‹ Histoire maritime de FranceChapitre 12 sur 19 · G0 HISTOIRE MARITIME · texte numérisé non relu

G0 HISTOIRE MARITIME

par Tenlière destruction de leurs eniu^niis, cl desquels on disait qu'ils venait'iil ea renards, qu'ils attaquaient eu lions, v\ qu'ils fuyaient eu «jiseaux, les Iroquois ûlaient, pnr suite, restés peu t.ivornbles aux Français. Ou était sans cesse eu guerre avec eux. M lis lt s colons, quoique très-peu riomltrtMix , car on en comptait à peine encui t; onze à douze miiic, n'étaient point gens à se laisser abattre par les tirconstanrr*; lis plus difficiles; h défaut de solides bastions, ils avaient dans leur cœur la plus forte dos citadelles. Les leijimcs françaises du Caunda ell^-mémes se signalaient par une énergie, un héruisuie qui tenait du sang des Jeanne d'An ( t (les Jeanne Uachelle. Généralement, les forts du Canada n'étaient que de grands enclos palissadés et soutenus de quelques redoutes ; l'église et la maison du bf litieur du lieu vêtaient renfermées, cl l'espace était en outre absez large pour qu'au besoin les f«'mmes, 1p> enfants et les bestiaux s'y retirassent. Deux ou {rOi> iaclioniitures , quelques pièces de campagne ou (jueltiues pierriers, tant pour écarter reimemi que pour avertir les habitants d'être sur leurs gardes, complétaient ce système de défense, h peu près dans chaque paroisse ; et c'en était assez pour ôtre hors de i insuite des Iroquois qui, sans l'appui de troupes européennes, n'auraient jamais pu emporter un seul de ces misérables forts. Québec et Montréal offraient cependant deux points un peu plus sérieusement garantis. La première surtout de ces villes, capitale de tonte la Nouvelle-Franc*'. luUie en ampliithétltre surunelangue du lerreformée par le coidliiLiil îles rivières Saint- Laun ui 1 1 Saint-Charles, à cul el quelcjues lieues de la mer, était défendue par un fort et um enceinte de pierres, munis d'ime artillerie assez considérable. Pendant le cours des deux dernt i res guerres de Louis XIV, on travailla beaucoup aux fortifications de Onébec. qui, bien qu'irrégulières, devinrent, la nature s'y joignant, assez difliciles à enlever. Le port de Québec, très-vaste et très-sûr. et pouvant recevoir jusqu'à cent vaisseaux.de Ugne, fut flanqué de bastions; tout le long de la rade, jusqu'à la ri- ?ière Saint-Charles, on établit des batteries. Il étak fdcheux seulemeui pour sa prospc rité el celle de la ville, que le Saini-Laurent fut fermé six mois de l'année par les glaces. La ville de Montréal, l'ancienne lloclitlaga des naturels du pays, avait une enceinte crénelée i quelques ouvrages gardaient en outre les points

les plus exposi'^s de Tilc du môme nom , longue de dix lieues , large de quatre, dans laquelle elle est siluée, au milieu du Saint- Laurent, à soixante lieues au-dessus de Ouf^'bec. Le port de Montréal, quoique si éloigné de la mer, voyait arriver jusqu'à lui des navires de trois cents tonneaux. Les postes les plus importants, après Québec et Montréal, étaient Trois-Uivicres, à égale distance à peu près de ces deux villes , et le fort de Sorel , situé à dix-sept lieues sur la rivière du mémo nom, d'abord appelée rivière l\ichelieu. On avait négligé de s'établir d'une manière solide sur l'excellent port de Tadousac, à l'embouchure de la rivière de Saguenai , dans le golfe de* Saint-Laurent ; on n'y voyait qu'une maison française, et, au temps de la traite, quelques loges foraines de sauvages.

En général, les colonies françaises, soumises sous le rapport militaire , à des gouverneurs généraux , ayant sons leurs ordres des gouverneurs particuliers ou des commandants, l'étaient, en • outre, sous le rapport de l'administration des linances, à des intendants, et sous celui de la police et de la justice, h des conseils souverains, et à tles sièges royaux en ressortissant. Par lettres patentes du 21 janvier 1071, un premier conseil souverain de justice avait été créé à Surate, pour la compagnie des Indes-Orientales. On en avait ensuite établi aux Petites-Antilles, et, au mois d'août lG8i>, un édit du roi, en forme de lettres patentes, constitua un conseil souverain avec quatre sièges royaux dans la colonie de Saint-Domingue, à Pinstar de ceux qui existaient déjà ailleurs. Le conseil souverain se composait du gouverneur général, de l'inlendant de la justice, police et finances du pays, du gouverneur particulier, de deux lieutenants pour le roi, de deux majors, et d'un certain nombre de conseillers; celui de Saint-Domingue en avait douze. L'intendant de la justice, police et finances , présidait, même en présence du gouverneur général, et fni'^ait les mêmes fondions que le premier président des cours du royaume. Chaque siège royal se composait, comme ceux du royaume, d'un sénéchal, d'un lieutenant, d'un procureur du roi et d'un greffier. L'administration de la justice, la disei|)line et le commerce des nrgres dans les colo- ]nes, étair nt soumis à des règlements réunis sous le titre de Code noir.

362 niStOIRE UâRITIHE

Les possessions françaises en Amérique étaient dors en foie de s*auginenter indéfiniment,* grâce à Taudace aventureuse de Gavelier de La Sale, dont on a déjà raconté les premières entre-' prises. La Sale , par son rare esprii, la grandeur do ses vues, lors de son dernier voyage en France, avait séduit Colbert etSeignelai qui, le 4 S mai 1678, lui avaient fait octroyer une commission pour découvrir la partie occidentale de la Nouvelle- France, et une autorisation d'y construire des forts partout où il voudrait. La Sale trouva également un puissant prolepteur dans la personne du prince de Conti; le premier, celui-ci le mil en communication avec le chevalier de Tonti, brave militaire d'origine itaUenne, qui avait eu une main emportée en Sicile pour le service de la France, et qui s'assoqa, de sa personne et de sa bourse, aux projets du découvreur normand. La Sale èt Tonti allèrent s'embarquer à La Rochelle, le 14 juillet 4678, avec trente hommes tant pilotes et matelots que charpentiers et autres artisans. Le iS septembre, ils étaient i Québec d'où, ayant pris congé du gouverneur de la Nouvelle-I^rance , ils allèrent au fort Frontenac. La Sale avait apporté de France des ancres, des cordages et divers agrès pour sernr à de petits bdtimenls qu'il avait dessein de faire construire sur les lacs. Il se rendit sur une barque pontée au Niagara , point de réunion des lacs Ontario et £rié, et fit élever un nouveau fort auprès du saut. < Au pied de cet afl^eux saut, dit un des missionnaires compagnons de La Sale, on voit la rivière de Niagara, qui n'a qu'un demi-qiiart de lieue de largeur, mais qui est fort profonde en certains endroits. Elle est si rapide au-dessus dû grand saut, qu'elle entraine violemment toutes les bètes sauvages qui veulent la traverser pour -aller pâturer dans les terres situées au delà, et que ces animaux sont précipités de plus de six cents pieds de hauteur par la force du courant. La chute de cet incomparable saut est formée de deux grandes nappes d'eau , et de deux cascades avec une tl^en talus au milieu. Les eaux qui se précipitent de cette hauteur écument et bouillonnent de la manière k plus épouvantable; leur bruit est plus terrible que le tonnerre, et quand le vent souffle au sud , on entend leur effroyiible mugissement à plus de quinze lieues. •

Durant l'hiver» La Sale fit construhre au-dessus du saut un

-brîgantîn, du port de soixante tonneaux, qu'il nomma le Grif" fon , en l'honnour du comte de Frontenac qui avait deux grifl'ons puur suppurls dans ses armes. Les Indiens ne voyaieal pas sons inquiétude les Français s'installer chaque jour plus avant sur leurs terres, et le b.ltiniont construit à Niagara les troublait plus encore. La Sale eut à vaincre beaucoup d'obstacles de leur part, lesquels se joignirent à ceux qui ne laissaient pas de lui être suscités dès lors par des esprits jaloux chez ses propres compatriotes. Nc^anmoins, il les surmonta les uns et les autres; il envoya en avant le chevalier de Tonti, sur un canot, avec cinq hommes, pour aller du côté de Mackinac h la recherche de quelques individus qu'il avait dépêchés, l'automne précédent, afin de se préparer les voies au moyen du commerce, puis il s'embarqua, le 7 aoùl 1079, sur le GriHon, avec les PP. Gabriel, Louis Henncpin et Zéuobe, et vingt-sept autres peiMinues. Il traversa en trois jours le lac Érié, entra, le 10 août, dtiiis un petit lac qu'il nomma Saint-Clair, en l'honneur de la fêle du jour, puis dans le lac Ilurou. Une tempête, aussi violente que celle que Ton aurait pu éprouver en pleine mer, vint aloi% battre le navire; tout le monde se crut perdu , La Sale lui-même, rpii lit vœu d'élever k Saint-Antoine de Padoue, patron des navigateurs , une chapelle sur les terres qu'il découvrirait, si l'on échappait au naufrage; enfin on arriva , le 27 août, à Mackinac. Tonti n'avait pu retrouver en ce lieu les hommes préct Jeuuncnt envoyés par La Sale; ils avaient dissipé les marchandises qu'on leur avait confiées, et avaient ensuite déserté dans différentes directions. Ou leva l'ancre, le 2 septembre, de Mackinac, et l'on arriva assez heureusement à la baie V^erle, oû l'on mouilla près d'une petite île habitée par les Indiens Pottawiitiinis. Pendant ce tem})s, d'honnêtes et généreux créanciers, supputant les malheurs qui pouvaient arriver à La Sale par suite dt; sa noble entreprise, faisaient vendre ses pro[)riélés et ses meubles à Montréal et à Québec, comme s'il ne devait janiius revenir de son expédition. La Sale, l'ayant appris, crut devoir renvoyer le Grijl'on à Niac^'iira avec un cliari^ement de pelleteries qu'il avait amassées, pour que de là on les .111 passer à ces avides créanciers. Le dépiirt du Griffon, (juoitpie La Sal<! eût donné l'ordre de ranieiKT le plus tôt possible te uuui'c aux Illinois, fut regardé comme un grand ^aalhcur

pour la suiie de Texpédilion et mécontenta bien du monde. Maïs La Sale, ne compreoanl pas quUi y eût autour de lui des gens qui se plaignissent de ce dont il se contentait pour lui-même, monta dans un canot et poursuivit ainsi sa route par le lac .Michigan ou des Illinois jusqu'à Temboucliure de la rivière des Miamis,où il arriva le 1" novembre. C'était là qu'il avait donné rendez-vous a lonli et à vingt Français qui venaient par Vautre bord. Il y fit construire un fort, où il laissa quatre hommes, et, ayant été effectivement rejoint en ce lieu par Tonti , il se dirigea vers le portage ou terrain entre los oaux, qui devait le conduire à la rivière des Itltnois, laquelle descend au fleuve Mississipi. Il s'embarqua sur celle rivière , et , après cent vingt lieues de navi- . galion, il arriva, vers la fin de décembre, au plus grand village des Illinois , composé d'environ quatre ou cinq cents cabanes» chacune deslinée à cinq ou sk familles. Ce village était com- ■ plétement désert. La Sale en partit le 1** janvier 1680, et, quatre jours après, se trouva, à trente lieues plus bas, au milieu du camp des Illinois, posé sur les deux lionls delà rivière qui» ' loui près de là, formait un lac long de sept lieues sur une lieue de large (lac Pimiteouï ou Peoria). I^a Sale était averti que Ton avait suscité et prévenu contre lui les lllinoif . Pour passer au milieu de leur camp, il fit prendre les armes à sa petite troupe et rangea ses canots dt; front, de manière à occuper toute la largeur de la rivière, fort étroite hors du lac. Les Illinois n'eurent pas plutôt aperçu les Français dans cet ordre qu'une grande confusion se mit au milieu d'eux. La Sale avait un calumet de paix (4), mais il ne le voulut pas montrer tout de suite, pour ne pas paraître faiblir devant ces Indiens; et, toujours les armes à la main, il se laissa aller avec les siens, tout de front, au courant jusqu'au pied du camp, qui était le seul point de débarquement possible. Effrayés d'une telle audace, les Illinois, quoiqu'au nombre de plusieurs milliers devant une vingtaine de Français, ne songèrent plus qu'à implorer la paix , et présentèrent aussitôt trois ci^lumets. Ce fut alors seulement que La Sale montra le sien dont la vue fit éclater des transports de joie parmi les Indiens. Il fut aussitôt reçu comme un prédestiné, avec sa petite troupe,. au milieu du camp. Que firent donc de plus les Cortez et les bizarre, si ce n*e8t qu'ils montrèrent , avec un courage et un génie qui nu

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surpassaient point celui de La Sale, un cœur impitoyable pour les vaiacus? La Sale déclara aux Indiens qu il était venu chez eux pour leur donner la connaissance du vrui Dieu , et }( s di fcndre contre leurs ennemis ; il leur paya du blé d'Inde qu'il avait pris en passant dans leur village et les combla de présents. C'est ainsi que la guerre dont, il élait menacé avec les Illinois, fut changée en alliimce par son intrépidité et sa sagesse. La Sale remarqua , pr«!s du camp , une petite éminence dans ^ne situation facile à défendre; il y iii aussitôt construire un fort, qu'il nomma de Crèvecœur, en raison de plusieurs chagrins qu'il avait éprouvés» mais qui, selon l'expression de l'un de ses compagnons d'aventures , n'avaient jamais pu faire faiblir sa grande âme. Cependant le Griffon ne revenait point. Soupçonnant quelque nouveau malheur, La Sale résolut de retourner au fort Frontenac, qui était à près de cinq cents lieues de là , pour avoir des nouvelles certaines. Chose effrayante à penser, plus effrayante encore à exécuter, ce fut à pied, sur les glaces des rivières et des grands lacs, que La Sale, accompagné seulement de trois Français et d'un Indien , fit cet immense et périlleux trajet. 11 avait laissé le chevalier de Tonti avec quelques hommes et deux des missionnaires au fort Crèvecœur, et il avait envoyé le P. Louis Ilcnnepin • sur un canot, avec deux hommes hien armés. Picard du Gay et Michel A ko, à la remonte du Missîssipi , pour en découvrir les sources du côté du nord , se réservant la continuation de la recherche de la mer à la dérive du fleuve. Arrivé au grand village des Illinois, qu'il avait précédemment trouvé dt^sert, La Sale aperçut un endroit qui lui parut très-favorable à la construction d'un fort, et envoya un message à Tonti pour qu'il vint tout de suite en élever un à cette place, lequel fut appelé Saint- Louis.

