CHAPITRE Xt
Smàt i% aiMattr* de CaUxii, tpi t'«tt tuotii It joanjnii à* S*i«a«Ui, tm ilu — hUi muilîiM da la Frttra l TifftfÊê U lmyA da iaal(u.«>LM «aut, 1m fUU, Im Tfittti aaiiliau. — n»iws MniiMfiUw I Tenka, è Bmtat t Dunkcrquc— ThImd.— Rftlei deiOHlalato «laMeien marimtn.-'OlBcieft de «û*h«iii. MtoMiita»
mnl <l«* gardcf-iDirioc. — MalÂricI nital. — ^louh XIV Ste l« Mnbra d* m nU^anx. — Coni«îl da<«<MtrilctiM
niv.ilf. — I'. IiI-Hl'IUU. — Cuiir <i:i (■on}U):tcr mi ■Iddinii.-e de 1681. — Sili.il ii r"lri...il,\ — Aniilles. — t&lr <i« Saici*l>uBiingD«. — L' «4a.— SaiM liea cipériilui i de La SaU.— D«esu<erl« rf« l« LuoiMUt. — Caa* kM»b«KI tnXff. I<i FnR(M «t l«t Ariglifi aa lujct d> Il ri'i> d- U bj«t *4'l(nd<i>n. RaDMailbMIII dt It gMH*
•MtfmlM ilBU,btifcMMfikt. — BanlwdMMU* dTAIsat |wr Diu|a«MM. — HaMda Calbifl.
LV;poqne (h îa paix do Nimrgiie est, sous tous les rapports, l'une des plus hrilhmles et des plus nn^morfibles de la monarchie française; au point de vue maritioie elle n'a point d'égale dans les temps qui l'ont précédée , ni mAme dans ceux qui l'ont suivit^. Les flottes de Louis XIV ^'ouvraient les mors; on s'inclini^it devant le pavillon de ce grand roi comme devant ses victorieux drapeaux. C'était du ministère de la marine qu'émanait cette vaste et imposante organisation navale qui clia(]ue jour tendait à se perfeclionner. Depuis Tannée 4076, Colbert s'éiait associé, (l.-ns le département de la marine, le marquis de Seignelai, son (ils aîné, pour lequel il oblinl mAme la survivance à la tète d'une administration, objet pour lui d(î lanl d(^ soins et d'amour. En s'associant son fils, Colbert eiilejulait taire do f iulnunistration de la marine un département ubsolumeol distinct de tout autre, ce qui eut lieu en el'iet.
lU. st
Depuis la paix de Nirrii gue, la France n'a point accru , d'une manière durable , Ti' tendue de son lilloral; comme à présent, il courait, sur la iMéditerranée , de. Tembouchure du Var au cap Cerbère, et, sur l'Océan, de Dunkerquc à rembouchure de la Bidassoa. Les villes, les ports, les places fortes, les points de défense de toutes sortes étaient plus nombreui sur la cèto qu'on ne les avait encore y,us.
Dans le gouvernement de Provence c'étaient, en commençant du côté de Tlialie, Antibes, ville fortifiée sous François et Henri IV, dont le port vaste et sûr, mais peu profond , perdait de son importance à mesure que le système de construction navale s'agrandissait, et dont la rade était protégée par le Fort-Carré; nie Sainte-Marguerite, à trois lieues de là, qui, bien défendue, assurait les golfes de Juan et de la Napoule, ainsi que la plage de Cannes oii se trouvait un fortj le petit y<n-\ de Saint-Tropei, sur le bord occidental du golfe de Grimaud, protégé par un chdteaufort; la rade d'Hyères, sur laquelle s'élevait, du coté du continent, le fort de Brégancon , et, du côté des îles, les batteries de Porquerolles et Porl-Croz ; puis venait Toulon dont on a'ocoupait alors beaucoup et qui demande qu'on s'y arrête.
La paix de Nimègue n'était pas encore signée, lorsque, le 22 avril 1677, un incendie qui détruisit une partie de Toulon, facilita TexéciAion des plans de Vauban ptnir l'agrandissement maritime et militaire de celte ville. \a\ paix avant été eoiif lue en Î679, un second port , nommé la Nouvelle-Darse, communiquant h l'ancien par un chenal , et dans lequel cent vaisseaux de ligne devaient pouvoir tenir à l'aise , y lut ereus*''. comme par enchaatcmenl. L'arsenal prit un aspect monumenLal et une étendue immense. On vit s'élever de magnifiques chantiers couverts, de vastes magasins; tout ce qui est nécessaire à la conslrnetion, à rapprovisionnemeiU ou à l'armement des vaisseaux , à la tabrication de leurs apparaux et de leurs agrès, eut son édilite spécial près du port neuf ; une corderie, bAtie en pierres de taille sur les dessins de Vauban et entièrement voûtée, se développa sur une longueur de trois cent vingt toises; une salle de voiles preï»enta aussi une longueur extraordinaire; une salle d'armes, une fonderie de canons, un parc d'arlillerie, de grands bâtiments pour radministialion générale de la marine, des kopilaux militaires ,
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des f'coles, une vasle place appelée le Cli;iîii|i-de-B;it<iillc , autour de sN'lt'vèrcnt plusieurs monuments, entre autres l'hôtel
de la marine, lirenl enliii de Toulon une ville moderoequi relégua la vieille ville dans un coin obscur.
Ce qui semblait devoir manfjuer, pour plus d ini siècle encore, an port de Toulon, c'étaieni des bassins ou formes pnnr la mise à Hol des vaisseaux nouveilemeiit construits et le radoub des anciens. On croyait qu'il serait impossible d'en obtenir. Duquesne, dont l'esprit embrassait tout ce qui toucliait à la marine, proposa, en 1080, pour obvier à cvl niconvéuient, un systAme de forme mobile. Les arclUvea de la marine possèdent à ce sujet un mémoire curieux : on en extrait ici un fragment cpii donnera une idée du génie uivenlif du plus firand homme de nier (ju'ait eu la France. « Il faut conduire la forme, dit Duquesne dans ce mémoire, à un lieu où il y ait suffisamment d'eau pour la pon- * voir couler en biis, ou du moins renfoncer assez pour que le navire que 1 ou desiiue a mettre dedans y pni^su entrer aisément quand la porte sera ouverte, sans que la quiile tourbe au chantier que l'on établira sur le fond de la furnie. Lcsdils ciianliers devront être faits avec de crandes pièces de bois en Ions: et en travers, les uns sur les aulrcs, alirt qu(; le navire soit élcv*' audessus du fond et que l'on puisse y Iravidller juscjue sous la quille. » Tel était, en substance, ce plan qui précéda de cent ans celui qui fut exécuté sous les ordres de l'ingénieur Groignard.
Vers le môme temps, Louis XIV, afin de pourvoir à la protection du nouvel arsenal et des deux ports, dans chacun desquels ne peuvent pas entrer deu.\ vaisseaux de front, fit ajouter d'importantes fortifications à la place qui fut revêtue d'une enceinte plus redoutable et plus conforme aux progrès de l'art militaire. L'n plan de la petite rade de Toulon, conle!n|iorain de cette époque, représente l'entrée de la rade défendue par plusieurs batteries de la côte , ]iar le fort des Vignettes, la Grosse-Tour, la tour de Balaguier et le fort de rKguillette; un ne tarda point à y ajouter le fort Saint-Louis, du côté de la Grosse-Tour. Les forts Saint-Antoine et Sainte-Catherine, de plus ancientie date, défendaient Toulon lui-même, dont ils élaieikt plus rajiprochés. La ville, par suite de la grande importance qu'elle vi'uail d'acquérir, devint le siège de l'intendance de la marine du Levant,
m HISTOIRE MARITIME
el, en 46S9, la vîc&^inirauté du LeYant ou de la MédiCânranéc ayant été constituée (vingt ans après celle du Ponant ou de rOcéan), ce fui aussi à Toulon qu'elle eut son siège principal.
Après Toulon venaient la Ciotat, antique petit port qui n'était pas sans défense; et enfin Marseille, toujours au premier rang par son vaste négoce, mais, à la satisfaction mal dissimulée des commerçants, descendue au second sous le rapport militaire, depuis que les vaisseaux de haut bord» supplantant peu à peu les galères jusque dans la Méditerranée , avaientdonné !a prééminence à Toulon. Pour enlever aux Marseillais, qui avaient cessé d'être exclusivement gouvernés par des consuls, leurs élus, toute tentation de revendiquer leurs anciens privilèges par les armes; on avait fait raser leurs murailles; mais, du même coup, on avait ouvert leur ville et leur port à tout ennemi qui viendrait du côté de terre. Du côté de la mer, les îles Pomègues et Ratonneau , toutes deux fortiûées, le rocher d*If qui s'était hérissé debatteries pour la protection de la rade, les forts de Saint-Kicolas et de SaintJean, élevés de 4660 à 4664, après la révolte des Marseillais, et une chaîne qui , partant d'une grosse et ancienne tour, se reposait d!e$pace en espace sur d'énormes piliers en pierre , défendaient Marseille et Ventrée de son port , par laquelle deux navires ne peuvent s'introduire de front, quoiqu'il y ait plac^, dans le bassin, pour plus de douze cents bâtiments. Marseille n'avait pas cessé d'être le grand arsenal pour la marine des galères. Sur un morne élevé, aride et blanchâtre, du même côté que la citadelle deSaint-Nicolas, on reconnaissait de loin le vieux château de Notre^-Dame de la Garde, construit sous le règne de François P% et dont un bel esprit du siècle , Scudéry, était gouverneur appointé par les Marseillais, à la charge unique de signaler les vaisseaux qu'il découvrait en mer.
