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«rrière^^arde qui n'avait pas encore donné. Elle fut sur le point d*ètre coupée de manière à ne pouvoir être secourue. Elle ne dut son salut qu'à une faute de lean Gabaret qui ne pril pas le temps favorable pour arriver avec son escadre. Le vent, de plus en plus affaibli par Teffet de Tartillerie, ne permettait pas d'agir avec puissance. Los deux arrière-gardes seules s^envoyaient encore des volées de coups de canon, parTunc desquelles fut alleint mortellement le capitaine Villeneuye-Ferrières. Une heure avant la nuit, un nouveau , mais peu redoutable ennemi vint à Duquçsne : c'étaient les neuf galères d'Espagne qui avaient pu enfin quitter leur abri* Elles s^avisèrent d'essayer sur Tescadre de Duquesne leurs canons de coursive, les plus gros des cinq qu'elles portaient chacune à son avant, et qui, avec quelques pierriers, composaient alors toute l'arlilleriede ces sortes de navires; mais Tourville les ût taire en les saluant de deux coups de pièces de trente-six. Elles n'eurent qu'à songer à remplir leur principal ofGce qui, en dehors des descentes et des sièges où elles rendaient encore de grands services, était, le plus souvent, en Tétat nouveau de la marine, de remorquer les vaisseaux incommodés. Elles furent particulièrement utiles à ceux de Hollande, qui n'étaient plus en é(a! d'empêcher la flotte de Duqucsne de se joindre aux vaisseaux français restés à Messine sous les ordres du lieutenant général d'Almeras. Le lendemain cette jonction s'opéra sans difiicullé. Duquesne, ne voulant |>as compromettre lesuc^ cès délinitif d'une entreprise qu'il avait si bien commencée, en engageant coup sur coup et sans nécessité sa flotte, qui avait elle-même besoin de réparations, déjoua k< \^t\m qu'aurait pu se réserver l'ennemi» tourna autour de la Sicile, entra dans le détroit parle sud, au lieu d'y entrer par le nord, et mouilla, le 12 janvier, à Messine (1). Pour la quatrième fois, mais pour la plus difficile, car il avait fallu vaincre Huyler, cette ville était secourue.
Ruyter se présenta, le 27 mars, devant le Phare de Messine, tandis que quatre mille Espagnols attaquaient du coté de la terre le fort des Capucins ; mais ceux-ci furent mis en déroule , et Ruyter lova l'ancre, dans la nuit du 29, pour se retirer entre Reggio elScalelta. Le maréchal de Vivonne,qui avait vu les vaisseaux ennemis mouillés dans le Phare, avait donné l'ordre à la Ûotte
française de sortir pour les attaquer; mais tes temps contraires » ainsi que le besoin de conserver la flotte à Hessine, empêchèrent toute rencontre nouvelle d^avoir lieu avant que plus de quinze jours se fussent écoulés.
Lesdeux flottes s'étaient radoubées chacune de son côté» quand Ouquesne sortit, le SO avril, du port de Messine, tant pour £ivoriser l'arrivée de nouveaux convois de blé impatiemment attendus de France, que pour mettre obslacleaux projets que Ton soupçonnait Ruyter d'avoir sur Agosla. Duquesne éUùi des line à n'avoir que de magnifiques témoins de ses exploits dans la Méditerranée. Ce fut à la vue du mont Gibel, du gigantesque Etna , couronné, comme le Lucifer du poète, d'une éternelle et blanchâtre vapeur de soufre , qu'il fit, le ftSt avril 1676, sa seconde et décisive rencontre de Ruyter.
Une escadre considérable d'Espagne et de Naples, sous les ordres de don Francisco Freyre de La Cerda, était jointe cette fois à la flotte de l'amiral général de Hollande. La lutte d'ailleurs allait être moins remarquable par le nombre que par l'éclatante renommée et le génie des combattants. Vingt-neuf vaisseaux de guerre, neuf galt^res et quelques brûlots, du côté deKuyter; trente vaisseaux et huit brûlots, du cAté de Duquesne : voilà toutce qui allait entrer en scène k la bataiiie du mont Gibel. Les vaisseaux français étaient : le Saint- Esprit, de 72 canons, portant le pavillon amiral; ie Us, de 74, monté par le lieutenant général d' Aimeras; fe Sceptre ^ de 8i, ic Sans- Pareil ^ de 66, le Saint-Michel y de G4, le Pompeux , de 72, montés [»ar les chefs d'escadre Tourvillc, Jean Cabaret, Preuilly d'Hunnères et Valbelle; le Grand^ de 72, capitnirir^ de Beaulieu ; CÉclatant^ de 60, capitaine de Coux; le AJagni/iquc, de 72, Cîqutaine Gravier; t Assuré y de 36, capitaine de Viltelle-Murçay ; le Parfait, de 60, capitaine de CJiàteauneuf; C Aimable ^ capitaine Le Fèvrc de La lîarre; le Fier, de GO, capitaine de Chahert; Iv Fortuné, de .*)6, cai ilaine d'Ami'reviiie; f .{(jréaôlc , de 56, (^pitaine d'Uailly; le Prudent , de 54, capitaine de La Fayette; k Sage y de 54, capitaine de Langeron; le Vaillant, do 54, capitaine de Septesmes ; t Aquilon, de 50, capitaine de Sebevillc ; Clieurcux , de Ijï, caj itaine de lx\ Brelèclie; le Vermandoi$^ de ôO» capitaine do lambonaeau) le Téméraire , de
capitnine de î.< ry ; r.ipoffon , de î>2, capitaine de Forhin ainô; le jhijiioii , (11» iO, rai'iicUiit; de Relingiies ; le Chrial -Mai in . de 46, capil.iine d'iufreville de Sainl-Anl)in ; /c Fidèle , de ")G, capitaine de Cogolin; le Jofy^ de 46, capiliiiiie de l]t'lliï.le-Érard; /a iiijrène, de 4(i, capitaine de Bélhiine; le /h-usque, de 46, capitaine de La Motte; et le Trident, 38, capitaine de FiacDurl.
Knyler se mit à i avanl-garde de son armée, laissa le corps de bataille à Taniiral général espagnol, cl conlia son arrière-garde au vice-amiral de Haan. Duquesne, croyant que Ruylcr s'était réservé le poste d iiunneur, le corps de bataille, dans l'armée na vale ennemie, se le conserva pour liii-nirn\e dans la sienne, afin d'avoir ce grand homme pour adversaire direct; il donna son avant-garde à d'Almeras , et son arrière-garde à Jean Cabaret.