A son arrivée au fort Frontenac, La Sale apprit que le (îriffon avait péri dans les lacs, avec le pilote et les matelots, et plus de dix mille érus de marchandises ; qu'un bdtiment venant de France, chargé de plus de vingt-deux mille livres d'objets pour son compte, avait fait naufrage dans le golfe Saint-Laurent; et que ses ennemis, -pour achever de le déposséder, avaient répandu le bruit que luimême était mort avec tout son monde. Mais ni affronts, ni dégoûts, ni pertes, ni obstacles, quels qu'ils fussent, n'étaient capables dç

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l'empêcher de mvircher (rtiii jias l'craïc à ses desseins. S' ('tant remis en rou'lc pour all< r au fort Crî-vecœur, il fui douloureusuinoiil siirprisde renconlrerà Mackiiiac IcclicvaliordeTonli.qui lui aimuiiça que, pendant qu'il s'était occupé de l'airo construire le tort Saint - I.oùis, les gens restés au fui t Crcvccœur s élaiL-ul rùvultés, avau ut pillé cet établissement, élaieul allés faire la même chose au fort dis Miamis, et avaiml porlé leurs déprédations jusqu'à Mackinac; qu'enfin les Iroquois, excités par eux, avaicul renouvelé leurs ^anciennes guerres, et que le 1'. (jahriul, un des missionnaires, avait été assassiné par ces Indiens. Il fallut encore revenir au lurt Frontenac, afin d'y prendre des mesures pour une nouvelle expédition. La Sale, aprrs avoir laissé ses onlrosà ce fort et à celui de Niagara, s'embarqua sur le lac Lrié, le 28 août 1G8I, dans des canots sur lesqut ls il avait pris désormais la résolution do faire sa découverte. 11 aniva le 3 novembre à la rivière des Miamis. Ici rexpi'diiiun s(; composait de cinquante-quatre personnes» dont étaient le chevalier de Xonli , le P. Zénobc , vingt-trois Français, dix-huil Indieiis Abenaquis el Alohicans ou l.ou|)S, avec dix femmes et trois enfants que ceux-ci avaient tenu à eunnener. H fut décidé qu'on chan^erail de route , el Touli el Zénobe furent dépéchés en avant, dans des canots, avec Téquip.ige el |>resque tous les hommes, le long du bord méridional du lac Michigan jusqu'à l'embouchure de la rivière de Chicago , <jui étail glacée et que l'on passa sur des traîneaux conslruils à cet eiïei. Portant ensuite canots, bagages el provisions sur le dos, La Sale ne s'y épargnant pas plus que les autres , on gagna , par terre , la rivière des Illinois qui était éiralement glacée. On la descendit près de quatre-vingts lieues, Uaiiiaiil celle mùnie masse dNjhjels jusqu'au lurl de Crèvecœur, que l'on trouva en bon élal el où La Sale doinia ses ordres. Comme depuis cet endroit la navigation est liltre en tout temps et siuis glaces , on s'embarqua chais les canots et Ton arriva, le 6 février, à renibiMiehure de la rivière des Illinois à laquelle un avait doniK! le nom de Seignelai , comme au Missi^r>ipi dans lequel elle se décharge celui de (leuvc Colberl, ipii hienlùt devait èlre changé lui-même en celui de Sand-houis. la Sale eidra dans le Misijissipi avei: sa ilollille , reionnul à rmicst rend)ouchure de la' grande i i\it le desOsage-s ou du Misxuin, idi>sa à six lieues audessoub , mais du cùlé de Tesl , des marques de son passago

dans un villago dlndîens Toinaroas, à quarante lieues duquel il trouva Teinbouchure de la rivière Ohio, pù il fit construire un fort qu'il appela Prud^homme, du nom d'un de ses gens qui $*était égaré aux environs. S'étant rembarqué» il arriva à quarante-cinq lieues au-dessous de l'embouchure de TObio et, en cet endroit, vil des Indiens ne ressemblant pas à ceux du nord, qui sont ordinairement d'une humeur triste et sévèré. Il les reconnut pour des Arkansasà leurs manières honnêtes et généreuses, & leur humeur gaie et confiante. Le H mars, La Sale prit possession du pays en grande cérémonie, faisant planter une croix et arborer les armes de France, puis il continua sa route et, lé arriva chez les Indiens Taensas qui habitaient près d*un petit lac formé dans les terres par le Uississipi. La nature avait bien changé d'aspect, de même que la physionomie des Indiens depuis qu'on étmt parti des Illinois ; la terre parUcipait à la fois des productions' du nord et de celles du midi : à côté des pommiers , des poiriers, des pêchers et des pruniers , croissaient les lauriers et les palmiers. Le découvreur commençait à trouver des dédommagements à ses pemes, à la fois dans les richesses de cette nature et dans le caractère plus traitable des nations au milieu desquelles il passait. Bientôt ayant repris sa navigation, La Sale arriva à ces Indiens Natchez que depuis un grand poète devait rendre si célèbres en les chantant. Le premier, il fit alliance avec eux, et reçut de leurs mains le calumet. Il planta une croix sur leur territoire avec les armes du roi de France, en signe de prise de possession. À six lieues de là, on trouva que le fleuve se divisait en-deux branches dans lesquelles se voyaient beaucoup d'Iles; La Sale entra dans ''le canal de droite, et, le % avril, après quarante lieues encore de navigation, arriva chez les Indiens Quinipissas, qui faisaient entfflidre des Saeaeoûestt c'est-à-dire des cris de guerre, ce qui l'engagea & passer outre sans s'arrêter. Quarante lieues audessous, la branche du Mississipl dans laquelle on naviguait se partageait elle-même en trois chenaux. La Saie voulant les reconnaître tous trois, divisa son monde en trois bande», prit le canal de Touest, envoya un sieur d'Aulray dans celui du sud, et le chevalier de Tonti dans celui du milieu. Tous les trois conduisaient à Vobjel des vœux de l'intrépide .La Sale, Déjà il avait porté avec joie à ses lèvres une eau saiimAlre quç

bieutut il trouva tout à fait salée. ËiiHd , le 9 aTril , se laissant toujours aller à la dérive , après plus de trois cent cinquante lieues de navigation sur un canot, seulement depuis la sortie de la rivière des minois, à travers des pays que jamais Européen n'avait foulés , il vit avec admiration que le Mississipi , dont la vaste embouchure s'ouvrait à ses rci.iir<J>, Tavait conduit, des plus lointaines contrées septentrionales du Nouveau -Monde, au beau golfe du Mexique dans l'Amérique centrale. B éleva une colonne, sur laquelle le nom de Louis le Grand fut inscrit $ il donna le nom de Saint-Louis au fleuve Mississipi, et celui de Lodsianb à ces vastes pays qu'il avait découverts, et dont il prit plus solennellement encore possession au nom du roi de France. C'est ainsi qu'avec une poignée de monde , tantôt se confiant à de fragiles esquifs, tantôt passant les glaces d'un pied audacieux, ici traversant les rivières sur des branches d'arbres entrelacées d'un bord à l'autre, là se déchirant aux cailloux et aux ronces du chemin, chargeant souvent sur ses épaules, comme on Ta vu, jusqu'à son canot, ne vivant sur une route impraticable de quinze cents , lieues que des produits de la chasse , n'ayant pour se diriger dans de vastes déserts, dans d'impénétrables forêts, sur les lacs, lus rivières et les fleuves, que raiguille aimantée, la connaissance des étoiles et des vents, et surtout son gt^nie, le grand La Sale, car on peut à bon droit lui donner ce surnom, accomplit par terre une découverte devant laquelle avaient échoué par mer les Ponce de Léon, les Pamphile de Narva6z et les Ferdinand de Solo qui avaient péri à la tâche avec des troupes nombreuses, et ayant entre leurs mains tous les moyens d'atteindre leur but. En considérant la difficulté jointe à l'importance de la découverte de La Sale, on ne peut se défendre de s'écrier avec quelque orgueil : Français, voilà ce que faisaient vos pères!

A son retour, La Saie qui avait déjà reconnu le conûuenl de rOhio et du Mississipi, établit, par la première de ces rivières, la communication du Canada avec la Louisiane , dont il venait d'ouvrir les chemins. Dans sa roule , il faillit succomber à une maladie. Mais cnfm , victorieux de tant de fatigues, de peines et de traverses, après être resté dix ou douze mois aux Illinois et dans les régions des lacs' supéi'icurs, il revint à Québec dans Tautomne de raiinée i 683.

En 1078, Colbert ayant appris que les Anglais s'étaient établis sur k baie d'Hudson, écrivit tout de suile à du Ghêueau, intendant de la Nouvelle -France , de prendre des mesures pour contester aux Anglais la propriété qu'ils venaient de s'arroger. Dès que Desgrozeliers et Radisson, auteurs de celle prise de possession, eurent vent de la revendication, ils craignirent que leur conduite n*eût des suites Mcheusf s pour eux; ils firent acte de repentir, et passèrent en France implorer leur pardon en môme temps qu'ofi&ir leurs services. L'intérêt de TÉtat les fit gracier. Ils furent envoyés au Canada pour j former une compagnie destinée à coloniser sur la baie. Cette compagnie étant créée, on léur confia le commandement de deux petits navires, avec lesquels ils arrivèrent, parlesli? degrés 30 minutes nord, à la ri- ' vière de Penechioùetchiou* que l'on appela Sainte-Thérèse (au* jourd'hui rivière Hill), et construisirent auprès, au nom du roi de France, un fort qui fut appelé Bourbon , nom qui fut aussi donné à la rivière de Poaoùrinagaou (aujourd'hui rivière Nelson), située à sept lieues de celle de Sainte-Thérèse. Après avoir laissé huit hommes au fort Bourbon, Desgrozeliers et Radisson revinrent à Québec; mais croyant avoir à se plaindre de leurs as< sociés, ils s'en séparèrent et se rendirent à Paris, où lord Preston* alors ambassadeur d'Angleterre, profita de leur humeur încon* stante et de leur ambition pour les attacher de nouveau au service de son pays. Radisson reçut en don de la couronne d'Angleterre la propriété du fort Bourbon, qui fut changé eti celui de Nelson, et repassa la mer pour le faire remettre aux Anglais par un de ses neveux, ^s de Desgrozeliers, qu'il y avait laissé. En effet , ses anciens assoâés ayant envoyé peu après deux navires au fort Bourbon, sous k conduite du capitaine La Martini ère, le trouvèrent occupé par les Anglais, et furent contraints d'aller hiverner dans la rivière de Matscisipi ou de la Gargousse , située en face de ce fort. Pendant quelques années, les Anglais restèrent ainsi maîtres de la baie d'Uudson. 11 était réservé à une famille canadienne, du nom de Le Moyne, etcomposéede treize enfants, à» la rendre à la France, comme on le Terra dans le cbapi(;e suivant (o).

La liberté des mers , il faut en convenir, n'avait de signification pour Louis XIY qu'autant qu'il s'agissait de combattre les

m HISTOIRE MARITIME

sijpr(^maties anglaise et hollandaise. Vis-à-vis de toute autre iMfc» UoaquQrÂngie(erre,ii ii'avaUpasde volontés naoins despotiques, moins oppressives que le Hoynumo-Uni lui-nn'me. 11 fallait que tout pavillon, hormis celui de la Graude-Bretagne, s'abaissât

devcuil le sien.

Ce fut ainsi qu'en 168i, année de la mort de Valbelle, le capitainn Coustagnon de Léry raioé, qui devait être fait chef d*escadre Tanuée suivante, força, avec son seul vaisseau, deux vaisseaux portugais, dont un vice-amiral ^ à le saluer de onze Coups de canon, auxquels il ne daigna en rendre que trois en signe de mépris, après avoir failli les couler bas.

