‹ Histoire maritime de FranceChapitre 13 sur 19 · III. M · texte numérisé non relu

III. M

m HISm&£ MAftiTlM^

même pour du grand SuqliaiM, qoianil élé pteeé firlMvl dans l'estime du eudînat de ^obéKdu et qui, depuU plus de soiiante aiméat dé letrioe actif, aTaît été I0 aoiitiea et rhoaoeiir de la marine de deux rois dfe IVanGe. Ducioefiné, .iinlgré^,lbrle constitution, qm hiipcemetlail un avenif de oentenaine, ne put «MfiMlLrexîl de ses enfmti et de sas lionl^poDpeîÎM^ U taiimi àPaiis, le s ftimr 4688, dans la^oîiMto^Mtième année de son^ âge^ Une' sépultnre honoral»le MiJefoaée à celui à qui Ten défait un monument irmmiikal; oiiA*4bfi(m|>as même sa dépouille à sou fib aîné qui la i^DteaiiftTtc inatance^ L*ex-capitaine detaisseau» Henri Duquesoe, pretasta eootea cette liquie fiute aux restes de son pèie, d'abofd par une inscription qu'tt it plaeo* dans l-égUse d'Aubonney mqIoq d»:9M^ euauite par>u]u cénotapiie quTil fil ériger «of ' W ft^fB^mi^JË»n^ et sur toquel on lisait èaé mots : X^u^uesM fik à mi^pke- C» méeau ^âilgfdies testet iie Hn^uatae. Sou «aailffff jUMu» fonts» /at làkru Humt^ sii» daamdaf^f^liffîiMMiandé$ mt éM un meuumafil d Jltt$fisr aaîiicii , èt ff^mi^mU In Wftmçmt càî rtfiué uue Méfniiure m wriBqmwM. B^^ltf ?.. Ce fut «ffH dû éê fêêpeei al de ênriufe d tut wmfi^^m.éfint iféund au Ml ta pmtiamee mHntenUê iouH népoMe, ^ Beori Buquesne persista Jusfu'à'sa mort, arrirée à 6iuèv#' eu l7fBi> dans la sévérîtide ses principes religieux et puUia dasécrils «tens cet esprit ; niais il ne vdubil jamais servir contre sfi pairie* malgré toutes les sollîcitatious qu*dn kd adressa d'iuglatefrr^UhlMollénde pour Vy décider. |l eût élé , en France , un :digua.M)tier de son nom. Dans la même année que le giand Duquesua» moururent, coup sur coup, le duc de VÎTonne et sou iàar:I4gi9r Auguste de Bourbon, prince de Dombes, doc du llainé^A dîAwuale, fib l^^mé de toiib XIV, recueillii Théritaga mariUipe'4e$ deux ^ Rocbechôuart, dont it était le très-proche patent par sa mère, lladluiiedelfontespan;il lui fàit général des galères à Tégede dix-'huit ans.

Dans Tannée 1885 parut Tédit du roi touchant la police des* Iles de PAmérique française. Ce n'était autre chose que le Cbàt NotV élaboré par Colbeit, dmit on a déjà parié etdont las dupositions réglaient let devoirs des esdam enréis leurs OMdttes, et ceux des maîtres envers leurs esèlafes. Dana la môawattnée une

nouvelle compa§piie fol créée SQgs le titre de Tompagnie de Guinée, à laquelle on accordait une partie des droits et prÎTilégas dont 1b compagnii» du Sénégal prétendait nagi^èçe enisore être ep posiession et auxquels elle ne ppuvait suffire.

Un ombas^a^yr du dey d'Alger avait été introduU^-la cour de Louis XiV avant la fin de Tannée 1G84; cYlait l'accomplissemenL du traité arrêté avec ïonrville. Pendant ce temps-là les TripoliUtini s'étaient mis de nouTèaa à infester ta Méditerranée de leurs courses. Se MgHantauB^i peu d&les châiief qu'eii^ de troubler la sécurité du commerce, Louis XIV ordonna au maréchal et TÎee^miral Jean d'Eslrées d'aller bombarder ]l!npo)i^ La flotte française partit, le M juin 1685 , dej'lledç Lnmpedoiiso, et activa, le 19, devant la yille barbarcsquc, aux abords marîtimea de laquelle cpoiaail déjà le chef d escadre d'J^ni^viUe avec quelques vaisseaux. On mouilla à environ d^ux lieues aularg^ de la place ; la Coud où l-'oir était ae trouva fort mauvais, elU importait d'en ehoisie uiufteilleur. ISpiynnlle , toufours entrepranant^ prOfMiaa d'en aller ehetcher mq, pendanl lamu^* jusque flous les murailles de la ville. 11 pariU en etlet sur une chaloupe» au moment où la faible clarté de la lune, ep toa-Croissantt éiait Toiléeiàl(|ioiaparr<)toitritéde Vkp\m et par celle des nuages; il çaa fl^aipooer amtt juflque aoqs les murs de Tripoli, prit connaissance du port el lM^va ou mouillage favorable pour la flotte* Après 0ette mMott retuplie^vec autant d'iiabileté quç de cou* liage ijfir Tourville , on Q*Mnta pas à venir ae mettre en ligne à une,lieue de la place, ûnoe pouvait découvrir de cet endioit que les murs et les forteresses de Tripoli, ville fort basse aussi bien que toute cette partie des côtes d'Afrique, réputée d'autant plus dm|Brense que les navires tripolitains eux-pÛKmes s*y perdaient 80iifHtt»quoiqu*ila doaml bien la copaattr^. Le mauvais (emps ne permit pas de commencer immédiatement l'aUaque, po^is on ne tiéjjiigea rien pendaoiees jours d'ina«tion apparente, pour mieux assurer un pmbain succès, (liaque nuit on envoyait qu€jques diaioupes am ^ iogéniapTs et des officiers généraux poiv prendre une connaissance exacte de l'eutn'e du pori et dresser un plan régulier de la i^lace. Le juin , b temps se mit au beau, et Ton se disposa h en ]|roû(eff. Qn dpnn^ ordre de [«rt' parer les galiatea à bombes, qu'elles pussent se lialer et a'embossert

404 HISTOIRE MÀftiTiilE

les chaloupes des vaisseaux altèreul mouiller aiMm à portée du canoa de Tripoli. Un détachement de phisieun petits bAlî* meots fut envoyé pour le service des gaMbtes qui eommeno^ent à se haler sur les huit heures du soir. TooniRe était ebargé^ du commandement de FaCtaque. D fit poster des bÉUmelits bim armés à rentrée du port , pour empêcher las entreprises des enne** mis. Les galiotes à bombes, étaQtarrivées& Teadroit qui learmit été assigné, commencèrent leur exécution sur les dix beures da soîr.Lecommissairé général Landouiilet, commandant une cornpagnlede bombardiers etpuissamment aidé par rdScier de marine dePointis, obtint tout le succès que Uonattendaîtde ces redoutables gatiotes à bombes dont on racontait alors par toute TEurope les effroyables résultats, et qui ne oontribuaisiit pas peu i «jouter k la terreur qu'inspiraient alors les anM de Louis XIV. Les " bombes tombaient avec une telle proftision sur les bastions de Tripoli, que bientôt une immobilité et un stfonee complefs succ^ dirent an bruit du canon dans laplaee. Ilseoiblait que- soldats et habitants se ftiasent retirés, on qu'ils n*atlendissefit plus rien que de Pépuisement des munitions des fttnçais. On^continua de bombarder pendant toute la nuit, k six heuM du malitt, les galiotes se retirèrent après avoir jeté dnq cents bombes $ -le soir du 98 1 les capitaines eurent ordre de les conduifo au même fiau d'où elles avaient opéré la nuit précédente $ mais le vent ayant Mohi, elles ne purent tirer que dans l'après-midi du S4 |nin. LHnaetion était toujours la mÔme en apparence dans Tripoli, et cependant les bombes y tombaient si juste, -qoe Pcnvojait les flammes se déclam en plusieurs endroits et touliillomKr audessus des murailles* Les Tripolitains ne pararant aa réveiHer qu'au moment o& lean d'Estrées, dans le dessein de battre en brèche leurs murailles, pendant que les galiotes continneraisnt à fsdre pleuvoir des bombes, envoya un détachement descendre sur un écueil, voisin d'une portée de mousquet da Tripoli» et s'assurer s'il y avait moyen de dresser une batterie en ee Meu. Le feu que les musuhnans firent alors n'empêcha pas oonrtant Landouiilet et Pointis de mettre le pied sur l'éeueft et d'y piewlre toutes les mesures dont on avait besoin, pendant que les chaloupes sondaient dans le port, où elles trouvèrent un Im f<md. Quelques détachements d'infanterie et de cavalerie ennemies se

montrèrent sur le rivage comme pour s'opposer une descente ; mais à la vue des chaloupes armées, ils prirent promptement la fuite. Cepeiulanl les bombes ne cessaient pas de ravager la ville; l'une d'elles cclala au milieu d'un groupe nombreux de peuple, tua d'une maniiTe horrible une Irunlaine d'individus , et, au spectacle qu'offrirent soudain les membres dispersés de ces malheureux, un cri de soumission fut poussé. Une chaloupe vint à bord de l'amiral , avec le pavillon blanc, et il en sortit un vieillard âgé de quatre-vingt-quatorze ans, qui salua Jeaii d'Eslrées et lui dit (ju il venait de la part du divan de Tripoli avec une mission de paix. L'amiral , au nom du roi de France , exigea et obtint que les Tripolilains payassent cinq cent mille livres el rendissent tous les esclaves chrétiens qii' ila avaient faits, tant ceux de France que ceux de toute autre nation, pris sous l'étendard français. Un traité fut fait en ce sens, qui arrêta de nouveau , pour quelque temps du moins , les déprédations des corsaires de Tripoli.

Mais pendant que l'on venait à bout, d'un coté, des pirates barbaresques , ils recommençaient de l'autre leurs courses avec la plus incorrigible audace. Sur la nouvelle que ceux de Tunis avaient enlevé plusieurs navires du commerce français, Jean d'Estrées se disposa à les en punir. Sa Hotte parut devant Tunis, • et menaça cette place du sort d'Alger et de Tripoli. Les Tunisiens se soumirent prudemment à la première sommation qui leur en fut faite , payèrent tous les frais de l'armement et remirent en liberté tous leurs esclaves chrétiens.

Ce n'était pas tout : Jean d'Estrées n'était que depuis peu de temps encore de retour en France , quand les Algériens , ceux qui de tous pourtant avaient été le plus souvent châtiés, ne craignirent pas de renouveler leurs attaques contre le commerce français. Aussitôt une escadre est armée à Toulon, et d'Estrées reçoit l'ordre d'aller bombarder et réduire Alger en cendres, pour prouver à ces pirates qu'on ne se lasserait jamais de les réprimer et de les contenir dans leur repaire. L'escadre française arriva devant Alger à la lin de juin 1688, et, le 1" juillet, un nouveau bombardement commença; il dura seize jours, pendant lesquels plus de dix mille bombes furent lancées sur Alger, où il ne resta pas une seule maison intacte. Cinq vaisseaux algériens furent coulés bas dans le port même ; un autre y fut brûlé. Mais un

ilébarquemonl suffisant el bien conduit, et ie si(^gè d'Alger comme on en avait eu d'abord le projet, auraient peut-ôtre mieux valu dès lors pour rtîprimer définitivement les pirates du lord de l'Afrique, et n*auraient pas plus coûté que ces expéditions sans cesse réitérées, qui n'amenaientjamais qu'un résultat du moment; Après cette expédition, Jean d'Estrées ne parut pltis à la mer et laissa le soin à son fils de continuer la gloire de sa famille.

Louis XIV venait d'apprendre que sa renomitiéé avait pénétré jusque dans l'Indo-Chine. Dès Tan 1681, le roi de Siam, inspiré à cet égard par un Grec , certains manuscrits disent par un Por-tugais nommé Constance Phaulkon, devenu son premier ministre^ • avait fait embarquer un ambassadeur sur le Soleil-d' Orient^ bâ* timent de la compagnie française des Indes ; mais ce navire avait péri, corps et biens, sur la côte de Madagascar. Voulant avoi^ des nouvelles de son ambassade, il en envôya une atitre, plus nombreuse, 'composée de mandarins, en compagnie d'un ancieûmissionnaire français de la Cochinchinc, avec des pouvoirs élen- dus pour entrer en négociations avec Louis XIV. Cette ambassade n'avait point pour but, comme on l'a souvent écrit, unevaine et ridifcule parade suscitée pdr les flattetirs de Louis XIV; il s'agissiiit au fond de solliciter l'alliance de la France , comme ga-' rantie contre les Hollandais qui ambitionnaient alors de soumettre toutes les Indes-Orientales à leur vaste négoce. La seconde am-bassade de Siam arriva en Europe sur un navire anglais et dé- • barqua à Calais dans le mois de novembre 168 i ; elle fut conduite ' de là à Paris et h Versailles , et traitée partout, aux frais de la* cour, aVec une grande magnificence. Elle demanda à Louis XlV ' des vaisseaux et des troupes pour chasser les Hollandais, et lui offrit en retour des ports et des établissements dans le royaume de Siam. Louis XIV, excité par le zèle religieux qui lui montrait déjà les contrées les plus lointaines soumises à la foi chrétienne par ses soins , se flattatit , avec Seignelai , de faire supplanter partout les Hollandais par la compagnie des Indes françaises, et dé ' conquérir pour celle-ci ce qu'ils déniaient auX autres peupleé européens, non-seulement le commerce des Indes, mais celui dii " Siam, du Tonquin , de la Cochinchine, de la Chine et du Japon , résolut de répondre tout d'abord aux avances du souverain asiatique par une ambassade extraordinaire. Le chevalier de Chau-

mont , capitaine de vaisseau, en fut fait le chef; l'abbé de Choisy, . quatre missionnaires, six Pères jésuites, en qualité desavants, et plusieurs gentilshommes en firent partie , ainsi que le lieutenant de vaisseau de Forbin, qui obtint d'en être nommé le major. A cette époque, Claude de Forbin, comte de Janson, né le 6 août 1G56, au village de Gardane en Provence, commençait à revenir des erreurs, pour ue pas dire des crimes de sa jeunesse qui avaient failli le conduire à une mort flétrissante. Il avait servi d'abord sur les galères de France et sur terre ; puis, nommé enseigne de vaisseau, il avait été employé comme tel lors du bombardement d'Alger par Duquesne; plus tard, devenu lieutdiant, il avait été chargé de conduire, sur une frégate, le marquis de Torcy complimenter le roi de Portugal au sujet de son avènement au trône. Quand on décida Tambassade de Siam, ce fut à lui, du moins il le dit dans ses Mémoires, que l'on confia le soin de faire armer, à Brest, le bâtiment de 40 canons, l'Oiseau^ et la frégate de 18 canons, la Maligne, que l'on destinait au chevalier de Chaumontet à sa suite. Cette petite division navale, placée sous le commandement du capitaine de Vaudricourt, partit de Brest, le 3 mars 4685, emmenant à la fois et l'ambassade française et les ambassadeurs de Siam. Après un séjour d'une semaine au cap de Bonne-Espérance , où les Hollandais avaient déjà fondé celte riche et magniûque colonie qui devait être plus tard la proie de l'insatiable Angleterre , l'ambassade mouilla à la Barre de Siam, qui n'est autre chose qu'un grand banc de vase formé par le dégorgement du Meïnam (c'est-à-dire Mère-des-Eaux), à deux lieues de l'embouchure de ce fleuve, sur lequel sont situées l'ancienne et la nouvelle capitale du royaume de Siam. Lorsque les vaisseaux français eurent jeté l'ancre au-dessus de la barre, que des navires d'un certain tonnage peuvent seuls franchir, le chevalier de Chaumont détacha Forbin , avec un missionnaire qui était déjà venu dans le pays, pour aller annoncer son arrivée au roi. Forbin se montra tout d'abord fort désenchanté d'un pays dont il avait ouï dire de loin tant de merveilles, et qui ne lui présentait, en effet, à son entrée, que de petites maisons de cannes, couvertes de feuilles de palmier, des individus assis à terre, ruminant comme des bœufs et n'ayant sur le corps qu'un morceau de toile. La première ville qu'il rencontra fut Bankok, à six lieues au-dessus