Pendant ([ue les tloltcs étaient en présence, on vil, avec un étonneuienl mêlé d'admiration , un bâtiment français qui passait superbement entre les deux lignes pour venir prendre sa place au corps d(! bataille de iJuquesae. C'était le vaisseau la Sijrcne, que le chevalier de Béthune amenait du porld'Agusla , on les escadres d'Espagne et de Hollande n'avaient pu parvenir naguère à le brl*iler, et qui n'entendait pas qu'on livrât une grande bataille sans lui. Celle iière venue du chevalier de Béthune lut saluée par des acclamations, et elle seule aurait suffi pour faire passer dans tous les cœurs l'électrique enthousiasme du combat.
La mer était alors à peine plus ridée que la surface d'un lac paisible, ce qui devait favoriser grandement les bons canon** niers. Kuyter arriva le premier, sur les deux heures de l'aprèsmidi , avec touie sa division , et tomba sur l'escadre de d'Almeras. Le choc fut terrible et soutenu de part et <l*autre avec une puissance prodigieuse. Les officiers de Tavant-garde française, qui ne s'étaient pas flattés d*avoir d'abord à combattre directetement Ruyler, se montraient d'autant plus ardents, qu'ils voyaient maintenant que cet honneur leur était acquis. Us semblaieni iSiire bon marché de la vie, pourvu qu'à ce prix ils obtinssent la victoire. Le capitaine de Cogolin, placé, avecfe Fidèiet k la tête de l'avant-garde , reçut une cruelle blessure; on le porta & fond œ cale « et son vaisseau , qui avait la barra de son gou« vernail coupée et les voiles de devant à bas, arriva un peu pour 8e réparer. Le capitaine La Brelèche, qui était derrière, sur le
ir "il
vaîssoaii t Heur eux, le remplaça aussitôt , soutînt avec un courage et une conduite admirables le feu de deux vaisseaux ennemis à la fois, et donna ainsi le temps au Fidèle de reveDir daas la ligne pour s'y comporter avec la même vigueur qu'auparaTant. Cogolin s'était fait remonter sur le pont ; étendu sur un matelas, il donnait ses ordres avec la plus héroïque fermeté. Abord du Vermandois , qui était le troisième de l'avant-garde française, le capitaine de Tainbonneaii fut tué en faisant bravement son devoir. Le capitaine de Coux reçut aussi une blessure mortelle à bord (le PÉclatant. Ce n'étaient que les avant-coureurs d'une niorl qui aurait [tu devenir désastreuse aux Français, par le désorilre qu'elle causa au milieu d'eux pendant ua moment. Le lieutenant général d'Almeras fui emporté d'un boulet de canon, alors que, tout glorieux d'avoir à soutenir le feu de la division de Ruyter, il venait de désemparer qu atre des vaisseaux ennemis; le lieutenant de vaisseau d'Almeras, sou fils, eut le même sort. L'é([uipage du lis, à bord duquel venait de périr le commandant en chef de Ta v.iîU-garde française, fut un instant déco!icerlé par cet événement; les manœuvres tout à l'heure victorieuses qu'il faisait prirent un aspect de défaite. Le Lis se trouva bientôt entièrement hors de lu ligne. Il n'y rentra plus, et resta jusqu'à la fin du combat sous la protection du brave Gravier, capitaine du Ma'jïujiijuc , qui le couvrit, remplit le vide qu'il avait fait en s éloignant, et répondit une heure durant à l'épouvantable feu de Ruyter. Cependant le commandement (k Tescadrc, privée de son chef, revenait de droit à Valbelle, (}ui hésitait à le prendre, parce que l'équipaee du f is avait oublié, dans son désordre , de desarborer le pavillon de d'Almeras, et que rien alors ne disait que quelqu'un pût se p<'rmettre de le remplacer. Valbeile s'y décide pourtant; il connmMice par donner do nouveaux chefs aux équipages s vaisseaux qui ont perdu leurs officiers, et bientôt le combat se renouvelle avec plus d'acharnement encore qu'auparavant. La mer de Sicile, naguère si caltn«î dans sa majesté, ressemblait à l'intérieur du grand cratère de l'Ktna ; c'était un affreux pèle-mèledo fumée, de Ikmmes, de détonations ; la ville de Cutané en était troublée comme lorsque le vieux Gibel, en éruption, roule vers elle, parlons ses ravins, des torrents de lave en fusion, iji jour était avancé» et l'on avait
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liàte, do pari et d'aiitro, do rcgiigiiér, par une aclivilé fûu-
droyaiitf, le ItMiip*^ qui j'Hnit faire défaut.
nii(|iu'siio s"iinli^nait , à sou cori^s do linta»!le, f! " m pouvoir atliicr plus |tr('S d*' lui Ifs Espagnols; pI, IrouvaiiL que cétaU trop peu do si l'aiblus euiieuiis, car i! soiiiijiail «pi'il n'y plus de sans; castillan ou araconnis dans les veines des drscmdanfs des vainqueurs l*avie , il pril le parli , sans pour cela les n('i:liLM'r complètement, d'aller parla;jer le l'eu (renier que soiilenail ^n^ avant-£rar<!e conlre flnylcr. Alr.rs l'aniiral d'Espagne, hunleux qu on lu uiéprisAt, vint à bonne portée pour seconder les Hollandais. Il y en eut, dil-on, sur les vaisseaux espagnols, qui, prenant la jactance pour In vrai eouraL^e, s'écrièrent que « si la puissance de Dieu pouvait s acquérir jiar r»''()(''e, elle serait bientôt à eux. » Mais c'était jiure fanfaronnade : les Hollandais arcu^rrenl, à bon droit , leurs alliés do n'avoir point porté leurs etlorls à la liauleur de leur blasphème.
Les galères d'Espagne ne laissèrent pas pourtant d'ôtre fort utiles pour remorquer les (piatre eros vaisseaux de Hollande que l'infortuné d'Almeras avait déjà si ni;dlraités , et qui étaient sur le point de tomber au pouvoir de Dutjuesno. Les vaisseaux français, tous sur une même ligne, se tenaient le pins près possible de la direction du veïilj leurs canons, à celle faveur, avaient produit un efl'el désastreux sur l'ennemi (pii, supprimant souvent jusqu'à ses voiles de hune, s'approrhait do lu ligne française en dérivant. Un cinquième vaisseau Uollandais venait d'être aussi maltraité que les quatre premiers, et, comme eux , se voyait dans la nécessité de se faire remorquer, quand Ruyter, dont l'escadre s'éclaircissait de ([uart d'heure en quart d'heure , se trouvant trop peu accompagné et voulant donner le lenqis à ceux qui étaient derrière lui de le rejoindre, tomba, avec son vaisseau, la Concorde, en travers du SaiHt-Lspritj où Uuquesne avait arboré pavillon.