Cependant les pirates barbaresques a vaient recommencé à troubler le coomieree du Levant, à enlever des navires français, et k réduire en esclavage ceux qui les montaient. Un capitaine dès * vaisseaux du roi, nommé deBeaujeu, fiitpris avec un petit bdti» ment sur lequel il se trouvait accidentellement, et on le jeta comme les autres dans le plus abject esclavage. Duquesne, chargé, en 4681 , de chAtier les pirates qui infestaient la Méditerranée, et ayant sous ses ordres le chef d'escadiv (i'AmfreviUe, en poursuivit plusieurs, particulièrement de Tripoli, jusque dans le port de Scio, où ils avaient cru trouver un refuge sous les forts appartenant au sultan des Turcs, et les y cribla de canonnades, jusque sous les yeux du capitan-pacha qui était entré dans le port avec Irente^six galères musulmanes» et qui ne fut pas, lion plus que la ville , sans recevoir quelques éclaboussures. Tripoli demanda la {)aix ; on la lui accorda. Château-Renault, de son côté, avec une escadre do sept bâtiments de guerre, réprima si vivement les corsaires de Salé, que Tempereur de Maroc envoya un ambassadeur en France sur un des bâtiments de cette escadre pour demander également la paix.

Mais c'élait toujours Alger qui était le grand repaire, le grand nid de la piraterie méditerranéenne; c'était là qiie* le ca|*i laine Beaujeu gémissait dans Tesclavage, au milieu d'une foule de chrétiens non moins malheureux que lui. Louis XIV cl Colberl parlaient souvent d'anéantir cMi asile de brigandage. Il fut même sérieusement quesli n . dès celle époque , d'oj)érer un débarquement considérable de troupes au cap Matifou , de s'emparer do toute l'Algérie, de pousser la conquête plus loin dans les États

barbaresqiies , et d'y établir • sur des fondements solides , la puissance française (0).

Quoi qu'il en soit , en dehors de ces vastes projets d'établissements dans le nord de l'Arque, Duquesne, consulté sur les moyens les plus opportuns de répression de la piraterie algérienne , proposait une attaque simultanée par terre et par mer ; • mais Petit-Renau apporta un y tre avis. Les bombes étaient depuis longtemps en usage : on en faisait remonter Tinventionà Tan 4 3S8. Celle des mortiers était plus ancienne encore ; mais on ne croyait pas que ces instruments de sitge pussent être transportés Sur la mer» et qu'ils, fussent susceptibles d'opérer autrement que^ placés sur l'assiette solide de la terre. Le roulis, les secousses violentes des taux, semblaient des obstacles insurmontables et qui devaient déterminer de soudaines explosions; en joutrè, quelques lignes d'erreur pouvaient produire les résultats les plus nuisibles et les plus faux dans la direction des projectiles. Petit*Renau n'en proposa pas moins le bombardement d'Alger de dessus les vaisseaux* Pour cela , il offrit de faire construire des bâtiments plus petits que ceux dont on se servait ordinairement, mais plus forts de bois, sans ponts, ayant un fond plat pour pouvoir approcher dé terre , avec un faux tillac sur ce fond; où l'on établirait en maçonnerie un appareil creux , pour y asseoir les mortiers, H paraît que cette invention de Petit-Renau , qui est l'origine des galiotes à bombes , fut d*abord assez mal accueillie par la majorité des marins, et que Ton traita son auteur de visionnaire ou à peu près. Golbert toutefois futd'avis de ne rien rejeter légèrement, et decdnsulter à ce sujet Duquesne , qui se trouvait alors à Toulon. L'illustremarlnrépôndit d'une manière fovorable au Jeune inventeur, et l'on permit dès lors à Petit-Renau de faire construire , comme essai, cinq bâtiments selon ses plans, pour les conduire ensuite devant Alger. Pçtit-Renau, heureux d'avoir triomphé dotant d'opposition, se hâta d'user de la permission qui lui était accordée, et bientôt trois galiotes à bombes sortirent du Uâvrè 'et deux autres dé D'unkerque , pour aller se rallier à l'escadre que Duquesne faisait préparer à Toulon. Comme il. était embarqué sur un de ces nouveaux bâtiments , Petit-Renau fut accueilli, i\ peu de distance de Dunkerque, par un mémorable coup de vont, qui rompit les digues de la Hollande et submergea quatie-

vingt-dix biltiments le loog de la côte; cependaDtla galiole, cent fois abîmée, échappa, contre toute apparence, sur les bancs de Fl( ssinguô, et ni elle ni son inventeur ne furent perdus pour Tobjet qu'on se proposait.

Peu après, le 42 juillet 1682, Duquesne fît voile de Toulon avec une partie de sa flotte. Les cinq galiotes à bombes de Petit- * Benau, qui portaient chacune deux mortiers et quatre pièces de canon, vinrent le rejoindre presse Fermentera, Tune des lies Baléares. Il trouva, vers les côtes d'Afrique, entre Alger et ChercbelU les chefe d'escadre de Tourville et de Léry, qui croisaient dans ces parages pour arrêter les pirates, et qui se réunirent à lui. Quand toute la flotte destinée à opérer contre Alger fut réunie, elle se composa de quinze vaisseaux de guerre, six frégates, quinze galères , cinq galiotes à bombes portant chacune six mortiers, et trente-six hommes d'équipage, et quelques brû* lots, flûtes et tartanes.

Duquesne préluda au bombardement d^Âlger en brûlant un vaisseau algérien dans le port et sous le canon du fort de ChercheU. il avait fixé l'attaque d'Alger au 28 juillet 4682; mais le gros temps, qui obligea les galbes à se retirer au cap Matifou , le força aussi à différer son attaque jusqu'au %i août. C'était de Tinif qu'il voulait la commencer, pour avoir moins à souffrir du feu des ennemis , pendant qu'il embosserait ses vaisseaux et leur ferait présenter le côté aux endroits qu'ils devaient canonner. Il avait d'abord ( ompté sur les galères pour accomplir plus aisément cotte opération que les marins appellent s*enlraverser ; mais, depuis qu'elles s'étaient retirées, il lui avait fallu inventer un autre moyen, particubèrement pour conduire les galiotes près des murailles d'Alger, afin qu'elles pussent faire leur effet. Après avoir conféré de son plan avec Tourville et de Léry, ofiiciers généraux dans lesquels il avait une haute confiance etqui se rangèrent à sonavis, il envoya des chaloupes jeter des ancres vers ' le port à une distance qui lui parut convenable , pendant que cinq vaisseaux tenaient le bout des câbles de ces ancres, afin que les galiotes pussent se baler dessus, se mettre en travers lorsqu'elles seraient assez proches , et se rehaler de même jusqu'aux vaisseaux pour leur retour. Ijs Vigilant, de 54, monté par Tourville, qui devait tenir le milieu, vis-à-vis du phare, avait l'amarre de

lu Cruelle t commandée par le livîuU'aaul de Poinlis, uflicicr (jui devait acquérir une cerlaine célébrité dans la marine, el auprès iluqiiL'l se tenait pour l'instant rinvciileur niéiae des galiotes à Injnibes, Pelil-Henau. Sur la droite, le VaUlanty de 5i, eomliiaiidc par de I»eaulieu , avait l'amarre de /a Menaçante , montée par l'ensei^^ne d>.;. Goueslon. Sur la uauclie , le Prudent, de 58, commande par de Lt ry, av.ul raniarre de (a Brûlante^ montée par l'enseigne Sce)ljial; deux autres vaisseaux, C Étoile ^ de 30, commandée par de >iebmuiid , et le Laurier, de iR, commandépar de Bellisle-Érard , tenaient pareillement, l'un I iiuarn' de fa Fattdroyantc^ montée par l'enseig[ie de Boislie, i aiilre Tamarri; de la Bombarde, conduite par le lieutenant de Combes, et sur laqtit lle s était embarqué unlcapitaine de bombardiers de terre, uummé de Camelin, à qui son inexpérience de la mer lit commettre plusieurs fautes. La manœuvre (jue l'on se proposait de faire, étant toute nouvelle, ne put être accomplie avec la justesse désirable. Par suite des mouvements irréguliers que faisait le capitaine de Camelin et de rinexaclilude des mesures prises pendant la nftit, les ancres se trouvèrent trop rapprochées les unes des autres et beaucoup plus loin de la ville que Ton avait prétendu les y mettre. Quand les galioles arrivèrent sur ces ancres, elles furent ou abordées, ou embarrassées les unes par les autres. Tous les marins de k flotte étaient dans une anxiété extrême, en attendant le moment adennel où les cinq galiotes, que Ton avait baptisées de noms si terribles et si bien en rapport avec leur objet, allaient commencer une opération qui pou- Tait être funeste aux Français eux-mêmes. La Foudroyante commença à tirer ; les bombes crevèrent toutes au sortir du mortier. Ia CrueUet sur laquelle était Petit-Renau, tira ensuite et ne réussît pas mieux. Bien plus, un de ses mortiers, chargé d*une bombe ardente, ayant fait long feu, et k bombe continuant à s*enflammer sans partir, on crut Tincendie de la galioïc Inévitable. Aussitôt Tépouvante se mit parmi les soldats; presque tous se jetèrent à la nage ou dans les chabupes qui portaient les munitions. Hais Petit-Renau, ne se laissant point abattre ni par des circonstances si contraires, ni par la rumeur de la plupart des marins qui avaient les yeux fixés sur lui , resta intrépidement sur la ÇrueiU; sa conOance en inspira à de Poinlis et à quelques

autres officiers qui n'abandonnèrent pas non plus la galiote,et cherchèrent avec lui les moyens d'en prévenir Tembrasement. Ce n'était point chose facile. La bombe jetait, avec un feu énorme, des greiades et jusqu'à des canons de pistolet qu'elle renfermait ; • il y mit en outre, sur ta Cruette, quarante autres bombes ardentes qui tout à l'heure pourraient s*enflammer pareillement* On couvrit ces dernières de cuir vert', et l'on jeta sur celle qui itaiten feu une si grande quantité d'eau, qu'à la fin on vint à bout de l'apaiser et de Téleindre. Cet événement toutefois avait causé beaucoup de confusion ; les préparati& nécessaires pour se remettre en état de tirer demandant du temps et la nuit étant fort avancée, les cinq vaisseaux chargés de tenir les amarres se retirèrent et retournèrent, avec les galiotes, prendre leur place dans la flotte. Il semblait qu'il n'y eût plus d'espérance de succès pour Petit-Renau ; le conseil de guerre assemblé se déclara hautement contre lui ; mais Duquesne aimait sa fermeté , ses raison- . nements, et n'était point homme à mettre si promptement de côté une conception neuve et hardie ; il s'engagea à donner à Petit-Renau la facilité d'une seconde épreuve. Lefnauvais temps retint la flotte plusieurs jours encore dans l'inaction. Le 30 août, 1^ vaisseàux et les galiotes à bombes eurent ordre de faire leur manœuvre de halage. TourvîUe alla mouiller vers l'entrée du port d'Alger, tenant encore l'amarre de ia Crueile; de Léry, qui avait l'amarre de la Brûkmu^ se posta de l'autre cûté, tout au nord;. la Menaçante^ la Bombarde et la Fouéruyantê étaient aidées de trois autres vaisseaux. Cette fois , les galiotes de Petit-Renau , se trouvant assez près de la ville , purent produire l'effet qu'il en avait attendu, et cet effet fut atroce. Cest à peine si, à la pensée des désastres inouïs que devaient causer les galiotes à bombes, on peut se permettre d'accorder un éloge à leur inventeur. Cette nuit pourtant^ ce ne fut qu'un essai. On ne jeta que cent quatorze bombes sur Alger; mais elles avaient suffi pour qu'au lever du soleil on y reculdt déjà d'horreur devant une foule de corps affreusement mis en pièceis, et dont les débris dispersés couvraient au loin la ville. Plusieurs incendies aussi s'étaient déclarés par l'effet des bombes, et bien des demeures déjà s'étaient écroulées sur leurs habitants. C'était en vain que les Algériens avaient tiré plus de douze cents coups de canon sur les galiotes de Petit-Renau ; ils

DE PRANCË. 375

n'aTOient (ni en affiiiblir le sanglaot résultat. Dans leur courageux désespoir» ils entreprirent de venir enlever ces instruments de désolation avec leurs galères ; maisib n^eurent aucun succès, et Tartillerie des vaisseaux les eut bientôt écartés. Le bombardement avait recommencé dans la nuit du 4 au 5 septembre t même désastre, même tableau que la première fois; toujours des corps affreusement morcelés, des membres épars, des maisons en feu, des mur» croulants et des habitants écrasés. On se proposait de continuer, quand les mauvais temps et la saison avancée forcèrent à renvoyer les opérations à une autre époque.