A quelques lieues de là , pour la protection d'un port naturel au([uel on avait plusieurs fois songé, s'élevaient la tour et la forteresse de Bouc que François avait autrefois fait construire sur des ruines antiques à l'extrémité d'une [)eiite île de forme irrégulière. Dans la Provence, le grand et célèbre port de Fréjus, construit à si grands frais par les Romains , ne laissait plus de pln( ([u'au souvenir. De toutes les provinces de France , celle qui constituait le gouvernement du Languedoc avait presque
.seule perdu de son importance maritime. Lelongdesa c6te, rarement abordable, au milieu de ses marais et de ses sables amoncelés, on avait peine à comprendre la grandeur et la renommée dont avaient été jadis en possession Narbonne ^Aiguës- Mortes, le porl dit de Montpellier, Maguelonne et plusieurs autres points. Sans le nouveau port de Cette , à rentrée du canal du Midi, qui mi^me De pouvait recevoir de vaisseaux de haut bord, le Languedoc e.aeût été réduit aux misérables ports d'Agde et de la Nouvelle , le premier à One lieue et demie de Tembour* chure de l'Hérault et sur cette rivière ; le socond , à quelque distance de Marbonne. Heureusement le canal de jonction des deux mers , sur lequel on commençait à naviguer» allait rendre la vie commerciale à ce beau et riche gouvernement de Languedoc. Avec le Eoussillon, où l'antique Elue s'était maritimement éclipsée, la France, comme on l'a vu, avait conquis deux ports qui n'étaient séparés l'un de Tautre que par une montagne : Collioure et le Port-Vendres. Collioare était entouré de murailles • et avait deux chAteaux-forts. Le Port-Vendres, Port-de- Vénus des anciens, malgré son antiquité, ne présentait, le long de son bassin, que quelques maisons; mais, en raison de son voisinage de TEspagne qui le convoilail toujours, il était bien dr-fcndii : un fortin en gardait rentrée , et il était surtout protégé par ie tort vSaint-Elme, composé de quatre bastions, qui commandait aussi Collioure. Le Roussillon, pendant sa longue' période espagnole, avait beaucoup emiNronté du caractère des habitants de la Péninsule , et on était encore trop près du temps où il était revenu à la France, pour qu'il se ïdi déjà défait de ses vieilles impressions; aussi proposait-on alors, pour éveiller l'ardeur et reprit français dans cette partie du royaume, de réunir le gouvernement du Roussillon à celui du Languedoc. Voilà quel aspect présentaient les côtes de France sur la Méditerranée. Sur l'Océan , le premier port français, méritant d'être indiqué, que l'on rencontrât, en parlant de l'autre côté de l'Espagne, était Saint-Jean-de- Luz ; ce fut durant la guerre seulement que l'on commença à construire un fort et une batterie sur la côte, à une demi-lieue de Sihoiirgs, pour tenir en sûreté les bâtiments dans la rade et dans le f)ort (le Saint-Jean-de-Luz; auparavant, les ennemis pouvaient les y venir brûler impunément. Malgré la grande étendue de leur
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littoral, les anciennes provinces de Gasco'jue et de riuiennen'offraieiîl , comme à présent, que des ports trùs-peu nninbreux. Celui du Cap-Breton, qui rravait pas été sans jouer uu rùie lors des premières navigations luinlaines des Français, s'était presque entièrement ensablé. Il n'était pas jusqu'au grand port de Bayonne qui ne fût souvent menacé d'artéanlissement par suite des mouvements viuleiiis et capricieux des eaux de l'Adour; depuis qu'elles avaient été replacées dans leur ancien lit pnr I.unis de Foix, elles avaient ♦'ucore éprouvé plusieurs revuluiiuiis; se jetant vers le sud , elies s'étaient ouvert une route vers la cote de Biaritz, et les choses devait uL resler en cet état jusques assez avantdans le di\-liuilièiue siècle. Malgré cela, le port de Bayonne tint un rang (lusidérable à l'époque des «rrandes guerres m<ui limes du rèfzne de. Louis XIV. La contrée voisine lournissaitdes buis de eoustrucliou et île très-beaux nuUs que l'on eonservail dans des fosses, «(ù ils restaient enterres jusqu'à ce qu'ils fussent trans- . portés, à l»nî>t ou à Rochefort; celte proximité des matières premières invitait à bâtir de grands vaisseaux de guerre à Bayuiuie même , et , dans ce temps , on y en fit un de 68 pièçes de canon; mais la diflieullé (|u'il t'ul a francliir remboucliure de TAdour, entravée n! iNcomme aujMiiril hui [>ar une barre dans laquelle sera toujours k' plus grand obslacie a la prospérité et à rac€roiss*Mneut du port qui se trouve au-dessus, fut si grande, que l'on ne lunstruisit bienlAl pins h Bayonne que des frégates de i5 à 50 canons au plus. Bri\(uint: ( lait dès lors une plaee. de guerre de premier ordre, moins peut-être à cause de sa siiualion à peu de distance de la mer, que parce que c'était la seule >ille fortifiée que l'on rcnconlràl sur la route d'Kspagne à Bordeaux. Sous lu direction de Vaiîfmn, une superbe citadelle s'était élevée à la tète du pont de l'Adour: c'est celle qui donne en plein sur le port. Cette place avait, en outre, un* lorte enceinte et plusieurs réduits qui tous étaient, eonime le reste, bien placés, liien gardés et hérissés de canons. Par un ancien privilège, les bourgeois de Bayonne avaient droit de garder eux-inèuit s deux des trois portes de leur ville; les troupes du roi n'occupaient que celbî de Sainl-Lsprit. De l'Adour à la Gironde, la Tèle-de-Buch , au milieu des landes, sur le liassm d'Arcachon , était le seul petit pori l'un trouvât; il u avait pas été sans intérêt lors des guerres entre lu France et
l'Angleterre au moyen âge; mais il était bien déchu depuis, et c'était à peine ai Ton y prêtait quelque attention ; d*ailleurs rentrée du bassin d'Arcachon se présentait d'une manière tellement difQcile , que Ton n'ayait guère à craindre d'attaque de ce côté. L'embouchure de la Gironde, ou rivière de B(^eaux, était signalée de loin par la haute tour de Cordouan* construite sur un roc de tous côtés battu des flots; cette tour, qui sert aujourd'hui de phare, avait son gouverneur particulier avec une petite garnie son. Pour ne parler encore que des points fortifiés dépendants des anciennes provinces de Guienne et Gascogne , lorsqu'on avait pénétré à douze lieues environ dans le fleuve, qui présente en cet endroit une largeur de trois mille huit cents mètres, on rencontrait la petite lie du Paté , où Ton fit construire une batterie dans le cours de Tannée i 689, et que l'on garnit d'un nombre suffisant de canons pour empêcher, dans l'occurrence, les vaisseaux ennemis d'aller au delà. A quatre cents mètres en face on voyait, comme à présent, sur la rive gauche de Ui Gironde, le fort Hédoc; et, à quatorze cents mètres de l'autre côté, s'élevait la citadelle de Blaye, dont était gouverneur le père du fameux duc de Saint-Simon, auteur des Mémoires, en attendant que son fils lui succédât, ce qui eut lieu vers 1 69S. Si Ton venait à bout de forcer ce passage , on n'était pas encore mettre de Bordeaux, superbe ville dont la richesse et le commerce s'étaient accrus d'une manière prodigieuse, depuis que le canal du Languedoc en avait fait le grand entrepôt de la France entre les deux mers. Quoique d'origine, le château de Hâ et le château Trompette eussent été construits pour tenir dans le respect et la crainte les derniers partisans que les rois d'Angleterre auraient pu conserver dans la capitale de la Guienne, et qu'ils eussent été l'un et l'autre rétablis par Louis XIV , pour eidever aux Bordelais toute possibilité de révolte semblable à celle qui avait troublé sa minorité, ils pouvaient être d'un grand secours contre l'étranger; le chAteau Trompette, que l'on avait récemment perfectionné et transformé en une bonne citadelle de six bastions r était, par sa position sur U Gironde , le maître absolu du port de Bordeaux; on y entretenait sans cesse une puissante garnison sous tes ordres d'un gouverneur spécial.
La Saintonge avait dans sa dépendance la tête de la rive droite de la Gironde; on y voyait le petit port de Royan et la ville du
même nom, qui n'avait conservé, sous Louis XIV, aucune influence militaire. En suivant la côte de Saintonge, le petit port de Marennos se pr^entait k une demi-lieue de la mer, sur la rive droite de la Seudre , dont Ventrée était défendue par le fort Cbapus, depuis peu construit sur un rocher. Dans le gouvernement d*Aunis, Brouage, sur la Seudre, ne laissait pas de faire encore quelque figure comme place de guerre.
Dansce même gouvernement , la nouvelle création de Louis XIV, Rochefort, sur la Charente, fixait alors l'attention générale. On tenait ce lieu pour le magasin de l'Océan; on vantait la sûreté de son port qui, disait-on, n'avait point d'égale. L'tle d*01éron, toute héri^ de bancs et de rochers, couverte de batteries et ayant un château-fort, l'tle de Ré, également environnée de rochers et où s'élevait, avec d'autres fortifications, une citadelle, œuvre de Vauban, gardait le pertuis d'Antioche, une des avenues de Rochefort, aussi bien que de La Rochelle; 111e de Ré encore, le rocher de Lavardin et les fortifications de ia côte du bas Poitou ne défendaient pas moins le pertuis breton, une autre des avenues de Rochefort comme de La Rochelle; Tlle d'Aix où Ton avait construit un château-fort« une longue chaîne de rochers qu'il fallait côtoyer,, complétaient les défenses éloignées de la Charente, dont l'embouchure était protégée par l'Ue Madame, hérissée de fortifications de toutes sortes et par des forts qui croisaient leurs feux. C'était k deux lieues de cette embouchure que Ton trouvait le grand et magnifique arsenal de Rochefort avec sa fonderie de canons, ses ateliers où l'on faisait des voiles , des cordages, et en général tout ce qui est nécessaire à la construction et à l'équipement des vaisseaux. La ville ellemême était entourée de remparts; mab ils avaient valu une entière disgrâce à l'intendant de Muin, leur auteur inconsidéré, qui les avait fait construire à sa guise et sans prendre avis du ministre. Les vaisseaux de guerre étaient toujours en grand nombre À Rochefort où la profondeur de la Charente leur permettait d'être continuellement à flot, même dans les plus basses marées; mais alors, comme aujourd'hui , ils étaient généralement soumis à l'inconvénient de prendre ou de déposer leurs canons à 111e d'Aix, pour entrer dans le fleuve ou pour en sortir. C'était de Rochefort que partaient ordinairement les escadres qui aUaient aux îles
de TAmérique et au Canada, soH pour escorter les navires oiarchands de La Rochelle» soit pour porter les secours aux colonies françaises. Le séjour des officiers et la foule des artisans avaient accru et peuplé en peu d'années la ville de Rochefort d'une manière presque incroyable. Divers maîtres y enseignaient la sphère, la géographie, l'hydrographie, la navigation et la manœuvre.
k la même époque, et toujours dans le gouvernement d*Aunis, les fortifications de La Rochelle, détruites par ordre de Richelieu, étaient relevées sur les plans de Yauhan; mais le port de cette ville était devenu presque exclusivement commercial. Les projets que Ton faisait entrer dans Tesprit de Louis XIV contre les protestants, et qui ne devaient malheureusement pas tarder k éclater, menaçaient les Rochelais d'une ruine nouvelle , et bientôt Ton pourrait prévoir que , par suite de leur émigration et faute de soins , le canal étroit du petit golfe au fond duquel la ville de La Rochelle est placée, s'envaserait, et entraînerait l'entier dépérissement du port. Par suite de ces tristes projets que l'on méditait contre les protestants , toujours soupçonnés d'être de connivence avec l'étranger, déjà des précautions extraordinaires étaient prises sur toute l'étendue des cAtes de Saintonge, de Poitou, et particulièrement d'Aunis; on y fortifiait les garnisons des places ; on s'y tenait toujours en mesure de s'opposer à quelque surprise, au moyen de corps de garde étahlis dans des endroits avantageux et de sentinelles postées au sommet de plusieurs tours avancées pour signaler tout ce qu'on pounaH apercevoir en mer.
Le Poitou , y compris i'îled'Yeu et celle de Noirmoutiers, comptait neuf petits ports, dont le principal était celui des Sablesd'Olonne, où il ne pouvait entrer que des navires de cinquante tonneaux environ; la ville des Sables-d'OIonne était fermée, mais son château devait être prochainement démoli. Le long de la côte de Poitou, il y avait quelques fortin» et plusieurs batteries ; mais cette côte étant en général d'un accès assez difficile, on n'appréhendait guère qu'elle fût insultée ; d'aUleurs, elle ne l'eût jamais éié impunément, en raison des facilités que l'on avait d'y apporter des secours.