Une sorte de fatalité avait amené Ruyter sous le canon de Duquesne. Jamais ces deux grands hommes , même à Slromboli, ne s'étaient rencontrés de si près pour se combattre. La lutte fut entre eux, pour ainsi dire, d'homme à homme; elle devait être décisive; il fallait inévitablement qu'un des deux athlètes y restât. Le Saint-EspniBiyQii avec lui, comme navires matelots, le ScdiU'
Michel el ie Sceptre ^ montés par de ricuilly et de Tourvillo, qui faisaient, à ses côtés, un iuu, iint' fumée si offroyables, qu'on e,ût pu croire vriunicul la majesU' de Dieu se rés* uuit dans la lempt'-te à travers les éclairs et les tonnerres. Quelque chose d'extraordinaire vi-nail certainement île ^e passer sur la Concorde; sou feu chancela; elle revira de bord à la faveur des nuages épais que causaient, de part el d'autre, les canonnades, et on eût dit qu'elle voulait aller ensevelir quelque mystère dans le.-, profondeurs mêmes de la nuit qui s'approehait. On ne devait savoir (juc plus tard tout C6 que ce mystère renlcrmait de deuil pour la Hollande.
Cependant l'escadre de l'amiral de Haan et une partie de celle d'Espagne occupaient d'assez loin rarriére-garde française. De Ilaan, qui s'était réservé àdessein, se décida, quoiqu'un peu tard, à tomber sur Jean Gabaret , qui tint aussi ferme que son ennemi arrivait fort. On se battit par là de si près , que Ton pouvait se défier à la façon des héros d'Homère. On entendait les capitaines de La Fayette, de Langeron, de Beaulieu et de Léry, qui, de la galerie de leurs vaisseaux, appelaient à l'abordage les commandants hollandais. Les balles, la mitraille, les boulets, les chevilles de fer, les éclats de bois volaient de toutes parts, et de toutes parts les voiles étaient criblées, déchirées comme de vieux drapeaux ; la mer retentissait des coups de canon qui se succédaient avec rapidité, et souvent partaient tous à la fojs. Le salpêtre infectait Tair dm une large étendue^ et FEtna et ses fumées avaient disparu derrière les nuages pénétrés de ilammes incessantes qui abondaient par les sabords béants de chaque vaisseau • comme par autant de cratères en éruption. Entin , la nuit abaissant ses voiles, le contrt-^amîral hollandais perdit toute espérance de ramener du côté des alliés la victoire, qu'ils n'avaient pu obtenir ni au corps de bataille ni à l'avantpgarde ; il se rallia au gros do Tannée batave, pour laquelle le sort s'était piontré ce jour-là si cruel, et ce fut lui qui fut chargé de la conduire, à grand'peine et traînant Taile, se réfugier dans le port de Syracuse j car le mystère dont s*était enveloppé, en face de Duquesne, le vaisseau de Tamiral général de Hollande, venait d*étre réyélé. Ruyter, le grand Ruyter, qui était parvenu à l'dge de soixante et di& ans, qui avait assisté à tant de combats at commandé qia chef
dans quinze nK'moidbles reiicoiUres» sans avoir jamais reou aucune alteiule (laii^^ert'use , s'était vu frappé à faire dés^îsjX'rcr de sa vie, dans la balailltï du 22 avril 107G, appelée conçu rrt.'innieiil du Mont-Gibi'l et d'Agosta. En effet, il linil sa glorieuse carrière le 29 du inèuie mois. Celte mort , déplorée même des Français, laissait Ouquesiie sans rival sur les mers. On ne connut plus désormais ti.lm (pii avait triomphé du grand Hu} ter que sous le nom du grand Utupiesne. C'est ainsi que la gloire du vaincu servait encore à n hausser celle du vainqueur.
Quand l'armée victorieuse entra dans le port de Messine, Vivonne attendait impatiemment un successeur dans sa viceroyauté; car il commençait à s'ennuyer fort en Sicile et se serait bien mieux plu à Paris. Les lauriers de Duquesne le retirèrent pourtant de sa torpeur ^ jaloux de faire voir qu'il était lui-môme capable d'une action grande et hardie, Vivonne, pour illustrer les derniers jours de son gouvernement par queUjue fait écla4ant, résolut d*aller comhaltre jusque dans le port de Palerme les flottes combinées de Hollande et d'Èspagne.
Auparavant, le capitaine de Léry attaqua un vaisseau ostendois retiré sous la forteresse de Reggio qui renfermait une garnison de deux mille Espagnols. Il le canonna pmidani deux heures malgré le feu continuel des ennemis; mais voyant qu*il ne lui était pas possible de le couler à fond, il autorisa le lieutenant et l'enseigne des Gouttes à l'aller aborder et à y mettre le feu avecdes chaloupes, ce qu'ils exécutèrent avec une prodigieuse audace*
La flotte hispano-batave s'était rendue de Syracuse à PalermOt dans Tespérance d'y trouver un refuge plus sûr et moins accessible aux Français. Vivonne, à qui Duquesne avait remi^ le commandement de la flotte, partit, le 88 mai 4676, de Messine, après avoir joint à ses vaisseaux et à ses brûlots vingt-cinq galères nouvellement venues de Marseille. Duquesne, toujours monté sur son vaisseau ie Saint-Esprit , commandait Pavant-garde , et avait sous ses ordres directsles capitaines d'Àmfireville, LeFèvre de La Barre, de Bellisle-Ërard, de Coêllogon, de Relingues, de Montreuil, de Septesmes, et son propre ûls, capitaine aussi, qu'il se plaisait k élever à ses leçons; ces principaux ofiiciers du corps d'armée, qui étaient fiers d'avoir le grand Duquesne pour chef, étaient montés sur (e Fortuné ^ F Aimable ^ le JoU^ fÊchtant^ (e JtiigMm «
DE FRANCE. m
le Vaillant y et le Parfait. Irois brûlots étaient affectés à Tavantgarde, la Noire- Dame de llunièrcs, / Hameçon et le Danqcvcnx ^ avec leurs capitaines Honorât, Yergums et Rousseau du Rivau. Vivonne, ayant choisi pour bii le corps de bataille, n'avait point arboré son pavillon de conimandcmenl sur la réale des galères, mais sur le vaisseau le Sceptre. Il était bien protégé, car, outre Tourville qui, sous lui, commandait sur le Sceptre, deux autres chefs d'escadre, Valbelle, sur le Pompeux ^ et de Preuilly d'Hu- Diii res, sur le S(iint->Michel, étaient ses matelots. Les capitaines d'Uailly, de Léry, de Déthune, de Villette-Murçai, de La Molle, de Cliaberl et de Langcron étaient aussi au corps de bataille, sur C Agréable , le Téméraire ^ la Stjrène , C Assuré, le Hrusque et le Sage. Trois brûlots, t Ardent, le Ligournois et C Orage, avec leurs capitaines Desftrez , SerpauU et Sion , complétaient l'escadre de Vivonne. L'escadre d'arrière-garde était aux ordres de Cabaret l'aîné, qui avait arboré le pavillon de contre-amiral sur te Lis. Ih ureux, C Apollon, le Trident, le Sans-Vnreil , le Ma^ gnijuiue, le Vermandois ^ le Prudent, le fidèle, avec leurs capitaines de La Bretèche, de Forbin Taîné, de Belle -Fontaine , de Chiiteauneuf , Gravier, de La Porte, de La Fayette et de Cogolin, étaient à l'arrière-garde, où l'on comptait aussi trois brûlots, C Impudent, C Inquiétai la iSnirc-Dame de Bon- ioijuge ^ q.\GC leurs capitaines Ciittbuisseau, Tourteau ou Tortd cl Truirns.