Forant, qui avait été détaché, le 47 novembre 4682 de l'escadre deDuquesne^ avec t Ardent* qu'il montait, et ffofe, capitaine d'Infreville de Saint-Aubin, h la rade d'Alicante, y trouva une flotte hollandaise d'environ trente bâtiments, escortée par trois vaisseaux de guerre et neuf grosses pinasses, de 36 à 40 canons. Averti que parmi ces bâtiments il s'en trouvait un chargé de munitions de guerre pour Alger, Forant résolut de s'en rendre. maître; mais comme le bâtiment était mouillé très-près des murs de la ville, entre la flotte et les forts, il se trouva dans l'incertitude sur la manœuvre qu'il devait faire. Sa pre* mière pensée fut d'aller de nuit, avec ses deux vaisseaux, enlever le navire munitîonnaire; mais, ayant réfléchi quele bruit que ferait . leur manœuvre en traversant la flotte étrangère , donnerait l'éveil sur son dessein aux Espagnols et aux Hollandais, il prit la détermination de faire exécuter l'enlèvementpar deiix chaloupes seule^ ment, armées de chacune quarante hommes. Celle de tArdentfai commandée par le capitaine de Pallièreset le lieutenant d'Orogne; celle de tÉole eut pour [chels le capitaine de Sainte-Maure et le lieutenànt de Boissirame. Ces deux embarcations reçurent l'ordre d'aller, sans bruit, aborder le bâtiment suspect, de s'en emparer, de couper ensuite les câbles et de le remorquer, opérations qui furent parfaitement exécutées. Mais, au moment où Ton amarrait ce bâtiment, sa chaloupe, quiétaitrestée à terre, donna l'alarme, et le conmiandant de la flotte députa auprès de Forant pour lui demander des explications. La réponse futfière et franche comme celui qui la donnait. « Je savais que , sous le pavillon des États, * ce navire contenait des munitions pour les ennemis du roi et des ' lâiréliens, et j'ai fait mon devoir en m'en emparant. » L'envoyé

376 iriSTOIUI-: MARITIME

ayant ra|)portL' celle réponse au coiiiiMandnnt hnllnndais, celuici déclara qu'il ne buuHrirait pas qu'on cumieuàt le bùliment. Aussitôt, malgré rinsuftiî?ancc apparente de ses forces, le vieux Fornnt prit ses dispositions do combat. A la poitilu du jour, le» Hollandais en effet parurt'iil décidés à engager une action si on ne leur rciidait le navire enlevé; toulcfni^ ils hésilcicut au moment décisil'et envoyèrentencore des parlementaires aux Français. « Que si l'inlenlion de votre amiral, dit Forant aux ofiiciers étrangers venus à son bord, est réellement de vouloir re[)rendre ce navire de vive force, et que s'il est assez hardi pour faire tirer seiilemont un coup de pistolet, il sache que j'irai droit à lui et raborderai sans délai. — Mais veuillez prendre en considération qu'il y va de sa léte, s'il ne ramène le bâtiment qu'où a mis sous son escorte. — Qu'il songe alors qu'il y va de !a mienne, si, l'ayant pris, j'ai la faiblesse de le rendre. » Les ofiiciers liollandais, comprenant à cette réplique qu'ils ne feraient pas Ûéchir le conimandant franijais, urirenl un ton de plus en plus humble et se bornèrent, on dernier lieu, h demander, pour leur sauvegarde, un mot écrit de la main de Forant qui allestiil qu'il avait ordre de s'emparer du navire. Forant ne crut pas devoir refuser cette lichf i\r consolation au commandant hollandais. Ce fut le dernier mol d'une négoi iation armée qui se jiassait à la vue de plus de cinquante bâtiments de toutes les nations et de j^lns de six mille personnes accourues sur les murailles d'Alicante pour en voir l'issm;. On ne s'attendait i,'ucre de ce côté que ce seraient les deux vaisseaux français qui l'emporteraient sur la flotte balave qui pouvait mAme espérer d'être appuyée par les forts de la ville. Ce beau Irait d'énergie n'acquit pas mcore au vieux Forant le grade de chct d'escadre , tant était systématique la haine de Louis XIV contre ses suji;ts protestants.

Durant les derniers mois de l'année 4682 et les premiers de 1683, le lienleiiant général de Preuilly d Humières donna la chasse aux cor^an*es barbaresques, avec une division de quatre bàliuienls; il fut particulièrement secondé par le capitaine de Beîlisle-lirard (pii avait auparavant ramené à félouan Tambas- • sadeiH'du Maroc. Victor-Marie d'Kslrées, fait nninirre d'emblée capitaine de vaisseau , comme il serait fait d'emblce aussi tout à la fois lieuteuant générai en fonclioa et vice-amirai de Ponant

DË FRANCE. 377

en sunrîTaiiGe* dès l'année 168i, se réunit à la division de Preuilly d*Humières dans le temps où elle continuait sa croisière dans la Méditerranée, et montra dès lors que s*il devait à la fa?eijr dont joubsait son père dçs grades anticipés, il avait du moins Mte de les mériter. Deux grands ministres, Lottvois etSeignelai', se Tétaient disputé, et le second ne l'avait obtenu qu'en le comblant d'Iionneurs et de commandements.

Tandis que le comte d*£strées et Bellisle-Érard allaient désarmer, par Tordre de Preuilljr d'Humîères, à Toulon, ce lieutenant général, monté sur f Hercule ^ escortait trente navires du commerce jusqu'à Saint-Malo, où il arriva le 28 mars 1683. Il se rendit bientôt après dans la mer Baltique, avec une escadre de sept vaisseaux, pour se joindre à la flotte du roi de Danemarek et empêcher la réunion des forces navalesde Suède etdeHoUande contre les États de ce monarque allié de Louis XIV. Mais, dans la crainte de la France, les Suéde» et les Hollandais n'ayant pas tenté cette réunion, Preuilly d'Humîères ramena son escadre & Brest.

De grands préparatife se faisaient alors en France pour bombarder de nouveau Alger. Dès le mois de juin 4083, Duquesne se retrouva devant ce nid de pirates avec une armée navale ainsi composée : son vaisseau favori, le Saint-EsprU, qu'il montait , et où figuraient dans son état-major 7 Duquesne-Guiton, son neveu, capitaine de pavillon, le marquis de La Porte, capitaine de vaisseau et des grenadiers , le major de la marine du Levant de Remondis, Taide-major Cbampignette, et le commissaire général Hayet; le Ferme, de 60 canons, monté par Tourville, INToinu à la fin de Tannée 1682 au grade de lieutenant général et qui avait de Pallas pour capitaine de pavillon; te Vigihntt de 52 canons, monté par le chef d'escadre d'Amfreville, qui avait de Cham|ngny pour capitaine de pavillon; ie Prudent, de 52 canons, porlant la cornette du chef d'escadre de Léry qui avait Barrin de La Galissonnière pour capitaine de pavillon ; CMmaUet de 50 cahons, capitaine de Septesmes; i Excellent, de 54, capitaine de Yilelle-Murrai ; le Fleuron , de 50, capitaine Victor- Marie d'Eslrées; le Clicvcd^Marin , de 44, capitaine de Bellisle- Érard; le Bizarre, de 36, capitaine du Mené; la Sirène t de 44, capitaine de Sebeville; le Laurier , de 46, capitaine Henri Duquesne, fils du grand Duquesne; C Étoile, de 36, capitaine des

Gouttes; te Hasardeux y de 44, capitaine Colbert de Saint-Marc; les fn'gates légères la Moqueuse, la Subtile et la GeuUlle, ta[/i* laines de Montbaut, de I^ BoissièreBt de Motheux; les brûlots t Espion et t* Inquiet, capitaines Serpault et Simon $ les sept galiotes h bombes la Fulmnanie, ta Brûlante, la Cruelle, la Bombarde^ la Menaçante, la Foudroyante ^ CArdente^ commandées , dans Tordre précédent , par les lieutenants de vaisseaux de Chavigny, deLaPeaudière, de Poinlis, de Combes, et par renseigne de Goueston, et les lieutenants de La Motte d*Ai* ran et Duqiiesne-Mosnier ; plus six flûtes, capitaines Desprez, PEscole, Julien, Du pré, Vincent de Beaussier et Prepaud; et vingt tartanes et barques longues, k la fin de la campagne, cette flotte fut jointe par le Sage, de 48 canons, capitaine Forant; le Capable, de 44, capitaine de Chaumont; le Fidèle, de même force, capitaine Bidault; le Vaillant , de 46, capitaine Gravier; et par seize galères , sous les ordres du chevalier de Noaîlles, lieutenant général , et des chefs d*escadre de Betbomas et de Breteuil. Plusieurs convois innrent aussi successivement la ravitailler et loi apporter des munitions.

Ne vonlant point laisser passer la saison des calmes sur une cdte féconde en catastrophes, Duquesne prît aussitôt ses dispositions. Il ordonna que sept vaisseaux de guerre, rangés sur une ligne un peu courbe présentant la même figure que le môlo d'Âlger, escortassent les galiotes à bombes au delà de la grande portée du canon; ces vaisseaux étaient le Fleuron, du comte d'Entrées, le Ferme, dé Tourville., /a5yrè»c, de Sebeville, le Prudent, de Coustagnon de Léry, C Aimable, de Septesmes, le Vigilant, de d*Amfre ville, et/e laurier, de Duquesne fite. Deux autres vaisseaux durent se poster au bout des deux ailes et flanquer la ligne, pour le cas où les ennemis feraient des sorties sur les galiotes avec quatre galères qu*on les soupçonnait de tenir prêtes dans ce but. Neuf ancres , auxquelles étaient attachées quinze à seize cents brasses de câble moyen , furent [iréparcus pour que les sept galiotes et les deux vaisseaux des deux ailes se halassent dessus. Le S3 juin 1683, en plein jour, les commandants des vaisseaux qui devaient tenir les câMes des ancres allèrent porter cellesci à distance convenable du môle d*Alger. Les Algériens regar* daient faire tranquillement, sans tirer un seul coup de canon, ne

saisissant point l'objet de la manœavre des Français qui venaient les uns «près les autres, sans laisser Toir cordages ni ancres , le tout étaiit ajusté de telle manière que Ton ne paraissait avoir d^aùtre dessanque de reconnaître le môle ; la manœuvre fut ainsi complètement dérobée aux ennemis, et leur surprise fut extrême quand îb la connurent ensuite par ses résultais. Le 24, on prépara les galiotes qui devaient se baler sur les ancres ; chaque vaisseau avait sa gaUote à soutenir en cas d'attaque. Chacune d'elles avait, outre l'équipage ordinaire, dix gardeSmarine, dix grenadiers et dix soldats d*élite; plus, pour escorte', deux chaloupes armées en guerre. Deux corps de garde de chaloupes étaient postés, l'un au nord, l'autre au sud de la ligne; quelques canots légers avaient été placés à l'entrée du port, avec ordre de brûler des amarres s'ils voyaient des ennemis prêts à sortir, pour qu'à ce signal tous les vaisseaux allassent au secours des galiotes. Le gros temps fut cause qu'on ne put faire avancer celles-ci avant la nuit du 26. Elles commencèrent à tirer à une heure du matin et jetèrent sur Alger quatre-vingt-dix-neuf bombes chargées de treize à quinze livres de poudre. Les ennemis répondirent avec leur canon, dont ils pressaient les détonations comme des décharges de mousquelerie, lorsqu'ils voyaient mettre le feu à la fîisée de la bombe. Mais ils causèrent peu de mal et on leur en fit beaucoup. Pendant deux heures quel'on jeta des bombes, de Tourville et de Léry allaient et revenaient avec leurs canots et étaient présents à tout. Le jeune de Rochechouart duc de Mortemart, fils de Vivonne et général des galères en survivance, se tenait bravement à côté de Tourville, pour s'instruire à ses leçons et s'accoutumer au feu. On ne doutait plus de la puissance de l'invention de Petit-Renau, et grand nombre d'officiers, même de ceux déterre, étaient venus sur la flotte pour voir opérer les galiotes à bombes. Un vent de terre s'étant élevé, Duquesne fit tirer deux coups de canon comme signal de retraite. La journée du lende- * main fut orageuse ef défavorable. On se tial ce^ aidant en état d'avancer sur la ville au premier ordre. Vers les. dix heures du soir, les nuages s'étant dissipés et la mer étant devenue calme, les galiotes firent leur mouvement ; en moins de deux heures, elles julc-renl cent vingt-sept bombes sur Alger. Il en tombait quelquefois trois ou quatre ensemble, que l'on entendait éclater

380 IllSiUllU. MARITIME

avec un cpoiivanlable fracas. Los mosquiîcs ot \o. palais da dey lui-même lurent renversés avec un nombre considérable de maisons; près de mille personnes furent ensevelies sous les ruines; les magasins étaient détruits et les marchandises à la merci des pillards. Une seule bombe démonta i^lusieurs pièces Je canon et tua cinquante hommes qui les servaient; une autre tomba sur un bateau qui était près de sortir et Tenleva avec cent hommes qui le montaient. Les Algériens avaient fait allumer un grand nombre de feux à la côte , afin de mieux observer les galiotes pendant la nuit; mais cette clarté môme leur était fatale et servait aux bombardiers français à mieux diriger leurs coups. Les galiotes firent retraite deux heures avant le jour; les ennemis étaient dans une grande surprise de les voir, à la clarté des feux de la cdie, se retirer dans le même ordre qu'elles s'étaient approchées.