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de l'embouchure du Moïnam, et (jiii, mainlenaiil capilole du royaume du Siani, nVluil alors que d'uue importance secoudaire daus le pays. Le missionnaire se rendit seul dans la ville que les Européens ont appelée Siam, du nom de tout le royaume, mais que les Siamois nommaient Voudra, et Forbin rejoignit les b<iliments français. Au bout de six jours, on vil arriver à bord de roiseau deux envoyés du roi de Siam, avec un vicaire apostolique nommé de Lano, l'évéque de Mellopolis et l'abbé de Lionne. Après quinze jours de préparatifs, l'ambassade française, ayant remonté à dix-sept lieues au-dessus de l'embouchure du Memam, fit son entrée dans Voudra , où le palais du monarque contrastait étrangement, par un certain aspect de splendeur, avec le reste de la ville misérablement bâtie sur un terrain coupé par des canaux et par les bras nombreux du Meïnam. A un signal donné, le mystérieux souverain de Siam parut tout à coup à une fenêtre, portant un grand chapeau pointu, un vêtement couleur de feu et d'or, une riche écharpe, dans laquelle était passé un poignard, et ayant aux mains une multitude de bagues. Le roi étant toujours à la fenêtre, l'ambassadeur français , d'abord assis dehors sur un fauteuil doré que portait une estrade de velours cramoisi, se leva, prononça un discours immédiatement interprété parle premier ministre Constance Phaulkon , et présenta une lettre de Louis XIV dans une coupe d'or placée an bout d'un manche d'or d'environ trois pieds et demi de longueur. Le de Siam remarqua Forbin qui, en qualité de major de l'ambassade, était chargé de beaucoup de pourparlers, et témoigna le désir de le ^ garder auprès de lui. Le ministre Constance affermit le prince dans celte idée, et insista auprès de l'ambassadeur pour que son major restât en Siam. Quelques jours après, en effet, Forbin fut installé amiral et général des armées du roi de Siam et reçut le sabre et la veste, marques de sa nouvelle dignité. Le monarque siamois déclara qu'il faisait don au roi de France de l'Ile de Singor, et se montra disposé à le mettre en possession de Bankok, sur le golfe de Siam , et de Mergui, sur le golfe de Bengale, les deux clefs de

son royaume. - «* *

Les bâtiments roiscau et fa Maligne furent de retour en France, au mois de juillet 1680, ramenant le chevalier de Chaumonl et l'un des missionnaires, le P. Taschard , de la compagnie de Jésus.

• DE FRANCE. m

Colui-cî, porteur d\m mémoire secret par lequel Constance .Pliaulkon demandait des vaisseaux et des troupes pour livrer aux Français les principales positions du Siam, mit dans ses intérêts île P. La Chaise, confesseur de Louis XIV, et, sur leurs comt^munes instances, on équipa six Mliments à Brest, pour conduire ;.une nouvelle ambassade dans ce royaume. Les deux principaux personnages, auxquels on adjoignit quatorze jésuites, se nom- >maient de La Loubére et de Ceberet. Six cents hommes d'infanterie, commandés par le maréchal de camp des Farges, et un petit corps de bombardiers furent embarqués sur l'escadre dont le capitaine de vaisseau de Vaudricourl était le chef et qui se composait du Gaîliard, de 44 canons, portant la cornette du comrinandant supérieur; de f Oiseau, de môme force, capitaine Duquesne-Guiton; de la frégate légère in Maligne, capitaine Péris; des flûtes /a Loire, la Normande et le Dromadaire, capitaines Joyeux, Courcelle et Dandenne. Celle escadre , partie de Brest le mars 1687, arriva à la baie du Meïnam le 27 septembre suivant. Les troupes françaises débarquèrent dans les premiers jours d'octobre et furent en effet mises presque aussitôt en possession do Bankok et de Mergui. Bankok, qui, par le fait de son excellente situation commerciale, devait un jour remplacer Voudra cdmme capitale, aurait pu servir aux Français d'entrepôt pour toutes les opérations qu'ils eussent voulu faire à la Chine, aux Philippines, et dans tout l'est de l'Inde; le port de Mergui, que possède maintenant l'Angleterre, leur donnait de grandes facilités pour la côte de Coromandel. etsurloul pour le Bengale : il leur assurait unecommunication avantageuse avec le Pégu et d'autres royaumes d'Asie. Enfln , quor qu'en ait pu dire Forbin , les positions accordées aux Français dans le royaume de Siam auraient pu être d'un beau produit commercial pour le présent, et d'un grand résultat politique pour l'avenir. Malheureusement, les offlciers, les soldats, les facteurs eux-mêmes de la compagnie des Indes envoyés de ce côté, entendaient peu ou rien au commerce • et les jésuites ne songeaient qu'à convertir et à dominer par la religion. Des églises furent bdties avant qu'il y eôl des chrétiens pour les fréquenter; des maisons religieuses furent fondées, qui révoltèrent tout d'abord les Talapoins, espèces de moines siamois prêchant au peuple des dogmes fort peu en rapport avec ceux

du Christ. Les Siamois, peuple efféminé d'ailleurs, mais ayant poui* lui l'immense supériorité du nombre, ne tardèrent pas à se soulever contre les Français.

Dans rinlervalle des deux expéditions, Forbin, élevé par le roi de Siani h la dignité d'opra-sac-di-son-craam , ce qui signiflail une divinité qui a toutes les lumièreâ et toute l'expérience imaginables pour la guerre, s'était occupé h dresser les troupes siamoises à l'européenne et à faire quelques expéditions contre les Macassars, pirates de la mer des Indes, qui, à la suite de l'hospitalité que le roi de Siam avait donnée à trois cents d'entre eux, poursuivis par les Hollandais , avaient jeté le trouble dans le royaume. Mais bientôt, fatigué de ses démêlés avec le ministre Constance Phaulkon, et surtout préférant les plaisirs de la France à ses grandeurs dans le Siam , Forbin , qui n'était venu chercher dans ce pays qu'une aventure de pliis, n'avait pas attendu l'arrivée de la nouvelle ambassade de Louis XIV pour quitter cette contrée; prétextant de sa santé, il avait obtenu un congé et s'était etnbarqué pour Pondichéry sur un bdtimetit de la compagnie des Indes. Homme étrange , assemblage inconséquent de désbohnôteté et de désintéressement , de petitesse et de grahdeur, portant sur son visage la superbe de son cœur, injuste énters ses émules de gloire, particulièrement envers Jean Bart, tiiais hardi marin, en qui on devait reconnaître bientôt la téte d'un général et la main (l'un soldat : tel apparaît Forbin, dès ses débuts.

Le 3 janvier 1688, l'escadre de Vaudricourt, moins la flrtle ia Normande^ quitta les mouillages de Siam, reUîcha à Pondichéry où le Heulenant de vaisseau , ex-généralissime du roi de Siam , Forbin, profita de sa présertce pour s'embarquer, et arriva à Btesl le 25 juillet de la même année. Sans attendre son retour, le cabinet de Versailles avait envoyé au Siam un nouveau vaisseau , l'Oriflamme, de 48 canons, capitaine de Lestrille,.qiii, à son arrivée, trouva ce royaume dans une complète révolution , dont le chef était le mandarin Opra-Pilracha, ennemi déclaré de Cohslance Phaulkon et de la domination étrangère. La mort du roi qui avait naguère appelé les Français, et l'avéhemenl d'un nouveau souverain de la personne duquel Opra-Pitracha s'empara pour la diriger, ruinèrent tout le crédit de Constance et furent le signal de la perte entière des missionnaires , ainsi que de Texpul-

DE FRANCE. 4|f sîon dos (étrangers. Le martVlial de camp dos Fargos à Bankok et le commandant de Druant à Mergui se d(^fendircnl , par la force, avec une poignc^e d'hommes, pendant plusieurs mois. Constance! qui s'était retiré à Bankok , les officiers de Beauchamp ,*de Frettcville, dee Farges jeune et l'ingénieur Bercy, os^-rent se rendre k Voudra poijr arracher le nouveau souverain du Siam à Tinfluence ou au pouvoir d'Oprd-Pitracha ; mais celui-ci arrôta Constance de sa maiii,se saisit des ofîiciers qui l'accompagnaient et les fit tous jeter en prison. Un affreux massacre des chrétiens, particuluVehaent des missionnaires, eut lieu presque en môme temps. Dès lors, le ibaréchalde camp des Fàrges ne songea plus qu'à négocier pour se retirer, sans trop de pertes de ses soldats pressés par la famine ^u milieu de populations ennemies; il ne demanda plus que des bittiraents pour s'embarquer avec son monde. Opra- Pitracha, qui avait hdte de le voir partir, lui en accorda et se prêta mt^me à toutes les dutres capitulations que les Français mettaient pour condition à leur retraite. Des Farges, avec la garnison de Bankok, arriva, dans le courant de février 1689. à Pondicliéry, et y trouva le commandant de Bruant qui, de son côté, avait abandonné Mergui aux populations indigènes du Siam. Les derniers des missionnaires français restés au Siani confessèrent leur foi jusqu'à la fin et périrent jusqu'au derniër dans tes tortures et . le thartyre. Les courtisans de Louis XIV trouvèrent encore le moyen de couvrir le deiiil Sailglant de cette lointaine expédition sous le fastë de l'cimbasààde qui en avait été l'origihë; on ne paHa que du début et l'on compta ainsi faire oublier la firi.

La paix de Mmègue ii'civait pas interrompu entièrement, malgré les ordreâ exprès de LoUis XIV, les expéditions des flibustiers de la Tortue et de la ccMe de Saint-Domingue. Grammont avait fait une descente à la Guydra, dans le Venezuela, sur la mer des Antilles, et en avait enlevé le gouverneur et la garnisoh. Les flibustiers, au nombre de douze cetits. avaient ensuite formé le projet défaire une entreprise bien autrement importante. L'auleuren était VanHorii, nalifd'Ostende, mais qui ne se tenaitpoint pourétranger. ayant passé toute sa vie parmi les Français. Homme d'une intrépidité féroce qui ne permettait pas un signe de faiblesse à ses compagnons , dans l'ardeur du combat il parcourait son vaisseau, observait ses gens l'un après l'autre , et si l'un d'eux faisait

un mouvement de cniinte au bruil impr(5vu du canon, du pistolet ou du fusil, il le tuait sur la place. Cette discipline expéditive l'avait-fendu la terreur des lâches et l'idole des braves. Du resée, généreux avec ses camarades , il leur distribuait de grand cœur la plus large part du butin. Ordinairement il faisait seul la course avec une frégate qui lui appartenait. Mais cette fois, en raison de l'importance du but, il avait appelé à lui plusieurs des plus célèbres Frtrcç de la Côte: Grammont, Godefroi , Jonqué et Laurent de Graff, Hollandais, dont la redoutable réputation n'était surpassée par celle d'aucun autre. On partit sur six bâtiments pour la Yera- Cruz , au Mexique. Le débarquementse fit à la faveur des ténèbres, à trois lieues de la place, où les flibustiers arrivèrent sans s'être laissé découvTir. Le gouverneur, le fort, les casernes, les postes iqiportants, tout ce qui eùi pu faire quelque résistance était emporté lorsque le jour parut. Les habitants, hommes, femmes, enfants, furent enfermés dans les églises, où ils s'étaient réfugiés. A la porte de chaque temple, les farouches vainqueurs avaient roulé des barils de poudre : un d'entre eux s'y tenait la mèche allumée pour faire sauter l'édifice et ceux qui s'y trouvaient, au moindre indice de soulèvement. Pendant que l'on tenait ainsi la ville dans la consternation, elle fut pillée à loisir. Quand ils eurent embarqué tout ce qu'elle contenait de plus riche, les flibustiers exigèrent encore que les prisonniers enfermés par eux dans lcs églises rachetassent leur vie et leur Uberté par une contribution de dix millions de livres. Les malheureux captifs, qui n'avaient ni bu ni mangé depuis trois jours, acceptèrent avec joie la proposition. La moitié de la somme fut payée, le jour même, dans la ville. Les flibustiers attendaient l'autre moitié qui devait venir de l'intérieur des terres, lorsqu'ils aperçurent, sur les hauteurs, un corps considérable de troupes, et, près du port de la Vera-Cruz, une flotte de dix-sept vaisseaux qui arrivait d'Europe. A cet aspect, les Frères de la Côte ne s'étonnent point; ils se retirent tranquillement, emmenahtavec eux quinze cents esclaves comme dédommagement de la somme qu'ils attendaient , et dont ils renvoyèrent la liquidation à un temps plus opportun. Leur n.'traite fut brillante et audacieuse : ils passèrent fièrement, avec leurs six navires, au milieu de la flotte espagnole, qu'ils défiaient encore, et qui n'osa pas tirer un coup de canon, tant elle craignait même

d'iMre attaquée et battue ! Toutefois les flibustiers eurent plus de difficulté a s'entendre entre eux qu'avec les Espagnols; et quand on en fut à délibérer sur ce que l'on ferait des quinze cents prisonniers, Van Hornet Laurent de Graff en vinrent aux niains. Le premier y perdit la vie, et kùssa sa irégate en héritage à Grammont.