Quant aux vingt-cinq galères de Flrance et à leurs ciiets, e s taient la Patrone, portant le pavillon du chef d'escadre Dupli s^i^ (h* La Brossardière , qui les commandait toutes; la fleur-dc-Lia , capitaine de Mandes , commandeur de Malte; la Fidèle capitaine de Rochechouarl; la Renommée^ capitaine d'Lspanet, qui fut cassé à la suite du combat; la Princesse, capitaine de La Bretèche, commandeur puis bailli de l'Ordre de Malte et chef d'escadre; tUeureiiset dont le sort contrasta singulièrement avec le nom, car elle sauta, l'année suivante, devant Civita-Vecchia, avec sou équipage et son capitaine de Foresta; la Reine , capitaine de Moniulieu, depuis chef d'escadre; r/;n7/?c//'/(', capitaine de Bethoraas, commandeur, puis bailli de l'Ordre de Malte et chef d'escadre ; ladalunie, cajulaine de Piancourt; /a Dau'phinc, capitaine de MWvimw^; l'Amazone, tapii.inic d(i Colhert, chevulier puis couiniauduur de Malle j la Madame, capilauie de
Uigiiizeo by LiOOgle
282 HISTOrRE MARITIME
Forbin-Oardnnne, commandeur de Malte, qui mourut à Mossine ranin'o suivaiile^ la Forli/ne, capitaine F(''lix de raUt^yn inle, coiiunniKlcur de Molle; la Perte , capitaine de La Motle-Viiila ; ia Vicioire , cnitilaine do Forb'm-Janson, depuis chef d'escadre; la For/e, capilaiiHMlc lîrcleuil, commnmlt i;r df> Malte, depuis chef d'escadre ; In Supcrùc, Cii[)ilaiiie de llaTicp, depuis chef d'escadre et ensuile lieulinaut général honoraire; ta Wileiir, capitaine Clément du Vivier; ia Hardie, capitaine de Sainl-llerem; ia Syrène, capitaine de Forville, depuis chef d'escadre ; ta Favorite, capitaine de l^enues, commandeur de Malte, depuis chef d'escadre; ta Brave, eaiuliiine de Miiaijeau, chevalier de Malte; la liclle , ea]>ilaine de Beuil ou de liueil, depuis chef d'escadre; la Granile, capitaine de Ponlevez-Maubousquetf depuis chef d'escadre, ei la Saint- La ni s , capitaine de Uoussy.
Toute l'armée navale arriva, le dernier jourde mai , h la vuede Palerme, Tille capitale de la Sicile, située sur la côte septentrionale de l'île, et sur le golfe de ce nom, qui s'ouvre entre les monts Gerbin et Pelegrino. Les flottes combinées d'Espagne et de Hollande sortirent dés le lendemain de derrière le môle qui juotége le grand port de Palerme contre les vents du large. Vivomie commanda Jean Cabaret, Tourville, Langeron , et le chevalier de Chaumont, major de la marine du Levant, pour aller reconnaître les dispositions de l'ennemi. Ils s'embanjuérenl clans une felouque, que le corps entier des galères de France eut ordre, de s'julenir. S'étant courageusement approchés à demi-portée du canon, ils reconnurent que toute l'armée des ennemis, composée de vingt-sept vaisseaux de guerre, quatre brûlots et dix-neuf galères, était rauffée sur une hune, sous la ville de Palerme, avant à sa gauche le môle et ses deux forts, et à sa droite un autre fort et les basiions de la ville. Les galères étaient placées dans les intervalles et sur les ailes des vaisseaux. D'après le rapport que lui tirent les quatre officiers détachés qui avaient heureusement accoiuph leur périlleuse uiission, Vivonne assembla son conseil. Tourville s'y lit remarquer par la spontanéité de son génie militaire, la vaillanee de ses conceptions, comme il devait se f.tne adumerun jour, u la tète des armées navales, ])ar la prompte étendue de son coup (l'œil et le rapide ensenihle de ses attaques. Son avis prévalut ddus le conseil. Ce n'était pas peu de ciiuae, là ou àe Irou-
vail le grand Duquesne, dont la prudente vieillesse n*aimaità rien confier à la fortune, et n'altt ndait la virloirt' que d'un eoiirao^e solidement appuyé sur les plus exacts et minulieux calculs. Selon le seiiliaienl. que Toiirville avait fait prévaloir, neuf vaisseayx et cinq brùlols, suu> les ordres du cliei d'escadre l'reuilly d'IIuniières, furent dctachés pour aller altaquer les ennemis par la 1(^(0 de leur ligne; sept galères, sous le connnandement supérieur du chevalier de lîethouias, fin-ent eliargées de joindre ce détachement, à la fois pour le l'ortitier dans son attaque et \miT remorquer ceux d'entre ses vaisseaux qui en auraient lu-sdiu. Toute l'armée navale se disposa eu outre à soutenir ce double détachement de vaisseaux et de galères, avec rintenliuu de comballre le corps de bataille et l'aile gauche des ennemis, pendant que le premier effort se ferai! à la tète de l'aile droite; Les vaisseaux et les brûlots de Preuilly d'IIumières, avec les galères de lielhomas, se présentèrent à Taruiée condjim e d l'spagne et de Hollande avec une fierté élounanlt!; on lit sur eux un feu qui aurai! é(é cajtidjlo de les faire reculer, si les capitaines qui les eorumandaienl n'eussent |^as tous été des hommes de choix ; mais , loin de se laisser détourner de leur dessein, ils s'approehèniil des ennemis plus près que d'une encâblure, et ne lâchèrent pas un coup de canon qu'ils ne se fussent bien établis pour le combat, et n'eussent donné aux brûlots les moyens de lairc leur exécution. Surprise et effrayée de se voir attaquée de si près et avec tant de sanj^-froid , U tète de la ligne ennemie, que menaçaient déjà les brùluts français, perdit toute contenance, commença à couper ses cables, et, pour tâcher de se sauver, aima mieux sYchouer dans les terres prochaines que de continuer à se défendre par le canon. Ce premier désortlre dans la lloUe des alliés fournissait aux briUots du détachement de Preuilly une belle uccasioîi de se montrer, qu'ils n'eurent garde de laisser échapper : trois d'entre eux s'accrochèrent à trois vaisseaux qu'ils brûlèrent. Ce n'était que le prélude d'un drame aussi épouvanlabie que celui dont autrefois la rade de Galan avait été témoin.