En courant la côte de Bretap;ne, depuis le Poitou jusqu'à Brest, on trouvait, après la haie de Bourgneuf, formée par l'Ile de Noir*
mouliers et la pointe de Saint-Gildas , Tembouchure de la Loire, que l'on avait dessein de défendre en fortifiant l'île du Pilier ; on commença une batterie sur ce point, et on devait y construire une tour; mais ces travaux furent peu après complètement abandonnés. Paimbœuf n'était alors qu'un amas d'hôtelleries et de cabarets pour les mariniers; les gros bâtiments ne pouvant pas remonter plus loin la Loire, depuis que le lit du fleuve s'était obstrué de phisicurs bancs de sable , on d/'chargeait en ce lieu les marcliandisos des gros bàtimenls de commerce, sur de légères et plates gabares, pour, de là, les conduire à Nanles. Cet inconvénient de rensablenient de la Loire, joint h son peu de protondeur naturelle à quekjues lieues à peine de son emboucliure, mettait la ville de ?«(anlcs à l'abri de toute attaque du côté de la mer; aussi n'oflrait-elle que quelques restes d'anciennes fortifications. Le commerce de cette ville était d'ailleurs extr^memunt florissant; cinquante navires allaient annuellement échauiicr (îes productions et des denrées avec le» des de TAmérique ; I erro-.Xeuve et le Grand-Banc étaient exploités par trente biiliini Mis ; d autres encore avaient des relntions Irès-activcs avec l'Espagne et If^ Ptirlugal qui étaient pour Nantes de grandes sources de pros[K riîé. La traite des nègres, cette honte éternelle des blancs, corauu urait aussi à être un moyen de fortune pour les armateurs de iNantes ; ( m ue l'avait autorisée en France qu'alors qu'elle existait déjà chez plusieurs autres nations européennes; elle avait pris do l'extension à fépoque de la création des compagnies des Indes; mais elle-^n'était point encore parvenue au développement effrayant que devaient lui donner, dans le cours du siècle suivant , les marins de Nantes en particulier. La pointe du Croisic, hérissée de rochers qui rendent l'entrée du port du même nom irès-ditlicile, présentait, dans l'occasion, des travaux passagers qui, avec la nature du lieu et le courage des habitants, suffisaient à sa délensc. Avant d'arriver à la côledo Bretagu»;, de la pointe du Croisic i\ la prf*»;(ju'île de Ouiberou, i'euiitaiu trouvait, à qtielques lieues eu mei, et comme poste le plus avance, lîello-Islc, (pie finfiirhiné surintendant Fouquet, prédécesseur du iirand Colhert aux iuuuices, avait l.iil fortifier, pour son propre conqjte, dans le vertige de sa prodigieuse, mais éphémère fortune. Louis XIY n'avait point encore mis de gouverneur dans
c«Ue place, dont le marquisat revint aux enfants du surintoidaat frappé d'une captivité perpétuelle; mais il y tenait une imposante garnison sous les ordres d'un commnndant spécial. Pendant le cours de la guerre, les petites lies de Hédio et de Houat reçurenl des tours et des fortins pour la protection de la côte de Vannes. Au port de Vannes, appelé aussi Morbihan, situé au fond du golfe de ce nom, il ne restait plus, depuis des siècles, qu'un grand souvenir maritime : celui de ces habiles et redoutables Vénètes qui avaient un moment tenu en suspens lafortune deJulesCésar. Le canal couvert de roches par. lequel on pénètre dans ce port ne permettait le passage qu'à de trop faibles navires, pour que Vannes pût continuer à tenir nu rang dans Tétat de la marine moderne. Hais, après le golfe du Morbihan et la presquilede Quiberon, le Port-Louis, connu jusqu'à Louis XUIsous le nom de Blavettqui est encore celui de la rivière el de la baie vers l'entrée desquelles il " est situé, laissait voir, sur la pointe d'un rocher terminé par un large plateau, sa citadelle, œuvre du règne précédent, qui, avec le fort de Kernevel construit en face, défendait puissamment la baie où le grand arsenal maritime de Lorient devait être fondé, mais seulement dans le siècle et sous le règne suivants. Les magasins de la compfiL^nip des Indes plaoés au fond de oette baie étaient ainsi à Tabri de toute insulte.
Enûn , vers la pointe de la presqu'île armoricaine , c'étaient la rade et le port de Brest qui devaient leur grandeur présente à Dnqtiesne et ?> l'intendant de Seuil. Seignelai s'intéressa d'une m;init're toute particulière à l'accroissement de Brest, qu*il vint visiter vers ce temps. Dès Tannée 1G77, on s'était occupé d'ajouter de nouvelles l'ortilicalions à celles précédemment faites ; mais ce travail n'avait aucun caractère suivi, quand on soumit uu nouveau plan de la vi!!e à Vanban qui l'approuva en le rectifiant, surtout en ce qui concernait la ligne des fortitications. Pendant que, de 1080 à 1682, on construisait les quais de Ponlaniou, les magasins des bois et de la mâture, d'autres magasins encore, les biitiments de rarlillerie, édiliccs magniiiques qu'un incendie devait dévorer en 1832, on comni- nc ait un système de défense et de fortifications durables et ap[)roprié à 1 imporlance nouvelle du lieu. Vauban vint à Brest, au commencement de Panttée 16^3, pour y exammer la situation des travaux. Les murs
de TeDceintedu côlé de la ville s^élevaient alors à la hauteur du cordon; ceux du côté de Hecouvrance allaient être mis en train. Yauban rendit les abords du château plus dîffîcii^ en faisant tailler à pic le rocher sur lequel il est assis, et en établissant une batterie au pied. Il voulait que les points qui dominent de l'un et l'autre côté du port, fussent couronnés par des forts dont il tniça lui-même les plans; mais le défaut d'argent y fit obstacle. On se borna à élever, au-dessus du cordon, du côté de Brest et du côté de Hecouvrance, un mur crénelé là où, en 1755, on devait construire un parapet. Yauban s'attacha beaucoup aux batteries de la côte et à celles du goulet* Le fort de la pointe du Camaret et celui de la pointe de Berlhaume servaient d'uvant-garde à Brest et défendaient ses avenues en cas de tentative de descente. L'entrée du goulet, long et étroit chonal par lequel on pénètre dans la rade, était défendue par une loiir garnie de canons de gros cahbre , et par plusieurs batteries admirablement disposées par les soins de Vauban; si, par une fortune peu supposable, on avait passé en vainqueur ce détroit, qui se protégeait presque suffisamment de lui-même, on n'était point le maître de la rade, magnifique baie de sept à huit lieues de circuit , capable de tenir à l'aise jusqu'à cinq cents • vaisseaux de guerre; on y trouvait des batteries dressées de tous côtés; enfin, la rade soumise, restaient à enlever le port, la ville* entourée de murailles, et la citadelle bàlic sur le rocher. Ainsi, ap^^s avoir pris le Camaret et le redoutable fort Herthaume, forcé le goulf't , éteint les feux des batteries de la rade, l'ennemi aurait pu trouver son tombeau jusque dans le port et sous les remparts de Brest.
Il y avait un fortin à la pointe de Saint-Mahé ou Saint-Mathieu, et l'entrée du port du Conquet était commandée par deux forts. T'île (rOuessaiit, à cinq lieues de là en mer, grâce à ses bords escar[)és et aux écueils qui l'eavironneut, n'avait besoin que de peu de secours.
Passant ensuite à la côte nord de Bretagne et s'engageanl de rAtlauti(jiie dans In Manche, on trouvait l'île de Bas. .ivfr un fort (jui couvrait la rade de Rascof et, par stïile, le petit port de Saint-Pol de Léon; ce port, la rivière, et en gén(''ral la baie de àlorlai) avaient, pour se garantir» le château du ïaureau. De la
bo!(s de Horlaix i la hm de Saint-Brîeuc, de même que de la baie du Conquet à ceUe de Morlaix, on dressa plusieurs baU teries et OQ éleva quelques fortins sur les points abordables de la côte.
Les ports de quelque importance sont malheureusement et forcément trop rares sur les côtes de Bretagne, Surtout le long de la côte nord : de Brest à Saint-Malo, on n'en rencontrait véritablement aucun qui méritât de fixer Tattention, si ce n*était par les souvenirs. Mais Saint-Halo , d*où partaient en temps de guerre tant d'intrépides corsaires, suffisait^ dans ces parages, pour terrifier l'Anglais et lui rendre respectable jusqu'à la marine des armateurs particuliers de France. Aussi l'Anglais devait-il, à plusieurs rei»tses, tourner tous ses efforts, toute sa rage désespérée contre cette sorte de nid d'aigles océaniens, d'où l'on s'^lan-* çait sans cesse et à l'improviste sur lui comme sur une proie à dévorer; Mais le nid était bien protégé. Le fort Royal, le petit Bé, le fort Herbois et la Couchée étaient là sur des rochers dans la mer, comme les sentinelles avancées de la rade, du port et de la place. La Couchée surtout^ remarquable, ouvrage, présentait une véritable citadelle assise sur un roc inaccessible. Ce n'étaient pas là les seuls forts qui défendissent Saint-Malo, et le vieux château lui-même de cette ville, quoique remontant au quinzième siècle et au delà, pouvait êU:e encore un obstacle à redouter. Au nombre des grosses tours qui le flanquaient, s'élevait toujours celle que la reine Anne avait fait construire à rencontre d'unévêque récalcitrant, avec cette inscription : « Quic en groigne ainsy sera, ic'est mon plaisir. » L*inscription , devenue le nom même de la lour, aurait pu être prise pour la devise de Saint- Malo et de ses habitants : quoiqu'on grognât, ils allaient toujours en course , c'était leur plaisir.
Dans la Manche, en général, la nature s'est montrée extrêmement avare de bons ports pour la France; tlhudis que, de l'autre coté, elle s'en est montrée prodigue envers l'Angleterre. Miiis l'art, du moins et la main de Thomme auraient dû, dès lors, autant que possible, y suppléer la nature. On a remarqué avec raison que si Louis XIV, avant d'entreprendre quelque expr lilion dans la Manche, eût fait creuser un port à Cherbourg DU La Uougue , pour y recevoir des vaisseaux de ligne, il se fût
épargné uQ trop mémorable désastre. La côte de Normandie était, à cet égind, plus dépourroe encore que la e6te seplen-* frionale de Bretagne, où Ton ne trooTait pourtant que Saint- Malo , dpnt le port entouré de tant de récils, si tourmenté par la violence des courants, et d'ailleurs à peine tenable en hiTer, ne peut, non plus que la rade, servir d'asile qu'à des vaisseaui d*un certain échantillon. Dans la baie que présente le point de jonction des côtes de Bretagne et de Normandie, le Mont*- Saint-Michel laissait voir, au milieu des grèves mouvantes, son sourcilleux et gothique chAteau, tout plein des souvenirs du moyen âge^ on pouvait, dans l'occasion, utiliser les fortifications dont est entouré, par sa base, ce mont d*un abord toujours si dangereux. À une demi-lieue de là , et sur la même grève, mais plus solitaire encore, s'élevait, tour à tour terre ferme ou Ilot, sdon Tétat de la marée, le mont Tombelène, au sommet duqud Philippe-Auguste avait placé un fort pour la protection du Mont-Saintp-Hichel. Le surintendant Fouquet, dernier gouverneur de ce fort, l'avait fait réparer plusieurs siècles après; mais, en 4669, sur un ordre de Louis XIV, Tombelène s'était vu arracher tous ses remparts féodaux , et avait cessé de montrer autre chose que ce qu'on y distingué encore : quelques décombres sur un roc aride et désolé* Louis XIV avait aussi fait ruiner en grande partie les fortifications de GranviOe, place de date très-récente pourtant, et que sa situation au sommet d'un rocher battu de trois côtés par la' mer avait rendue plus d'une fois un objet de convoitise pour l'ennemi. Les lies de Jersey, Guernesey, Gers et Aurigni étaient toujours sous la dépendance des rois d'Angleterre, comme pour leur rappeler que leurs prédécesseurs avaient longtemps possédé, en qualité de vassaux des rois de France , une partie du continent voisin, et qu'ils en avaient été chassés. En face de Jersey était le petit Port-Bail, avec son botfrg, où se voyaient quelques murailles et un fort. Puis, vers l'extrémité de la presqu'île du Cotentin, entre le cap de La âague et celui de Barfleur, venait Cherbourg au fond d'une baie dont les avantages étaient bien loin alors d'être appréciés comme ils Font été depuis. La ville et le port de Cherbourg, qui avaient tenu un si haut rang au moyen Age, surtout Im des grandes querelles avec l'Angleterre, étaient singulièrement dé*
; chus. r<'tnit ;'t peine 8Î Ton en parlait, quand, en 1687, sur la proposiiiuu <ie Vatiban , on se mit en devoir (]•■ forliOcr la ville à la moderne et d'augmentersonenceinlR, en mciiie temps que Ton projetait, sur ce point, la création d un bassin considiVable. Les travaux furent poussés, en 108s, jusqu'au premier cordon dos nouvelles murailles. Mais la izuerre sans doute vint interrompre toutcela, et l'année 16Ô4 n rtaif pas flnie, que, par un revirement inattendu dans la mamèi « dt' voir, non-seulement onsarrifia les travaux nouvellement entrepris, mais encore les aticiunnes fortifications. On détruisit Ih vieux et inli rcssanl château qui défendait l'eiilrec du port, ol ses décombres , [iièli s de médailles grecques et romaines, serviront seulement a t(''moip;iitT de l'antiquité de ses premières fondations et de t elle de la ville mènir. Près du cap de Barûeur, longtemps on avait vu un des bons ports de Normandie; c'était là que Guillaume le Conquérant et ses successeurs avaient souvent fait leurs grands armements; il n'était point inutile que la tradition et l'histoire en témoignassent : car il était difficile de reconnaître l'ancien pori de Harfieur sous ses encombrements. La presqu'île du r.dicniin fournissait aussi la baie de La Uuugue qui, bien qu'entièrement ouverte à l'est et au nord-est, passait pour la meilleure de la Manche; il y avait de grands piM^ N pendants au sujet de La llouguc, apjtoîé aussi La llogue ci .Siiinl-Waast de La Housrue, bourg, rade ouverte, port et cap de la biisse Normandie , (pui ne faut pas confondre avec le cap de La Ha<:ue, situe à neuf lieues onost-nord-ouest de lui et h quatre liuues et quart nord-ouest de Cherbourg; mais l'exécutiun des plans que ion formait sur LiHougue devait être par malheur ind('fini?nent remise. Toutefois l'endroit était assez biendétiMidii : l'Ile ou tour à tour presqn'iio de Talhiou , qui en est voisine , avait une tour crénelée et retranchée par un mur de clôture avec un fossé: dans ce tempslà même, on édifiait, attenant au port de La Hougue, un fort également retranché et rendu inaccessible par les rochers qui l'enveloppaient ; enfin, dn côté du sud, àTixtirmité de ce fort, une batterie de dix-huit pièces de cnnon, celle de la Pointe, <léfendait la rade et Tentréo du port de La Hougue. Le BessiniXormand, situé au fond d'un golfe, avait eu autrefois .son port, dû à Louis d Uarcourl , evtque de fiayeui ; mais, à sa place, ou
m HISTOIftE MABITÎMR
ne trouvait plus qu'un nuirais; iiL-aiiuioiiis, comme les naviu -; abordaient encore dans Vixnsc. ou à la bonche du Purl-cii-lîcs ;: , on a^aiL élevé de ce côté un forliu. Puis, apn'-s avoir vu Itlauf iiii' le long de la côte les rochers du Calvados, remparis soulevas par !a nature ; nprt's avoir laissé en arriùre rembouchure de l'Orne et celle de la Divt* , rivières qui avait*nl reçu des flottes au moyen âge, mais qui maintenant n'auraient pu donner refuge à un seul vaisseau de guerre, on trouvait rembouchure de la Touques, avec le bourg, le clidteau-forl et le port déjà })lus qu a deaù comblé, auxquels celle rivière a donné son nom.