Comme les flibustiers étaient de retour à Saint-Domingue , on aperçut un vaisseau anglais de 30 pièces de canon qui croisait dons le caual entre le Port-dc-Paix et la Tortue. On en avertit le gouverneur, nommé de Franqucnai', qui commandait alors pour le roi dans les deux lies. Franquenai, craignant que les Anglais, malgré la paix, ne cherchassent à faire quelque descente, envoya une chaloupe pour savoir du capitaine ce qu'il demandait. L'Anglais répondit qu'il se promenait , que la mer était libre , et qu'il n'avait sur cela aucun compte à rendre. La réponse était lîère , mais la réplique ne le fut pas moins , et ne se fit pas attendre. Ce fut Grammont que l'on chargea, avec sa frégate, dedéranger le capitaine anglais dans ses promenades sentimentales. Il cingle vers le vaisseau étranger, lui lance les grappins, l'accroche en un clm d'oeil, et, à la tète de ses flibustiers, il saute sur le pont. Le combat dura peu : tous les Anglais furent passés au fil de lYpée, moins le capitaine, que l'on conduisit au Cap avec son vaisseau . * *

Laurent de Graff, Jonquéetlc fameux Michel Basque s'étaient, de leur coté, remis en mer. Le gouverneur espagnol de Carthagéne, en Amérique, ayant appris qu'ils croisaient autour de son port, envoya contre eux deux frégates, l'une de 48 pièces de canon, l'autre de 40, et un bâtiment portant douze pierriers et six canons; il avait donné ordre aux commandants de ces vaisseaux de lui amener les trois flibustiers, morts ou vils. Laurent de Graff, Jonqué et le Basque montaient chacun un navire fort inférieur à ceux des Espagnols. Dès qu'ils aperçurent leurs ennemis, ils allèrent au-devant d'eux, les abordèrent, et, après un combat d'une heure et demie , ils les enlevèrent, fout ce qui n'avait [uns élé tué dans l'nrtion fut dédaigneusement renvoyé h terre, et le^ flibustiers chargi'Tcnt ceux qu'ils relâchaient d'une lettre pour le gouverneur de (larthngène. Par 'cfUe singulière missive, ils le remerciaient de leur avoir procuré de si bonnes prises, ajou-

414 IllSTOIUE MARITIME

tant que jamais secours ne leur était venu si à propos, dans le mauvais élal où se trouvaient leurs propres nu>ircs; et que s'il avait encore quelques bons vaisseaux dont il lui pliil de se défaire, ils les allendraient pendant quinze jours; mais qu'il ne manquât pas d'y mettre beaucoup d'argent, dont ils avaient pour l'inslaiit besoin , sinon qu'ils ne feraient quartier à personne. Les quinze jou^s se passèrent , comme bien on pense, sans réponse.

Grammont, fatigué de quelques mois de repos, proposa ensuite, avec l'enlrainanle éloquence qui lui était propre, une expédition contre Campùche, ville et port du Mexique dans le Yucatan. Dès qu'on sut qu'il allait armer, mille frères se levèrent autour de lui. Grammont avait l'art de captiver; les \ices de sa jeunesse, qui l'avaient jeté dans un si aventureux métier, ne lui avaient point enlevé la grâce , la politesse , la noblesse même des formes et du langage; el une brillante valeur, jointe à ces qualités, en avait fait le héros et l'idole des flibustiers français. Le gouverneur de Saint-Domingue, qui , d'après les justes el sages traditions laissées pur son prédécesseur d'Ogeron , voulait transformer It's flibustiers en habitants sédentaires, essaya de mettre obstacle à l'expénlilion projetée : il en interdit l'exécution au nom du roi. Grammont, qui avait plus d'esprit, mais non pas plus de docilité que ses pareils, demanda comment Louis XIV pouvais désapprouver un dessein qu'il ignorait, et dont la résolution n'était prise que depuis peu de jours. Cette question charma tous les flibustiers, qui s'embarquèrent sans délai pour aller attaquer Campôche. Le débarquement se ût sans résistance. Grammont, assailli k quelque distance du rivage par huit cents F- ' mioIs, les battit et les poursuivit jusqu'à la ville. 11 y entra avec eux, et tourna contre la citadelle les premiers canons qu'il rencontra. Cette artillerie ne produisant aucun effet , Grammont cherchait (juelque stratagème pour se rendre maître de la place, lorsqu'il apprit qu'elle était abandonnée. Il n'y était rèsté qu'un canonnicT, un Anglais, et un officier plein d'honneur qui avait mieux aimé s'exposer à tout que de fuir lâchement comme les autres. Grammont le reçut avec une grande distinction de manières, le complimenta sur son courage personnel, lui lit rendre tout co qui lui appartenait, le combla en outre de magniliques présents.

. elle renvoya gon<5reusement en le prinnt de vouloir bien garder son souvenir : tant l'honneur, le courage el la fidélilé conservent d'ascendant surceux-lè ratâmes qui semblent violer tous les droits de la société. Les flibustiers employèrent deux mois entiers à fouiller tous les environs de la viHe, à douze ou quinze lieues autour, enlevant tout ce que les fuyards s'étaient flattés, mais en vain, de sauver. Lorsqu'ils eurent embarqué toutes les richesses trouvées , soit au dedans , soit au dehors de la place , les flibustiers proposèrent au gouverneur de la province, qui tenait la campagne avec neuf cents hupimes, de racheter sa capitale. Son refus causa la destruction de la forteresse et l'incendie delà ville. C'était justement la Saint-Louis; en zélés serviteurs, les Frères de la Côte, sur la proposition du noblo Graramont, voulurent célébrer à leur. manière la fête du roi. Dans les transports du patriotisme et de l'amour national pour le prince, ils firent un ' immense feu de joie d'un million de bois de Campcche , qui formait une riche portion de leur bulin, et qui porta leur folje ivresse jusqu'aux cieux. Ils reprirent ensuite la roule de Sai^^t- Domingue.

Vers la fin de Tannée 1 68f , nombre de flibustiers , ne trouvant plus l'Atlantique assez riche , étaient passés dans la mer du Sud , les uns par le détroit de Magellan , les autres par l'isthme de Panama. Ceux-ci s'étant jetés dans les premiers bateaux qu'ils avaient trouvés à la côte, étaient allés en cet équipage à la conquête de plusieurs navires; puis, avec ces navires, ils ayaieul enlevé des vaisseaux de guerre. Les flibustiers firent alors des Iles Galapagos (des Tortues), situées sous' l'équateur, à cent quarante lieues de la côte du Pérou, leur quartier général, et interrompirent pendant sept ans la navigation des Espagnols dans la mer du Sud. Le Pérou devint l'objet de leurs principales expéditions. Si leur intrépide férocité avait été dirigée par un homme habile et d'autorité vers un but unique, c'en était fait {>our l'Espagne de sa plus riche colonie ; mais leur caractère s'opposait in- • vinciblement à une direction suivie. Ils surprirent ou forcèrent quinze villes de la côte occidentale d'Amérique, et entre autres, Léon, la Nouvelle-Ségovie etGuayaquil. Les plus fameux des flibustiers français qui s'étaient reudus dans la mer du Sudavaienl nom Grognier, l'Escuyer, David, Picard, Le Sage, Rose, Des-

lâiÊiiB» Ravcneau de Luesan, jeune Parisién de dix^huitm^ enviroD , qui de?ait être rbistorien de cette incroyable expéditiorf. Un jour que Grognier revenait d*ùne de ses rapides expéditions, il trouva un défilé où il devait passer occupé par des bataillons retranchés, qui offiraientde m pas troubler sa relraile, s'il consenlaità relâcher ses prisonniers. «Mes prisonniers, dif-H; H fliut couper leurs chaînes à coups de sabre; quant au passage, mon épée l'ouvrira. » Cette réponse lui v.ilut une victoire , éiH contÎDiia paisiblement sa marche. Cesl ainsi que les Espagâiôrlft, trouvant leur perte dans Tamas même de leurs richesses , pins abrutis que les esclaves qu'ils avaient si longtemps foulés ittâ pieds, expiaient la conquête du Nouveau-Monde si atroec^d^t accomplie par eux; céêi ainsi que les vengeahceè céicfsiés ^étek' daiént sur leurs fronts avilis , par la main de tes dventuriélrs plus braves, mais non pas plus impitoyables qu'eux .

Ayant jeté la terreur sur toute la côte occidcnlale de TAménque, et s*y étant gorgés des dépoiiilles de quinze vifles florissantes, les Ûibusti ongèrenty après la prise de Guayaqnil, à rentrer, dans TAtlantique, craignant, en raison do leur petit nombre, de s'anéantir jusque dans leurs exploits les plus inouïs. Da\id, avec quelques Frètes de la Côte, se sépara de la plus grande partie de ses compagnons pour repasser lô détroit de Magellan. D'autres « parmi lesquels se trouvait Havencau de Lussan, avaient des embarcations si mauvaises, qu^ils ne jugèrent pas À propos de le suivre , et résolurent de se frayer un chemin à travers le continent. Après avoir pris Tehuantepec, ville uccom» pagnée de huit faubourgs sur la baie du même nom, ils Grcnt quatre compagnies qui donnaient ensemble le nombre de deux cent quatre-vingts hommes; on devait tirer tous les matins dix de ceux-ci par compagnie pour composer la troupe des enfants perdus. Le V janvier 1C88, les flibustiers, ayant côtoyé FAmé'rique centrale, abordèrent définitivement avec des pirogues aux-' quelles ils mirent ensuite le feu , et prirent le chemin de la Nouvelle- Ségovie. Ce qui se passa dès lors semble tenir du ro* man» et Ton se sent çomme obligé, en le rapportant, de se dé^ gager de toute espèce de style, pour laisser à la narration le ca* , ractère de Thistoire qui lui appartient réellement.

Après quelques heures de marohet les aventoriers entrèrent

dans une hôtellerie isolée au milieu de la canipnsne. Tout y était désert ; mais ils trouvèrent sur une lable une ietlre à leur adresse, écrite par les Espagnols, et ainsi conçue : « Nous sommes ravis que vous ayez choisi notre province pour repasser dans votre paysj mais nous sommes désolés que vous ne soyez pas plus chargés d'argent; si toutefois vous avez besoin de mules pour porter celui qui vous reste, nous vous en fournirons. Nous espérons avoir bienlol le général français Gronier, et nous vous laissons à penser ce qui sera des soldais. )> Les Ks])agnols ignoraient, en effet, que le capitaine ou général Gronifr, peu importe quand il s'agit des flibustiers , était mort des suites d'une blessure reçue à la prise de Guayaquil; mais il y avaitlàdes genscapabl* s de le remplacer, et entre autres de Lussan, qui fut, dans loaic culte expédition, d'un grand secours à ses coniîiaguons. Dès* le lendemain de leur niarclie, Ils ilibuslitifs rencontrèrent une embuscade, que les enfants perdnsdélogrren! tntit d'abord. Le troisième jour, c'en fut une aulre, dont ilseurenl pareiliemenl raison. Cependant, ils manquaient de vivres et étaient continuelieracnt obligés de gravir sur les montagnes, où un brouillard épais et glacial les enveloppait, jusqu'à ce qu'au milieu de la journée une chaleur extrême succédât sans transition à ce froid» dont on ne ressentait pas d'ailleurs l'effet dans la plaine. Apr( s quarante lieues de courses si pénibles et de lutles incessantes, ils passèrent sous la N"ouvelle-S('E;ovie, aux environs de laquelle il Ifnr fallut renverser une série de barricades dressées dans tous les Jeiilcs par les Espagnols. Ceux-ci, lâches et fanfarons, les menarniont du haut des montagnes , en brandissant leurs sabres comme des enfants, mais sans oser de^jcndre. Toute la population, à trente lieues à la ronde, était en mouvement pour disputer le passage à moins de trois cents hommes harassés, épuisés, et cela dans des défilés où il aurait sufQ de quelques braves pour arrêter une grande armée. C'était de Lussan ([ui dirigeait la ])vU\o tmupe, et ce fut à son habileté que l'on dut, dans une litiriiie niq^orlanle, de forcer les relrauchcmenls des Espagnols, qui perdirent leur général. Les flibustiers célébrèrent leur vicloire en entonnant, selon leur coutume, un imun nse Te Dcum ! Une des quatre compagnies (jui n avail point dunue dans cette action, et qui suivait

par uu autre chcmm, reçut l'avis mensonger que les trois autres lu. »

118 HTSTOIRF MARfTrME

avaient été obligées de se rendre l' i ^ 1' rallaque du retranchement, et qu'elle n'avait rien de mieux a faire que de les imiter, son courage ne devant point la sauver du nombre. Les ilibustiers répondirent en ces termes à iVjfiicier espagnol qui était venu vers eux en parlementaire elles avait harangués du haut d'une éminence : « Quand vous auriez n'usez de forces pour faire périr les deux tiers de ce que nous sunimcs, vous auriez encore affaire à l'autre; et n'y en eût-il plus qu'un seul de reste, il se battrait encore contre vous tons. Lorsque nous avons mis pied à terre en quittant la mer du Sud, nous nous sommes tous déterminés de passer ou de périr; et quand vous seriez autant d'Espagnols comme il y a de brins d'berbe dans cette savane, ikhj^ ne vous craindrions point ; et vous ne passerez toujours dans notre estime que pour des lâches; et maigre vous, nous passerons el irons où nous voulons aller. »