Le corps de bataille de l'armée uavale de France tomba presque aussitôt sur celui de ses ennemis, où se trouvaient les amiraux d'Espagne et de Hollande, ainsi que sur leur aile gauche. H se fit pendant une Ueuiu, du pari el d aalre, un ieu effroyable, et Voïu
ne distinguait plus qu*au fracas opposé de leurs canons les deux flottes perdues sous une fumée qui se renouvelait et se condensait sans cesse A la faveur de ce nuage offusquant et profond , les capitaines Honorât et Toucas prirent leur temps pour aller jeter les grappins de leurs brûlots rni vaisseau -amiral d'Espagne. Le premier l'aborda par son Iravcrs, et l'autre, presque aussitôt» croyant que ce n'était pas trop pour un Id colosse de deux machines incendiaires, l'aborda par sa poupe. Jamais vaisseau ne s'était trouvé soudainement placé dans une siluationaussi extrême. Il n'y avait point pour lui d'espérance de salut, point d'effort à tenter; sauvé par un côté, il aurait encore été perdu par l'autre. Les deux brùlols s'ernbras'''rt'îît à la fois et, en un clin d'œil, d'énormes tourbillons de flainines coururent sur tontes les parties du vaisseau-amiral <.'spagnol s'allachant tout d'abord aux nialiércs les plus combustibles , et bientôt enveloppant la niasse enlièro, de la ('ar^ne au plus haut des mXis. Ce feu si rapide , qu'on avait eu à peine le temps d'une rétlexion entre la vue (;t reflet, jeta dans toute la ligne des ennemis une terreur |)lus facile à concevoir qu'à décrire; l'amiral de Hollande, avec tout le reste de l'armée, ])rit le [>arli désespéré d'aller s'échouer entre la ville et le môle de Palerme. Cette manœuvre précipitée et mal conduite ne devait pas le sauver. Des ordres sont aussitôt donnés sur la lîolte française pour achever la mine de l'ennemi en mettant à profit sa confusion; (piatre brûlots restaient encore , (pii n'aviiienl pas été employés : ils sont proniptement commandés pour aller s'attacher, jusque dans le port, à un gros de vaisseaux échoués, et ils exécutent leur mission avec tant de courage et d'habileté, (ju ils abordent cbncnn le leur. Kn vain les victimes qu'ils ont ciioisies font des efforts inouïs pour rompre l'abordage ; ces eflorts mêmes tournent à la perte plus grande des Es|tagnols et des Hollandais; les mouvements di's quatre vaisseaux accrochés, joints à la direction du veïit , jelleul le feu sur d'autres bùliinenls , et tout le port de Palerme n'offre bientôt plus que le specta( le d'un vaste embrasement. La mer était toute rouge comme une fournaise, et ses vagues -ressemblaient à l'énorme bouillttruienient de matières volcaniques eu combustion. He gros llocons de luiat;e noire, mêlée de suiihtres langues de flammes, sortaient par les écoulilles %t par loul^ les bouches des vaisseaux ennemis j les voiler» se
DE FRANCE. m
dcchiraicnl et lombaient en nappes île fen ; les mais s'écTOulau-nt coHime les flèches d' une cathédrale c^iie la loudrc a frappée et consume i on les voyait aussi parfois comme de gigantesques colonnes de brasier qui manquaient par la base, s'abattre tout • d'une pièce et s'évanouir dans les flots. De temps à autre, une . épouvantable détonation se faisait entendre ; c'était quelque poudrière qui venait d'être gagnée parle feu , et qui, sautant ellemême, faisait sauter avec fracas le vaisseau et les malheureux qui s'y Irouvaienl. De lai'ges fragments, de lourds quartiers de bâtiments étaient jetés & une grande hauteur pour retomber dans les flots avec des membres épars et toutes sortes de morceaux brûlés de chair humaine. Ceux qui avaient péri de la sorte n'étaîmit pas pourtant les plus à plaindre, car c*était à peine s'ils avaient senti la mort. Hais ce qut le vainqueur lui-même n*aurait pu voir de sang-froid et sans déplorer amèrement les alroces nécessités de la guerre, c'étaient ces autres malheureux qui éloufihient lentement au milieu de la fumée , qui se tordaient dans les flammes ou qui se débattaient mutilés , mais encore vivants, dans les eaux. Sur les galères d*£spagne, car le feu avait déjà atteint plusieurs de celles<-ci, les misérables rameurs» presque nus, faisaient des efforts de damnés pour s*arracher aux fers qui , pour ainsi dire, les fixaient par les pieds à TiDcendie. La galère réale, la Patronne d'Espagne , et quatre autres galères étaient tout en feu et périrent. Douze des vaisseaux hollandais et espagnols partagèrent ce sort. Une foule de nobles Espagnols , et parmi eux le général don Diego d*Ibarra et Tamiral Florès, succombèrent d*une manière aftreuse dans cette journée; les Hollandais n'avaient pas été plus favorisés que leurs alliés, et l'amiral de Haan, celui qui avait ramenéde la bataille du Mont-Gibel la flotte naguère * commandée par Ruyter, avait aussi disparu dans les flammes. La ville de Palerme n'offrait pas , de son côté, en ce moment, un moins affreux tableau que le port. A mesure que les vaisseaux de Hollande et d'Espagne brûlaient, leurs canons, qui partaient d'eux-mêmes, détruisaient des maisons, des édifices publics, et semaient toutes les rues de corps sanglants et de membres dispersés; les grenades, qui se trouvaient en quantité sur les vaisseaux incendiés , sautaient , puis pleuvaient épais comme grèlj^ : c^était, au rapport d*un témoin oculaire, une Téritable image de
sse HTSTOîne wartttme
l'enfer, et, bien qu'un « lU expose lu cliàsse et la pince de sainte Agallie, deux objels eu grande véni^ration el en grand renom de puissance à Palormo, rien n'y pouvaii , toutes les horreurs de la guerre, à la luis eonjurées, restaient iun'lacaltlos cl iiisiirmoiilables. Si \ ivoime eût voulu profiler de la terreur ([u'il avait causée, * il se lut à l'iasUuU eiiiparé la ville ; mais il savait que l'intention de Louis XIV était moins de maintenir sa puissance en Sicile que d'amener la soumission de l'Lspague et de la Hollande, el il crut avoir assez fait eu consommant l;i destruclion.de la flotte ^ des alliés. Cette grande victoire navale, à laquelle !)u4ue>ne et Tourville n'avaient pas eu une moin^lre part que Vivunac , s'était obtenue presque sans perle jiour les Français.
