par un hasard heureux pour lui, il devait ea avoir cette fois bon marché. Lorsqu*il eut opéré sa descente sans rencontrer d'obstacles sérieux, et dressé sa première batterie sur une émiuenrc qui commandait un peu le fort, la troisirnic bombe qu'il fit tirer tomba- en un lieu qui ^rvait à la fois de magasin pour la poudre et de logement pour le gouverneur. Le vice-amiral hollandais Binken, qu!
se trouvait alors h table avec ses principaux officiers, sauta en Dieiiie temps qu'eux; et presque aussitôt apr«'s ia garnison de Tabagô se rendit prisonnière de ^uurre. iruis cents soldats, nombre d'ofticiers , un gouvenieur vice-amiral avaient péri , et loiile une île avait été prise par l'effet d'une seule i)onibe. Le vaisseau vice-amiral hollandais de iii pièces de canon et deux autres bâtiments , qui étaient dans le port de labago , tombèrent au pouvoir des Français.
La SI rapide succès encouragea Jean d*Estr(^es h entreprendre de chasser les Hollandais du derdiur poste qu ils occupaient aux Antilles; il se disposa à aller attaquer la petite île de Curaçao. Mais une catastrophe due à son inexpérience nautique , jointe à une trop bonne opim Hi de soi-même, qui admettait peu les rai- ' soiiiiements conlr.i(lu loires, vint, sur les entrefaites, couper court à ses projets. Ajin s avoir tjacoru reçu des renforts considérables des Antilles fr;uir aises et particulièrement de la côle de Sanit- Domingue, il iaisaii voile, au mois de mai ilU7S, de la Martinique pour Curaçao, lorsque, malgré l'avis de ses capitaines et de son premier pilote, il envoya, sur le soir, un ordre aux vaisseaux de son escadre de courir toute la nuit sur une aire de vent ' qu'il nuuqua lui-même; il portait directement sur les îles d'Avès dont il ne se croyait pas si proche , et qui sont hérissées de liauis fonds, de bancs de sable et de rochers sous l'eau. Il éliiit minuit environ : un bruit profond se ût entendre, qui retentit dans quatre mille cœurs; douze vaisseaux, marchant sur une même ligne, avaient touché et s'ouvrirc^a presque tous ensemble. L'n seul vaisseau, une grosse ilùte de charge , deux brûlots et riiopital de Tannée, qui étaient un peu en arrière, eurent le temps de revirer de burd, et ï^ervirent , (juand le jour fut venu, à sauver les équipages, parmi lesquels puurlaat ou perdit trois cents hommes. Quelques navires flibustiers, qui arrivèrent fort à propos, furent d'un ^raiid secours a l'escadre é( lu née. Un aventurier, du noble nom deGrammont, qui, par suiLu d'une jeunesse des plus orageuses, s'était associé aux Frères de la Côle ^ fut chargé de recueillir les débris du naufrage, pendant que le vice-auaral Jean d'Eslrées allait recevoir, à Paris , comme prix de son bonheur à Tabago et consolation de son infortune aux rochers d'Avès , le bâton de maréchal de France.
316 HISTOIRE MARITLME
Le flibustier Grammont, apn's nvoir accompli son sauvptage, alla , de son chef, l'aire une «Icscente à Maracaïbo, sous le prétexte de se procurer, aux dépens des Espagnols, des vivres dont il manquait. Accompagné de sept cents hommes, il s'eni{)Hra de celte malheureuse ville qui semblait toujours être le point de mire des Frères de (a Côte^ la pilla , enleva aussi le fort de Gibraltar en • Amérique, situé de l'autre côté du lac Maracaibo, et, dans ce lac nu ine, prit M'abordage une frégate de 12 canons et plusieurs bàliments de commerce. Tout tuyait devant Grammont; il résolut de marcher sur Torilha ; mais , comme il ne pouvait se flatter de se rendre maître de celte \iile que par surprise, il lit un détour de quarante-cinq lieues pour raeher son audacieux projet. LUc * lois arrivé à peu de distance de son but , il lui fallait eiu ore, pour l'atteindre, passer une rivière profonde et des plus rapides; on lui indiqua le seul endroit cuéable qu'elle offrît; mais les Espagnols paraissaient furlcrneiU rrirancln's sur l'autre b rd. Grammont ne se laissa ponil arrêter par cet obstacle; il traversa la rivière h la faveur d'un feu très-vif que firent ses gens sur la tranchée, cl bientôt les Espagnols, saisis d'une terreur pauicjue, se dispersèrent dans les bois. Grammont trouva la ville de Torilha désertée, à son approche; mais les habitants, en se retirant précipitamment, n'avaient pas h beaucoup près emporté toutes leurs richesses; c'était autant qu'il en fallait pour le moment aux flibustiers ; ils se rembarquèrent, à la façon des anciens pirates normands, tout chargés de butin.