Plus loin , c'était la Seine, doiiL ia vastt^ cndKiucluire promet tant et tient si peu, en raison des alluvions et dus courants d'eau nombreux et sans profondeur qui rendent bientôt la navigalion de ce lleuve si diiiicile. Doux ports de mer, llonfleur, sur la côle de basse Normandie, et le H.ivre, à la pointe du pays de Caux, se présentaient, comme aujourd'hui, à rentrée de la Seine. On démolit, en 1G84, une partie des premières t'urlilicalions d*Honfleur, qui se voyaient encore intactes sons le règne de 1 ranrois I"; celle deslrnction eut pour but (i"augmcnter le bassin" du port, et de faire des fossés de la ville une retenue pour les eaux^ il ne resta plus à llonlleiir, du côté de son port, que deux vieilles tours, l'une ronde et Tautre carrée; cette petite place , ainsi démantelée, conserva pourlanl encore un gouverneur et une garnison. De l'autre côté de la Seine, Harfleur, autrefois regardé connne le boulevard de la France contre les agressions de rAngleterre, avait baissé, s'était éteint, à mesure que le Havre s'était élevé, avait brillé; ses murailles, ses fortilicalions , jadis si glorieuses, étaient rasées; dans son port comblé il n'entrait plus ({ue des barques, et les troupeaux paissaient là les vaisseaux avaient ancré. Mais c'était en avant d'IIarfleur que s'élevait la ville iparitime qui avait remplacé ce port anéanti et ceux , également disparus sous le galet, de Leure et de Cbef-de-Caux , lesquels avaient eu aussi leur temps et leur importance.
Le Hâvre , comme la plupart des ports français sur la Manche, manque de rade immédiate; mais il y en a deux à peu de distance : la grande, à une lieue et demie du port et à l'ouest-sud-ouesl du cap La Hève, permettait aux armées navales d'y mouiller et d'y rester plusieurs jours en sûreté; la petite» située a une
DK I UANCIi. * 337
derai-liciir du port, ne convenait, comme à présent, qu'aux médiocres navires. Le canal d'Harfleur que Vauban avait fait naguire creuser, à la fois pour repousser le galet et pour grandir l'importance commerciale du llavre, ne fui pas suffisamment entretenu par ceux qui étaient préposés à sa conservation, et un éboulement de terre le combla un peu au delà de Cravillc. Néanmoins le Bassin- Royaldu H<4vrc, le! qu'on l'avait rélubli quelques années auparavant, pouvait toujours recevoir vingt-cinq à (rente bâtiments de guerre, parmi lesquels ceux de (iO canons. Les fortiOcalions du Hiîvre , dont on devait avoir dans le sircle suivant le tort immense de détruire la partie la plus importante, la citadelle, étaient telles qu'il convient à une place maritime de premier ordre, qui non-seulement était un des cinq grands arsenaux, mais encore, à elle seule * un des grands gouveruemeaU militaires du royaume.
Le gouvernement général militaire du llLivre-de-Grclce avait été distrait de celui de Normandie, et comprenait les gouvernements particuliers du Hd^Te, d'Harfleur, de Fécamp et de Monlivilliers. Comme îe Hâvre était le seul port sur la Manche où l'on pût alors armer une flotte, et qu'on le savait, pour cette raison, en butte aux projets hostiles de l'Angleterre, on ne négligea rien pour ajouter de nouveaux travaux de défense à ceux q\ii (.liiiau ut des règnes précédents. Mais pendant que l'importance militaire du Havre s'accroissait , sa richesse commerciale diminuait; quand on y arma un grand nombre debàtiîTif^nls de guerre, on en vil sortir beaucoup moins <lv bâtiments marcliands pour le Levant, les Indes, et surtout pour le banc de Terre-ïNeuve qui, eu temps de paix, occupait plus de ceut navires hAvrais.
Étretal, avec un fort, Saint- Valery-en-r, uix , avec une tour et quelques b literies, étaient de peu d'importance. Dieppe, (pii devait avoir tant îi souffrir des rigueurs de la prochaine guerre avec l'Angleterre, était défendii par des fortilications irrégulières, comme celles de sonciiàleau situé sur une hauteur au bord de la mer; son port, où Ton pénétrait par un chenal bordé de deux jetées avec des bastions, n'était accessible qu'aux bâtiments marchands et aux frégates légères, et les gros vaisseaux ne pouvaient passer la grande rade ou plulOt i'aose de Dieppe, quoi-
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qu elle fût réputée hoQoe. Le éport était à l'état le plus entier
d'insignUiance.
Dans les deux gouvernemenls de Picardie et de Boulogne, Saint-Valcry-sur-Somme, avec une enceinle de peu d'obstacle, AJjbeville , place assez forte, mais porl misérable, Étaples, avec une eiiceiiile, Monlreuil-sur-Mer, Time et l'autre sur la rivière deCauchc, n'offraient plus, sous le rapport maritime, qu'un faible inlcrct; Abbeville seul avait conservé une importance miblaire. Boulogne, à rembouchuredo la Liane, n'ayant point encore le bassin qu'un y a creusé depuis, passait pour le plus détestable des mouillages; les bâtiments de quelque tonnage s'arrêtaient à la rade Saint-Jean ; la [•Ince avait perdu drpuis longtemps ses plus vieilles fortifications, saut toutefois son château •qui datait du treizième siècle ; un nouveau système de défense venait d'être appliqué à la baule ville, i l'un des angles de laquelle s'élevait ce rliâlcau; la basse ville, de nombre de siècles postérieure à l'autre, était i\ peu près dépourvue de défense. Ambleleuseet Wissant, dans le détroit de Cninis , fixaient, à cette époque, ratlenlion de Louis XiV ; on hésitait entre ces positions maritimes pour faire d(' Tune des deux un puri considérable; Ambleleuse allait l'emporter, mais pour peu de temps : car, lorsqu'on eut mis la main à l'œuvre et que déjà les travaux se développaient sur une assez grande édielle, les eaux d'un grand étang que l'on avait formé dans le but de nettoyer le port , n'ayant point montré, à cause du circuit, la force nécessaire à cet usage, l'entreprise fut abandonnée. Des batteries défendaient Ambleteuse, Wissant et Sangatte; le Ci\[) Grisnoz avait un fort. Calais, comme port de mer, avait vu singulièrcmcut dcchoir sa vieille réputation ; mais c'était toujours une pUu e c onsidi'rable, aux fortifications anciennes de laquelle Vauban travaillail à eu ajouter de nouvelles. Ce grand iii'j»'nieur avait imaginé un plan pour rendre au port de Calais l'inthience que sou lieineuse situation lui méritait; il avait projeté de remédier aux incuivénieuls des ensablenit iils et (les envasements cniuinuels, hihh qu'au mauvais étal des jetées, en pruloiigeanl i:rllt h-ï"i de mille à douze cents mètres jusqu'il.) basse mer, en rétablissant des quais et en coLStrui^anl quatre écluses sur une même ligne, î\ travers le porl, vis-à-vis de la citadelle» commencée en luiio, aprcs l'cxpulsioa des An-
glais, et qui, défendant la ville du côté de Toccident, offrait comme elle Taspect d'un carré long ; mais la crainte.de nuire à Dtinkerque, qui coûtait alors des sommes immenses à l'£tat, fit négliger les plans de Vauban pour le port de Calais.
Dans la Flandre mari^me, que les armes de Louis XIV venaient de rendre & la France > Gravelines, près de Tembouchure de TAat quoique ville fortifiée, ne présentait qu'un port de pê« cbeurs. Mais Dunkerque, où l'on apercevait encore la trace d'une vieille enceinte datant du quatorzième siècle, et où Ton venait de démolir un château bâti par ordre de Charles-Quint, en 453S, pour la défense de l'entrée du port, devenait, par les travaux immenses qu'on y Insait, la première place maritime du royaume. On savait quelle prédilection Louis XIV avait pour Dunkerque, dont il venait de lure un gouvernement particulier; aussi se plaisait-on à lui rappeler que la maison de Bourbon, alors même qu'elle n'aspirait point encore au trône de France, avait ilevé des prétentions sur Dunkerque , par opposition & Maximilien d'Autriche qui, d'ailleurs, ne s'en était pas moins emparé (I). C'était à Vauban que Ton avait confié le soin de rendre imprenable une place si chère au cœur du monarque. Dunkerque était le premier grand ouvrage de Timmortel ingénieur dont le nom se rattache sans cesse à la marine, et ce premier ouvrage était un chef-d'œuvre. Dès l'année 1665, on avait commencé d'importants travaux à Dunkerque; mais c'était en 4671 seulement qu'ils avaient été poussés avec une puissance que l'on peut appeler gigantesque : trente mille hommes y avaient été employés. Les historiens contemporains disent qu'il serait difficile de croire combien il y eut de nouveaux ouvrages élevésà Dunkerque, et du côté de la terre et du côté de la mer ; combien de bastions revêtus, changés ou refaits. La citadelle fut perfectionnée, le Fort-Louis achevé. Les travaux de la place étaient habilement combinés avec ceux du port. Celui-ci devait tout & l'art, mais l'art s'y était épuisé en prodiges, et avait lutté contre la nature de manière à en triompher jusque dans les moindres détails. L'entrée du port de Dunkerque était fermée par deux jetées d'admirable charpente qui s'avançaient à deux mille mètres dans la mer, et dont les approches étaient défendues par de superbes batteries et deux forts presque inattaquables. Ce port artificiel se prolon-
mSTOiRE; MARITIME
geait dans la ville, en changeant sa direction du nôrd-nord-esl ' au nord-ooest, et, dans ses contours, il offrait une étendue d'environ quatorze cents mètres. On entrait de 1& dans un bassin, en passant par une porte voûtée d'environ quatorze mètres d'ouverture. C'était un magnifique arsenal muni de tous les bAtiments nécessaires à la construction et ù l'armement de quarante vais* seaux de guerre tels qu'on les faisait alors. On avait réuni toutes les eaux affluentes dans plusieurs canaux , pour se procurer des chasses capables de nettoyée un port d'une aussi grande Ion* guear. Le canal de Vergues, propre à porter des bateaux, s'y jetait par une écluse double, dont l'effet se faisait sentir à plus de trois mille mètres. Le canal de la Moëre et celui de Fumes avaient un succès égal. Leurs efforts réunis opérèrent si merveilleusement, qu'en moins de dix années le port et Tavant-port de Dunkerque furent creusés de cinq à six mètres. Pour élargir l'espace, on avait rasé plusieurs dunes dont les sables étaient naguère encore poussés par les vents dans les canaux et les fossés. Louis XIV lui -môme avait voulu venir admirer de ses yeux tout ce que le génie de Yauban inventait en ce Ueu, particulièrement ces deux fameuses jetées fortifiées , connues sous le nom du Risban de Dunkerque , que cet ingénieur avait fait bdtir si loin dans la mer, et qui rendaient inattaquables la citadelle et le port. C'est de \h , c'est du port de Dunkerque que devaient sortir, dans la prochaine guerre, des armateurs qui emporteraient à l'ennemi pour dix-sept millions cinq cent trente-trois mille livres de rançons et de prises claires et nettes, sans compter d'autres détails regardant plus particulièrement les matelots ; de telle sorte que ce même ennemi serait obligé, pour se garantir de plus grands dommages , de faire garder ce port par une flotte de trente vaisseaux avec des frais immenses; et encore n'en empèclicroit-ii pas les armateurs légers de sortir à sa vue môme , et de lui en- • lever ses bâtiments. On comprend qu'une telle ville, qui comptait presque autant d'intrépides marins que d'habitants, et qui, dans ce temps-là même , possédait Jean Bart, ait été, dans un jour de revers pour Louis XIV, en butte à toutes les haines, À toutes les vengeances do l'Anglais, impuissant à la réduire autrement que par voie indirecte. La rade et la fosse de Mardick étaient encore des acquisitions maritimes de quelque importance
déjA, et susceptibles de grands développements fort inquiétants aussi pour les ennemis. La Flandre avait apporté à la France uiie population admirablement propre à la mer; le long de cette côte qui se prolongeait, à travers les dunes, jusqu'à Nieuport, en avant de Furnes, tout homme était matelot.