Un immense désordre régnait dans la ville bombardée. Le peuple, dans un désespoir qui tenait du délire, s'en prenait à tout de son désastre et menaçait les jours du dey lui-même. Celui-ci pensa alors à Beaujeu, ce capitaine de vaisseau qui avait été pris deux ans environ auparavant et réduit en esclavage ; il lui fit ôter sa chaîne , et, pour prix de la liberté qu'il lui offrait, il lui demanda un bon conseil sur l'état présent des choses. Beaujeu lui répondit qu'il n'avait rien de mieux à faire que d'aller trouver l'amiral du roi de France, d'implorer son pardon et de se soumettre à toutes ses volontés. Le dey ne se montra pas disposé à suivre en son entier ce conseil qu'il trouvait trop humiliant; mais pourtant il députa vers Duquesne, en signe de paix, une petite embarcation portant pavillon blanc, sur laquelle se trouvait, entre autres, un courageux missionnaire, nommé Leva* cher, qui remplissait les fonctions de consul France à Alger. Duquesne, avant d'entendre à aucun accommodement, dit aux envoyés du dey qu'il voulait qu'on lui rendît tous les chrétiens français, et même ceux d'autres nations qui avaient été pris sur des navires portant pavillon de France. Le lendemain , 29 juin , sur les dix heures du matin , on vil sortir du port d'Alger une douzaine de chaloupes qui amenèrent à bord de la flotte française cent quarante-deux esclaves chrétiens, au nombre desquels était le capitaine de Beaujeu. Duquesne dit que ce n'était point là le tout, et

qu'il n'accordait que cinq jours pour avoir le reste. Du 30 juin au 3 juillet , on lui en amena encore cinq cent quaran1f'->^ix. Ce fut alors seulrmeut que Duqiicsne consentit à entendre parler de Iraitt'r. La paix sembhiit près d'cHrè faite, quand une insurrection soulevée dans Alger lit périr le dey Baba-lînssan , et porta à sa place Mezo-Morto, qui força la Hotte française à ricommencer les hoslilités. Dnns les nuits du 21 au 29 juillet et même pendant la journée du , on fit pleuvoir sur Alger une si effroyable quantité de bombes, que l'on eût dit qu'il n'allait pas rester pierre sur {)îerre dans la ville. Deux vaisseaux de guerre de la Kégence, une galère et plusieurs bUiments marcbands furent coulés à fond dans le port. Dans leur rage impuissante, les Algériens, dont Tartillerie était toujours si mal dirigée qu'elle n'atteignait presque jamais son but, ré^olurml d'attacher à la bouche de leurs canons les Français qui leur restaient, pour les lancer sur la Hotte de Duquesue. Le Père Levacher, qui s'était si vivemonl employé à ramener la paix et qui avait eu la confiance de n vt nii" au milieu de la ville b.irb.irfsque , fui une des premières victimes. On lui proposa de se faire mahométan; sur son refus, on le mit dans un des plus gros ranons do la plnrp, et on le tira en guise de boulet. Au milieu de ces actes d horreur, oh l'inhumanité ne se montrait pas que du côté des musulmans, une scène touchante se présenta pourlaut. Un Français, du nom de Choiseul, ayant été détncb»' qii ilques jours auparavant avec une chaloupe pour aller observer dans le port , trompé par l'obscurité de la nuit, s'était laissé tomber au milieu des ennemis. On Pavait euuneué et fait prisonnier. Comme les autres esclaves français, il était attaché chaque jour à la bouche d'un canon pour être lancé, quand son tour serait venu. Mais, dans celle triste situation, il lut reconnu par un corsaire algérien que de Léry avait autrefois pris dans ses courses, et que lui et ses ofBciers, au nombre desquels était à catte époque le malheureux Choiseul , avaient fort bien Iraité pendant tout le temps de sa captivité. L'Algérien court à Choiseul, Ti rnbrasse et lui promi ) d'obtenir sa grâce. Mais il avait trop compté sur son inlluence p( sur ses priAres : on refuse obstinément de lui rendre son ami; Ciioiseul rfslc attaché à la bouche du canon auquel tout à l'heure. on va mettre le feu. Sou sort semble décidé, $oa

m HISTOIRE MARITIME

loiir osl venu, el ses membres écrases voiil iillcr nninilir (riiorryiir les Français jus(j.no sur leurs vaissoaiîx. Mais alors le çr»'néniux Algérien se jcltc sur lui à corps perdu, le serre élroilcnn nt dans ses bras, el dit au canonnier qui lient la iii'che prùle : « Tire! Puisque ne puis sauver la vie à mon bienfaiteur; j'aurai du moins u\ consolation do mourir avec bii. « Le df y, témoin de ce spectacle, en fut loqçhc lui-même, et lit grâce à Choiseul.

Cependant lu bombardement continuait avec la mAme vigur'ur. Le 9 août au malin, la mcr élani belln, los galioles tirrrent dciix cent trente bombes, auxquelles les ennemis répondirent par neuf c»'!ii> ( uLips de canon ini[)uissants; le 10, elles en lirèrenl soixante el (pjinze. Le M, les Algériens firent une tentative avec une £îa- Irrc pour enlever la galiole (a l 'ulminante^ où était venu le marquis de La Bretèciie , (pii fut tué dans cette affaire avec le lieutenant de Brécourt el plusi»;urs autres Français de distinction; mais la galère ifigérienne fut obligfH? de se relirer avec une perle considérable. L'enseigne Gombaull, du vaisseau le Saint-Esprit, se distingua particulièrement en mettant le feu si à propos à un mortier, qu'il lit sauter à la mer tous les musulmaiis qui s'étaient portés sur le gaillard d'avant. Cent suiximle bombes furent jetées sur Alger, dans celte journée du 11 août. Le 17, on en lança qualreviu[it-di\-liuil ; le dey fui estropié d'un de leurs éclats; pbl^^l:urs bàtiinenls lurent encore coulés à fond dans le pnrl. Ouaiil à la ville, elle n'était plus qu un vaste amas de débris el de ruine?. Le '2(1 t't le 27 août, Duquesne fil encore lanrer deux cent S(ji,\,iiite et dix bombes. Au total, jusqu'au 10 seplenibre, il eit fut jelt' sur Alger trois mille quatre cent qualre-viuirt-treize, non compris cent Irenlr-six carcasses, projectiles non iienns terribles. KnOîi , ayant éf)uis(; loulesses bombes, el la saison commenenid h avaiieer, I)u(|uesne jugea à propos, le 16 septembre, de faire voile pour Toulon. Son expédilion avait duré plus de deux mois. Mais, pour jirouvi'r aux Algériens qu'où ne leur avait pas dil le dernier mol de la France , il avait laiss('> en croisière , devant leur porl, lrois vaisseaux qui furent bientôt rejoiuls par quelques autres sous les ordres de Tourville el de Léry. Ce dernier arriva devant Alger, après avoir croisé avec son vaisseau le Prudent . et livré un comJbat sanglant aux deux vaisseaux algéheDs le Uan^

<f Or et le Palmier^ dont l'un coula bas après l'action. Dans ce combat, If s capitaines de LaG.dissonnière et du Ucuivroy, les lieutenants de Léry jeune et do Cliavigny, et leiils de Le Fèvre de Ka Barre, qui avait reçu un coup de mousquet en travers du « orps, s'étaient fort distingués. Le dey d'Alger, jugeant qu'il fallait de toute nécessité se soumettre , sollicita la paix : Tourville en dicta les conditions au nom de Louis XIV , et le successeur des deux Barberoussc dut envoyer un ambassadeur au roi de France pour obtenir déflnitivemenl sou pardon.

Le cnbinel de Versailles profila de roecasioii [>our rappel«T et renouveler les anciennes concessions faites à une. compagnie marseilbis ' , dès le temps des premières relations amicales de la France avec la Turquie et les pachas et Ic^ boys qui relevaient de celle-ci sur la côte septentrionale d'Afrique. Ces concessions, dont If Ihisiioii de France était le chef-lieu, se trouvaient à Bone, à (Âiliu et au Kolo. compagnie counncrciale qui les exploitait, quand les courses des Barbaresques et la iruerro ne les lui interdisaient pas, avait pris n;iissaace,en loGO, ^tMls le titre de compagnie d'Alncpie et du bastion de France; elle < iiùpUut, parmi ses privilé^res cxcIusUn, la pèche du corail, les uuportations des fabriciuLs irançaises à Alger, Texporlation de la cii-p, de l,i lame, des cuirs el surfout des bh^ de la Régence. Dans ses bons jours, elle occupa annuellement jusqu'à cinquante navires et entretint ainsi à Marseille une véritable école de marine. Une convention, signée en 169 i, et plusieurs fois renouvelée depuis avec la Régence d'Alger, devait affermir encore les droits de cette compagnie sur les Concessions d Afrique,

Pendant que Louis XIV, par les dernières expéditions de Duquesne, assurait sa prépondérance dans la Méditerranée, qui semblaitréellernent près de devenir un lac français, le pays perdait un de cc> îiuumies qu'on ne remplace pas. Colbert s'était un moment flatté que la gloru nxe paix de ÎNIni* iiun s iiisferait l'ambition de Louis XJV et melUaii un terme aux énormes dépenses que la guerre avait si longtemps exigées. Mais sa Iri^lf-^^e était devenue extrême q u . i n d i 1 a v a i l r ec ou u u q u ' i 1 n' en serai 1 1 1 e i i e l ( [ u e Lo u i s X i V était plus que jamais, par ses succès mêmes, près du gouffre vers lequel semblent pencher tous les conquérants. Colbert avait senti que sur lui seul, en sa qualité de contrôleur général des finances.

retombait tout rodionxdesimpôtsqiie les armées en permanence, jointi's au f.isli' d i monarque, faisaient peser sur le peuple; p«iii- (lanl (jne ï.ouis \ IV et le ministre «le In guerre Louvois amassaient des trophées aux dépens d'un iiMir qu'il lui fallait rendre intarissable , il ne. s'était acquis que de la baine. Louvois s'était montré rciiiK irii peisoiiiiel de Colbert; bien qu'homme su|>érieur lui-uiùate, il en avait paru jaloux comme aurait pu l'ètri un esprit des plus nif'diocres. En flattant les passions belliqueuses du roi, auxquelles Colbert, dans l'intérêt des linanres de l'État, du commerce, de Thumanité tout enliere, s'était appliqué à mettre des bornes en temps utile, il avait obtenu, dès l'année 1670, une grande influence sur l'esprit du roi, au détriment de son rival. Bientôt celui qui avait étendu son autorité sur tous les ministères, bientôt Colbert n'était plus resté uiaiire dans le sien. Celte disgrâce si peu méritée, une application continuelle et des travaux excessils, avaient altéré la santé du grand homme. Attaqué de la pierre, il souffrit les douleurs les plus violentes avec une constance admirable. Dans Us derniers tenqis de sa • maladie, mais il était trop lard, le roi vouluilui donner un témoignage éclatant de cette estime qu*il lui avait autrefois accitrdée si entière: il partit de Versiilles avec un cortège nombreux, se rendit à l'hôtel du ministre, et entra seul, craignant de rincommoder. Les uns disent que le ministre, au lit de mort, ne comptant plus qu'avec Dieu, se refusa à recevoir le roi; les autres, qu'il fui altcndri lorsque Louis lui répéta plusieurs fois . qu'il le priait de se conserver, et qu'il avait toujours besoin de ses services. Le monarque s'élant retiré, Colbert ne se montra plus occupé que de son salut. Il avait toujours eu l'ànie profondément religieuse, et, dans le temps même de ses occupations les plus grandes, il n'avait jamais manqué un seul jour, comme pour se fortifier, de lire quelque ouvrage de piété. PrtMre s('vèrc et digne en loiit de celui qui l'avait appelé , ce fut le eélèbre liourdalouequi a>^.i>La le grand ministre à sa dernirre heure. Colbert expira le 0 sepleuibre U»H3 , à l'i^ge de soixanle-tiu.itre ans. Le peuple qui ne connaissiui pas les véritables auteurs de sa misi re, et qui ne voyait en Colbert que le ministre des finances par lequel il avait été pres-Mire, n'aurait pas, assure-t-on, épargné sa dépouille, si l'on a eût pris som de i uihumer clandestinement.

DE FBANCE. 385

Mais il faut dire que la disgnlce dans Iciqnelle Colberl était tombé à la cour, posiliveincnt parce qu'il s'était montré l'ennemi déclaré des prodiîralités de toutes sortes, semblait] d'avance avoir désigné ses rosier aux oulroges de la foule ignorante. Les courtisans, enchantés qu'on se méprît sur les causes de celte disgrâce, laissèrent dire et volontiers onrnifnt laissé faire. Ils eurent même l'impudeur d'applaudir à de suites épigramuies qui insultaient, jusque sur sa tombe, à la naissance obscure du grand ministre. Il ne fallut pas longtemps du reste au peuple pour s'instruire, quand il eut vu que celle mort, tant et si injubteiiient désirée par lui, devenait \n\ signal d'oppression et de désordres, tels qu'il n'en avait jamais connu du vivant de Colbert. Aux yeux des autres peuples, jamais la France n'avait paru si bi'.Ie qu'à celte époque. Des réglemenîs surlesqui'l- b's nations voisîrips fondaient elles-iiiéines leur administrationj des académiesdoiil la gloire faisait de Paris le centre du monde; des rnonumonts qui égalaient en splendeur ceux de Home et de la Grèce; iiii' industrie immense, et dont les produits étaient à l'ordre du jour par toute l'Kurope; des canaux gigantesques, des ports magnifiques, dont les uns avaient été h peu près totalement reconstruits, dont les autres venaient de sortir soudain du néant pour s'élever coriiiiK' par enchantement au plus haut état de grandeur et do puissance; une marine qui ne comptait pas moins de deux cent soixante-el-seize bàlnnunts de guerre, s»'^ns parler d'une innombrable quantité de navires marchiuids, doui rÈlat avait enrouragé, aidé la construction : voilà ce qu'offrait alors la France aux regards émerveillés de l'élrangerj et tout cela était, en majeure partie» l'œuvre de Colbcrl.

ni.