Pour réparer autant que possible les malheurs résultant en partie de l'inexpérience de Jean d'Eslrés, on envoya aux Antilles, à la ûn de l'année 1G78, le capitaine Forant, avec une division de huit bâtiments. L'habile et vieux marin, d'après un projet proposé par Im-mrme, avait surtout pour mission de repêcher les cciiidiis , Ifs aaires et munitions de fer et de fonte que l'on avait perdus sur les roches jcTAifès. Il réussit a retirer de la mer trois cent soixante-deux pièces' de canon et une grande quantité d'autres objets (1).
Ouoique Jean d'Estrées eut enlevé aux Hollandais l'île de Corée, la compagnie française du Sénégal prétendait encore, sur la cote occidentale d'Afrique, à diverses positions, particnliè- (em<;ul ^l'ile d'Arguin, située a quatre-vingt-dix lieues au nord
de INîmljouchure du Sénégal. Il y avaii alors dans la marine du commerce un jeune homme de Bayouue, iils d'un marchand de jambon, qui, par son sang-froid . son énergie et son talent, sV'lail vu nommé , fort avant l'Age, au commandemènl d'un des navires de celte compagiae, et qui, bientôt aprè's, en 1678, avant la conclusion de la |>aix, fut charge de conduira une expédition à la conquête de l'île d'Arguin. Ce jeuun hornine, destiné à tenir un rang considérable dans la marine 1 1 u s y (Ouvrir d'une gloire peu commune, avait nom Ducasse. La iouijiai^iiie du Sén^^t'al, de concert avec le gouvernement, mit à sa di&pusilion un vai^si.au de o5 canons et deux grandes flûtes, avec cinq cents hommes de troupes de débarquement. Ducasse, sorti du Hàvrede-Gr<ice avec cette petite division , se présenta devant Arguin et I M prouva aucun obstacle pour la descente de ses troupes. Mais, lorsqu'il fit sommer le gouverneur du fort de se rendre, celui-ci répondit qu'il était décidé à se défendre jusqu'il la dernière extrémité. Les directeurs de la compagnie du Sénégal , comptant sur une conquête facile, avaient négligé de faire traiisjorter les munitions nécessaires pour un siège; en sorte que Ducasse se vit contraint de rembarquer ses troupes, préférant un retard qui assurât le succès de son entreprise, \\ une précijntation qui l'aurait compromis. Après s élre procuré à Saint-Louis du Sénégal les canons et les munitions dont il avait besoin, il reparut devant Arguin et y débarqua aussi facilement que la première fois. Le gouverneur du fort, qui avait appelé à son aide les peuplades indigènes , montra la même fermeté qu'auparavant. Ducasse ût dresser alors, près d'un chemin couvert, deux batteries de quatorze canons chacune , avec lesquelles il enleva bientôt la contrescarpe et, en deux jours, ouvnl labrùciie. Une mine pratiquée par ses suias était près de faire sauter une notable partie du fort, quand le gouverneur, effrayé d'un si rapide, succès , demanda à capituler. Ducasse , en conséquence , prit possession du fort et de l'île d'Arguin. La compagnie du Sénégal passa, en 4679, avec les souverains indigènes de UuiiM|ue, Portmlalet Joal, des traités qui lui assuraient la propriété d'emiron Iruiit*' Hunes de côtes, sur six lieues de profondeur, entre le cap Vert et la rivière de Gdiiibiu. I-'lle ne crut piis Irop priyur les services que venait de lui .'cadre Ducasse, eu le nommant l'un de ses directeurs.
m HîSTOinE WAI^ITIME
En iai^,l!lt retour pour la I tinice, ce marin eut connaissance d'une l'rt'gatt' iiolLiihluibe à la(juelle i! lioiitia ciiassu. A|>r(''s i'tâvoir rcluiiuii daub ses faux et l avoii (jm-lque lemps f-aiioiHU'C, il manœuvra pour l'aborder, y reussil et saulade^HK bans s'itKiuiiHer du nombre d'hommes qui le suivaient; nmis pendant qu'il iais.ajl des prodiges de valeur, Us deux bàlimeals, mai accrochés t-ans doute, se séparrn nt, et Ducasse, avf^c vingt de ses gens seulement, resta sur le pont ennemi. Dans la po-^ition d'un houime qui aurait l)rùlé son vaisseau derrière lui pour 8'ohligerîà en conquérir un autre, Ducasse, loin de paraître déconcerté par cet ('vénement, redouble de courage et d'efforts et, malgré rudeiionié du nombre, parvient à se rendre mallre de la iVégate ennemie. Ayant rappelé ensuite son bâtiment par des signaux de victoire, il retourna à sou bord et entra quelques jours après à La liocheiie avec sa prise.