Nombre de petits forts que Ton n'a pas nommés, de batteries et de corps de garde, protégeaient encore sur les deux mers le Ulloral français, pour lequel un admirable ingénieur avait fourni un système général de défense.
On peut d'autant moins s'abstenir de dire iei quelques mots du personnage illustre à qui les frontières maritimes, aussi bien que les frontières continentales du royaume, ('taient redevables de leur force et de leur puissance nouvelle, et de la protection dont elles couTiaient le pays entier, que, dans ce temps, les ingénieur» militaires partageaient leurs travaux entre le progrès naval et les canalisations d'un côté, et les sièges et les forliiicalions di; Fautre : c'est ce qu'indique clairement la carrière si féconde de Vauban. Né en 4633, à Saint-Léger^de-Fourches, près de Saulieu , en Bourgogne, Sébastien Le Presire de Vauban fut un véritable fils de ses œuvres. Son père, mort au service, lavait laissé sans autre ressource qpie ses propres mérites. La terre de Vauban avait été mise en séquestre, et l'enfant qui devait immortaliser ce nom avait dû s'estimer bien heureux encore d^être recueilli par une personne charitable qui lui enseigna la lecture, l i f riture et quelques éléments de mathématiques. L(- jeune Vauban n'avait point accepté ces bienfaits sans croire qu'il les ddi payer, noHrseulement de reconnaissance, mais encore de tout ce que ses forces lui permettaient de travaux, si pénibles qu'ils fussent; et jusqu'à l'âge de dix-sept ans, on l'avait vu, rude compagnon de peines, se mêler à tous les exercices, à toutes les fatigues d*une ferme , maniant lui-même la fourche et menant les chevaux à FabreuvoÛT. Dans cette vie rustique, il avait puisé un généreux désir de soulager le peuple, qui le préoccupa jusqu'à son dernier jour. Mais un matin son génie l'éveille, il bii montre toute une suite d'aïeux qui étaient morts au champ d'honneur, onze de ses parents vivant encore et tous portant Tépée. La tète du jeune homme travaille , s'échauffe; il se lève, et il part furlive* ment , pauvre» dénué de tout, sans regarder en arrière, de peur
m HISTOIRE MARITIME
qu'un regard de reproche , qu'un souvenir ami iio le rappellent, il semble seul, mais son génie le conduit auprès du grand Condé qui l'accueille aussitôt dans un rt^giment. L'école du héros lai profila; devenu asscz vile officier, Vauban fait marcher de pair l'étude et les armes , il combat et réfléchit. Ce qui lui semble le plus difficile, le plus abstrait dans l'art militaire, est ce qui lui sourit le plus; il n'apprend pas tant qu'il ne devine la science d'assiéger et de défendre les places. Déjà et de lui-même le cadet de régiment est devenu ingénieur; son courage d'ailleurs égale son habileté : on est toujours ràr de le rencontrer à la brèchOt dans l'endroit le plus périlleux, et il continue de s'instruire en répandant son sang par vingt blessures aussitôt rouvertes que fermées. On dut à sa direction la prise de presque toutes les places de la Flandre; mais on lui dut plus encore, le moyen de les conserver. Il en fut de même dans d^autres provinces : siège dirigé par Vauban, signifiait ville emportée; ville fortifiée par Vauban , signifiait place imprenable. On n*a pu dire qu'une laible partie de ce qu'il a fait pour lee places maritimes, pour les ports, pour les côtes de la France ; on le retrouve du port d'Anllbes qu'il ranime, à CoUioure et à Port-Vendres qu'il protège; depuis le fort d'Andaye, qu'il élève pour battre l'embouchure de la Bidassoa»jusqu*àla superbe place de Dunkerque, son coupd*essai, comme on i*a vu, et son chef-d'œuvre. Il n'est pas de villes maritimes, pas de ports de quelque valeur existant sous Louis XIV, auxquels il n'ait mis la main. Ët si Ton eût pu exécuter tous ses grands projets» que de bons ports, que de belles phiccs marilimes la France posséderait de plusl Du moins en a-4-il fait ou sauvé tant qu'il a pu. Aujourd'hui encore, quand on parle de quelque amélioration, de quelque progrès dans ce genre, c'est TOs ses plans qu'on se reporte. Souvent on le voit entrer dans le conseil des constructions navales, et l'éclairer de ses idées. D est de ceux que les talents naissants n'effraient point; au contraire , il les cherche il les pousse en toute circonstance. Il défendit et soutint àvec chaleur Petit-Kenau et ses méthodes nouvelles. Il se fit aussi Pappui d*un jeune officier de marine , Barras de La Penne , qui portait ses savantes études sur Part ancien et moderne de la construction dt's - titres, et qui essaya par mille efforts de relever le crédit chancelant de cette famille de hâtiments. La naTigalion
Uigilizeo by LiOOgle
intérieure du pays n'occupa pas moins Vauban que ta navigation exiérieure; il n*e$t point un canal de France, en vigueur de son temps, qu'il n*ait ou fait, ou amélioré , ou perfectionné; et quant aux canalisations demeurées à l'état de projet, il n'en est guère , comme pour les ports exécutés après lui ou à exécuter encore , dont on ne puisse dire : c'était un plan conçu et dSlveloppé par Vauban. les grandes routes, les ponts, la salubrité des viUes et des campagnes, entraient dans ses vues et dans ses travaux; son regard et sa main se portaient naturellement sur tout ce qui pouvait ajouter à la grandeur et à la prospérité du pays. Un violent amour du bien public le possédait , et il semblait qu'il eût à coeur de faire contre-poids par des œuvres durables d'humanité à ce qu^eiigcait de son génie Fart destructeur de la guerre. Ce qu'il appelait ses IcHsîrs, ses oisivetés, était encore un grand et utile travail: c'est alors, entre un assaut et une défense de places, qu'il écrivait sur la marine, sur la course par mer en temps de guerre^ sur le commerce , sur la culture des forêts , sur les colonies fraih çaises d'Amérique, sur les finances, sur l'impôt, enfin sur tout ce qui se rattachait, par quoi que ce iùt, à l'iStat, à la nation* Yaste génie , le plufr complet peut-être , stratégiquement par-* lant et gouvemementalement aussi, on peut l'avancèr sans trop de témérité, qu'ait produit un règne où les génies abondaient. Homme grand entre les plus grands, qui concevait tout, et avait en lui les moyens d'exécuter tout ce qu'il concevait. A l'époque ot l'on en est de cette histoire, Vauban, après avoir passé par divers grades dans l'armée, avait succédé au chevalier de Cler* ville en qualité de commissaire général des fortifications de France ; il ne devait avoir le bâton de maréchal qu'en 4703. D'ici là, on le verra encore rendre de signalés services, particulièrement dans les provinces maritimes dn royaume $ et quand la mort le frappera, en ^07, c'est de lui que l'on dira : < H a travaillé àtrois cents places anciennes, il en a fait trente-trob nouvelles, il a eu la conduite de dnquante^rds sièges, et s'est trouvé à cent quarante actions glorieuses.
Les côtes du royaume, tant sur la Méditemmée que sur l'Océan, formant un tout sous la direction du ministre de la marine, se divisaient d'abord en deux départementsprincipaux : la vice^unirauté du Ponant et la vice*amirauté du Levant, ayant ou devant avoir
chacune son intendance généiale. EUes se subdmsai^t ensuite en dnq arsenaux ou départements de marine, ayant chacun son intendant, à savoir : le département de Dunkerque, embrassant les côtes de Flandres et de Picardie; celui du Hâvre, embrassant toutes les côtes de Normandie; celui de Brest, avec toutes les côtes de Bretagne; celui de Rochefort, duquel dépendaient toutes les côtes depuis la limite de Bretagne jusqu'aux frontières d'Espagne ; et celui de Toulon > qui s'étendait sur toutes les côtes françaises de la Méditerranée. Rigoureusement, le port de Marseille pouvait être considéré cemme un sixième arsenal ou département de la marine ; car, outre le général des galères, on y avait mis un intendant spécial pour les quarante galères qu'on y entretenait toujours. Un règlement de Colbert, du 6 octobre 1674, pour la police des arsenaux maritimes , désignait trois officiers spéciaux pour chaque port : un capitaine, un lieutenant et un enseigne de port, qui avaient le commandement des gardiens des vaisseaux et du port, le soin de la conservation et de la sûreté des vaisseaux; celui d'envoyer reconnaître les bâtiments en vue du port et de la rade pour éviter toute surprise , et d'autres occupations encore trop longues à énumérer. Ces officiers étaient placés sous la surveillance de l'intendant ou de ses délégués, considérés aussi, en général, comme officiers de port. On conçoit que Colbert, au moment de ses fondations et de son organisation, ait donné une grande importance et un pouvoir fort étendu à ce que l'on pouvait appeler les officiers d'admimstration et leor ait souvent soumis les officiers militaires.
Outre les subdivisions en cinq ou six arsenaux dont on a parlé, il en existait encore deux, Tune juridique, en sièges généraux de Tables de marbre de Vamirauté, dont le principal était à la TaMe demorbre du Palais ^ à Paris, et en sièges particuliers ressortissant aux Tables de marbre; l'autre en quatre-vingt-dix capitaineries, plus tard portées à cent douze , ayant chacune ses compagnies de milices gardes-côtes, formées des habitants des paroisses voisines de la mer.
te tribunal de la Tabie de marbre connaissait de tout ce qui concernait Tamirau té, de toutes les discussions qui pouvaient naître touchant les bâtiments de mer; de leur affréicment, des prises, des bris, naufrages, jets, avaries; des droits de congé et autres
appartenant à Tamiral ; des pioches, pôchcrtes; des dommages faiu aux quais; des pirateries , désertions dV;quipages, et généralement de tout ce qui était dépendant du fait de la mer. tant en première instance que par appel des jugements des sièges particuliers d'amirauté qui étaient établis dans les ports du royaume. Cette juridiction de l'amirauté se composait d'un lieutenant général, d'un lieutenant particulier, de quatre conseillers, d'un procureur du roi , d'un greffier, d'un premier huissier, etc. Tous ces officiers étaient pourvus parle roi , sur la nomination de l'amiral. Les officiers de la Table de marhre, premier tribunal maritime
• du royaume, étaient officiers de robe et d'épée. Comme officiers de robe , ils jouissaient de plusieurs privilèges attachés à la haute magistrature ; comme officiers d'épée, ils îjpparlenaient à la grande gendarmerie : un édit du 4 mai 1G37 leur en attribuait toutes les prérogatives ; ils avaient le droit de porter le grand uniforme de la marine. C'est à eux exclusivement qu'il apparlenaitde connaître des causes des étrangers. Les jugements de la Table de marbre, comme ceux des amirautés inférieures et des juridictions consulaires, condamnaient communément par corps. Deux édits, l'un de 1517, l'autre de 1584, enjoignaient expressément à toutes les amirautés du royaume de consulter, en matières de grand prix , le tribunal suprême de la Table de marbre, et de lui renvoyer les causes dans la décision desquelles elles éprouveraient quelques
• difficultés. Quoique les appels des amirautés particulières des colonies françaises ne relevassent pas de la Tcdjle de marbre, ce tribunal n'en devait pas moins être considéré comme supérieur à tous ceux des colonies, soit comme siège de l'amiral de France, soit comme jouissant d'une portion de l'aulorilé dont ce grand officier de la couronne possédait la plénitude. La France et l'Kspagne étaient les seuls États mariiinies où XAmirauié fût une cour conteotieuse» distincte et séparée de l'administration de la .marine.