Bientôt la nouvelle de la victoire de leurs t i marades arriva aux flibustiers isolés. Soudain la compagnie attaque I i luiemi, l'enfonce Tépéeàia main, et ajoute aux triomphes passes un triomphe nouveau, qui ne lui coùle qu'un homme tué et deux blessés. Après avoir renversé encore d'autres retranchements, les quatre compagnies, s'élant rejoinl*''^, arrivèrent, leseizième jourch' leur marche, sur les bords d une rivière q^ui était espérée cuuune Tunique et dernière chance de salut, mais sur laquelle on eut les plus grands et les plus nombreux dangers à courir. Il est vrai que les obstacles vinrent dès lors presque tous de la nature. Cette rivi* re prend sa source aux montagnes de Ségovie, dans l'Amérique centrale, d'où après avoir coulé peiid.uit la moitié de son cours, avec la rapidité d'un torrent, parmi d énormes rochers, d'effroyables précipices, et formé jusqu'à cent chutes, elle vient se décharger dans la mer des Antilles, près du cap Gracias-a- Dios. Les sauts qui en briseîit si fréquemment le oours l auraieut rendue impraticablt' aux llibuslier^, si, au-dessus de chaque, ils n'avaient trouvé une espèce di^ petit lac dVau paisible, où ils pouvaient s'arrêter, el d'où ils traiis[u>rtaient par terre, jusqu'au dessous de la chute, une singulière embarcation a[ipcdée piperi. Celle-ci n'était autre chose que quatre ou c\iu\ troncs d'un bois fort léger et (loltant appelé mahot d'herbes, dont on enlevait récorce» et qu'on attachait les uns aux autres avec quelques-

unes do ces lianes qui encombrent, de la base au sommet, les forêts vierges de l'Amérique. La position la plus commode, ou du moins la plus sûre que les flibustiers trouvèrent pour naviguer sur les piperis, ce fut de s'y tenir debout $ encore enfonçaiton de deux ou trois pieds dans la rivière et avait-on de i%au jusgirà kl ceinture; la nécessité de fcdre les pipms extrêmement petits , aûn qu'ils pussent glisser partout entre les rochers de la rivière, très-rapprochés les uns des autres« ne permettait pas à plus de deux personnes de se placer sur chaque embarcation, te corps de la flottille ne tarda pas à être construit : les agrès furent moins long» encore à préparer; ils consistaient uniquement dans de longues perches que Von devait avoir en main pour se soutenir contre le courant, et se garantir d'être emporté avec trop de violence sur les rochers ou dans les précipices; et ce moyen, le seul que les flibustiers eussent à leur disposition, ne les garantit pas tous de la mort sur les écueils et dans les abîmes. Souvent ensevelis sous leurs piperis^ dans Técume et le tourbfllonnement des eaux, les flibustiers durent se lier par le milieu du corps à leurs barques de bois flottant pour Tevenir avec «lies sur les eaux. Après s'èlre laissé glisser de cette manière sur tout le cours accidenté du fleuve» non sans avoir eu & lutter plus d'une fois avec les Indiens, et nonsaus avoir eu une peine extrême à se procurer leur nourriture, ceshommes intrépides arrivèrent à soixante lieues environ de la mer; et la rivière ne présentant plus désormais aucune chute, les uns construisirent un canot dans lequel *ils poursuivirent leur route, les autres la continuèrent sans changer d'embarcation. Le 9 mars 1688, ceux qui accompagnaient Lussan entrèrent dans la mer des Antilles, au capGraciasa-Dios. Un navire anglais en reçut quatre-vingts, qu'il transporta à la côte française de Saint-Domingue, où ils arrivèrent le 8 avril. Ils donnèrent avis que leurs camarades s'étaient retirés dans une lie de la baie de Honduras, pour y s ih^ister, en attendant une occasion favorable de rejoindre leurs frères. Le gouverneur de Saint-Domingue envoya aussitôt ordre à Laurent de Graff d'armer un navire pour les aller chercher; mais, pendant que ce navire attendait encore un vent propice, quarante -deux dus aventuriers arrivèrent sur un navire anglais, et soixante autres les suivirent de près. Uen restait encore quatre-vingt-dix, que l'on ne comp-

420 HISTOIRE MABITIME

tait pas revoir à Saint-Domingue, au moins de sitôt, parce qu'ils avaient joué et perdu leur l)ulin. EfTectirement^ la plupart ae retournèreni jamais dans la colonie.

Les aventures des cinquante-cinq autres flibustiers, qui avaient tourné du côté de la Californie, sont presque aussi extraordinaires que celles qu'on vient de lire. Arrivés à l'entrée de la mer Vermeille, ils prirent terre sur trois petites îles qu'on appelle les . Trois-Marics, et qui n'étaient pas habitées, dans Tespoir de pénétrer de là dans le Nouveau-Mexique. Ils y restèrent quatre ans entiers, manquant pour ainsi dire de tout, et sans pouvoir jamais entreprendre de d(>})arquer sur la grande presqu'île voisine, en raison de Textréme infériorité de leurs forces. Enfin, ils résolurent de retourner en arrière , et d'aller chercher leurs camarades dans la mer du Sud. Ils ne les y trouvèrent point, et, après s'tMre assemblés sur l'Ile Juan Fernandès, dans les passages du Chili, et y avoir fait entre eux le partage de leur butin, ils poussèrent jusqu'au détroit de Magellan, avec l'intontionderentrer dans TAtlantique. Ils avaient fait ainsi deux mille lieues dans des pirogues contre le vent, et ils étaient déjà engagés dans le détroit , quand vingt-trois de ces aventuriers, qui venaient de perdre leur part au jeu, se sentant pris de honte d'être réduits à reparaître les inains vides à Saînt-Dominguc, rebroussèrent tout à coup chemin pour aller au Pérou. Ils y enlevèrent cinq riches vaisseaux; mais un, entre autres, au port d'Arica, qui était chargé d'argent nouvellement extrait des fameuses mines du Potose ; ils se partagèrent deux millions qui s'y trouvaient , et , abandonnant les quatre autres bâtiments, ils appareillèrent sur celui-ci pour rC' passer dans l'Atlantique. Mais leur vaisseau échoua dans le détroit de Magellan, où ils restèrent dix mois entiers occupés à construire deux barques avec ses débris, et à sauver le plus qu*ils purent des richesses qu'ils avaient naguère enlevées. Ils revinrent ensuite le long de la côte orientale de l'Amérique du Sud jusqu'à rile de Cayenne, où plusieurs s'établirent; d'autres allèrent se fixer aux ilés de l'Amérique et à Saint-Domingue. Quatre ou cinq, parmi lesquels un nommé Macerty, dont on aura bientôt occasion de reparler, passèrent en France, munis de quelques mémoires qu*ils avaient , dit-on , enlevés aux Espagnols et qu*ils donnaient comme étant d'eux , pour y faire bruit de leur

expédilion dans des mers où les vaisseaux du roi lùHaient pas encore iillrs, et pour^engager le gouvernement à y porlcr quelque enl' oprise, dont on leur confieroil en partie la conduilo.

Knfm un dos capitaines flibustiers, Lcsage,qni, avec deux cents liomnios, avait pris la route du déiroit de Magellan, eut aussi ses aventures, et l'ut même le plus heureux de tous. N'ayant pu passer le déiroit, parce qu'il y arriva dans une saison trop avancée, il prit le parti d'aller croiser le long des cotes d'Afrique, et lira de cette expédition nombre de captures importantes qui, pendant deux ans, l'entretinrent dans l'abondance de toutes choses; il en fit une entre autres dont le seul produit mit ses compagnons et lui dans l'opulence. C'était un vaisseau venant des grandes Indes, dans leqriel il y avait une très-grande quantité de poudre d'or. Il appartenait à un jeune Hollandais qui , après s' èlre liancé dans son pays, avait voulu faire ce lointain voyage pour assurer un riche douaire à sa future. Lesage, après cette prise importante, quitta les eaux de rAfri(iue, et se rendit à l'île de r.ayennc, d'(u'i la plupart de ceux qui raccompagnaient repassèrent jjeu de temps après à Saint-Domingue.

Le gouverneur de la partie française de cette ile, nommé de Cussi, ne savait trop s'il devait être satisfait ou mécontent du retour des tlibustiers qui avaient couru la mer du Sud. Ces hommes peu disciplinables, quoique rendant d'immenses services en temps de guerre , entravaient souvent les plans de régularisalion que Ton avnit sur la colonie. Toutefois on faisait de grands efforls pour iixer à Samt-Domingue les llibustiers en général. Seignelai écrivait au gouverneur (ju'il fallait les ménager, conserver avec soin ce corps dont on pouvait tirer, dans l'occasion, d'éminents services , mais qu'en même temps il était indispensable de mettre un frein à ses courses désordonnées. Le ministre avait ses raisons d'ailleurs pour désirer qu'on retint les flibustiers à Saint-Domingue; car, dans ce temps-là, on songeait sérieusement à se rendre mailriî, avecleiirconcours, de la partie espagnole de l'île. C'est dans ce but cpie, pour se les attacher p;ir les chefs qui avaient îe plus d'inlluence sur eux, on expédia de Versailles des brevets de lieutenants du roi i\ Graiumonl et à Laurent de Graff. Le projet du gouverneur français de Saint-Domingue était de donner au preaûer le commandement de la côte sud^ maïs

4i'2 HISTOIRE MARITIME

Grammnnt y mit lui-mc^me un obstaclo inunédial. Sur l'avis qu'il eut (le riioniioiir qui lui fait par lo mi, il s'avisa de vouloir clore la série de ses avt iiljjres par une dernière et mémorable course. Kn consL'ijUfncLs il arma un navire et partit avec ccut quatre-vingts hommes dt;s plus dt'ciil/s; mais c'est tout re qu'on eu sut : car jamais depuis on n'entendit parler de ce quN'Iaient devenus le fameux Grammont et ses compagnons. La un ut de Graff étiiit en mer, lorsque son brevet arriva à Saint-Domingue; il le trouva à son retour. Dès lors il sembla régulariser sa vie , et les Espaenols furent délivrés de leur plus terrible ennemi. Mais la colonie française ne gaîrna point h cette transformation tout ce qu'ellcenavaitespéré : Laur(;nl deGraff, dans son commandement réglé, ne lut pas beaucoup au-dessus d'un homme vulgaire. lel est le sort, en général, des natures que l'on df'place.

Quoique la Louisiane parut, descelle époque, d'un grand intérêt, tant parre qu'elle mettait, par les rivières et les fleuves du centre de l Amérique septentrionale, le Canada en communication avec le golfe du Mexique, que parce qu'elle pouvait, un jour à venir, prendre A revers les établissements anglais de la cote oriimlale et les établissements espagnols de la côte occidentale, et parce qu'enfin elle offrait dès le premier coup (ro'il, sur tous les bords de ses magnifiques cours d'eau, une végélation admirable, même sans culture, néanmoins elle ne préseniait pasm,êmeencore,etne pouvait présenter l'ébauche d'une colonie. Les trois à qujitrc forts coiislruitspar La Sale et de Tonti, depuis le haut du Niagara jusque chez les Illinois et les Natehez , n'avaient droit de compter que conuùe des échelles pour poursuivre la ilécouverte des deux côtés du Mississipi, en alteiiduul lu colonisation. Pour atteindre ce but proinpteiiient, le meilleur moyen était do coiuiaîlre, non plus par terre, mais par mer, les bouches u i II* uve que Lu Sale avait descendu. C'était à (pioi tendaient, depuis lors, les efforts incessants de cet inlré[)ide Rouennais. Dans son violent désir de ne pas laisser à uu autre l'honneur d'achever d'un côté ce qu'il avait si bien commencé de l'autre, il était allé en France dès l'année même de ^ou retour à Québec, pour faire part au mini>tre S"ii:uelai de ses inleutions, et lui demander les moyens, noii-seulemetit de chercher par mer l'enibouchure du .Mi^^i^^ipi, mais encore d'y faire un établissement. Le miiublre comprit La

DE FRANCE. m

Snlo quoiqu'on eût essayé de le desservir auprès tje lui» et lui donna un biUimL'ut de guerre d'environ 40 canons, nommé Joly sous les ordres du c.i[)ilaine de Beaujuu, pour le joindre à une frégate légAre de G canons nommée la Belle, présent que le roi faisait en propre, à une Ûûle de trois cenls tonneaux, nommée f Aimable, apjiarlenant à un armateur de La Uoclielle, et à un autre petit navire nommé le Saint-trançois, qui était frété pour Saint-Domingue. Le tout fut chargé de, quatre à cinq cents soldats et colonisateurs, dont le choix n'avait pas été d'ailleurs assez sévèrement fait. Parti de La Koclielle le 24 juillet, puis, le 1" août IGSi, dellocheforl,où l'on s'était vu obligé de relâcher, La Sale n'eut que des contrariétés à éprouver de la part de Beaujeu ; il en tomba malade de chagrin durant le trajet jusqu'à Saint- Doiiiiiie^ue. Près de celte île, Beaujeu laissa môme enlever un des bùumi iils de la petite escadre par les Espagnols, et s'obstina à ne pas almrderau Port-de-Paix, où se trouvait alors le gouverneur français. Tout se réunit pour faire présager de tristes résultats à cette expédition. Ayant fait voile de Saint-Domingue, La Sale avait reconnu, le 28 décembre ^684, les côtes de la Floride; mais comme on lui affirma que, dans le golfe du Mexique, les courants portaient à Test, il se tint pour assuré d*avoîr l'embouchure du Mississipi très-loin ù l'ouest. Tournant en conséquence de ce côté, il passa malheureusement, le 1 0 janvier 1 685, devant le Mississipi, qu'il ne supposait pas si proche. Quelques jours après, sur des indications venues des sauvages, il voulut retourner vers cet endroit; mais le capitaine Beaujeu se refusa de se conformer à ses intentions. On continua la route à l'ouest, et l'on arriva à la baie deSaint-Beiiiard, dans ce qu'on nuinme aujourd'hui le Texas, à cent lieues de i cnibciuchure du Mississipi. La Sale, désespérant dès lors de rien obleiiir de ljeaujeu,prit la résolution extrême dô mettre son monde a terre dans ce lieu et d'y planter sa colonie, en attendant qu'il allât de nouveau a la recherche du Mississipi. Sur ces entrefaites, un de ses bâtiments échoua par l'incapacité ou le niauv.jis M»uloir de ceux qui !e conduisaient, el lîeaujeu ne craignit pas d'appareiller vers la France avec /o Joly, sans laisser au colonisateur les armes et les munitions dont oui aviiii charge. Néanmoins, La Sale, obligé de puiser des ressources en lui seul (icbUiiUdiâ, el réveillant toute son énergie, commenta à construire

m HISTOIRE MARITIME

deux forts, melkml iiii-mèine la main à l'œuvre, selon sa coutume. Malheureusement ce hardi exploialeur n'était pas sans d('*fau!s : «lur pour sa propre personne, il croyait que cela 1 autorisait à ne pas l'iilro moins pour celle des autres; son caraclLTe s'était en outre aigri de toute sa querelle avec Beaujeu, et des senaencesdc haine qu'il savait que ce capjlauie avait jetées contre hii parmi le:, iiuiiunes restés à la baie de Saint-Bernard. Il y avait deux ans environ que la colonie française du Texas se traînait dans la discorde intestine, les sourdes menées des gens sans aveu qui la composaient en majeure partie, et dans l'absence de tous moyens et de tous secours, quand La Sale, qui avait perdu depuis peu le dernier de ses navires, résolut, quoique malade, d'aller par terre jusqu'aux Illinois, pour se mettre de là en communication avec le C uia la. Déjà il était allé assez loin à la découverte avec trois a quatre de ses compagnons seulement, el avait pénétré jusqu'aux Indiens Cenis. 11 partit le 12 janvier 1G87, laissant, en son absence, à un de ses lieutenants, nommé Joutel, le comuiandement de son pnncipal lui t, qu'il avait appelé Saint- Louis, et emmenant avec lui son frère, deux de ses neveux, les pp. Anastase et Zénobe, missiuunaircs, et une petite troupe, en tout dix-sept personnes. Il prit sa route vers les Indiens Cenis, passa un bras d'une rivière qui tombe dans la baie Saint-Louis, et qu'il nomma ia Princesse, découvrit la nation des Indiens llebalianco, joignit une rivière qu il appela la Sablonnicre ^ à cause des sables dont elle était remplie, puis une autre qu'il avait déjà nommée la Maligne, parce que, dans une précédente excursion, un crocodile y avait dévoré un de ses gens; arriva à une quatrième rivière qu'il avait déjà aussi nommée rivière d'Eure, passa au milieu de près de quarante nations différentes d'Indiens, vint à une rivière que l'on traversa sur un canot construit tout exprès, et qui avait été nommée rivière des Canots, parce que, le premier, il y avait mis de ces sortes d'embarcations; et, trois jours après, eurent lieu les préludes de la catastrophe qui devait l'atteindre. Un de ses neveux, nommé Moranget, et un de ses dotnesli(ju(î8 furent assassinés par ses propres compagnons. Craignant les suites de leurs crimes, ces sei'lérals résolurent de les prévenir en assassinant La Sale lui-mèinc Cet homme courageux (jui, svlon son habitude, était allé on avant du gros de troupe, revenait puur