CEAPIÏKË XIL

MinMlIrt if Ç*'\gae\*i. — Ctnttèrt el iddlIiiUlratim de S«ignrUi. — L« eomW d« TouIi>d!< , iminl At Frinca.» Huililil''« »e« fEtfape «t >t«c C^net. — Conlitl du VkitKâii b Km, *irr Ltcnl' ~riii.| (>i n ' d'I ~|iigiu!. — BMsWnUBfalt nifi « MMibtiM dt C4a«.— CmiImU détaili litféi ptr CcfUngM, T«ar«iUe, YictsT-llaite f iMrte «I Vwnl ■WW'miiMi mimimIi. — tbmàttimumd el MniMiMi da Tri]Wli. — Sominn* d* Tm. >• KoDiriQ banWrdcntiit d'Alger, — AmKusaifi rt «ipédil-i.n rîc Siim. — Ndinclli'» rt|i«-diiion« iWf Hlknilian el •fenlaire* eiUaardioairei de pliittean d'culrs ent k Inten l« conliarnt <<c l'AoKm^iK- e\ >1in> l.i nu t rto Sud. — La flilt tRiteprand de ehertiicr ptr mrr l'enbenchor* du Miitiiiifi •! a'i fiMiit (v>« «[ilièr<.<iui;nl. — 11 culoitiss ig Tmm**» Ufdfil MiHWié. — Lm Mm cwdtew Li M*jat alM|maMt it tmin U bm tBmiitu i J» mf pwfiMMl.— OïdMMMd* IMI MWteaillHn*!*!

Le marquis de Scignelai, né h Paris ou 1G51, esprit facile, vaste, brillant, se trouvait doue seul niauilenant à la lùle du ministère de la marine qui, loin de dqx'iir, devait prospérer de plus en plus entre ses mains. Jeune, ardeiil, susceptible des plus grandes idées et des plus grandes choses, fou de gloire, ne le cédant à personne, autant par gont que par ambition, en désir d'augmenter la puissance el l'éclat du régne de Louis XIV, liardi parfois jusqu'à la témérité pour uUeuidre ce but, et, comim- >»u roi, avant ravé du dictionnaire de la laiiL ir française le mot impossible: tel, à la première vue , se munirait le iils de Colltert. (> n'était point , il est vrai, ce travail persévérant, jamais inlt rrompu, quoique souvent |)énible, d'un père (jui n'était arri\é à posséder, à reluire l'ensemble administratif du royaume que par la connaissance acquise des plus miiuitieux détails; qui n'avait construit son édifice de gloire que jour par Jour, heure par heure»

en remoniant insennblement des plus petites choses aux plus grandes j c'était, au contraire, un génie prompt, impétueux, qui, en attendant que Tâge lui eût donné plus d*assiette , courait à son bu* par bonds et par pauts ; un coup d'œil d*aigle qui saisissait d'abord Tensemble, et ne pénétrait que sabsidiairement et avec rapidité dans les détaib. Seiguelai • lorsqu'il était encore fort jeune, avait été envoyé par Golbert dans les principales ^Ues maritimes de France et même d'Italie, pour y acquérir la connaissance des différentes branches du service auquel on le desti-* nait dès lors ; mais, vif, and du plaisir, fêté tout le long de sa route» Il n'avait peut-être pas recueilli de ce voyage tout ce que son pôre avait eu le droit d'en attendre. Néanmoins l'espèce de divination qu'il possédait des choses et des hommes lui avait bientôt tenu lieu d'examen approfondi et de lentes études. Ce n'était pas qu'il ne fût parfois susceptible d'un travail opiniâtre; mais , se fiant à sa prodigieuse facilité , il renvoyait presque toujours les affaires au dernier moment, s'y précipitait pour q uelque temps avec passion, avec excès, et, comme il avait conçu, il voulait qu'on exécutât, en- un clin d'œil. De cette volonté d'être obéi comme il concevait, il résulta plus d'une fois des ordres précipités, donnés sans égard aux circonstances ni aux moyens. S'irritanI alors des moihdres obstacles qu'on lui présentait, le minisire rejètait injustement sur les subalternes le défaut de succès des entreprises qu'il n'avait pas ménagées d'assez loin. On est fondé à croire que ce besoin impatient de voir l'action courir, pour ainsi dire, comme la pensée, la foudre suivre l'éclair, fat tout autant que l'ambition de montrer les talents d'un général en même temps que ceux d'un ministre , ce qui porta Seignelai à venir sur les flottes et à y prendre parfois la place de Pamiral. Cétait de là peut-être aussi, plus que de la superbe de son caractère, que venaitle style impérieux jusqu'à l'absence d'égards , jusqu'à la dureté même, qu'on reprochait, dans certaines circonstances, à sa correspondance avec les officiers du plus haut rang et du plus haut mérite. Néanmoins, comme l'orgueil n'étouffâit point en lui la raison , il revenait bientôt de se? erreurs ; et plutôt que de les aggraver et de les rendre irréparables en y persistant, il s'exposait à la déconvenue , à l'inconvénient même, pour son autorité, de les reconnaître. On a remarqué que sous

Colberl les récomponses élnicnt plus fréquentes dans la mariiit' ([ue les jujiiilious, et que sous Soignelai au contraire les punilions avaient df'passé de beaucoup les rccompcnses; mais on il itien fait d'ajouter, comme correctif, que si l'un avait créé une marine, Taulre la disciplinait, et que, s'il avait fallu plus de patience au premier, il fallait plus do fermeté au second. Sans doute, et il efit élé diflicile de l'exifjjiT (!♦• son ;tge, Seignelai n'avait point encore celte conslanle et adnurable sagesse de Colberl <pii mûrissait tout et ne livrait rien au hasard; mais il était naturellement doué d'un jugement sain ef si*ir qui prouvait que si cet esprit plein de fougue et d'éclairs in i iii point prématurément enlevé à l'État , il en serait un Jour le plus grand honneur et le plus ferme soutien.

Ce sens rapide, qui lui faisait voir tout d'abord le bien ou le danger des mesures politiques que l'on prenait, lui aurait sufti, quand bien même l'équilé et l'intluence des idées que son ptVc lui avait transmises ne s'y seraient pas jointes, pour qu'il fût instinctivement contraire à Tédit révocalif de celui de Nantes, que l'on préparait conlre les protestanis. Aussi ne se préta-t-il jamais qu'avec répugnance et comme contraint et forcé aux ordres vexatoire s , ini(jnes, inhumains, qui en furent la suite. Il s'opposa môme, autant (pi'il put, aux démarches qu'un zèle trop outré ou un esprit trop conrlisan lit faire aux évô'ques, aux commandants et aux intendants des provinces contre ceuxque l'on qualifiait de prétendus réformés; il défendit, dans le cercle de ses attributions, les recherches qui avaient lieu d'autres côtés au sujet de ces malheureux, par ouvertures de lettres et de ballots, comme contraires à la bonne foi et à la sécurité du commerce. En toute occasion il conseillait à ses subordonnés de se garder d'appuyer la persécution, et de laisser à qui de droit l'abominable oeuvre inquisitoriale , préchant à tous la tolérance comme plus propre que la rigueur à ramener les consciences que l'on croyaît égarées; en tout cela bien différent du ministre de lo guerre Louvois, 'qui ooussait avec une sorte de frénésie aux mesures impitoyables qu'un faux zèle, inspiré [lar le confesseur La Chaise et madame de Maintenon, dictait à Louis XIV vieillissant. C'est une chose fort honorable pour l'administration maritime du royaume, que le seul des conseillers du monarque qui se soit montré con-

(raire à la révocation de lY'dit. de NlIuIos et à la p^Ts/fiition des rcliu'ionuaires, ait ('té lo secrétaire d'iùat do la mariiiL . Sciinielai voyait, dans les niusures prises contre les prolestants, la i uiii ' du commerce, le déjieiiplemenl des provinces, et, au bout de tout cela, la llélrissure à venir du prince, lu perle même de la religion. La ])osl('rité ne lui a doiuié que trop raison. Toutce que l'on pul arracher de lui, ce fut qu'il congédiât les gardes-marine et officiors de son département qui ne faisaient pas profession de catholicité. Ou voulait, chose horrible à rapporter, qu'il fit enfumer les vaisseaux pour ôler aux protestants le moyen de s'y cacher; il y conseulit en effet d'abord , mais en donnant des ordres pour qu'on prît en même temps telles précautions qui empêchassent la santé des hommes , quels ([u'ils fussent, et la qualité des marchandises de s'altérer; nonobstant cela, au premier avis qui lui fut donné des ineonvénients qui résultaient de cette mesure, il la révoqua comme préjudiciable au commerce, se servant habituellement des intérêts mercantiles pour melire à Tabri ceux plus sacrés de l'humanité eu elle-même.

Quoique, moins touché de l'opulence que de la gloire de la nation, il cherchai plus à donner de l'éclat à la marine par les armes que par le cominerre , Seiirnt-lai favorisa pourtant puissamment celui-ci et lui consacra une grande partie de ses soins. Il encouragea les manufactures du royaume et contribua pour beaucoup à y établir un meilleur ordre. Il porta ses vues sur les relations commerciales de la France avec le Portugal, et recommanda aux ambassadeurs près la cour de Lisbonne de maintenir les Français sur le pied des plus privilégiés dans le second royaume de la Péninsule, et de ne point leur laisser enlever le droit qu'ils avaient d'envoyer au Brésil des vaisseaux hors de flotte, ;\ l'exclusion des Anglais et des Hollandais. L'Espagne voulait interdire ù toutes les nations, et particulièrement aux Français, le commerce des Indes- Occidentales ; mais, malgré celle interdiction, les négociantsélrangcrs ne cessaient pas de le fuire, sous h; nom et le pavillon des Espagnols eux-mêmt's. La cour de Madrid ne pouvant empêcher ce négoce ooculte des étrangers avec ses possessions, essayait du moins de le gêner; dans ce but, elle voulut rendre passibles d'une sorte d'amende les marchands espagnols qui se faisaient > au Mexique les commissionQaire& des i! rancis i mm Seigaelai prit Taflaire à

cœurcommo nllcignantses nationaux et leur commerce, et comme blessonl le droit el l'équité. N'ayant pu rien gagner par les voies concilia 11 IL es, il menaça, fit armer des escadres, les envoya devant Cadix, se mit en devoir de bombarder celte phux» et d'enlever les calions des Indes, jusqu'à ce que la cour de Madrid , pousstt' .1 1 extrémité, se désistât euOn de ses exigences vis-à-vis de ses propres sujets accusés de favoriser les Frani^ais, et rendit justice à ces derniers. Il promit el donna protection aux armateurs de Saint-Malo pour leur commerce à Cadix et les soutint, dans l'occasion, avec de fortes escadres. Il ne cessait de les exciter, en cas de rupture avec l'Espagne, à chercher un moyen pour négocier directement avec l'Amérique espagnole, et s*engaîroa , au nom du roi, à donner des lettres de ufibb^sse à ceux qui réussiraient dans ce projet. Il avait envoyé aux li)(iLs~Uccidenlales un commissaire général pour se mettre an fait de tout ce qui concernait le coramerce de ces contrées, conunerce que, fidèle aux traditions de son père, il ambitionnait de donner à la France. Soigneux jusqu'à l'excès, jusqu'à trop peu d'équité peutêtre, des privilèges du pavillun français, il défendait aux na>ires marchands du royaume de souffrir, en rade étrangère, la visite des officiers de justice espagnols qui y viendraient, sous le prétexte d'arrêter des crimiaeb de leur naliua soupçonnés de s'y être réfugiés.

Il autorisa, pendant la guerre, le transport des grains de France en Espagne , pour empêcher que les Anglais ne s'emparassent de celte branche de négoce au détriment des Français. Les Hollandais avaient obtenu , par suite de la paix de ^imégue, un traité de commerce avec la France, qui leur était aussi avantageux qu'il l'était peu aux Français, et néanmoins, insatiables sur le cliiipitre des intérêts, ces républicains pétris d'or, et que For devait perdre tôt ou tard, faisaient de fréquentes infractions à plusieurs articles de ce traité. Seignelai crut qu'il était de sa politi(pie de ne s'y |)oint opposer tout d'abord, pour donner un droit d(! reiirt >ail}es à la France et une occasion d'annuler une (ransaclioa qui lui seniiùait onéreuse pour elle. Le commerce qui résultait de la pêche était un de ceux qui préoccujiaient le plus Seignelai. Il engagea, autant qu'il le put, les habitants d ( jiesde Picardie, de Normandie elde Brelâig;aeà b'âdonuer eaUi;reinent

à la pèche du hareng, afin d*ea fournir toutes les provinces de France, et même TEspagne, Tltalie et le LeTant, et à enleyer

• cette exploitation à la Hollande. Pendant la guerre, il ordonna aux armateurs de Dunkerque de chercher partout les pécheurs de cette nation et de les couler à fond. Les Ualouins se livraient avec trop d'indiscrétion pendant les hostilités au commerce de la pèche, qui était un des plus considérables de TËtat, et s'exposaient sans cesse à être capturés : un ordre émané du roi, à la demande du ministre, obligea ceux-ci à voyager k Tavenir de conserve et sous escorte armée. Après la grande pèche, le corn-

" merce de port en port , autrement dit de C8i)0tage , étant la meil> leure pépinière des gens de mer, Seignelai le seconda de tous ses efforts. D fit ménager pour les barques des lieux de retraite, oh elles pussent se mettre à couvert du mauvais temps ; et, regardant rétabUssemâit des feux sur les côtes du pays comme un dbjet des plus importanls pour la navigation, U fit rechercher avec woxa les endroits où il conviendrait le mieux d'en placer. H avidt aussi projeté d'établir des signaux sur les côtes, pour être informé de tout ce qui se passait à la mer. En ce qui regardait le commerce de la France avec la Grande-Bretagne, il s'était activement occupé , durant la paix, de le rendre égal entre les deux nations et de combattre les effets, perfides aux autres peuples, mais prodigieusement utiles au développement rapide de la puissance navde d'Angleterre, du fomeux Aeie de navigation^ publié en 1G60, d'après les traditions et les idées de Cromwell, et long* temps regardé comme le PaUadium , le dieu tutélaîre de la marine d'Anjsleterre.