La garde des côte? se composait de deux sortes de services : le service militaire pour s'opposer aux descentes, et le service d'observation dans les paroisses , pour y veiller journellement. C'est pourquoi, mdùptiidauimcnt des compagnies uniquement destinées à la défense des côtes, les paroisses des diverses capitai neries formaient encore des compagnies de guet, employées k
niSTOïRR MARITIME
monter la garde et à avertir en cas d'alarme. LMnstituiion desmî** lices gardes-côtes ne datait pas de cette époque ; des ordonnances très-anciennes, et particulièrement une de François 4", remontant à l'an 1517, tenaient dès longtemps les villages voisins de la mer dans l'obligation de s'armer et de faire le guet pour le cas de descentes de l'ennemi. Mais, en 1676, Colbrrf, voulant régulariser ce genre de service, s'était fait représenter la division des cotes maritimes qui , de temps immémorial, avaient été soumises aux capitaines et autres ofûciers établis pour leur garde; il avait fait par suite de nouveaux règlements, au moyen desquels le district de chacun de ces officiers était marqué avec un grand détail. Les charges de capitaines, de lieutenants gardes-côtes, qui n'étaient précédemment que des commissions, ne furent érigées qu'à la date de 1705 en litres d'offices héréditaires, pour que leurs possesseurs servissent sur les côtes, sous l'autorité de l'amiral de France, et sous les ordres des gouverneurs, lieutenants généraux, etc., des provinces maritimes. C'étaient les capitaines gardes-côtes qui faisaient les revues et les montres des habitants des paroisses sujettes au guet de mer : mais comme depuis il j
eut des commissahres aux montres et revues en titre d'omce, ces fonctions les regardèrent , et non point les capitaines gardes-côtes. Les personnages les plus considérables dans la marine tinrent souvent à honneur d'être compris parmi les capitaines et officiers gardes-côtes, et à quelques années de là on vit figurer le ma- ' réchal et vice-amiral d'Estrées comme capitaine garde-côtes à Étaples. On peut affirmer, sans crainte de se tromper, que les côtes de France comptaient, dès Tépoque de la paix de Nimèguet de cent à cent cinquante mille hommes pour leur garfle.
Avant Richelieu , il n'y avait pas eu de troupes attachées spécialement à la marine; mais, depuis lors, on avait organisé des compagnies composées de gens qui tous devaient savoir quelque métier d'utilité sur les vaisseaux ; ils vivaient chez eux à la demîsolde quand on n'avait pas besoin de leurs services, et recevaient solde entière quand on les employait. Cet état de choses devait durer jusqu'à la mort du marquis de Seignelai. Dès Tannée 1 666, il avait été créé des écoles di^ canonniers qui, n'ayant pas réussi tout d'abord, avaient été rrtahlii.'S avec succès en 1676. Une des préoccupations principales de Colberl» ce fut toujours
rcnrôlemeiît des matelots. Ëa <668, après la paix d'Aîx-la-Cha* pelle, on avait ordonHé un enr(^lement général des matelots par classe , comme cela s'était pratiqué sur quelques points de la côte. Oa en avait formé trois classes, l'une desquelleft était tenue comme engagée dès le premier jour do Tannée pour servir pendant un an sur les vaisseaux du roi , et les deux années suivantes sur les navires marchands ; de sorte que les trois classes eussent à rouler et à servir alternativement dans la marine royale et dans celle des particuliers. Plus tard , on fit cinq classes en Bretagne au lieu de trois , pour la commodité du pays , de manière que les matelots de cette province ne servissent que de cinq ans en cinq ans sur les vaisseaux du roi , et les quatre autres années sur les navires marchands à leur volonté. Ces ordres ainsi exécutés facilitaient beaucoup les armements des flottes de guerre, sans qu'on fiït contraiht d'interrompre le commer«e et de fermer les ports» conmie cela avait lien avant rétablissement des classes de matelots.
Les rôles des matelots du royaume faits de 1666 à 16â6, divisaient la France maritime en «x départements, à savoir : le département de Rochefort, comprenant les côtes de Poitou, pays d'Aunis, côtes de Saintonge, rivière de Charente et la Guyenne, donnant un chiffre de dix mille quatre cent trenteHUiuf ofûciers mariniers et matelots; le département de Brest, comprenant les évèchés de Tréguier, Saint-Pol de Léon , Cornouailles, Saint- Malo, Dol, Saint-Rrieuc, Vannes, Nantes et le duché de Betz, don* nant un chiffre de quatorze mille huit cent vingt-trois officiers mariniers et matelots; le département de Dunkerque, comprenant les amirautés de Dunkerque, Calais, Boulogne, Abbeville, Saint-Valery-sur-Somme, Tréport et Dieppe, donnant un chiffre de trois mille huit cent dix-huit ofûciers mariniers et matelots; le déparlement du ïïilvre-de-Grâce, comprenant le Ilitvre, Rouen, Caudebec, Quillebeuf, les amirautés de Saint- Valery-en-Caux, Fécamp, Honfleur, Touques, Dives, Caen, Onislrehams, Bayeux, Grandcamp, Carentan , Saint- Vaast, Barfleur, Cherbourg, Port-Bail, CoutancesetGran ville, donnant un chiffre de six mille quarante-trois ofûciers mariniers < ( niMiclols; le déparlement de Toulon, comprenant Toulon, Marseille, les Martigues, Ades, Antibesetle Languedoc, donnant un chiffre
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de quinze mille ceul cuKjuaiile-deux oOicicrs mariniers et matelots; lu déparlement de Hayonno, roniprenant Bayonne et Suiiil- Jean-de-Luz, doiinanl dix-hnit cent (renie et un officiers mariniers et matelots; en tout, pour les six déparloments maritimes, ciuquanle-denx mille cent six ofliLieis m;iriiiit.'rs (îl male!(»(s, auxquels on ajoutait sept mille trois t cnl (p!ah'«;-viiigt-lunt e ipitaines, maîtres, patrons et pilotes exempts des classes, ce <pji, en dernière analyse, offrait un total général de cinquante-neuf mille quatre cent quatre-vingt-quatorze marins, non compris au hant de l'éciieile les officiers des vaisse.iux et des porls, et au bas les mousses et apprentis mariniers. Les ouvriers des ports, les troupes de marine, iacbiourme des galères étaient aiii>siea dehors de ce compte.
L'état-major de l'armée navale su composait d'abord de onze olliciers généraux, y compris l'amiral de France, et les deux vice-amiraux de Ponant et de Levant, le second desquels était encore a nommer, il n'y avait que deux à trois lieutenants ' généraux des armées navales. Les chefs d'escadre étaient toujours au nombre de six , portant chacun le litre d'une escadre de Normandie; de Picard n oudeDunkerque ou de Flandres, de Poitou et Sainlonge, de Giiieiine, de Languedoc, de Provence. IVutilôt il y eut en outre des cliels d'escadre d'Aunis, de lioMssiUun, d'Amérique, elc. Apri s les ofliriers généraux venaient les capitaines de porls au nombre de cmij, distribués à Toulon, Rocheforl, Brest, le Havre et Dunkerque; puis les capitaines de vaisseaux, dont le nombre s'éleva de quatre-vingt-quinze en 1078 à cent douze en 1 G89 ; puis les deux majors, i'uu de la marine de Ponant, l'autre de la marine de Levant; et sept aides-majors ; puis vingtquatre à vingi-six capitaines de Irégates légères ; huit à dix capitaines de galiûles ; huit lieutenants de ports; cent vingt-cinq à cent cinquante lieutenants de Vitisseaux; neuf à douze lieutenants de galioles; quinze, et bientôt vingt-trois capitaines de brûlots; sept • enseignes de ports ; cent quarante-six ensei^^nes de vaisseaux pour 4G78 cl deux cenl cinq pour 4689 ; dix enseignes de gahotes; huit lieutenants d»' frégat<'s légères; six capitaines de fliMes et deux enseignes de bombardiers ; en tout quatre cenl (iualre-vinfjt-liuit oiliciers entretenus pour 1078 et cinq cenl (lualre-vingt-neul puur i'aûuée 1089» dont Louis XiV avait iixé éi^uilabiementle rang , en
4676, suivant leuranciennetédegrade. Ilestàremarquerque([uand le matériel de la ûiarine eut décliné sensiblement le nombre des officiers de vaisseaux «loin de diminuer, augmenta d'une manière abusive, à ce point qu*en 4742, ils s'éli vc reat à plus de mille, parmi lesquels cent cinquante capitaines de vaisseaux environ et deux cent cinquante lieutenants. Pendant la paix de Nimègue, les gardes de la marine furent rétablis sur de nouvelles bcôes. Dans le principe, ils devaient être tous gentilshommes; mais on ne tarda pas à s'apercevoir que c'étaitexclurebeaucoupdegensde courage et de mérite à qui il ne manquait que ce moyen de se faire connaître, et on admit des roturiers parmi les gardes-marine. Ils furent entrelenuset départis en trois compagnies à Rocbefort, firest et Toulon. Ils se partageaient aussi en brigades, avec des chefs de brigade , des brigadiers et des sous -brigadiers tirés de leur corps. Dans les ports ils obéissaient à trois capitaines de vaisseaux et à des lieutenants de vaisseaux et enseignes chargés de les commander. Quand ils étaient sur les vaisseaux, les gardesmarine servaient, sans aucune distinction, parmi et comme les soldats.
Lesgalères avaient leur état-major spécial, composé du général, du lieutenant général , de quatre chefs d'escadre, de trente à trente-cinq capitaines, d'autant de lieutenants, de sous-lieutenants et d'enseignes. Tandis que le vaisseau voyait changer le personnel de ses oiiiciers presque à chaque campagne, la galère au contraire conservait presque immuablement le sien. Sous la dénomination de gardesdeFétendard, un certain nombre déjeunes gens étaient entretenus comme élèves de la marine des galères.
Louis XIV fixa le matériel de son armée de mer à cent vingt vaisseaux entrant en ligne, dont douze de premier rang, portant de 80 à 420 canons; vingt-six de deuxième rang, portant de 6i À 76 canons; quarante de troisième rang, portant de 30 à 62 canons ; vingt-six de quatrième rang , portant de 40 à 48 canons, et seize d<.' cinquième rang, portant de 30 à 36 canons; à vingtquatre frégates légères, de 8 à 28 canons ; sept galiotes à bombes; trente brûlots*, vingt-six flûtes ; seize petites corvettes, appelées aussi barques longues, portant de 2 à 10 canons; en tout deux cent dix-neuf bâtiments de guerre classés, sans compter, une foule de navires non classés, et portés sous le titre de àâUmeiiU
interran^ms^ tels que brigantins, galiotes à rames» yacths, dogres, gabares» tartanes, flibots, chalands, caicbes, et^., etc., qui sï>le-> vèrent en certaines années, notamment en 1708, à plus de mille , el que, par une grossière erreur» on a donné dans un précis scmiofEciel, pour des bdtimenls en construction et abandonnés. Le nombre des bâtiments iiié par Louis XIV, ne devait pas tarder à ôlre dépassé. Quant à la force relative de chaque vaisseau, elle était, quoi qu'en aient pu penser et dire sans examen des hommes du métier, qui ont écrit sur la marine, quelquefois supérieure, et très-souvent égale à celle des vaisseaux du régne de Louis XIV» et par suite, des vaisseaux du siècle présent (2).