DE France.

savoir qnolTc cattsc rulenlissaii la marche, ({uand un misérable nommé Duhault, soutenu par deux de ses pareils, noromélarchevèqiic et Liotot, lui fracassa la téle d'un coup de fusil, le 20 ma.s 1687. Les assassins dépouillèrent ce noble cadavre, rinsulttrent et le souillèrent. Telle fut la fin tragique de Robert Cavelier de La Sale, homme d'une capacité, d'une étendue d'esprit, d'une activité, d'une persévérance de caractère, d'un courage et d'une fermeté d'âme qui l'auraient peut-être encore conduit à de plus magnifiques résultats , si à ces qualités il eût joint une humeur un peu moins hautaine et atrabilaiiet un peu plus flexible et conciliante. Pour en revenir à sa troupe, qui restait ainsi sans chef, quand la tèle manqua, le corps, on se dissolvant, sentit toute l'étendue de son crime et le maudit , mais en vain. Les assassins commencèrent à s'arracher la vie les uns aux autres. Plusieurs des Français de Saint-Bernard s'incorporèrent aux tribus indiennes; la faim et les fatigues en consumèrent un assez grand nombre; les Espagnols du Nouveau-Mexique en chargèrent quelques-uns de fers , et les réduisirent à finir leurs jours dans les mines. Les sauvages enlevèrent par surprise les forts dont La Sale avait jeté les fondeiuents, et immolèrent presque tout ce qui s'y trouvait. Il n'échappa que sept hommes qui , ayant erré jusqu'au Mississipi, se rendirent au Canada par les minois. Le frère de La Sale et les PP. Zénobe et Anastase furent de ce nombre. Beaujeu fut blâmé en France, mais pas assez sévèrement; il sentit toutefois le besoin d'essayer de justifier sa conduite, et il en exposâtes motifs dans une correspondance dont on peut retrouver encore les traces manuscrites. Mais en faut-il chercher d'autres que dans l'amour-propre froissé d'un capitaine de la marine royale de ce temps, d'un personnage de noble race, qui ne se voyait pas sans peine soumis en quelque sorte aux volontés d'un homme sans titre ni grade, et qu'il regardait peut-être comme un aventurier. Pour excuser Beaujeu , on se rappela sans doute qu'il avait lui-même beaucoup souffert auparavant, et que c'était ce même officier qui, tombé sur mer aux mains des musulmans, avait été réduit au plus dur esclavage, et n'avait dû sa liberté qu au bombardement d'Alger par Duquesne. Quoi qu'il en soit, La Sale avait péri par sa faule, avant d'avoir complété sa découverte. C'était à un autre navigateur que la fortune, jointe à

la science et au conrag»', n'servait de couijib'lor, ovnnt la fin du siècle, l'enlreprise do not ex ploraleur aussi grand qu'inforluné .

Les eaux et les eûtes de la baie d'Hudson étaient un conliiiuel sujet de contestation entre la France et l'Angleterre, quand liuit fr^Tos canadiens, orisfinaires de Rouen en Normandie, résolurent de les assurer à la première de ces naliuijs. T.es huit frères, que l'on peut appeler huit héros, avaient nom : Le Moyne d'Iberville, Le Moyne de Sninle-Hélène, Le Moyne de Mariconrl, Le Moyne do Longueil , Le Moyne de Sèri^ny, Le Moyne de Châteauguay, et les deux Le Moyne de BienviUe. Le premier fut l'un des plus grands marins à la fois et l'un des plus habiles navigateurs que la France aii jamais eus. La compagnie qui s'était naguère formée pour la baie d'Hudson, ayant réclamé auprès de Louis XIV contre l'usurpation par les Anglais du fort Bourbon, nommé par eux fort iSelson, un arrêt du conseil, en date du 20 mai i685, lui donna la propriété de la rivière de Sainte-Thérèse ; et aussitôt une expédition fut commaud^'e parle marquis d'Énonville, lieutenant au gouvernement général delà Nouvelle-France', en l'absence » de Frontenac, pour en expulser les Anglais, pendant la paix si glorieuse mais si troublée de Nimègue. D'Iberville, Sainte-Hélène et Maricourl partirent l'année suivante, avec le chevalier de Troyes, capitaine d'infanterie à Québec, chef de l'expédition, pour faire la eonquèle des forts de Moii^ipi, Uupert et Kichichouannc que les Anglais avaient conslruiis sur la baie. Ils Hrent route de Montréal, au mois de mars 4085, parles terres, les lacs et les rivièri s, avpc leur (roupe, trahiant leurs canots avec leurs vivres, souvent à travers bois, souvent dans les marais et toujours par des chemins difficiles et non frayés, ils allèrent ainsi jusqu'au 20 juin, supportant avec une force de cœur et de tempérament dont étaient seuls capn}>les des Canadiens, d incroyables fatigues , des privations et des souffrances de toutes sortes, et ils arrivèrent, suivis de quatre-vingt-deux hommes, près de Monsipi, tout au fond de la baie d'Hudson, dans celte partie à laquelle on a donné depuis le nom de hm(^ Saint-James. Sans perdre un instant, loules les dispositions furent prise:» pour l'attaque du fort qui, situé à trente pas du bord d'une rivière, sur une petite éminence, était de figure carrée, relevé dti palissades de dixi-sepl a dix-huit pieds, et Qanqué de quatre bastions revtlui

•m ijt'dans rîe mndrierst avec une terrasse d*un pied d'épaisseur, lin dL'Uithenii nt fut fuit pour garder les canots. On emmena seulemcul deux de ceux-ci, chargés de niadriers, piques, pioches, pelles , gf'ilnoTis, et d'un bélier. D'iberville et Sainle-IIélène attaquèrent d'un côté, peudaiU que le chevalier de Troyes et Maricourt attaquaient de Taiilre, et faisaient battre la porte principale du fort avec le bélier. Suivis de cinq ou six homuies, ils escaladèrent la palissade , ouvrirent une porte qui donnait sur les bois, et gagnèrent, pour la briser, celle d'une redoute construite au milieu de la place. Dans le même temps, le bélier enfonça la porte principale du fort ; le chevalier de Troyes se jeta dans le corps de la place, et fit faire feu dans toutes les embrasures et les meurtrières de la redoute, qu'attaquaient déjà d'iberville et Sainte-llrlt ue. Un Anglais ayant répondu avec arroîjnnre aux propositions de quartier qu'on lui faisait. Saintelie lèiie lui cassa la tète d'un coup de fusil, au moment où il pointait une pière <îe canon sur les Français. Bientôt le bélier fut approché de la porte de la redoute, et la démonta à demi. Soudain d'iberville, l'épée d'une main et son fusil de l'autre, se jette dans la redoute; mais, comme la porte tenait encore à unepenture, un Angais, qui se trouvait derrière, la referma, et d'iberville, séparé ainsi des siens, ne voyant plus ni ciel nil^rre, put se croire un moment perdu, loutefois son courage ni sa pr/senre d'esprit ne l'abandonnèrent point ; il soutint une lutlu ( urps à corps, dans l'obscurité, avec les Anglais qui étaient là. 11 en entendit qui descendaient d'un escalier, cl tira dessus au hasard. Cependant, le bélier avait recomrnencé à battre la po rie de la redoute; elle tomba entièrement, et livra passage aux f i ançais qui se précipitèrent èn foule au sec* mi s de d'iberville. Les Anglais, la plupart encore à (îemi vèlus, tant on avait promptement conduit l'affaire , iinplorèrent quartier, et on le leur accorda. Le fort fut remis aux Français.

Les vainqueurs se dirigèiftit i nsnite, le 1. fii.r de la mer, vers le fort Rupert, situé ù quarante iieites de là. Lue chaloupe construite exprès, rangeait la côle, emmenant deux pièces de canon prises au fort Monsipi. Après cinq jours de marche, on arriva de nuit, le 1** juillet, devant le fort Hupert, dont Sainte-Hélène ûi aussitôt la reconnaissance à travers l'obscurité. La bâtiment

m HISTOinE MAniTiME

de guerre (jlait Indisposé à soutenir les Anglais. D'Iberville et son frère Maricuurl , avw neuf lioiniaes moutt's sur diMix canots d*écorce, furent chiirjj^i's de l'enlever. Les eniiL'inis n'élnut pas prévenus l'I ne se doutani de rien, ils raimrrcul ]<• vaisseau à petites raini s, le suipiireul , etlrouvèronl un Aufil.îis cuvt.'ldpjié dans une eouverlure sur le poiii, 4111, en s'eveillaiii , voiihil se mettre s«ir la défensive el doinier r,il nioe j l'ànie lui fui arrachée avec le premier mou venieul «pi il iil pour s'écrier el s'aruier; d'Ibervillc frappa lui-même du pied sur lu punt, comme c'est l'usage, pour réveiller ceux qui sont au-dessous , et leur donner Talerte. Le premier qui se montra au-ihssus de l'échelle, pour voir de quoi il s'agissait, eut la trie feinlue d'un coup de sabic; un autre, qui avait paru à Tavaiil, pi rit de même. D'Iberville força la chambre à cou[)s de liaehe, et iù main basse partout. A la lin pourtant, s ciant assuré (ju'on ne serait plus en force pour lui reprendre le batitncnt dont il venait de se rendre maître, il donna quartier. Le gouverneur général de la baie d'iludson se trouva au nombre des prisonniers. Pendant ce temps , le chevalier de Troyes enfonçait la porte du fort et entrait avec les siens dans la place, l'épée à la main. Des grenades furent jetées, qui, en éclatant, firent de grands ravages et occasionnèrent le plus affreux désordre parmi les assiégés. Une redoute qui se trouvait, comme à Monsipi, au milieu de la place, après avoir été battue par le bélier et par le canon, allait sauter par la mine, quand l'ennemi, voyant qu'il n'y avait plus moyen de résister, inq)lora merci. Tous les prisonniers furent mis dans nn yacht qui était échoué à une assez grande dislanee du fort: on fit sauler ensuite

tu/ '

la redoute et couper la palissade , parce qu'il eùl fallu Irop de monde pour la garde de ce lieu, où d'iberville et Saiiile -Hélène restèrent m'annioins cpielques jours. Le bâtiment anglais fut envoyé à iMonsipi, el bient()t suivi du yacht que l'on avait fait radouber. Le chevalier de Troyes, qui était retourné à Monsipi, voulut terminer sa campagiu par l'attaque du fort de Kichichonanne. Persoiuie ne savait au juste la situation de cet établisst'nient anglais, el les chemins pour s'y rendre étaient iaqiratieables. ('e ne furent point des obstacles cajuibles d'arrèl«T les Canadiens. Ouparlil , iluublanides^mintesde bàUires juscju'à trois lieues au large. Lorsque la marée était basse, il fallait puru^r tout

son bagage et ses cnnols à une lieue au luiii; quand elle était haule, on se Irouvail oii^aLM; dans des glaces. Il y avait déjà longtemps que I on faisait celle ruule p(''nible, ne sachant pas trop encore si Ton atteindrait le i)ul ciierché, quand huit coups de canon se tirent entendre, qui Udlu renl agréablement roreille des Français. Ils indiquaient que l'on était près de Kichichouanne, (L qu'il se passait lia us ce fort quelque réjouissance. Sainte-Hélène fut encore chargé d'aller reconnaître l'assielte de la place. Sur ces entrefaites, d'iberville, ayant eu toutes les peines du monde à se tirer des glaces, arriva avec sa jM"ise à rcmbouchure de la riviirc, apportant tous les pavillons de la compagnie d'Angleterre. U entra heureusement dans la rivière , et débarqua , pend«uiL la nuit, dix pièces de canon. Après quelques pourparlers peu concluants avec le gouverneur du fort, les pièces de canon furent puiuiées contre la chambre qu'il occupait, lue batterie, cachée dans un bois, sur une hauteur, fut si bien servie, qu'en muiiis de cinq quarts d'heure on lira plus de cent quarante volées qui criblèrent tout le fort. Bientôt on entendit des voix sombres qui sortaient des caves et deiii.iudnient quartier, aucun Anglais n'ayant voulu se montrer pour auieiier le pavillon. Peu après le fort capilul.i. Sainte-Hélène et d'iberville y entrèrent aussitôt. Le second ommerta, sur sa prise, le gouverneur et sa suite à File de CJiarlcston. Le reste des Anglais fut envoyé à Mousiiii. Le 6 août suivant, le clic'valier de Troyes retourua jouir de sou triomplie à iMontréal, où d'iberville n arriva que deux mois après, ayant laissé son frère Maricourtau commandement de la baie d Uudson. •

Avanlipie la paix doNimèguefiil définitivement rompue, Seigne- Un lil par<iîlre la célèbre ord<uniaiice du \ 'j avril IGhÙ. Celle ordoimance, il est vrai , ne fait souvent que rappeler et consacrer les sages et puissantes dispositions prises par le grand Colberl; mais en renfermant celles-ci dans un même cadre, en les rapprochant, en les complétant, en les rectiOant au besoin, elle leur communique plus de force et de logique. D'ailleurs, rordonnance de 1089, à beaucoup d'égards, offre des vues et des détails entièrement nouveaux. Elle ne contient pas moins du vingt-trois livres, diviséschacun par litres qui eux-mêmes se subdivisent par articles. On ne peut en donner ici qu'une idée fort succincte. Le premier livre traite du pouvoir et des fonctions des ofliciers des armées