Les débris des ilotles espagnole el holliiiidaisc, n'osant plus se présenter ù la nier, restèrent dans le port de Palerme jus- (pi'au i) août, et n'en sortirent (ju'à la dérobée pour aller se rélui^ier à ISaples. Cependant, au milieu de ces malheureux dé- * bris , un lugubre vaisseau , tout peint en noir el couvert de pavillons funèbres, était parvenu à échapper, presque intact, du port de Palerme , gnlce à l'espèce de culte dont les Hollandais l'avaient environné jusqu'au milieu des horreurs de l'incendie. C'était le vaisseau la Concorde , qui portail le corps du grand Huyter. On dit que, peu de temps auparavant, le cœur de ce héros , que les marins de Hollande appelaient leur bon père, avait été envoyé aux Provinces-Unies sur une frégate légère , conmiandée par le digne capitaine Kallemburg, et que Duquesne, ayant aperçu cette frégate, dont il ne connaissait pas encore la mission, lui avait donné la chasse et était parvenu à la prendre; on dit aussi que l'illustre marin français , ayant su ce qu'elle renfermait^ était passé à bord de la frégate et dans la chambre tendue de noir du capitaine; qu'il s'était approché du vase d'argent qui contenait le cœur de Ruyt<;r, el , les mains élevées vers le ciel • avait pro» Doncé ces paroles, qui ne font pas moins «f honneur au vainqueur qu'au vaincu du Mont-Gibel : < Voilà donc ce qui reste d'un grand homme! » puis, que s'étant tourné vers le capitaine Kallemburg, il Pavait renvoyé avec ces mots : « Monsieur, votre mission est trop respectaUe pour qu'on la trouble. > Napoléon devant la tombe du grand Frédéric n'est pas plus subtime que Duquesne devant le cceur du grand Ruyter*
Duquesiie , envoyé à Toulon après la bateîUe de Païenne pour prendre de nouTelles troupes en France et escorter un convoi considérable de vivres et de munitions» amena le tout heureusement au port d*Agosta, le 47 septembre 1676. Aussitôt que Yivonne fut instruit de son retour, il donna ordre au commandant des troupes de terre d'aller attaquer Helilli, place à une lieue d*Agosta, ce qui fut exécuté avec succès, le S13 du même mois. Une partie de la garnison, composée de trois cent cinquante hommes, fut passée au fil de Tépée et le reste fut fait prisonnier. Vivonne partit ensuite de Messine avec cinq vaisseaux et les galères» Le 46 octobre au matin, il détacha celles-ci sous les ordres de Daplessis de La Brossardière pour &ire le siège de Taormina, dont il s'empara le même jour. Hais, comme 11 n'avait pas assez de troupes pour garder la ville el les forts, les ennemis eurent la facilité de jeter du inonde dans le fort du Môle. Dès que Vivonne en eul élé avisé, il partit du camp d'Alicunlara , arriva le 20 octobre À Taormina, et le lendemain il se rendit maître du fort. Les jours suivants il s'empara de même de tous les autres postes occupés par les ennemis aux environs. Le 26 octobre, il se présenta devant Scalelta, ' à peu de distance du Phare de Messine, et, deux jours après, il en commença le siège par terre et par mer. Le feu 1 ^ vaisseaux parfaitement servi sous les ordres de Preuilly d'Uumières, de Langeron, de d'infreville-Saiut- Aubin, ainsi que celui des gal<>res des capitaines de La Brelècbc, de Betbomas ^ f «1 * MoilIoheu, contribuèrent puissamment à la reddition de la place , qui eut Ueu le 10 octobre. Après ce siège, Yivonne renvoya à Toulon seize vaisseaux et dix galères.
Le cabinet de Versailles, ayant eu avis au cominencemeiU de Taimée i 677 que les Espagnols envoyaient sept vaisseaux chargés d'infant* rie du côté de Palerme pour faire ensuite quelque entri;prise contre Messine, fit armer à Toulon cinq vaisseaux , le Hoijnl- Louis t de 120 cnnons, portant le pavillon du lieutenant général Duqucsne; te Monarque, de 84, portant la cornette du chef d'escadre Tourville ; te Magnanime , de 70, capitaine de Léry; ie ilenrif de 64, capitaine de Villette-Murçay, et ie Florissant de 64, capitaine du Magnon, pourqu'ils se joignissent à ceux qui étaient restés à Messine et allassent ensemble tenter renlèvement de Tescadia espagnole. Duqueane partit à cet effet de Messine le
2 février; mais il ne put rencontrer les ennemis, dont les vaisseaux avaient élé dispersés par la tempête sans avoir atteint leur but ; fleux d'entre eux mî^me avaient péri. Duqnesne ayant appris qu'un troisième s'était réfugié à Porlo-Longone, l'y fit garder à vue, de manière à ce qu'il ne reprit pas la mer.
Sur les entrefaites, le vaisseau tAimab/e, commandé pari* Fèvre de La Barre, vit fondre inopinément sur lui trois bâtiments de guerre de Tripoli, au moment où il escortait quelques transports. D'attiiqué il devint bientôt attaquant; après un combat des plus vifs, il enleva un des bâtiments tripolitains , en coula un autre et, sans la nuit qui survint, il se serait rendu mattre du troisième.
Peu ;ipv( s le chef d'escadre de Valbelle, avec le vaisseau fe Pompeux, qu'il montait, cl deux bâtiments, de 32 canons chaque, capii unes de Yandricourt et de Monlbron, escorta à Messine un convoi de barques chargées de troupes, de munitions et de vivres. .4u mois de juin suivant, Duquesne, qui était retourné à Toulon, conduisit anssi à Messine, et avec le même succès, un convoi beaucouji plus con.sidérable.
Vers ce temps, un jeun(! marm, nommé Ikuneau-Chaboissiôre» qui faisait la garde dans une chaloupe, étant allé reconnaître un navire que le courant emportait vers Ueggio et qui se trouva être anglais, l'ut surpris par une galiote espagnole. Sans se laisser déeuiK < 1 r. il se jeta aussitôt sur le bâtiment anglais, fit descendre ré(pjipage sous le pont, repoussa, avec le peu de monde qu'il avait, la galiote ennemie, la mit en fuite et regagna victorieusement son poste.
Les ennemis n'éprouvaient pas de perles cruelles que dans la Méditerranée. Sans toucher encore aux événemcnis d'Amérique, qui auront bieutùt h-ur place à part, en raison de leur im[Hjrtanco, le commerce des rrovinces-Ûnies, unique source d'existence pour ces pays, était impitoyablement harcelé, atta(|né, ruiné, dans la Manche et dans la mer du Nord, ici par de hardis corsaires, là p,ir des escadres ou des divisions navales aux ordres d'oiiiciers de la marine royale.