A Tétat de la marine que Von fournissait au roi chaque année, en une de ces admirables petites merveilles calligraphiques dont noua avons déjà eu Toccasion de parler dans cet ouvrage, était joint un mémoire succinct sur les bonnes et mauvaises qualités des vaisseaux. On y voyait , que Ton avait abaissé le Bc^al^Lotiis, oeuvre du constructeur Rodolphe, de 120 à i 04 canons, qu'il était magnifique, que ses fonds et ses côtés étaient très -beaux, qu*il naviguait trrs-bien; le Soleil-Royal ^ œuYTe d'Hubac, de 120 canons encore , était bien construit, bon de voile et de bouline ; le Royale Dauphin y de 104 canons, dû au constructeur Pommet, à Toulon, avait de très-beaux fonds, mais son o6té droit était trop chargé d'œuvres mortes ; le Sceptre t de 76 canons, construit aussi à Toulon par Coulomb , était un beau vaisseau, d'im beau combat, mais avait l'arriére un peu haut; le Saint-Esprit, de même force, vaisseau privilégié de Duquesne, était un très-fin voilier que Rodolphe avait construit en 1670 ; le Pompeux, de 70 canons, rendu fameux par Valbelle, était un bon navire de combat, quoiqu'un peu haut; (e Triomphant^ de 76 canons, était bon à tout; quant à fEntreprenantt de 60 canons, construit à Brest, par Brun, /e roi favotl vu à Dunkerquc; donc il était inutile d'en parler autrement quo pour mémoire; C Heureux , de 5âl canons, construit au nàvre par Tortel , était plus propre en corps d'armée qu'en course; t Ardent, de CG canons, construit aussi au Hâvre par Salicon , était fort et bien lié , ne se tourmentait point, marchait assez bien vent largue; le Terrible, de 74 canons, était bien construit par Hubac et avait reçu les éloges du roi d'Angleterre; tous les bAtiments sortis des chantiers de Dunkerque, que diri-
gcait Ifoiulrii k, tels que le Diamant, de 5i, fe Modéré, de 50, le Solide^ Chinporté, de 4i, ëtaiiiiit réputés trùs-iins vuiuers. Les deux construcleiirs Miillel, ùllochelort, et le constructeur liUii^e, à Brest, avaient aussi donné plusieurs excelleiiis voiliers à la flotte. Il est bon de faire observer que U:s bàlimenls du quatrième et du cinquième rang, ciuiis It > im moires sur les qualités et dt'fauis des vaisseaux du roi» soat iiidilicreiament qualiUés Yaisseaux ou frégates.
Le grand nombre des bâtiments de guerre ne suffisait donc pas à Colbert : il voulait surtout qu'ils fussent perfectionnés. Dans ce but, il lit travailler, sous la direction de Tourville, à Versailles même, sous les yeux du roi et sous les siens, à la construction d'une frégate d'un nouveau dessin, qui raffinait sur la fabriijue anglaise i sa mâture et sou assiette étaient supérieures, et l'on admirait combien elle serait légère , quoique chargée de beaucoup d'artillerie; elle n'avaii ([an trente pieds de quille, et cependant était percée pour soix.inte pièces de canon. Cette frégate devait servir de m (li le pour celles que l'on construirait à l'avenir. Dans
[ iiiiou du ministre, un bâtiment ne devait pas rester plus d'un an sur les chantiers. Colbert avait appelé à Versailles, pendant la paix de Nimègue , les ( tfiiciers et les ingénieurs de marine les plus capables, et en avait formé autour de lui un conseil de construction navale. Duquesne, pour qui Louis XIV venait d'acheter el d'ériger en maniulsal sous le nom de ce marin illustre la terre du Bouchet» près d'Étampes, avait été le premier appelé à ce conseil.
Un jeune homme s'y trouvait aussi, dont le vieux marin ne méprisait pas, comme paraissaient le faire plusieurs autres, mais au controire écoutait les avis avec une attention mêlée parfois d élonuemeutel d'admiration. C'était Bernard Kenau d'Klisacarai, plus connu sous le nom de Pelil-Ueiiau qui lui fut donné à cause de l'exiguïté do sa taille. 11 était né dans loBéarn , en 16.")^ , d'une famille peu favorisée de la fortune, quoique de race réputée noble. Colbert de Terrou, ayant eu occasiua de voir Petit- Itenau tout enfant, et (h remarquer sa gentillesse et la nvacilé de son es[>ri! , l'avaii (ui:> chez lui, puis l'avait trnifé coiuiMe son propre lils. Cet intendant, ayant cru recoiuiailre en lui du goùi pour k marine, Vuvait engagé à s'appliquer aux malhé-
m HISTOIRE MARITIME
maliques, dans lesquelles ses progrès furent surprenants. Bionlôt le protecU'ur avait parlé du jeunu liomme au grand CulLcrt et au marquis de Seignelai; et, à leur reconiiiiaudation, Pelil-Henau avait été placé, en i679, auprès de raumal de France comte de Vermandois. Cette position mettait ses mérites assez en évidence, pour que ses idées nouvelles sur la conilruclion des vaisseaux devinssent prolitables au pays; et c'était par là qu'il avait trouvé moyen de se faire admettre dans une assem- Llée où figuraient les Vaubau, les Duquesne et les luurville, autour des Colbert et des Seignelai , et même de la personne de Louis XIV; car ce monarque actif, vigilant, à l'esprit prompt et sagace, d'un jugement et d'un conseil s(nivent très-sûrs et trèsintelligents, mettait sa gloire à prendre part a toutes les améliorations, à tous lea progrès de son règne. Petit-Uenau développa, en présence de ces grandes illustrations, sans se laisser déconcerlt r par les objections et avec une clarté parfaite, sa nouvelle nit;[liode de construction navale. On hésitait à en croire un si jeune homme; mais quand on entendit le vieux Duquesne se prononcer pour lui, en faisant, avec la plus adiuuuLK; modestie, le sacrifice de ses propres idées; quand on entendit aussi Vauban prendre la parole en sa iiiveur, on se rangea à l'avis de relil-Uenau, et sa méliiode fut adoptée; on le chargea même de la mettre en pratique dar.s les ports du royaume, où, par ses soins, s'éleva, en peu de temps, une pépinière d'habiles couslrncliMirs.
Depuis longlempsdéjù Colbert faisait travailler, sous sa direction, par les plus habiles jurisconsultes duroy.uiiue, à un code de la marine du commerc e. Il parut, en forun' irordonnance, dans l'année 1681. Sou préambule mérite d'être rapporté. « Ajirè^ les diverses ordunnaiitcs (pie nous avons faites pour réjrler \m' de bonnes lois radminislraliou de la jusfice et de nos liiianues, lait dire le ministre au ruj , et après la paix glorieuse dont il a plu à Dieu de couronner nos dernières victoires, nous avons cru (pie pour achever h bonheur de nos sujets, il ne restait plus qu*à leur procurer l'aboiitl.uicc, par la facilité et l'augmentation du eommerce qui est l'une des principales sources de la félicité des |u'iiples, et comme celui jpii se fait par mer est le plus cou>idérublc, nous pus i^oiu d eurichur les cotes qui eiivironneiil no» Ùais de uombiad^
DK TRANCK. 333
Itavres elde voisscaux pour la sûreté el la commodité des navigateurs qui abordent à présent de toutes parts dans les ports de notre royaume. Mais parce qu'il n*est pas moins nécessaire d'affermir le commerce par de bonnes lois , que de le rendre libre el commode par la bonté des ports et par la force des armes, et que nos ordonnances, celles de nos prédécesseurs, ni le droit romnin, ne contiennent que très-peu de dispositions pour la décision des différends qui naissent entre les négociants et les gens de mer, nous ayons estimé que, pour ne rien laisser à désirer au bien de la navigation et du commerce, il était important de ûxer la jurisprudence des contrats maritimes , jusqu'À présent incertaine, de régler la juridiction des officiers deTamirauté, et les principaux devoirs des gens de mer, et d'établir une bonne police dans les ports, côtes et rades qui sont dans l'étendue de notre domination. Or ces causes, etc. » L'ordonnance de 468^ passe par tous les degrés de la hiérarchie, depuis l'amiral jusqu'au charpentier et au calfateur, et dicte les devoirs de chacun. On y remarque, entre autres dispositions* Vobligation d'avoir des pro* fesseurs d'hydrographie pour enseigner publiquement la navigation dans les villes maritimes du royaume; la nécessité imposée, pour être reçu capitaine, maître ou patron de navire, d'avoir na« vigué pendant cinq ans, et de passer par un examen public sur le lait de la navigation ; la permission donnée aux gentilshommes de faire, sans déroger À leur noblesse , le commerce de mer , soit par eux-môraes, soit par intermédi-tircs, pourvu toutefois qu'ils ne vendent point en détail; la déclaration d'entière liberté pour la pêche maritime le règlement pour la police des ports, côles, rades et rivages de la mer; et surtout le livre intitulé ; Des Contrats maritimes, qui traite du fret ou nolis, de rengagement el des loyers des matelots, des prises, des lettres.de marque ou de représailles , et des testaments et successions de ceux qui meurent en mer. Ce qu'on voit à chaque article de cette célèbre ordonnance, c'est l'homme qui ne néglige rien , et qui, des intérêts individuels qu'il étudie, qu'il soigne dans leurs moindres détails, remonte d'un seul bond, après en être descendu peu \ peu, au grand intérêt de l'État, ou, pour mieux en parler, du pays dans lequel s'unissent, s'absorbent tous les autres. L'ordonnance do
I6ë4 ne fut point envoyée au parlement de Bretagne; par égard uu u
pour les anciens privilèges de cette province, dont le gouverneur exerçait encore une juridiction spéciale comme amiral indépendant de Tamirauté de France, une nouvelle rédaction fut faite, en 1684, sous le titre à^Ordonnance touchant ia marine sur les eôtes de Bretagne ; ce fut cette pièce que le parlement de la province reconnut et enregistra.
Sous l'abri tulélaire des institutions de Colbert et à Taide de la haute protection dont le minisire la faisait couvrir par le roi , la marine du commerce ne progressait pas dans de moindres proportions que celle de TÉtai. Ters ce temps , le nombre des bâtiments marchands de premier ordre était pour la France de sept à huit cents , sans compter plus de huit mille petits navires et embarcations de toutes sortes employés à la pôche et à d'autres occupations des mariniers. En peu d'années , on vit le nombre des navires marchands de (uremier ordre s^élever à plus de cent quatre-vingts dans le port de Saint-Malo ; à plus de cent cinquante dans celui de Nantes; à plus de soixante à Dunkerque; k soixante aux Sahles-d'Olonne ; à près de soixante et dix à Toulon ; à plus de quatre-vingts dans le port de Marseille. Il est vrai que, dans le môme temps, le port de Bordeaux n^entrait dans le chiffre total des grands navires du commerce, que pour une trentaine ; La Rochelle que pour une quarantaine ; le Hâvre que pour moins de soixante; Rayonne que pour vingt au plus; Rrest que pour douze et Dieppe que pour quatre à cinq, moins que le petit port de Marennes qui en comptait huit et que Vannes qui en comptait Tingt.