La fin prématurée du comte de Yermandois porta, vers ce temps, à la dignité d'amiral de France Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse , autre fils légitimé de Louis XIY.

La paix de Nimègue n'avait pas mis entièrement fin aux contestafions entre Louis XIV et Charles II d'Espagne. Louis exigeait que les Espagnols lui livrassent le comté d'Alost, le vieux bourg de Gand, et quelques autres places de la Flandre auxquelles il prétendait n'avoir pas renoncé par le dernier traité. Les Espagnols lui répondaient qu'il n'avait aucun titre à cette possession. Pour trancher la question, Louis XIY fit occuper sur-le-champ Courtrai pt Dixmude, et offrit ensuite de rendre ce& deux places,

pnurMj ({110 t'-iiio lui c(^(lal, on retour, ou la ville de Luxembourg, ou la C.erdague espagnole et la vallée d'Urgel, ou enlm Pampelune et Fonlaraliie , en un iiiut beaucoup plus qu'il n'avait * deinaiidc d'abitrd. L'Kspagne, malgré le dépérissement de sa puissance, o^a dcclaror la guerre à la France. Louis XIV lit aussitôt avancer S{ > armées dans ic î^iixcrnbourg, la Calalo^nic et la Navarre. Le staliioudcr (juillaumc, } rince d'Orange, lit tousses efforts pour décider la Hollande à embrasser ouvertement la cause de l'Espagne; mais les Hollandais, tout meurtris encore de la dernière guerre qu'ils avaient supportée, n'y consentirent point. De son colé, l'empereur d'Allemagne, occupé des soulèvemenls de la Hongrie et de la Transylvanie, et de la dei'ense de ses frontières contre les Turcs, n'était nullement en mesure de venir en aide à l'autre branche de la maison d'Aairiche.^Enfin , le roi d'Anj^'lelerre était toujours le pensionnaire de Louis XIV, dont il ambitirtnnait fort eu ce moment de transporter dans son royaume le système d'absolutisme, moins la gloire qui l'accompagnait. Les espérances de l'Espagne furent donc déçues pour l'instant.

Elle ne trouva de sympaibies déclarées que de la pari des Génois, qui eurent l'imprudence de préférer hautement le protectorat de Charles II d*Espagne à celui de Louis XIV, de prendre des engagements avec le premier au détriment du second , et de ne (Hjint se maintenir, comme les traités les y ubligeaient, dans le strict état de ucuii aliié. On les accusa même d'avdir luriné le dessein de Tenir brûler, dans les ports de Marseille el de Toulon , les galères et les vaisseaux qui s'y trouvaient, en représaiU» s ^aus duule de la çuerre que Louis XIV leur avait iaile dernièrement sur la question du salut de son pavillon. Ce monarque leur lit signifier que s'ils mettaient à l'eau les bâtiments qu'il les soupçonnait de construire dans ce but , il enverrait enlever ceux-ci jusque sous le canon de leur ville. La République génoise, bK-ssée jusqu'au cœur d'un ordre aussi impérieux, résolut de n'en tenir aucun compte, acluîva les bîitimenls en construction et les lit mettre à la mer. C'était mal choisir l'heure pour rompre d'une manii re aus<îi éclatante avec un roi tel que Louis XIV, alors ipr<in ;ivail si peu de forces à lui opposer par soi-même, et dans un moment où rKs|tai;iie était plutôt un enibarros qu'un recours lujur ses alliés. Louis XiV donna aussitôt ordre d'ai iner une llulie daui^ ieb ^ui is

(în In 3Ft^diterran('o iiour aller du nouveau châtier Gônes. Mais, dans rinltTvalle du projet à raccom{ilisst'inciit de l'oxpi'dilion, un événemeiu dus plus extraordinaires el des plus glorieux pour la marine française eut lieu dans la Méditerrani^'C.

Le capitaine de Helingues, avec le seul vaisseau /e/ion, qu'il commandait, fui surpris d'un calme vers rîlf <rKll)0. Trcnte-rinq galères espagnoles sortirent alors de Gèn»^. I. ur aiiiiml en dt'tucha douze pour attaquer de Ueliugues. Le Icu, de pari el d'autre, dura cinq heures sans qu'aucune des gah' res put ou sut aborder Vuni([ue vaisseau français, tant le capitaine se servait merveilleuseoient de son canon et de sa mousquelerie. Etonne^ d'une si vigoureuse et opiniâtre défense, l'amind d'Esi^igiie fit avancer tout le reste de ses galères. De Relingues ne s'en émut pns plus qu il ne fallait, et soutint ce nouvel effort avec une intrépidité inouïe. Enfin, le vent s étant élevé, il échappa à ses nombreux ennemis , et se retira glorieusement à Livonrne.

Cependant, au mois d'avril 168i, l i [lotte fut en état de partir pour Gênes. Le commandement en fut donné au lieutenant général Duqucsae; mais le secrétaire d'État de la marine, marquis do Seignelai, qui n*aspirait pas moins, croit-on, à se faire une rf'f)iitation militaire qu'j\ s'en faire une admmistrative, ayant voulu être de l'expédiiion, quelques nuages ne lardèrent pa%îi s'élever entre le jeune ministre ri le vieux marin. Dn j u snt>, selon plusieurs auteurs, une lois embarqué, refusa de sortir de sa chambre, sous prétexte qu'il ne voulait point abaisser sa dicrnifé d'amiral devant un personnage qui n'avait aucun grade dans l'armée natale. Quoi qu'il en soit, le M mai 1684, on vit arriver devant Gênes la flotte française, composée de quatorze vaisseaux, dix-neuf galères, portant de deux à trois cents hommes chacune; dix galiotes à bombes , deux brûlots, huit flûtes, vingtsept tartanes et soixante et dix petits b;1timents h rames. Les g.'iliotes à bombes, qui avaient chacune deux mortiers , se postèreiil, sur une ligne, à la portée du canon des murailles depuis la tour du fanal, qui est à gauche, jusqu'au faubourg de 1^ Bisatrno , q^ii est h droite. Les vaisseaux de guerre se placèrent sur une autre ligne, derrière les galiotes, à quatre cents mètres de dislance. Les galères, disposées en deux escadres, furent postées auJL extrémités des deux lignes, dans le but de soutenir les galiote^i

et d*eiiipt-cher qu'aucun bâtîAftent ne sortit' do port. Les flûtes et les tartanes, dans lesquelles se trouvaient les bombes et la poudre pour le service des mortiers* furent mises bors de la portée du canon, un peu plus loin que les g^liotes, mais assez près pour fournir, ikcilement et en peu de temps, tout ce qui serait néces* saire aux bombardiers. Jusque-là cependant les relations étaient encore à demi pacifiques. Les batteries génoises avaient salué la flotte française, qui avait rendu le salut. Le sénat de la répu* blique ayant su du consul de France qu'un minisire du roi était sur les vaisseaux, envoya, le 18, six gentilshommes pour complimenter le marquis de Seignelai, et lui demander quciles étaient les intentions de son matire. Le ministre exposa à ceux-à les griefii de la cour de France, demanda que, pour réparation, le sénat lui livrât immédiatement les quatre bâtiments qu'il avait fût construire dans un but hostile aux Français, et députât quatre de ses membres auprès de Louis XIV pour implorer son pardon. Il accorda einq heures seulement de réflexion à la République génoise. Le sénat laissa écouler les cinq heures accordées sans fiiire aucune réponse. Q fit même avertir les galiotes françaises, qui étaient venues prendre portion jusquo sous le canon de la ville, de se retirer volontairement, ou qu'on aUaitèire obligé de les y contraindre. Elles n'en tinrent aucun compte -, alors les Génois firent sur elles une décharge de toute leur artillerie. Ce fut le signal du bombardement, qui commença trois heures environ avant la nuit. Les bombes tombèrent sur la ville infortunée d'une manière épouvantable ; les plus beaux édifices , les palais, les églises et les hôpitaux de Gènes s'écroulaient les uns sur les autres. Le bombardement continua, avec non moins d'activité, durant les trois jours suivants. Le palais du doge et celui qui renfermait le trésor, l'arsenal , tous les magasins et toutes les maisons qui bordaient le port , tout le bas de la ville étaient détruits, et les habitants, réfugiés pêle-mêle sur les hauteurs, voyaient d'un œil hagard et stupéfié T incendie de leurs demeures et de leurs biens. 1^22, on s'aperçut que plusieurs morliers avaient besoin de réparations; le feu fut interrompu pour un instant. Le marquis de Seignelai en profita pour envoyer l'intendant de la flotte annoncer au doge qu'il avait déjà tiré cinq mille bombes , qu'il en avait encore davantiige à lancer, et que , si le

DE FRANCE. m

st'iiat ne se soumettait pas au plus vite, il ne resterait bienlAt plus pierre sur pierre dans la superbe Gènes. Le sénat, dans lequel dominait le parti espagnol, fut assemblé de nouveau, et lit répondre au ministre de Louis XIY, avec une fierté qui aurait été encore plus noble si Tiufluence étrangère ne l'eût point m partie inspirée, qu'il se confiait dans l'intrépidiié des citoyens.

Cette réponse ne laissant plus d'ouverture à la conciliation, Seignelai ordonna qu'on recommençât le feu des galiotes. Les batteries du rivage ayant été démontées, les vaisseaux purent s'approcher de plus près, et l'on tira en même temps à boulet rouge sur les maisonsqui étaientencore debout. Puis l'on prépara deux débarquements pour une fausse attaque sur le faubourg de Bisagno, et pour une autre plus sérieuse sur celui de San-Pier d'Arena. Le chef d'escadre d'Amfreville, chargé du commandement de la fausse attaque , s'embarqua , à dix heures du soir, avec sept cents hommes, sous l'escorte de trois galères. Il avait ordre de jeter Talarme du côté de BisacTio en y brûlant quelques maisons , et d'aller, avant le jour, joindre ceux qui furmeraient l'attaque de San-Pier d'Arena. La fausse attaque n'eut pas le succès qu'on en attendait; d'Amfreville et un de ses capitaines trouvèrent bien moyen de descendre à terre, en faisant passer leurs chaloupes entre deux écueilsj mais ils reconnurent en mt'me temps qu'il serait impossible de faire approcher par là toutes les autres embarcations, et d'opérer la descente de leur détachement. Le tocsin sonnait dans toute la vallée de la Polsevera, et les habitants accouraient en foule pour se joindre aux troupes espagnoles et génoises. D'Amfreville, blessé h la cuisse d'un coup de mousquet, se rembarqua avec ceux qui avaient pu le suivre à terre, sans avoir atteint son but. L'attaque du côté de San-Pier d'Arena réussit mieux. Elle se fit en trois détachements, dont le principal, composé de douze cents hommes, était sous les ordres du jeune Louis (1î; Koclicchouart, duc de Mortemart, général des galères en survivance; le second, composé de huit cents hommes, était sous le commandement du lieutenant général de Tourville, et le troisième, de pnri'il imiubre, sous celui du chef d'escadre de Léry. Les chaloupes qui portaient les troujies étaient commaridi es f par les meilleurs officiers mariniers des vaisseaux; elles su J di&imguaieui les unes des autfoi» par des girouettes de difÇéreates

couleurs, pour qu'un ivcoiiiiaîlrc à (|!jel (l«*(ncliement chacune d'elles appartenait. Comme on se proposait d'attaquer un fort qui prolégpnitle faubourg de San-PitT d'Arciia, et comme il y avait des retraucheraenls à fiiirt; , on chargea six tartanes de tout ce qui était nécessaire à ce double oltjot. Dans trois autres Uwtancs, on mit des haches pour rompre les portes, de la poudre, des boiiii) 'S et des arliflces pour l>nMer les maisons. Tous ces bâtiments, soutenus par dix l'.iIi res commandées par le chevalier de Noailles, s'approch«Vent de terre un p(Mi avant le jour et en trèsbon ordre. I.cs dix galères tirent trois déchar^^es de leurs canons à l'endroit où la descente devait s'opéror, afin d'en écarter les ennemis. Ceux-ci, retranchés derrière um muraille qui bordait le rivage, cherelièrent à repousser le d/b irquement par un feu soutenu. Ils n'eiapècbèrent pas toulelois iu duc de Mortem;irl de descendre à (erre à la tète des tr*:)upes françaises , que> les ofiieiers rangeaient par bataillons à mesure qu'elles posaient le pied sur le rivage. Tourville et Léry descendirent aussi, l'un sur la droite et l'autre sur la gauche du duc de Morlemart , et se joignirent bientôt à lui. Tous ensemble marchèrent au retranchement, d'où les ennemis furent chassés ; la muraille fut détruite alin qu'elle ne servît pas aux Espagnols et aux Cénois lorsque les Français feraient leur retraite. Le fort de San-Pier d'Arena fut aba.ndonné par la petite garnison qui s'y Irouviiil, aussitôt qu'elle s'ajierrut qu'on venait à elle avec des écheil's et des pétards. L'ingénieur de Combes, qui était principalement cliarg<'* des travaux de ia descente, établit tme garde au fori, et en lit de même ?i toutes les rues qui aboutissaient à la mer. Le lieu du rembarquement se trouvant ainsi assuré et couvert , on poussa les ennemis de maison en maison; et on occupa, i'nn a[uès Taulre, les postes qu'ils abandonnaient. Les ennemis lui triU ainsi repoussés jus([ue hors du faubourg de San-Tier d'Arena. Quelques-uns pourtant restaient encore derrière des lialliers, d'où ils faisaient nn feu continuel ; de Léry, ;\ latèted'un petit nombre de grenadiers, était allé pour les déloger, quand il fut atteint d'un coup de mousquet au travers du cor[is, duquel il mourut une demi-heure après. Ce f'.:t une g-antle perte pour la luariiie : officier aussi expérimenté (jiie lirave, le chevalier Coustagnon de Léry aîné avait eu sa part glorieuse dans presque tous les combats qui s'étaient livrés sur mer de-