I)aus leurs essais d'établi^scnieiils aux Indes- Orientales, les Français, coniuiuellement attaqués par les indigrnes, inquiétés par les Anglais de Madras et par les Holl ikImis, s elaient maintenus néanmoins à Saint-îhomé jusqu'en i b7 4 , au prix de combats incessants et de beaucoup de souffrances. Mais la lutte n'était pas égale; les ennemis remplaçaient aisément leurs pertes, et La flayB ne pouvait remplacer les siennes ; il lui fallut enfin capituler le 22 septembre après avoir en quelque sorte été assiégé pendant dix-huit mois. Il obtint de sortir de la place avec les honneurs de la guenre. Deui b«iUincnts pour ramener ses troupes en France et des vivres pour huit mois, ce fut tout ce qu'il put sauver de son escadre; il laissa dans Saint- Thomé cent vingt-six canons de fonte ou de fer. l'ai li de ce lieu , le 23 septembre i(>7 4, ayec cinq cent dix -neuf hommes seulement , tant ofliciers que soldats, matelots et autres, l>a H.^ye découvrit le Fort-Dauphin de Mad.iijascar, le 8 décemLr* ;; il ^ envoya un enseigne, un pilote et quelques matelots, pour avoir des nouvelles de la colonie; entrés dans le port, ceux-ci trouvèrent l'établissement ruiir''. de fond en comble; les maisons avaient été bnllées, les armes du roi brisées et les canons encloués. Ils apprirent de quelques iiidig»'nes qu'ils trouvèrent dans ces décombres que Champmargou était nioii (l(|niis mi an; que les Hollandais un avaient profilé pour venir tout détruire dans la colonie & et qu'ils
DE PBANCE. m
avaient massacré lo peu (ie l'raiirais qui s't'taicut retirés dans le fort. La Uaye, apri's avoir reçu celte désastreuse nouvelle, continua sa roule et vint mouiIl<T au Port-Louis, le 6 nm 4675; c'était alors le port de i eiUrcpol que la compagnie des Indes avait dans le voisinage, là où s'éleva par la suite Lorient. Celte malheureuse expédition avait coûté à la I rance, cuire un assez grand nombre de bâtiments et beaucoup d'argent, plus de la moitié des troupes et des équipages qui en avaient fait partie; le chef d'escadre de Turelles, les capitaines de Luchel, du Maine, nombre d'autres ofliciers et le commissaire! de marine du Tremblay y avaient trouvé la mort. La Uaye prélendil que si on lui avait confié dix vaisseaux et deux mille homme» de trou j)es, sans le mettre à la discrétion des directeurs de la compagnie des Indes , il se serait emparé de toutes les côtes de Malabar, de Coromandel , et aurait supplanté partout les HoUaudais qui étaient odieux aux populations indigènes.
Cependant Louis XIV avait pressé par des victoires incessantes les conférences de ?iim^p;ue, qui traînaient en longueur. S'il avait fait évacuer la Sicile, il avaii poussé de plus en plus ses conquêtes dans les Pays-Bas espagnols qui lui semblaient beaucoup plus de son domaine naturel. Ce qui l'avait surtout pi eoccupé, c'était une paix qui lui garanlit une ceinture de places fortes au norJ , el des points d'appui pour ses villes maritimes de Flandres. La Hollande, soulïranl le plus de la guerre, fut la première à signer son traité de pacification, à Nimègue, le 10 août 1678. Louis XIV fit preuve, dans la circonstance, de grandeur et de générosité envers les faibles, pour se montrer plus exigeant envers les forts. Il rendit aux Hollandais tout ce qu'il leur avait pris en Europe, particulièrement Maëstricht; mais il réserva à la France, 'dans l'Amérique, Tabai^o aux AuUlles, le fort d'Orange à la Guyane; en Afrique, l île de Gorée et celle d'Arguin , les comptoirs de Uuiisque, Portudal, Joal et quelques autres points qui servirent à asseoir sur des bases durables et incontestées la puissance franraise au Sénégal. Le même jour, un Irailé spécial de navigation et de coDiinerce, portant une réciproque liberté de né;^oce, fut signé, entre la France et la Hollande, pour vingt-cinq ans. Le 17 s<;jilembre, l'Fspagne fit, a Nim»''eue, son irailé particulier, qui lui coûtait quinze villes fortes des Pays-
Bas el la Franche- Cn m lé tout entière; puis fui le tour du Danemarck, avec l«:quel on était aussi en guerre à cause de la Suède; cl eulin celui des princes d'Allemagne, et de renipereur qui signa son traité de paix le o février 1079. âuim lut ^arrêtée, après huit aiuiées de guerre, entre la France d'un colé et la moitié de l'r.nrupe de l'autre, celle paix de Nimègiie qui porta Louis XIV à l'apogée de sa gloire et décida ses ennemis mêmes à le saluer du surnom de Grand.
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