130 HISTOIRE HARITIM

navales; il est très-bref sur le chapitre de l'amiral; il sV-lend davantage sur celui des vice-amiraux, dont l'un, celui du IVmnnt, commandera dans l'étendue de la mer Océauc, qui forniera sou département; l'autre, celui du Levant, dans l'étendue de la mer Méditerranée, qui lormera également sun département. En vtrlu de la même partie de l'ordonnance, le lieutenant général, alui» troisième des officiers militaires de la marine, commandera et donnera les ordres en l'absence de l'amiral et du vice-amiral, dans les ports el à la mer; il assistera à tous les conseils de conslruclion, et aura riuspeclion sur tout ce gui regardera l'armement et le désarmement des vaisseaux. Vient ensuite le litre de riuleadanl, oflicier non militaire ,/)rd(tnné pour la justice, la police et les linaures d une armée navale. Le litre relatif au chef d'escadre suit celui de rintentlanl; el il y est dit que lorsque l'officier militaire do ce grade se trouvera commandant en l'absence du lieutenant général, li a ura les mêmes fonctions que lui dans le port el à la mer. Le titre du commissaire général de la marine suit celui qui traite du chef d'escadre, el précède celui qui a rapport au capilaine; il y est dil que cet ollicier non mililairc recevra les iuslruelions et les ordres de l'iidendanl de l'armée navale, et, en son absence, aura les mômes fonctions que lui. 11 est amplemenl liailé des fondions el des devoirs de capilaine de vaisseau; on voit, dans 1 oKioanaiice de 1689, tout ce que cette charge a de considérable, l'immense importance qu'on y allache, et qu'il iTc^l point de garantie d'honneur , de moralité, de courage el d'intelligence que ne doive offrir celui ù qui \'(Ai confie la conduite de l'une de ces citadelles flottantes desquelles dépend, bur la ni.T, le destin des empires. Le roi, dit un des articles de l'ordonnance, s'en remet à rexpérience el à la lidélité du capitaine, de faire agir ses officiers dans toute l'étendue de leurs fonctions, pour les mouvements à donner aux vaisseaux dans la route el dans les occasions de combat et de tourmente. Il prendra garde, ajoute-l-on plus loin, que les officiers de son bord ne fassent aucun mauvais traitement aux gens de l'équipage, qui juiisse les décourager du service. Dans les occasions de combat, il devra prendre un soin particulier de la manœuvre et da gouvernail , el exciter par son exemple les matelots et les soldats. Au cas o >. il aborderait un vaisseau ennemi , il ne pourra quitter

le sien, mais détachera seulement son f aj il line en second, ou un aulre officier, avec le nombre de soldais qu'il jugera h pro[)os, pour passer dans le vaisseau abordé, sans se mullro au hasard de perdre celui dont on lui a confié le commandcim ut. S'ilquilte ou abandonne le vaisseau porlanl pavillon, cornetlu ou flamme, auquel il doit obéissance , il sera arrêté cl mis en prison , en attendant (jirim conseil de guerre le punisse suivant les circonstances du tail. il lui est enjoint de proléger le commerce des Français, d'assurer Ir ur navigaiion, d'empéchur , autant qu'il dépendra de lui, qu'il ne leur soit fuit aucun tort; et il lui est expressément défendu, à peine de cassation, de recevoir aucune gratiûcalion , suus (iu( Iqiic prétexte que ce suit, des navires marchands qull escortera. Mais l'ordonnance générale de 1089, n ayant point suffisammeul ]m'vu le cas où les officiers et autres agenls do la marine royale se seiTiraient du \ aisseau même placé sous leur commandiiment pour faire un trafic quelconque à leur profit, une ordonnance particulière, en date du 20 auùL 1G91, défendit expressément aux capitaines, officiers de vaisseaux du roi, intendanls de uiarine, commissaires ordonnateurs, commissaires et commis aux classes et autres employés de la marine, de faire aucun commerce directement ou indirectement , de prendre part, sous leur nom ou sous un nom interposé aux opérations com- • merciales, d'emt)arquer aucunes marchandisus dans los vaisseaux (lu roi; le tout à peine de cassation et de trois mille livres d amende, applicables un tiers au dénonciateur, un tiers au profit des pauvres, un tiers au roi. En vain ces défenses furenttlles renouvelées, dit Valin, dans ses commentaires de Tordunnance de 1081 , par une ordonnance du 22 octobre 1092, par Farlicle 9 du règlement du 20 août 1698, sous peine de privation des appointements et de cassation , et par une dernière ordonnance du 20 octobre 4706. A mesure que la marine déclina en France et surtout duran,t la régence et le règne de Louis XV, elles (ombèrent pour ainsi dire en désuétude, au grand détriment du service de l'État; car le but de ces défenses était tout à la fois que les vaisseaux fussent toujours prêts à combattre pour soutenir rhonneur du pavillon, n'étant pas embarrassés de marchandises à la conservation desquelles eaux qui y seraient intéressés songeraient plus qu'à la gloire de la natio^ et à leur propre gloire;

m IlfSTOIRE MARITIME

elles (endaieut aussi à empêcher les officiers de la marine royale de faire un tort considérable au commerce des armateurs, par la préférence qu*ils sauraient se faire donner sur ceux-ci.

L'ordonnance de 46B9 règle que les fonctions du capitaine en second seront, par subordination, les mêmes que celles du capitaine en pied. Il est prescrit au capitaine de brAlot de ne point mettre le feu à son bâtiment, avant d^avoir abordé le vaisseau ennemi, ou sans avoir été obligé de l'abandonner par des acci-r dents imprévus. Les devoirs du lieutenant sont, à beaucoup d'égards, les mêmes que ceux du capitaine en pied et du capi« laine en second , qu*au besoin it deVra remplacer sur le vaisseau. L'enseigne de vaisseau doit, dit l'ordonnance de 16S9, obéissance au lieutenant de vaisseau , et aura , par subordination et en son absence , les mêmes fonctions que lui.

Viennent ensuite plusieurs autres titres dans le même livre : celui du eonmissaîre ordonné pour la police des armées navales ou escadres, qui devra prendre les ordres de l'intendant ou du commissaire général, et leur rendre compte de tout ce qu'il aura vu ou fait ; celui de l'écrivain sur les vaisseaux , officier non militaire, commis non seulement pour écrire la consommation qui se fait dans le vaisseau, mais encore pour tenir registre de ce qui y entre et de ce qui en sort; celui de l'aumônier, à qui l'on recommande de visiter souvent et de consoler les malades ; celui du chi- • rurgicn, à qui l'ordonnance de 4689 prescrit de se tenir toujours dans le fond de cale pendant le combat, pour y panser et soigner les blessés. EnOnles derniers titres du livre premiertrailentdes fonc • tiens et devoirs des officiers mariniers, tels quele malire, le contremaître , le pilote , le maître canonnier, le maitre charpentier, etc.

Le quatrième livre est un des plus importants ; it traite de la justice de guerre et de la police des vaisseaux. Il se ressent de Tesprit d'intolérance qui dominait alors dans les conseils de Louis XIV. L'exacte profession de la religion catholique n'y est pas seulement une af&ire de consdence et de libre inspiration; elle y devient pour les matelots et soldats une obligation matérielle & laquelle ils ne peuvent contrevenir sans être passibles des peines le^ plus brutales; des coups de corde sont la punition préalable de celui qui aura manqué une seule fuis, sans cause légitime, d'assister a la messe, au catéchisme ou  la priirc. Le

blasphémateur, pour la première fois, sera mis aux fers et privé d'un mois de solde; en cas de récidive, il aura la langue percée , coiiformémeul aux ordonnances. L'ordonnance de 1 689 frappe de mort tous les matelots et soldats qui se révolteront contre leurs officiers ou lèveront la main pour les offenser ou frapper. Les querelles entre matelots et soldais pouvant emporter les plus graves conséquences ♦ la même ordonnance condamne à la peine des galères celui qui tirera une arme quelconque pour en frapper son compagnon. Le cas est prévu où les matelots, descendus à terre , feraient, dans leur effervescence, insulte aux habitants, et le conseil de guerre les atteint et les châtie selon Timportance du fait. La vigilance est, comme la subordination , la sauvegarde du vaisseau et de tous ceux qui le montent; à la mer, le sommeil intempestif d'un homme, l'abandon momentané d'un poste dont on a la garde, pouvant causer les plus funestes accidents, Tordonnance de 1689 punit de plusieurs jours de fer les matelots et soldats qui quitteront leur quart pour aller dormir, ou ^ulement délaisseront leur poste. L'ivresse est également réfrénée par des punitions graves, mais qui ne sauraient l'être plus que les maux qu'elle peut occasionner sur un vaisseau . L'ordonnance de 1689 inilige les galères à perpétuité aux matelots et soldats déserteurs , et elle considère comme tels tous ceux qui abandonneront le service, sous quelque prétexte que ce puisse être, sans avoir pris un congé régulier, et même ceux qui, sans congé valable, seront trouvés à deux lieues du port et des autres endroits où ils au raient débarqué. La désertion pour l'ofiicier est punie de mort, et tout ofQcier qui aura abandonné son vaisseau est tenu pour déserteur. Là mort l'atteindra encore s'il délaisse les vaisseaux marchands qu'il aura été chargé de convoyer; mais, prévoyant le cas où la difficulté pourrait venir du capitaine du navire marchand lui-même, l'ordonnance de 1689 condamne aux gal( rcs celui qui, s'étant mis sous l'escorte des vaisseaux de l'État, s'en séparera sans raison légitime. Enfin la Idcheté et la trahison ne pouvant être trop fortement réprimées, quiconque ira se cacher pendant le combat, parlera de se rendre, excitera les autres à la sédition pour ce sujet, quiconque même l'ayant su ne l'aura pas révélé, quiconque, officier ou homme de l'équipage, entretiendra intelligence avec les ennemis oi sera surpris faisant un signal

lu. M

de trahison, perdra la vie. Il esl défendu à tout capitaine et autre oCiicier de marine, comnuindant un vaisseau de guerre, de le rendre jamais aux ennemis, pour quel(iue raison que ce puisse être, rordonnance voulant qu*iL se d^ende jusqu'à l'extrémité, et qu'il se laisse forcer Fépée à la main, même brûler; celui qui fera le contraire, dit Tordonnance de 1689, sera jugé au conseil de guerre, et puni de mort, selon les circonstances de l'action.

Dès l'an 1673 , an lè^emenl -avait eu pour but de rendre les vaisseaux de guerre uniformes dans tous les arsenaux de la marine, et d'éviter les différences qui étaient résultées jusque-là de mesures variables prises par les charpentiers; l'ordonnance de 1689 confirma ce règlement. £Ue décida que les inspecteurs spéciaux , officiers de marine, visiteraient les ports de constructioli , feraient prendre devant eux les plans et profils des vaisseaux à bâtir, surveilleraient les travaux des charpentiers , et leur transmettraient des règles fiiesetcertaines(4). Un livre particulier de la célèbre ordonnance traite de TartîHerie delà marine, laquelle ne dépendait point du grand-mattire de l'artillerie. On habile et expérimenté fondeur dut être établi dans les arsenaux de marine de Rochefort et de Toulon^ à la charge par lui de fournir , moyennant un prix fixe , à ses risques et périls i les pièces qui lui seraient ordonnées. Les calibres des canons destinés aux bâtiments du roi furent fixés par l'ordonnance de 1689 au nombre de sept , savoir : de 36 , S4 , 18 , 1S , 8 , 6 et 4. Aucun canon ne put être désormais reçu dans les arsenaux de marine sans avoir subi une décisive épreuve. Il avait été formé, dans les ports de guerre du royaume , des écoles de canonniers pour U marine : l'ordonnance de 4689 en affermit l'institution. Trois cents jeunes matelots entretenus furent répartis dans les ports de Toulon, Rochefort et Brest, et trente au HAvre-de-GrÂoe , depuis l'âg^ de dix-huit jusqu'à vingt- cinq ans, pour être instruits de tout ce qui concerne l'exercice du canon sur les vaisseaux; et des prix récompensèrent périodiquement les plus habiles au tir.

L'instruction et les exercices des officiers et gardes de la ma* rine ne furent pas réglés et encouragés avec moins d'attention par la même ordonnance. L'étude de la géographie /des sciences mathématiques, de l'astronomie; l'art du dessin, celuv deki

cniislnirtion dt^s vaissoniix, rexcrcici' de; l';)rlil!or!i"> , furent, en piTinitri; ligne, obll'jnloiros pour tous; on iiOublia pas non puis les arts, Ids que rescriiué et la danse, (jui, sous des deliors moins utiles, servent au développement des forces eldeTagilité du soldat.

Si Louis XIV et ses ministres muntrèrent d'une sévY'rité e\lr("^ine pour l'enrôlement des ni;iit lots et pour qu'aucun d'eux n'échappdt aux (élastiques di-^iosUions des ordonnances, en revanche, ils prirent un pai liculier, paternel, des marins et de leur famille. Dès le mui^» de septembre 1G73, un règlement avait t'l(^ l'.iit par Colbert sur les récompenses à accorder aux estropiés, et sur l'établissement de deux hôpitaux de marine, l'un à Rochefort, l'autre à Toulon. Un autre règlement, fait en l'année 1674, avait décidéanss) qu'il y aurait, à la suite des armées navales ou des escadres, un vaisseau équipé et muni pour servir d'hôpital. L'ordonnance de 1089 rappela et complétai ces justes et huiiuiiiis règlements qui prouvaient que, si l'on exigeait beaucoup du pays, à cette époque, pour le service de l,i marine, on n'était point ingrat envei ^ les marins. Seignelai aurait vivement souhaité défaire rétablissement en France d'un hùpilal général delà marine, comme celui d'.Vngleterre ; il fut arrêté par la dépensf. On y suppléa par des demi-soldes accordées à ceux qui auiMn nt pu y prétendre. Le livre 22 de l'ordonnance de 4G89 traite des [irises failes sur nier et des conditions auxquelles les vaisseaux du roi pensent être confiés aux armateurs particuliers pour f.nre la course. Le livre 2;i et dernier s'occupe de la visite, de la conservûlion et coupe des bois propres à la marine, sur les domaines des partii:uliers. Il défend èxpre---( nn'hl à tout prit[irié(aire des bois et forêts , situes a quinze lieues dt; ia mer ou à six lieues des rivinres navigables, de les vendre et faire exploiter sans une permission par écrit du roi, alin que les commissaires de la marine puissent y marquer et y réserver tous les bois propres à la construction des vaisseaux. lelle est , en substance , cette mémorable ordonnance du 15 avril 1689, qui longleuips di v iit être le Code DE L\ MARINE MILITAIRE DE France, commc rordouiiauce de 1(381 devait ùlrc le Code delà marine marchande. Il semble que l'une était plus dans le génie de Colbert, et l'autre plus dans le génie de Seiguelai {i,).