puis Tannée 1071. Enfin, quand les Iroupes de débarquemoiit se furent vues complrtemenl maîtresses du faubourg, nlles se mirent en devoir d'achever l'œuvre do deslrucliou (jui était le Lut de la desccnlG. Sous la conduilo de leurs officiers, les matelots , partie armés de haches, partie cliarpés d'arlifices, de barils de poudre et do bombes, firent irruption dans les maisons et y luireut . le feu : le faubourg San-Pier d'Arena fut enliLTiMiient consumé; les fiamuies, poussées par lovent jusqu'au contre de Gênes, semblaient près de ne plus l'aire do celte superbe et malheureuse cité qu'un amas de cendres et do pierres calcinées. Les Génois ne durent leur reste do salut, dans colle extrémité, qu'à un changement de vent, qui tourna au sud-est. Seignelai, qui était sur un vaisseau assez près de Tattaque, craignant que la mer ne grossît bientôt au point que les troupes do descente no pussent plus se rembarquer, fit donner avis au duc de Mortemart qu'il était temps de se retirer : la retraite s'opéra on si bon ordre, que l'on ne perdit pas un seul homme dans le rombarquemenl. Le feu delà ' flotte continuait cependant; il dura justpi'à ce qu'il ne rcsldt plus de bombes : dans la première attaque on en avait fait pleuvoir cinq mille, dans la seconde sept mille trois cents. Ce fut le 28 mai que le bombardement cessa. Le duc de Mortemart mit à la voile avec vingt galères pour aller dans les eaux de la Catalogne, et bientôt Dnqucsno se dirigea du môme côté avec dix vaisseaux, après avoir renvoyé les galioles et fait déposer Seignelai à Toulon. Tourville resta seulement à croiser sur les côtes de Génesavec une petite escadre, qui lui suffit pour empêcher les bâtiments génois de sortir de leur port.

Celle croisière indiquait assez que Louis XIV n'abandonnait point son dessein de forcer Gènes à la plus entière soumission, et qu'il ne faisait qu'ajourner la reprise du bombardement. Les Génois alors se décidèrent à prier le pape de leur ménager un accommodement avec le roi de France. Louis XIV posa pour condition que le doge, accompagné de quatre sénateurs, viendrait en personne, à Paris, implorer son pardon au nom du sénat; (jue les Génois congédieraient tout ce qu'il y avait encore d'Espagnols chez eux, et qu'ils réduiraient le nombre de leurs bâtiments de guerre sur l'ancien pied. Il y avait d*aulant moins à hésiter de leur part, qu'ils venaient d'être làche-

iilSTOIRË HâRITIHË

ment abandonnés par TEspagne et TEmpire, qui ne les avaient pas compris dans une trèTe de vingt années, signée, à Ratisbonne, le 17 août IdSit avec la France, trêve glorieuse pour Louis XIV* qui confirmait les traités de Westpbalie et de Nimègue dans toutes leurs parties, et laissait de plus, comme garantie, à ce monarquet la possession de Luxembourg.

Le 15 mai 1685, François-Harie-Imperiali Lescaris, doge de Gênes, arriva à Versailles avec «piatre- sénateurs et une suite nombreuse de gentilshommes et de pages. Louis XIV, qui aimait prodigieusement la représentation, tint à le rece^ voir avec le plus rigoureux cérémonial. Le doge vint déposer au pied du trône du souverain, qu'environnaient les princesi et les courtisans , la soumission de la ville et du sénat de Gênes, n dit qu'il n'était rien arrivé à ses compatriotes de plus funeste que d'avoir déplu au roi de France, et qu'ils voudraient en effacer le souvenir de sa mémoire comme de celle de tous les hommes. Louis XIV promît à la République génoise le retour de sa bienveillance , et, satisfait dans son orgueil, il se fit un point d'honneur de se montrer généreux sur le reste; il ordonna que les édifices religieux, renversés à Gênes par le bombardement, seraient relevés aux frais de la France. Le doge, durant son séjour à Versailles, fut traité avec les plus grands , égards; on le promena à travers toutes les magnificences du palais du grand roi; etc'estalorsqu'interrogé sur ce qu'il trouvaitde plus extraordinaire en ce lieu, il répondit: «C'est de m'y voir,» mot qui exprime moins de fierté qu'on ne serait tenté de lui en supposer d'abord, et qui rappelle seulement l'ancien usage en vertu duquel les doges de Gênes ne sortaient point de la ville sans perdre aussitôt leur dignité ; ce à quoi Louis XIV s'était formellement opposé dans la circonstance, afin de n'avoir pas devant lui un simple particulier, mais le chef véritable de la république soumise. Au reste, sans prétendre justifier l'orgueil de Louis XIV, il ne faudrait point se méprendre sur le caractère de l'État qu'il humiliait : l'insolence,^ la tyrannie même de l'aristocratie des républiques italiennes ne le cédaient en rien à celles des souverains les plus absolus.

Les hostilités continuèrent, tantôt sous une forme, tantôt sous une autre avec l'Espagne , bien qu une trêve eôt été consentie

pour ?ider les contestations sorrenues au sujet des prétentions de Louis XIV sur c^laines places de Flandres.

Forant , qui Tenait enfin d*ètre Mi chef d*escadre , croisant ^ au mois de juin 1686, avea une dhrisîon naTale , dans les parages de l'Espagne* attaqua, à la vue d'un Taisseau anglais, deux galions espagnob , h San^Carht et San- Juan ^ Tun de 58 , Fautre de 64 canons» sortis de Smt-Ândré pour aller à Cadix. Ceux-ci, après un rude combat, tinrent d*abord à bout de s'esquiver à la feveur de la nuii ; mais Forant les ratlrapa dès le lendemain matin. Secroyant forts, en ce moment, de la présence d'une flotte hollan* daise de cinquante-quatre bâtiments, commandée par je comte de Styron , Ils parurent disposés 4 renouYeler l'action. Aussitôt le chef d'escadre fran^ anriva hardiment, avec sa petite division^ au milieu de la flotte batare, pour savoir de son amiral luirmème quel parti elle allait prendre. Le comte de Styron salua le pa- ^onUanc de neuf coups de canon, et Forant en rendit sept seulement au pavillon des États. Néanmoins, le chef d'escadre français ne se tenant point encore pour suffisamment certain des bonnes dispositions des Hollandais dont tous les canons étalent détapés, et qui communiquaient cimtinuellement, par des chaloupes, avec les Espagnols » exigea du comte de Styron, en k menaçant d'un abordage immédiat, qu'il s'éldgnât sans délai ni plus de réflexion ; ce qu'ayant fàit l'amiral de Hollande, les Français arrivèrent sur les deux galions d'Espagne dans le dessein de les aborder sans tirer un seul coup de canon. Hais quand on fut à la portée du pbtol^, les aumôniers espagnols parurent sur les ponts ennemis, le cruc^ à la main ; les papillons furent amenés, les deux galions se rendirent à discrétion et Forant les conduisit en port de France.

La question de salut du pavillon de France était un motif de plus pour entretenir la querelle avec l'Espagne. Un noble breton, Alain-Emmanuel, marquis de Coëtlogon, marin des plus remar* quables de son temps et destiné à devenir vice-amiral de France, eut, un des premiers après de Léry, l'occasion d'exiger le salut après k paix de Nimègue. Commandant un bdiiment de U canons, il rencontra, entre Gibraltar etMalaga, deux bâtiments espagnok, l'un de k force du sien, l'autre plus fort de douze canons. Il les envoya sommer de saluer le pavillon du roi de

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France ; sur le refus qu'ils en firent , il n'héslla pas h les attaquer, et les obligea à proliier de la nuit pour se retirer sous la place (leMalaga, sans allumer le? feux ordin, lires à leurs poupes.

Bientôt après, trois autres marins illustres, également destinés à devtuiir vice-amiraux, dont l'un m nail même d'avoir la survivance desonpèreen la charge du Ponant, Victor-Marie d'Estrées, Tourville, et Chuleau-Rcgnaull, ayant sous leurs ordres un vaisseau de iii pièces de canon et deux bàlimenis inférieurs, firent rencontre, parle travers d'Alicnnte, du vice-;uniral espagnol Papachim, qui revenait de rs aples avec deux vaisseaux beaucoup plus forts que les leurs en canons et surtout en hommes. Députer vers lui une tartane pour (]eniani!<T le salut, est l'affaire d'un instant. Papachimr' [M lisse une demande si injurieuse. Maisiln'apns plutôt répondu, (jue Tourville et Chdteau-Regnault arrivent sur son vaisseau, lui lâchent leurs bordées et le démàlent, pendant que Viclor-Mnrie d'I-Islrées, moulé sur unbàlinient de 38 pièces de canon . est au.v prises avec unautre vnisscau de 71 canons, l'aborde el s en rond mailre. îourville ^ ient d'ahurder, de son côté , l'autre vaisseau du vice-amiral esfMgnol par le beaupré, le fait capituler, et, comme préliuiinains de paix, le force à saluer le pavillon blanc de neuf coups de canon. Tel était à celte époque l'abaissement de l'Espagne, que celte affaire si humilianle, si oppressive, ne (il ])as rom]>re la trêve. l/KspagiKî attend. til, pour ce faire, raj^inii d'une coalition europécnni'. Elle le devait trouViT bieutùL : car dans ce temps-là même s'ourdissait la faintuisc ligue d'Augsbourg, dont le jirincipal moteur était Giiill nime, prince d'Onmge el slalhonder de la îlollande, emiemi infatigable de Louis XIV, Q[({\n sentait d'ailleurs que son impurlanoe personnelle avait tout à perdre par la paix , comme elle avait tout à espérer de la guerre. Dès k^rs Guillaume d'Orange entrelennil des relations actives avec l'Angleterre, pour y supplanter Jacques II, dont il était h; gendre et qui avait succédé h Charles II, son frère, en 1085. L;i ligni; d'Augsl»ourg dans laquelle entraient l'empereur, h roi d'Espagne, la répiiMi(pie de lî'^llnntle, l'élocleurde Bran* debourg, celui de Bavière, le duc de ^avri^j, et même indirectement le pape; cette ligue, qui se tramait dans le même temps que Louis XIV se montrait près d'accorder protection ouverte au roi d'Angleterre, allait muUrciiu à la paiiUe PsUmègue si glorieuse

poiàr'WFf^nèC* &ilifosi«silée;t»t»lô«iirde à porter pour plosiimrf deeeux qui ^«vaîfsnt signéerUna gu«métailsiir le poiat d^édatei^ dam laquelle la marine denit tenir vne place isunoise. • ' ^ L'amee 4085 fût ami ode delà rémaliaii de Tédil de Nantes» qui Ituseail aux français k liberté de consoience* CeUe révo* cation » que Bidielieit n*a?ait pas demandée & Louis xnii même après la prise de La Rochelle , M amciiée à Louis IIV. mllis^ sant panitiidiittsBlm iunpables derotDiett, devantles hommes et devant h àaliaft. BUe enfaratoa Témiisratioo de beaucoup 4*aiy mateois, deicooimerçanto , qui portèient lenrs ridieeses et leur industrie àPétnmg^, «u déiriment de la Fiance asses esclave aforsdeUL'folontédeeea souYeraiapour kilaisaeraccoin^itun tel acte d*iniquilé sans protestation ouverte à rintérieur. La mesure était d*antant plus odieuse, que rienHe la. justifiait et qu^il n'en était pas eomme^ditt tempe du Hichelien, où le» huguenots Yaieii Ynpitticé contse puissance. Rs ne conspiraient plus ; ils n'éÉMjtyhie It cnuidie; à peine osmiMIs demander l'égalité de droits; ils n*aSaîent pas au delà du maiitîeB de la libsrté de servir Keu \ leur.ina&iâ«. La mémoire de Louis UV devait étie à jamaia.flétiiepar krévooatioii de Tédlt 'de ifanfes, acte peé>» curseur d'une seconde enfiince de ce monarque et dont ràD§l#f terre^ la Hollande et une partie deTAOeusagne surent tiier uù parti immense contre la ftance, acte qui contenait en gennc quek ques^uns des plus vigoureux éUments des révolutions à veoirà Le ffÊûà Duquesno se setira du service , dis le commencsiMnt de l'année suivante, et ses quatre fils, protestants comme loî^ dont l'un était déjà capitaine de vaisseau , passèrent en Suisse et en Angleterre. Deux dé ses neveux, Duquesne-Guitôn et Duqussne-Hlosttiern'émlgrèient pas. Le vieux dorant n'ayait poiut jugé à propos de s^eipatrier de nouveau. Cétail peut-être à cé motif qu*il avait dû enfin d'être élevé au grade de chef d!escadrei mais avec cette observation, présentée pour ainsi'dire comme une excuse dans la Gadêiu d$ k CSiur, qu'il était le plu? ancieii des capitaines de vaisseau j il jouit de ce grade jusqu'à l'année 4692, qui lut c^e de sa mort. On toléra donc encorr^le séjour de quelques protestants en France , tels que Duquesne le père et Forant, en ne leur laissmil pas toutefois la fasulté de pratiquer leur lefigiott i mais on lut impitoyable pour leurs restes morlehs

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