Une escadre de sept bâtiments de guerre, le lion, de 5 i canons, monté par Chnteau-Renault, commanda nt en rli»>f : A? hourbon, de ôO, capiuuie de Rosmadeck j le Z>Mc,de même iurce, capitaine
de Sourdis; le Hardi, de 34» capitaine Forant; ia Perle, de Z% capitaine de HaisonneuTe ; la Trompeuse , de 24, capitaine de Bouville, et le Subtile, de 10, capitaine du Rivau-Huel, étant sortie de Brest pour s^opposer aux courses des .ennemis , protéger le commerce et servir d'escorte aux marchands^ découvrit, le ' 12 juillet 1677* à vingt-cinq lieues de l*Ue d'Ouessant, voisine de Brest, un convoi hollandais de cinquante voiles, dont trois vaisseaux de guerre et cinq à six pinasses servant d'escorte. Château-Renaultlonnasar-le-diamp son ordre de bataille et fit commencer Vattaque contre l'escorte par ses quatre principaux bâtiments, tandis que ses frégates fondaient sur les navires marchands. Le comte de Sourdis , avec le Due^ se plaça par le travers d'un vaisseau hollandais de même force que le sien; Chàteau-Renault, avec le Ban^ alla droit au vaisseau de Tobias, commandant de la flotte ennemie, tandis que le chevalier de Rosmadeck, avec le ^ Bourbon, et Forant» avec le Hardi ^ se jetaient au fort des navires d'arrière. Château-Renault tenta trois fois d'aborder Tobias. A k troisième fois , deux pinasses qui s'étaient jointes à leur com-^ mandant , abattirent le petit hunier et hachèrent toutes les ma* nœuvres du Bon, Château-Renault , en cet état, dut abandonner son projet et se rapprocher du Duc qu'il trouva aussi fort maltraité. Il donna alors le signal de re virer. Tobias, voyant le désordre de Fescadre française dont les frégates néanmoins conunandées par Maisonneuve et du Bivau-Huet emmenaient (juatre prises considérables , fit force de voiles pour atteindre celles-ci. Mais Château- Renault donna ordre de se porter entre les prises et les ennemis; il fit revirer les frégates, ainsi que le Duc qui était hors de combat, et chargea du Rivau-Huet de conduire les captures À Brest. Une brume épaisse qui survint mit fin au combat. Outre les quatre prises, évaluées à plus d'un million, fàites par du Rivau-Huet et Maisonneuve, les Hollandais avaient perdu un bâtiment trèsrichement chargé que Forant leur avait enlevé, mais qui sombra peu après, et une pinasse de 1 0 canons qu'on leur avait coulé bas.
Âu conunencement de l'année suivante, 1678, les Hollandais ayant mis en mer une flotte de dix-huit vaisseaux pour seconder les Espagnols et les aider à reprendre Messine , le cabinet de Versailles , de son côté , fit armer à Brest une escadre de six vaisseaux
et trois brûlots, sous le commandement de Château-Renault, pour uu u
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aller renforcer les Français dans la Méditerranée» al en même temps servir d*escQrte à un convoi de blés achetés en Bretagne et en Poitou. Cette escadre partit de Brest au mois de février. EUe se composait du Courtisim , de 70 canons, portant la cornette de C|)âteau-RenaQU; du Boit, de 50, capitaine de La Btetèche; du SainULouis, de 68, capitaine de BeHisle-Érard; du Pwdroffant, de 68, capitaine de La Motte-Genouillé; de tinn/mdAky capitaine de Behe^Fontaine ; du Superàe, ea[»taînede Héal ; et des brûlots ie TourHUm, /e Déguisé et Ai Légère t capitaines Meofain, Duvignftot et Beauregaid. Elle rencontra, le 17 mars 4678, à trente^ trois lieues à Pouest«qaart-sad- ouest de la même Ile d*Ouessant , une flotte hollandaise forte de six vaisseaux à trois ponts, de 80canons chaque; de cinq de 60à70canons; de deux de 40 à 50; de cinq brûlots, d*une barque longue et de deux flûtes , en tout vingt et une voiles, sous le commandement de Tamiral Évertsen. Chateau-RenauU fit encore preuve, dans la circonstance , d*une ^ promptitude de coup d'œil, d*un esprit de déci«on, que n'annonçaient guère son extérieur pâteux et embarrassé. La rencontre ayant été imprévue, les Hollandais n'avaient pu encm se former un ordre de bataille, quand Chéteaa- Renault s'aperçut qu'ils voulaient décrire un croissant pour 4^envelopper. H ne leur en laissa pas le temps ; son attaque commença à neuf heures du matin, avant qa'ib eussent exécuté leur manœuvre. Les capitaines de Belle- Fontaine et de Bellisle-Érard , aTec TAnv/ftddie eUsSaini'LouiSy firent plier les deux vaisseaux qui avaient la tète des ennemis. Le vaisseau contre-amirai de Hollande fut repoussé jusque dans le gros de sa flotte. Un autre vaisseau arriva en dépendant et ne put rejoindre sa dirision. L'amiral Évertzen perdit son petit hunier. Dans ce moment, Château -Renault, s*apercevant que la plupart des bâtiments hollandais étaient fort maltraités, donna ordre à ses brûlots d'avancer ; mais oeux-ci, peu préparés à foire cette attaque , ne répondirent point à son dessein. Jugeant alors qu'il fallait renoncer à une exécution par les brûlots, Ghàteau-Henault redoubla son feu contre le viceamiral et le contre-amiral de Hollande, avee lesquels il était personnellement aux prises. Le contre-amiral , presque entièrement Uégréé , fut obligé de se faire couvrir à deux reprises par un brûlot. Évertzen, contraint lui-même d'arriver avec beaucoup
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d'autres vaisseaux do sa flotte, fil faire force de voiles à son viceamiral et au reste de ses bâtiments pour gagner In t'Me, çe qui obligea Chàleau-Uenault, de son côté, à déployer aussi des voiles, afin de lu; pas perdre l'avaiitage du vent. Cette maineuvre rapide de l'escadre française ne s'opéra pas sans quelque accident: t Invincible fut désempar(5 de ses deux huniers et Je son artimon, et le lion eut son màt de hune emporté. Tout cela n'cmpAcha pas Clulteau-Renault de poursuivre les ennemis jusqu'à sept heures du soir. Alors seulement, la nuit approchant , et quelques-uns de ses vaisseaux étant éloignas, il revira et vint les rejoindre, hè lendemain, il ne revit plus les Hollandais ; ils avaient profité du veut pour gagner le larje , apr^s avoir été très-iiaaltrai.tés. Quant à lui, il continua sa roule sans être inquiété.