HISTOIRE MATÎITIME

CUAFiïllE XIIL

IkrrUmlion itc foerrt li \'*mftttaT d' Xliemjt^ut «l 4 U llallande.— Arti«is«f du r»i Jietjuft U fugilif rn Krtocc,— Louii XIV annc «n u fiTcor contre CuilUumo III. — Uéclanlion d< goMT* i i'BaptgiM. — KtfidJiili— d'Iriasda» ■Bttiilld Mt»|« 4c lUniry, le 10 mi Déciutii*» 4< (Mr* i rAlilkMm, le 29 Juiii »«i»Mit. — PndU

gtMM Utivitf d« jleigneUi prniiMl Itllt f««M. — TMr*lll« pUW i» U MMiWrrM^ d«MrOc4«il. el fnmi It coinound- Mir nl 'Jf U (loltc Iniiom.'. — Bchu r«it« <rariti<'i iififiTs iJt- iiijuni.' '\'- M':ni' . I>iii]iii -im -^I.hiiiit. d'AnUimoal, cic.— Et|>toiU ite ieta lUrl «l de tatbia reiiaïa. — ik*)t ctmikil d*n> l«i{u«l lU tainl Wu» iltm (aiU priMneien, — hUÊt ttMÏM.— Jean Bart el Forikio nommei et))ilaiiu!> d« «iiiiMi. •Apflfttioa dn ]<uoi: Da|MjB TiMM tm It MiM iwriiiM.«»IUlaw de k Aelle ftiSfaiie à Bicit, «1 fa de le cuifi^e de It69.— CewpacM de ffentcMn etceurt en Irbiide.— BMire de Vanat^lt lelte IVtnfeiw part de Bmt teiM Ici ««dMt de

To-irv.ll.'. — Hiljillr ilo B<-U'i..-r>, li 10 juillet 1690. rl «uilci J* c-Uf li.ii.jill,-. — 1). .r< nlf > T.ti.'MMi.lli . in An- (Ulcrre. — ÉtrncmrnU <rirUiule.— Déroule de Jmi|b«« II. — Forint nmèni* Jteqttri if «n France.— Bette défense ét iMNritk |ar u afriner franceii. — Reloer dei ffeapes fcea(aiiee à Breit. — Détanneawnt de la fl«ll« à BreiC —AUntéi MiiL — ttdMmnIe «Awèiiiwit— dwit Im «MifHMtde IMt «1 UM-^Cuii M In Ew»** I 8«înt>noeingve el leer prt^i Sei^Tife. — AliJfee de le Momalliv.Ffmee, >• Frajele Mw U N««*e1l«-Te(t.—

Irniiilion Jus lioi)iiuu dJll^ l'île de MoiiUlmI. — FroiileniC «ji|>èlle Ir; illin liv I4 Kiiinfr lui iriiu'». — Ai l-s-T»

d'eci«l de d'IW«ille et de La Fertc diai U l«>e d'IludM». — Sacci« de l'unirel eB(l«i« Philkt en Acadie,— Su>.'<4t 4m iilwlitn Êa^am k Twn^Weaefc — Fwwleeee «rt wprie ptr tee i (damnHi el fu fifHtée dfto» Molle wgleiee dtw b StteUUiiteirt. -.Sicie «I kfUe débae* de QMtoe—IMmto 4t b Mb «ifliiM d«i« !• Stiil<-intnl. -Mertih 8«i|Miei.

La îicnp d'Aiiçrsbourg avait été éventée par un agent (h îa France à Bruxi^lles; Louis XIV, ayniit reçu copie du traité de cette fumeuse coalition que le prince Guillaume d'Orange avait conduite avec la [)lus grande habileté, savait, à n'en pas douter, que l'empereur d'Allemagne, le roi d'Espagne, l'électeur de Brmdebourg, le prince palatin, la répnbli([uc do Hollande, et même le roi de Suède, qui dans la dernière guerre s'était montre' 6dMe à son alliance, n'aUcîKltif^nt plus que le moment favoniMf pnnr se dé<;lartjr Tua après l'autre ou tuus easembie contre lui. Louis AiV

ii*a?ait pas l*habifade de âe laisser prévenir, eirélévatioa à Tèr* cbevêché et l'électorat de Cologne du pnnce Gément de Bavière, à rexclusion et malgré les droits acquis du cardinal de Furstembergf son protégé, lui avait immédiatemeQt fourni un prétexte plausible d'aller au-devant de ses ennemis; la guerre avait en conséquence été portée en Allemagne dès le mois de septembre 4 688. Il déclara, le 3 décembre suivant , la guerre à la Hollande , comme prenant ouv^tement le parti de ses adversaires. L'objet de Guillaume d'Orange, en formant la ligue d'Augsbourg, avait été d'occuper Louis XIV par tous les c6tés & la fois, pendant que lui-même exécuterait ses projets sur l'Angletenef où l'appelaient, comme un sauveur, les protestants de ce royaume, mécontents, exaspérés d'avoir un souverain catiiolique dans la personne de laoques II, Guillaume , pressé par sa propre femme de déposséder son beau-père , était débarqué en Angleterre au mots de novembre 1688, avec environ vingt mille bommes, tant Hollandais qu'Anglais et réfugiés français , parmi lesquels on comptait le maréchal Frédéric-Armand de Schomberg et ses deux fils, dont jusque-là les services avaient principalement appartenu A Ui France. Soudain le prince avait vu son armée se grossir des nombreuses défections de celle de son rival. Jacques H bientôt , se trouvant sans ofScim sans soldats, s'était écha|^ de son royaume, et avait mis pied à terre en France, à Ambleteuse, le 3 janvier 4689, puis s'était dirigé vers Saint-Germain en Laye. Le prince d'Orange avait été presque sur-le-champ proclamé roi d'Angleterre, sous le nom de Giiillaume IH, nom glorieux, quoique hostile à la France. Louis ÎIY, qui avait averti à plusieurs reprises Jacques II des menées de son adversaire, et qui n'avait pu lui feire accepter A propos u jsecoursde troupesfraoçaises, l'acct^lKt avise grandeur; il trouva beau de prendre sous sa protection un monarque qui , A l'exemple de ses prédécesseurs , ajoutait encore A ses titres anglais le titre insolent, mais par trop suranné, de roi de France. ' Et cependant Louis XIV n'ignorait pas qu'en appuyant le roi fugitif, sa propre situation devenait pour le moment beaucoup plus difficile , et que l'Angleterre , dont tout A l'heure encore il pouvait espérer la neutralité, sinon l'alliance, allait peser d'un poids énorme dans la balance en fàveur de ses ennemis. Quoiqu'il sût- Charles II d'Espagne engagé dans la ligue d'Augsbourg, il se

tourna un moment de son cAté, et lui montra les intérêts de tous les rois atiaqués dans la personne de Jacques II; le roi d'Espagne resU) sourd^ et le mit dans la nécessité d'entrer sur-le-ehamp en hostilités ouvertes avec lui. Mais cela ne fit désespérer au mo-> narque français , ni de sa fortune, ni de celle de son protégé ; il accepta la guerre ayec toute PEurope conjurée contre sa prépondérance , et à laquelle Guillaume UI, non moins ambitieux que lui, le désignait sans cesse conune aspirant à la monarchie universelle.

L'autorité de lacques II» gr^ce à la fidélité du vice-roi Tyrconnel » semblait encore se maintenir dans TUe d'Irlande, pays où le catholicisme dominait. Ui on traitaitpu]>liquementGiiillaume IH d'usurpateur. Une convention fut arrêtée entre Louis XIY et le roi détrôné , en ?ertu de laquelle celui-( i devait obtenir sept mille hommes de troupes françaises pour un débarquement en Irlande, et envoyer, en échange, autant de troupes irlandaises en France. Malgré tout son désir de relever Jacques II de sa ruine, Louis ne pouTait négliger de prendre , ses garanties en cas de succès; il avait trop d'exemples, dans le passé, de rois d'Angleterre assis sur le Ijrône par la main de la France , et devenus bientôt aprrs les plus acharnés ennemis de celles-ci; d'ailleurs il n'ignorait point que Jacques lui-m^me, peu avant sa chute, n'avait pas paru absolument éloigné de céder aux sollicitations de ses sujets, qui appelaient la guerre avec les Français, tant en Europe que dans les colonies. Cette garantie de sept mille Irlandais contre sept mille Français était donc de bonne et nationale politique; puis un corps d'Irlandais en France était uno menace continuel* lement suspendue sur Guillaume III, en cas de non-succès. Ce pourquoi Louis XIV ne demandait aucune compensation , c'était pour les immenses frais en argent , en vaisseaux armés qu'il allait faire avee une profusion tonte royale, trop royale même : car le pays se serait bien passé d'épuiser ses trésors et sa marine dans les guerres civiles d'Angleterre. On assure que Seignelai s'était montré fort partisan de l'expédition en Irlande , qui devait donner de rimportance à son ministère, de l'éclat à la marine, et Ton ajoute qu'elle n'était pas à beaucoup près autant dans les goûts de Lo II vois, désireux que la guerre fât toute coutinenlale, pour tirer, à lui seul, vanité de tous les succès.

Quoi qu'il en soit, Gabarei l'aîné, chef descadre de Normandie , avec une escadre de vingl-dcux vaisseaux légers et fins voiliers, et ayant sous ses ordres Forant, chef d'escadre do Poitou, fut chargé de conduire Jacques II en Irlande,- il s'acquiUa de cette commission avec l'habileté dont il avait toujours fait preuve. Le 17 mars 1681), le roi détrôné aborda à Kingsale, dans la partie de 1 ile qui lui était en partie fidèle, et bientôt fut reçu à Dublin. Un neveu du grand Duquesne, le capitaine Duquesne-Mosnier, resta, avec trois frégates aux ordres de Jacques II, pour faire, d'un port à Tautre d'Irlande , tous les tran5»ports dont il s rail besoin , et pour éloigna de l'Ile les bâtuuents anglais aui voudraient s en approcher.

Moins de deux mois après Tarrivée de Jacques II en Irlande, on se mit en devoir de lui amener le secours de sept mille hommes dont on était convenu. Une flotte de vingt-quatre vaisseaux, d'une force niptiiocre, deux frégatr s et dix brûlais , f);irtii de Brest à cet effet, le G mai 1689, sous les ordres de Château-Renault , qui venait d'être nommé lieutenant général des armées navales, et lit voile pour l'Irlande. Guillaume IIÎ n'avait rien négligé pour s'opposer au secours que les Français vrnilaient porter dansc(4te île; il avait fait sortir h cet effft des ports d'Angleterre viiiLideux vaisseaux de liiine et plusieurs autres bâtiments, sous les ordres de l'amiral Herbert.

Le débarquenienl des Français commençait à s'opérer à la baie de Bantry, sur la côte sud-quest d'Irlande, quand on vit paraître la flotte anglaise. Château-Henault donna aussitôt ses ordres pour qu'on déposât à la plus [troche terre tout ce qui restait de troupes sur sa flotte. Voyant que la marée était favorable aux vaisseaux du débarquement, il jugea à propos de leur laisser jusqu'à onze heures du matui de îa journée du 1(i mai , avant de commencer le combat. La marée finissant, Chàieau-Uenault, qui remarquait dans l'avant-garde ennemie un grand désir de combattre, fit signal h l'avant-garde française d'arriver. Celle-ci était commandée par Cabaret, monté sur ie Saint-Michel, de S6 canons; le lieutenant général , ayant son pavillon sur C Ardent^ de 66, était au corps de bai iillc, et le chef d'escadre Forant, sur /e CourageiiT , dr nf». commandait rarriére-îrarde. Le capitaine Panneiier avait ia tète de l'armée navale de France j le vais-

m HISTOIRE MARITIME

seau qu il montait, te Français , h'clait que de 48 pièces de canon, celui auquel il se trouvait avoir affaire était de 70. Mais il sut, par l'habileté et la hardiesse de sa manœuvre, égaliser des forces si matériellement disproportionnées. Il calcule que los sabords du vaisseau ennemi seront ouverts, ordonne que l'on s'approche sans tirer un seul coup et sans se laisser déconcerter par le premier feu des Anglais; puis, qu'une fois à distance favorable et en bonne position, la mousqueterie de son vaisseau ne vi^e (pi'aux sabords ouverts, pour tuer les canonniers qui servent les pièces. Tout se passe à ses souhaits; on a déjà essuyé le ft'ii des Anj^lais, qu'on ne leur a pas encore répondu par un seul coup; mais quand Pannetier s'est posté à son gr/ , alors sa mousqueterie fait une épouvantable décharge qui v.t ailt iinire, par les embrasures béantes de leur vaisscm , les c iinMiuiurs anglais; ils tombent àcoté de leurs piècesri ihIih s iiniiiles; le mousquet a eu cette fois raison du canon. Ce n * sL < m ore pourtant que la moitié du calcul et du succès de Pannetier. Selon son espérance, le vaisseau anglais, "dépourvu de ses artilleurs et voyant ses canons ainsi réduits au silence, ferme précipitamment ses sabords : c'est le moment choisi par Pannetier pour lâcher toute sa bordée; le Français fait un affreux ravage dans les manœuvres et sur le pont du vaisseau ennemi, qui bi^nilù' ne présente plus qu'une carra ssr ballottée an caprice du canon quiiaprcb-r, qui In bat incessaninienl, mw s irte de grand cerrncil Ooltanl où les membres, les corps mutiles * t sanglants, s'engloutissent dans une almtbphère de fumée. Pannetier y allait de tout cieur; mais on verra bientôt qu'il n'en était pas de même du clicl de sa division, d'ordinaire si dispos, si habile et si brave; de sorte que n'étant pas soutenu avec assez d'ardeur, et se trouvant en butte à toute la furie de Pavant-garde ennemie, le commandant du Fra«çais fut obligé de se retirer un peu pour se réparer. Le plan de Pamiral Herbert, que Chàleau-Renault semblait avoir saisi du premier coup d'œil de manière A le déjouer, était de gagner le vent an large sur les Français, et de mettre ceux-ci entre deux feux,alin de pouvoir joindre ensuite le débaniuemcnt.'Chàteau- Rcnault résolut de s'y opposer avec son corps de bataille , qui était composé de meilleurs voiliers (]ne son avanl-„ trrl^Mjl son arrièrc-^arde. Bientôt il eut l'amiral anglais par soa travm. ii$ ^

se canonnèrent l'un Tautre a^ec acharnement; au boui d'un quart d'heure de combat, Herbert, qui venait de perdre son grand hunier et qui avait beaucoup souffert, s*appliqua à éviter le feu de Château-Renault; il revira vent arrière, et gagna le large. Mais le lieutenant général français le poursuivit avec ardeur et se retrouva bientôt par son travers. Alors l'action recommença avec un acharnement nouveau. Château-Renault, pour pouvoir combutlre Herbert à portée, n'avait pas craint de s'engager d iiis la ligne du corps de baUiille des ennemis; il y resta pins de deux heures avec une stoique cunslance, mesurant le danger avec le sang-lVoid qm lui était propre, el ne s'en laissant pas ébranler qu'il n'eùi ;itleiut son but. Sur ces entrefaites» une terrible aventure arriva sur le vaisseau le Duimaiu, de 54 canons, l'un des matelots du lieutenant général et ayant le marquis de Coéllogoa pour capitaine : un boulet mil le feu aux garg< Misses de {K)udre qui étaient dans la cliauibre du conseil; la dunette en fui enlevée; plusieurs gardes de la marine périrent; on en retrouva un que la poudre avait fait sauter jusiqu'à plus de quarante pieds dans la hune du uiàt d arlirnun, sans que mort s'en fi\t suivie. Le brave Coétlogon, quoique lui-même gravement blessé, garda toute sa présence d'esprit; il donna sus ordres pour que cet accident n'eût pas de résultats plus fâcheux, et, tout affaibli qu'il était par de cruelles blessures, il alla rf^joindre Cliàteau-llenauit, le suivit et le seconda jusqu à la iin du combat. L'amiral anglais et nombre de vaisseaux ennemis avaient leurs mâls et leurs cordages tellement endommagés, qu'il n y en avait pas la moitié qui fussent en état de tenir plus longtemps. Il semblait que la flotte française n'eût plus qu'un dernier effort à faire pour gagner une victoire complète; maison a prétendu que, par l'effet d'uue jalousie regrettable , les cheis d escadre Jean Gajjaret el Forant, ces illustres doyens de la flotte, mollirent satisfcdls d'avoir exécuté à la lettre l'objet principal de leurs instructions, qui était le débarquement des troupes françaises en Irlande, et ne voulant pas donner à Château-Renault, moms anciens qu'eux dans la marine el déjà leur supérieur en grade , la gloire d'un plus entier triomplie. Ils ne se mirent point en devinr, disent les mêmes versions, d'arriver dans les eaux de leur lieutenant général et de joiudre les ennemis, auxquels des brCtlots auraient iofaiUibl<i-

ment fait abandonner les vaisseaux d^réés. Les brûlots de la division de Château-Renault se trouvaient par matheui occupés au débarquement L*ainiral anglais , qui avait été blessé et avait en cent trente hommes tués et un grûid nombre de blessés sur son bordt put dès lors opérer sa retraite t avec sa flotte désemparée, sans (tre inquiété, mais toutefois en laissant la flotte française |Murfaitement libre d'achever le débarquement de ses troupes sur la côte d'Irlande. Lorsqu'elles furent toutes mises à tefTe,et qu'on eut bien assuré les secours dont on disposait, Ghâteau«Renau1t, croyant trouver la flotte anglaise du côté de KingiMd , fit voile au sud , pour ia combattre de nouveau ; mais elle n'avait pas jugé à propos de se risquer une seconde fois : elle s'était retirée à Spithead, en Angleterre. La flotte française rentra à Brest, le 18 mai, après s'être emparée» chemin faisant, d'un riche convoi de navires marchands de Hollande. Onze jouis lui avaient suffi pour accomplir sa périlleuse mission (I).