Marine militaire , marine marchande, commerce et colonies se
liaient essentiellement dans l'esprit du ministre pour élever le pays au plus haut degré de splendeur. L'état colonial de la France, relalivemi'iU à la date encore récente des établissements des colons, offrait un caraclère de grandeur et de puissance digne du roi qui avait dicté les conditions de la paix de Nimègue. A la côte occidentale d'Afrique, sauf Portendic et Ttle d'Arguin dont on avait rasé les fortifications, on se mettait en mesure de défendre les établissements conquis sur les Hollandais, particulièrement Goréc, dont la rade spacieuse et belle et le port d'un excellent mouillage étaient du plus haut intérêt dans ces parages. On donnait de l'accroissement à rétablissement de Soint-Louis au Sénégal. De
Pauciennc compagnie des fnJes -Occidentales qui embrassait, comme on l'a dit, non-seulomenl rAuiériiiuc, mais encore la côte oîiest dWfrique, élait sortie la seconde cumpaçînie du Sénégal, qui pr(' tendait à nne concession exclusive du commerce sur une ctendue de plus de quinze cents lieues de cotes, depuis le cap Blanc jusfju'au cap de Bonne- Kspérance. Celle r<tm[)agnie s'engagea , en -1079 , avec le roi , par contrat , h fournir, pendant huit ans, deux mille nègres aux îles d'Amérique réunies au domaino de la couronne. Diien>;sc, l'un des directeurs de la compagnie, passa à Saint-Donnngue, dans le but d'y établir nn bureau pour la traite des nègres. On l'y reçut d'abord Irès-nial. Le nom seul de la compaL^nie qu'il représentait, révulla les habitants qui allèrent jn<?qn'i\ preudre les armes, pour l'obliger à se rembarquer. C'esl alors qu'il commença à développer celle intrépidité, cette éloijuence et ce rare talent d'insinuation dont il ûl un si lieureux usage par la suite. Eniin, il arriva à se faire accepter, lui et ses projets, par les plus rebelles esprits de la colonie de SaiiU-Domîngiie. L'avenir devait toutefois dî'cider contre lui, en ce qui coneernail la trop nombreuse introduction (i'"srlaves noirs dans celle grande et fameuse Antille. Malgré les immenses privilèges dont on l'avait dotée, la seconde compagnie du Sénégal eut peu de durée. Deux noiivt.lles compagnies furent formées eu 1681, Tune ayant le privilège depuis le cap Blanc jusqu'à Sierra-Leone, avec la possession des îles d'Arguin, de Saint-Louis et de Corée ^ l'autre pour le cuuiuierce de ia c6le de Guinée.
La France avait cessé, jusqu'à nouvel ordre, de posséder toute espèce d'établissement à Madagascar. L'île Buurbon restait ellemême, par suite, dans uneespici? d'abandon. L'on y voyait pourlatil eucore sept à huit habilalions de Français persévérants et inlré|>ides. A la suite de l'expédition de La Haye dans l'Inde, un agent do la compagnie franeai>e, nouimi' François Martin, recueillit les débris des colonies de (leylau et de Sainl-Tliomé, couiiiusés d'une soixantaine d'individus , [)oar en peup!<T Pondiclieri, pelile b(uirgadc alors, qii'il acheta du souverain du pays. Poiiilichéri se Iranslorma prompteiiH'n! en ville iiup(»rlanle , avec nue enceinte, devint le centre des opérations de la c<uiip,ignie française aux ludes-Urientules, qui oLtiut bientôt du graud-
nrSTOIRE MAUITIME
mogol Âurcng-Zeb la cession de Char 1 rnagor, sur les mes du Gange, le fleuve sacré des brames et de leurs adeptes.
ËD Amérique , la puissance coloniale de la France balançait presque celle de r£spagne« et surpassait celle des autres nations. Dans le demi-cercle que forment les petites Antilles, on comptait comme dépendances de la France : l'ile Sainte-Croix, longue de quatorze à dix-huit lieues sur trois à quatre de large, et dont un vaste inceinJie, allumé à dessein, avait purifié et fécondé le sol; rile Saint-Marlin , de dix-sept à dii-huii lieues de circonférence, aTCC un bourg français et une belle rade, et dont une moitié appartenait aux Hollandais qui y observaient une exacte neutralité môme pendant la guerre ; Hle Sainl-Barthélemy, qui ne présentait d'ailleurs qu'un rocher stérile; l'île Saint-Christophe, de vingt à vingt-cinq lieues carrées de surface, avec quatre forts français, de laquelle les Anglais continuaient à posséder une partie; Tile delà Guadeloupe, divisée, dans ses soixante lieues de circonférence, en Guadeloupe proprement dite et en Grande- Terre, avec un château fortifié pour le gouverneur, dans le quartier dit de la Basse-Terre ou côte occidentale, une batterie pour défendre la Capesterre ou côte orientale, un autre fort^ pour garantir touti In firande-Terre, alors moins recherchée et moins habitée que la Guadeloupe proprement dite, quoiqu'elle olïrît un des plus beaux et des plus sûrs ports des .Antilles, celui de la Pointe-à-Pltre; l'ile alors inhabitée de la Désirade, ainsi nommée parce que Colomb l'avait découverte la première des Antilles; Tlle Marie-Gal&nde , délicieux bouquet de verdure d'environ quinze lieues de circonférence, qui comptait déjà quelques habitations; les deux îles et les îlots des Saintes, qui avaient pris leur nom de la fête de la Toussaint; l'ile de la Dominique, où une centaine de colons français s'étaient établis dans le voisinage des restes de la population caraïbe trouvée par les Européens aux Antilles lors de la découverte de l'Amérique et depuis presque entièrement exterminée; la souveraine des Antilles françaises, la belle Ue de la Martinique , de quarante-cinq lieues de circonférence, sans y comprendre les caps, devenue, tout de suite après Saint -Christophe, le siège du gouvernement général des îles de l'Amérique, et comptant déjà une population de six mille six cents blancs et de quatorze mille dnq cent soixante
esclaves, qui se partageaient les six quartiers de la Gase-du- Pilote» de la Case-Capot, do Carbet^ du Prêcheur, du Fort et de la ville de Saini-Pierre^le plus ancien établissement deTile, et du Fort-Royal avec la ville naissante de ce nom et un port excellent; nie de Sainte-Lucie, de quarante lieues de circonférence, oh des Français s'étaient établis, sous la conduite d'un nommé Roussclan, dès Tan 1650, mais qui, malgré sa fâcheuse réputa* tionde stérilité et dMnsalubrilé, devait être un long sujet de discussion entre les deux couronnes de France et d'Angleterre ; llle de Saint- Vincent où tes Caraïbes eux-mêmes commençaient à appeler les Français; le groupe des Grenadilles et Tile de la Grenade, laquelle a sept lieues de longueur sur une largeur iné* gale; et enfin Tlle de Tabago, d'environ trente lieues de circuit, qui, bien qu'elle eût coûté cher à Louis XIV et offrit des havres et des mouillages favorables, était, sans doute en raison de son éloignement des autres établissements français, dans un état presque complet d*abandon de la part de ses conquérants.
Maîtres à cette époque, par une série pour ainsi dire non interrompue, de presque toutes les* petites Antilles, les Français avaient le pied sur les grandes. Si la petite tle de la Tortue était à peu près abandonnée, la côte française de SaintpDomingue, se développant en sorte de croissant sur une étendue de deux cent cinquante lieues au nord , à l'ouest et au sud, présentait dès lors plusieurs établissements, ceux du Cap ou du Port-Français, avec ' un port merveilleusement situé, du Port-de-Paix, avec un assex bon fort et comptant environ mille habitants, du Grand et du Pelit-Goave, de Leogane, de la Grande-Anse, de Tlle-à-Vaches, qui prenait son nom d*un Ilot voisin de Saint-Domingue , et plusieurs autres.
La Guyane, que Ton appelait toujours h France équinomate^ quoique bien déchue des rêves tout d'or que Timagination des premiers voyageurs avait fait nattre, n'était pas encore tombée dans ce discrédit sans examen que des entreprises mal conduites devaient lui faire éprouver plus tard. Loin d*exagérer les dillicultés, on vantait bien plutôt les facilités de colonisation de la France équinoxiale; Theureuse absence, sur sa côte, des ouragans qui désolent les petites Antilles ; la magnificence des bois de iuxe, de
fnnsti uclion et de commorce du pays, ses nombreux cours d'eau ijl Lieu d'aulrus avantages. Comme on avait pris la résoUilidii de s'y affermir de pins on plus, on s'y mainleuait dans pliisieurs postes avancés dont les principaux élaiiut le fort Saint-Louis du (laycunc, le fort de Kourou , et jusque sur le littoral de la Guyane hollandaise, le fort dOrange, conquis dans la dernière guerre.
Mais par où les François avaient dans le Nouveau-Monde un nom près de s'y répandre à l'égal de celui des premiers conquérants espagnols eux-mêmes, c'était par la Nouvelle-France qui . bientôt allait traverser l'Amérique septentrionale dans toute sa longueur habitable, de la baie d'IIudson au golfe du Mexique. La Nouvelle-France embrassait dès lors le Canada, son fondement et son point de départ; TAcadie, péninsule d'un circuit de plus de deux cent cinquante lieues, avec les établissements de Port-Royal et de Penlagoét; le Labrador, où l'on avait bâti le fort Pontcbar- Irain pour la sécurité de la pèche ; les côtes méridionales et occidentales de l'île de Terre-Neuve , avec rétablissement de la biiie do Plaisance; l'île Royale, précédemment appelée du Cap- Rreton; les îles de Saint-Pierre et de Miquelon, de Saint-Jean et d'Antiscoti, et toutes celles qu'enserre le grand fleuve Saint- Laurent.
Sans doute la domination française , en raison du nombre relativement très-borné des colons, était purement nominative dans une grande partie de ces vastes contrées; mais elle ouvrait un champ immense à l'avenir.
Le Canada proprement dit était borné, au nord, par la baie d'Hudson, à l'est par la mer, au sud par les colonies anglaises, au sud-est par les terres de la future Louisiane, et à l'ouest par des pays desquels on n'avait pas encore une notion bien certaine, et qui allaient se confondre avec les possessions espagnoles de rAmérique du Nord (3). L'espace pour ainsi dire illimité du Canada, offrait aux premiers regards des forêts sombres, épaisses et profondes, dont la seule hauteur attestait la vétusté. De nombreux lac»s, communii[uant pour la plupart entre eux, et scmblid)les à des mers intérieures, coupaient certaines régions, et grossissaient é^iormémenl de grandes rivières, s'ils ne leur donnaient absolument naissance. Le fleuve Soint-Laureut à lui seul eu voyait
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six, les lacs Supérieur, Hichigan, Huron, Sainte-Claite» Érté et Ontario , descendre par son lit jusqu'à l'Océan; le lac Champlain venait s'y ri pandre aussi par la rivière de Sorel qui le traverse. Outre ces masses d*eaux douces, les plus imposantes du globe, sur lesquelles devaient se débattre un jour» par les vaisseaux, le sort de rimérique septentrionale, le fleuve Saint-Laurent avait encore de beaux affluents, entre autres les rivières des Outaouas, de Saguenai, et celle de Sorel que Ton vient de nommer. Tout dans ces contrées portait Tempreinte du grand et du sublime, et l'on se complaisait dans Faspect de leur majesté sauvage. La rigueur d*un froid long et violent n'enlevait rien à leur luxe de fécondité, à leur munificence, que peu d'autres pays surpassaient ou seulement égalaient. Les habitants primitifs du pays se divisaient d'abord en trois langues, Talgonquine, la huronne et la siouse, qui était celle des tribus les plus enfoncées vers les bords du Hississipi et avec lesquelles on avait le moins de coomiunication. Les langues algonquine et huronne se partageaient toutes les nations à peu près du Canada, qui avalent un commerce suivi avec les Français, et, en les possédant toutes deux, on pouvait parcourir sans int^prète plus de quinze cents lieues de pays , et se faire entendre à pl^s de cent peuplades diverses ayant chacune son dialecte particulier. La langue algonquine sùrtout avait une étendue immense; elle commençait àTAcadieet au golfe de Saint- Laurent, et faisait un circuit d'environ douze cents lieues. La langue huronne, qui était celle de nations moins errantes que les nations algonquines, s'étendait au sud du fleuve Saint>Laurent , depuis la rivière de Sorel jusqu'à l'extrémité du lacÉrié, et même assez proche de la Vilenie. C'était à cette langue qu'oj^partenait l'espèce de république desiroquois, divisée en cinq cantons'. En remontant le fleuve Saint-Laurent, on ne rencontrait plus aucune nation indienne; jusqu'au Saguenai ; elles avaient été refoulées à quelque* distance dans les terres, ouàu bord des lacs. Quand Champlain était venu dans le Canada, il avait trouvé la guerre fort allumée entre les Iroquois d'une part, et les Hurons et les Algonquins d'autre part; et peut-être ce grand homme, en s'y engageant plus qu'il ne convenait aux intérêts de la colonie, avait-il commencé les embarras de ses successeurs. Les Iroquois, peuples redoutables qui ne se croyaient jamais bien vengés que