Louis XJV avait interdit au commerce français le pavillon de ses flottes, de peur qu'on ne le fit pas sufQsamment respecter; mais celui qu'il avait imposé aux navires marchands nVHait pas moins noble; c*était Tantique pavillon national à la croix blanche sur fond d'étoffe bleu , avec l'ëcu des armes de T rauce sur le tout. On le redoutait tout autant sur TOcéan, à cette époque, que celui qui signalait les encadres victorieuses d Un monarque toujours si inquiet, si prompt à se sentir ait* nit lorsqu'il s'agissait de l'honneur de son royal pavillon blanc. Un [m >rt de Saint-Malo , mais surtout alors de celui de Dunkerque i\m s» iiiblait avoir à cœur de payer sa bienvenue ù la France, le pavillon bleu à croix blanche, , ou quelque autre pavillon particulier ^ la ville ou k la province, sortait chaque jour pour courir à de nouveaux exploits. En 1674, Jean Bart, ayant reçu le commandement d'un kUinienl armé en course, tantôt seul, tantôt de conserve avec d'autres corsaires dunkcrquois, parmi le»(]iiels un comptait Charles Keiser, Willam Duoru, Jacobsen, Pitre Lasepet Messemaker, avait fait de nombreuses captures sur les ennemis, lorsqîi'il se maria , et apporta, dit-on, comme présent de noces, à sa teiiime, aux dépens des Provinces-Unies, une frégate légère de 10 canons dont il s était valeureusement emparé. Peu après, étant de conserve avec son auii Keiser, il rencontra au large une flotte de busses, bâtiments à trois mâts et à trois voiles carrées, fort renllés de l'avant, en usage , pour la pèciie du hareng , sur la mer du Nord ; il l'attaqua, malgré une frégate légère de \% cdiions ^ui servait d'escorte»
m HISTOIRE HARITIHB
et se rendit maître , après combat, de trois des busses cl de la frégate elle-mùnie ; (jualiL' jours après, dix auUes busses et une autre iféi^alc de li cauoiis curent le même sort. En 1G76, ayant élé chargé, par des armateurs particuliers du commandement d'une fréf^ate de 24 canons et de cent cmc^uaule hommes d t'(|uipage, il découvrit, de conserve avec Keiser, Lasep, Messemaker et Jacobsen, une flotte marchande convoyée de trois frégates , la joignit à la hauteur d'Ostende , et la battit après une meurtrière affaire de trois heures. Le 7 septembre de la même année , étant seul, il enleva, après un long combat , une frégate hollandaise de 30 canons , qui servait de convoi à un grand nombre de busses. Le total (ies prises déclarées bonnes, faites par Jean Bart, seul ou de conserve, en 1676, ne s'éleva pas à moins de dix-sept, dont cinq portant ensemble 77 canons. Les années 1677 et 1678 furent aussi témoins de plusieurs exploits de Jean Bart. Dans l'abordai^e * qu'il fit, au mois de juin de la dernière de ces années, d'une frégate hollandaise de 24 canons, . il eut les mains et le visage brûlés , et les mollets entamés d'un boulet de canon ; mais il en vint à son honneur ; la frégate fut prise après avoir perdu cinquante de ceux qui la montaient. A cette époque, le nom de Jean Bart était déjà parvenu à la cour, et Louis XlV, comme encouragement et marque de distinction, avait envoyé une chaîne d'ur à l'intrépide Dunkerquois. Bientôt Jean Bart, à la recommandation du célèbre Vauban , allait entrer dans la marine royale. On ne saurait douter que le tort immense causé dans ce temps par les corsaires de Dunkerque , particulièrement au commerce des Pro- • vinces-Unies, n'ait grandement contribué à faire désirer aux Hollandais la paix pour laquelle on était déjà en conférences à Nimègue. '
Dans la prévision de cette paix et comme moyen d*y arriver, par une concession peu coûteuse , mais peu noble, faite à la cour d'Espagne , Louis XIV méditait de trahir les llessinais , après s'être servi d'eux pour opérer une diversion foToraUeàsesarmeB. Le maréchal de La Feuillade , nommé vice-roi de Sicile à la place de Vivonne , pour conduire celte honteuse affaire , qui deyail être momentanément couverle des plus perfides apparences, était parti , dans les premiers ] o urs de janvier 4 678, avec une division navale , commandée par ie capitaine de Septesmes. On se rappe*
laît les Vêpres sîdfieiuies; on redoutait une insunrection^enge* ' resse contre les Français, de la part des Messinais justement in* dignés , et toutes les précautions furent prises par le maréchal de La Feuillade pour la faire avorter. L'évacuation s^opéra, sans trop de difficultés, dans le courant d'avril, et une flotte de cent vingt voiles amena à Toulon, avec les personnages les plus compromis de Messine vis-à-vis de TËspagne, les troupes françaises, leur artillerie, leurs munitions et leurs vivres.
Hais Louis XIY , qui avait compté sur Tévacuatibn de Messine pour hâter la conclusion de la paix , s^aperçut presque ausntdt qu'il s'était trompé. Ayant à craindre mtoie que TAngleterre ne s*unlt à ses ennemis d'une manière offensive, il fit armer à Toulon une escadre de dix vaisseaux, deux frégates et un brûlot, pour aller, sous le commandement de Dnquesne, seconder les opérations projetées par le duc de Navailles contre la Catalogne. Duquesne diassa devant lui tous les vaisseaux espagnob; il en fit sauter un » de &0 canons ^ sous les forts de Barcelone , par l'entremise des capitaines de Relingues et d'Hailly, commandants du Vaillant et le Sans^Pareil, et du capitaine de brûlot Honorât; mais d'Hailly eut un bras emporté d*un coup de canon dans celte affaire, et mourut peu d'heures après.
k cette époque, la république de Gênes, en penchant pour l'Espagne contre la France , s'engageait dans une voie qui devait lui devenir funeste. Le 27 juin 1678, les Génois eurent l'imprudence de se refuser à saluer l'étendard des galères de Louis XiV, au moment où elles entraient dans leur port. Indigné de ce qu'il tenait pour une insolence inouïe de la part d'un si petit État, le ' monarque français donna aussitôt ordre à Duquesne et àDupteMis de La Brossardière de se porter dans la rivière de Gènes pour y exercer sans aucun ménagement toutes les hostilités possibles. Pendant que Duquesne allait croiser au cap Corse et dans le canal dePiombino, Duplessis de La Brossardière , le 30 juillet 4678, comme prélude d'une exécution plus terrible, canonnait avec vingt galères le faubourg San-Pier-d'Àrena , le fanal et deux forts de Gènes, mais sans gran^ résulats. Il fit ensuite quelques prises à la mer sur les Génois. Duquesne ayant appris que ceuxci .étaient très-préoccupés de l'attente d'un convoi de blés que les BoUaodais devaient leur amener, se porta là où il fiiUait pour
m HISTOIRE MARITIME
s^opposer à cet mià^. Les Hoflandais, désespérant sans doute de pouToir aborder aux côtes de Gènes, Tendirent en Espagne le chargement qu'ils destinaient à cette ville et regagnèrent leur pays, sans qu'aucune de leurs escadres osât maintenant s'approcher de celle du vainquenr de Ruyter. Doquesne revint à Toulon, vers la fin d'août , après avoir vidé la Méditerranée de tout ennemi*