Duquesne^Hosnier avait été laissé dans la baie de Bantry» avec les frégates h Mutine ^ ia Tempête et ia JoUe, de 30 canons chacune, pour y attendre les ordres de Jacques il. Peu après, ayant été char^ de transporter quelques troupes d'Irhmde en Ecosse, il découvrit, le 5 juiUet 4689, cinq bâtiments ennemis, dont deux de 46 et H canons, serrant d'escorte aux autres dans les parages de ce dernier pays; il les atteignit, à l'aide d*utt vent favorable, en enleva lui-même un à l'abordage, tandis que ia Tempête, commandéepar l'officier anglais Rolh, dévoué à la cause de Jacques n, en fl)i^t un second à se rendre. On eut facilement raison des trois autres qui étaient de charge et portaient des munitions et des vivres destinés à Londonderry, en Irlande. Cent officiers et cinq cents soldats, tant Anglais qu'Écossais, tombèrent en outre au pouvoir du vainqueur.

Cependant Louis XIV, affectant de ne pas confondre la Grande- Bretagne avec Guillaume d'Orange, n'avait pas encore dérlaré dans les formes la guerre au royaume uni ; il ne le lit que le 25 juin de celle année, quand il eut vu claireinent qu'il fallait perdre toute espérance de ramener les Anglais à leur rui délrônf^. Jacques 11 eut d'abord des suecès en Irlande. Aux villes de Dublin, de Liuierick et à quelques autres qui iui étaient restées fidèles , il ajouta bientôt les principales places de l l llunie, pruvinte ae^- len-

DE FRANCE. 443 trionaie de l'île, qui sN'-lait déelarùti pour GuilUiuine III; enfin il avait soumis pres(jiie loule rirUuidii, quand la villti de Loudonderry marqua le ternie fatal de ses conquêtes. Il ne pul la réduire apr^s lin siège de trois mois.

Les efforts de la France redoublaient par mer, alors que ses armées de terre couvraient trop impiloyaWempnt le PaUiliiiat de ruines et se snutf^naient en Allemagne, malgré ralternative de quelques revers, iourville, qui était depuis huit ans environ lieutenant général des armées navales, et qui préludait dans la Méditerranée à la haute dignité de vice-amiral du Levant, dont il était sur le point d'être investi, fut chargé d'armer à Toulon vingt vaisseaux, quatre frégates, huit brûlots, et quelques bâtiments de charge, et de les conduire dans TOcéan, pour opérer leur jonction avec ceux que Chjlteau-Renault armait , de son côté, à Brest, dans le dessein de s'opposer aux flottes d'Angleterre et de Hollande» qui venaient de se réunir. La chose n'était pas aisée: il fallait passer le détroit de Gibraltar et côtoyer toute TEspagne» dont on risquait à chaque instant de rencontrer les vaisseaux» puis déjouer le plan formé par les flottes combinées pour empêcher la jonction des Français. Tourville» qui n*était plus dès longtemps ce bouillant capitaine que Ton a vu si prompt à Tabordage et aux coups de main presque téméraires, mais qui avait acquis toutes les prudentes qualités» toutes les ruses, toute l'expérience d'un général consommé , profita si habilement de la faveur du vent» qu41 surmonta tous les obstacles, passa à travers les flottes d'Angleterre et de Hollande, et joignit celle de Brest, sans coup férir, au grand étonnement des ennemis, encore occupés à le chercher du côté d'Ouessant, tandis qu*il était passé d'un autre côté. U trouva Seignelai sur les vaisseaux de Château-Renault; le ministre passa aussitôt sur le bord de Tourville, à qui le commandement de toute la flotte revenait de droit , comme étant le plus ancien lieutenant général de l'armée navale. Elle se composait alors de soixante-deux vaisseaux et trente brûlots. On y comptait quatre lieutenant^ généraux des armées navales, Tourville, Château- Kcnault, le marquis d'Amfreville et le comte Victor-Marie d'Estrées; six chefs d'escadre, Jean Gabaret , le comte de Béthune, de Yilelte-Murçai, Forant, le marquis de Nesmond et le chevalier de Flacourl; la plupart des capitaines étaient des ofiiciers d'élite,

et il (Uait {(êrinis d'allciidre df; celle anai'i; navale d(,* jïrandoî choses. Seiirnelai, an mieux avec Tourviile cl n'enlendanl poini qnillerson burd, (''lait impalii nUja'on se mesurât avec renncmii il pressait le dépari, et s'en prenait avec colère aux venls qui le relcnaienl daii>> la rade de Bresl. Enfin, dès qu'ils eurent un peu changé, Tourviile, cédant à l'ardeur du jeune minislrc et à son désir impétueux d'assister à une grande balaiile navale, mit promplement à la voile pour chercher les flottes alliées. Le Marquist de 58 canons, capitaine du Mené, fut commandé pour aller reconnaître celles-ci, qui se trouvaient alors à la hauteur des îles Sorlhigues. De leur côté, les ennemis avaient envoyé un de leurs vaisseaux à la découverte. Du Mené en ût rencontre , et un combat s'engagea à portée de pistolet. Le vaisseau anglais fut démùle, désemparé; soixante de ses hommes, y compris son capitaine, furent atteints morlellemenl; cent autres nus hors du combat; lui-même à la lin tut pris. Mais le brave du Mené avait eu un bras emporté dans 1 action; il ne jouit pas longtemps de son triomphe; il ex|)ira sans avoir pu présenter sa glorieuse capture à Seignelai et à Tourviile. De Combes, son capitaine en second, eut sur-le-ciiamp le commandfirientdu Marquis. Il conduisait la prise vers la Hotte françaibe, lorsqu'il aperçut huit à dix vaisseaux ennemis qui faisaient force de voiles vers lui. De Combes ni' [)ouvant aller aussi vile qu*eux, en raison du vaisseau qu'il remorquait, fait passer aussitôt sur sou bord deux cent cinquante Anglais, ses prisonniers, donne A ceux qui le pour^uivaieiit le spectacle d'un de leurs vaisseaux sautant par ses ordres, et, n'ayan\ plus rien qui l'arrête, rejoint l'armée navale de France. Ce début découragea les deux flottes alln i s. Elles ne s'employèrent plus, cette année, qu'à éviter dCtre atteintes; elles rentrèrent dans leurs ports , au grand dépit de Seignelai ; et force fut à la flolle française de rentrer aussi dans les siens. Tourviile (2) désarma à Brest , se rendit à la cour avec le ministre , quitta peu après l'Ordre d*» Malte, et fut élevé, le 1*' novembre 1689, à la charge de vice- amiral du Levant, qui auparavant était eacore confondue avec celle de général des galères.

Il n'y eut plus, sur mer, jusqu'il la fin de la campagne de 1689, que quelques affaires de délail, qui toutefois font trop d'honneur à la marine française pour être passées sous silence-

Oë FRANCE. itô

efaeralier d*AmbUmont, étant allé en course avec trois frégates et une Clùle , eut connaissance , le %7 juiflet 1689, à quinze lieues duTexel, de trois vaisseaux, d'une flûte et d'une galiote de Hollande. Quoique la partie fût inégale, il n'hésita point & l'engager, bravement secondé quMl était par les capitaines de frégate de Selingue, de La Hotte-Hichel et le lieutenant de port Herpin. Ce futd'abord un furieux combat, une horrible tu^ie, qui se faisait à la portée du pistolet et que des incendies aussitôt rallumés qu'éteints coumient à chaque instant de leurs flammes; bientât ce fut un abordage plus épouvantable encore, dans lequel ceux du même bord ne se reconnaissaient même plus, à travers la fumée qui les enveloppait de ses épais flocons. Après trob heures d*ac^ Uon, la sanglante tragédie se dénoua par l'entier anéantissement de deux des vaisseaux hollandais et par la prise des autres. Depuis la révocation de Tédît de Nantes , les combats entre catholiques et protestants avaient pris le caractère des vieilles guerres de religion; aussi s'était^on impitoyablement égorgé, de part et d'autre, au nom du Dieu de paix et de miséricorde, et les vainqueurs ne ramenèrentpils à Dunkerque que peu de prisonniers sur les bAtiments criblés de coups de canon qu'ils avaient emportés d'assaut.

Cette même année, Jean Bartet Forbin étaient partis de Dunkerque pour escorter des convois, le premier avec une frégate de 24, le second avec une frégate de 16. Ils s'étaient d'abord rendus maîtres, après un sanglant abordage , d'un corsaire hollandais venu pour les reconnaître, et ils l'avaient ensuite conduit à Brest, avec les bâtiments qu'ils escortaient. Hais une seconde affaire, quoique non moins brillante , ne leur réussît pas aussi bien. Ils convoyaient vingt bâtiments, quand, par le travers de Tile de Wight, deux vaisseaux anglais, chacun de 50 canons, leur donnèrent ki chasse. Les deux braves marins pouvaient aisément se sauver, mais pour cela il fallait abandonner le convoi ; ils décidèrent qu'il y allait de leur honneur de combattre, même avec certitude acquise par avance de ce qui leur devait arriver. Us armèrent à la baie deux des plus gros navires marchands qu'ils escortaient, en fortifièrent les équipages avec des matelots empruntés aux autres biîlimenls, et, ayaul concerié un plan rempli d'audace, ils allèreul J tiui-mcmcs

au-devant d'une lutte désespérée. Un des vnisseaux anglais fut abordé; peut-être Jean Bart et Forbinaltaient-^its réussir, s'emparer du premier vaisseau et s'en servir, selon leur projet , pour attaquer le second , quand les deux navires marchands qu'ils avaient armés pour se les adjoindre se retirèrent lâchement du combat. Cette fuite permit aux Anglais de réunir toutes leurs forces contre les deux frégates françaises, et toute chance favorable fut perdue pour Jean Bart et Forbin. Toutefois ils prolongèrent la lutte autant que possible, pour donner à la fiotte marchande le temps d'échapper, et aussi pour vendre chèrement leur liberté' ou leur vie. On les put voir tous deux, lions terribles et écumants, suant le sang de tous leurs membres, de tout leur corps , frappés ici par les balles, là par les piques, les sabres et ksépées, se ruer pendant deux grandes heures, contre leurs mille adversaires exaspérés d'une si b^ïque résbtance. Dans le transport fébrile de la lutte, Forbin oublie le sentiment de la reconnaissance, il perd du sang en abondance, son domestique croit qu'il va mourir, et pleure déjà son maître; mais le maître le regarde avec colère, et le menace de lui casseï' la téle s'il ne court au plus rite continuer le combat sur le pont , où il va le suivre tout à l'heure. Enfin les deux tiers des équipages français sont étendus morts sur leurs ponts; Jean Bnrt, atteint à la tète, ne peut plus donner d'ordres, ne peut même achever de se faire tuer; Forbin, de son côlé, a beau vouloir, il ne peut phis combattre; les deux fréj^alos sont rasées de l'avant, de l'arriLTe, et horriblement fracassées : il iaiit se rendre. Mais que d'Anglais morts pour acheter ce succès, grand puurlant par la prise des deux héros qu'on emmène à Plymoulhl On les emmène, mais sans avoir pu joindre à leurs misérables frégates délabrées un seul des bàlimt;nls marcb.mdi, car tous avaient eu le temps de se sauvtn- pendant le combat. Malgré les blessures nuuibn uses qu'ils avaient reeues et malgré leur caplivilé, les deux lll .(^ (•s marins n'étaient point perdus pour la France. Ils usèrent bu iiluL d'adresse, gagnèrent tout d'abord un matelot d'Osti'iide qui leur proeura une lime, à l'aide de laquelle ils scièrent peu à peu les barrcîaux de fer de leur fenêtre; ils réussirent à cacher leur opération jusqu'à ce que leurs blessures commençassent à se fermer. Ayant ensuite nus dans leurs intérêts d^ux mousses qu'on leur avait

donnés |K>ur leur service, ils s'emparèrent « par leur intermédiaire, d'un canot norwégien dont le Imielier était ivre mort, descendirent, une nuit, par la fenêtre de la prison, au moyen de leurs draps, et s'embarquèrent sur le petit canot avec autant d'assurance que si c'eût été un vaisseau-amiral. Jean Bart maniait TaviroD aidé seulement des deux mousses, Forbin ne le pouvant à cause de ses plaies qui étaient encore ouvertes. Ils traversèrent ainsi la rade de Plymouth au milieu de vingt b&Uments qui criaient de tous côtés : «Où va la chaloupe?» et auxquels ils répondaient en anglais par ce seul mot : « Pécheurs 1 > Enfin, après avoir fait , sur leur chétive embarcation , soixante-quatre Ueues dans la Manche en moins de quarante-huit heures, ils prir^t terre , avec une inexprimable joie, en un village appelé Hanqui , à six lieues de Saint-Halo. La France avait retrouvé deux héros. En récompense de leur dévouement pour sauver la flotte marchande, Louis XI Y les nomma, l'un et Taulie, capitaines de vaisseau. Avant la fin de l'année 4689, lean Bart et Forhin avaient déjà pris leur xevandie, en enlevant, dans leurs courses inoeseantes, nombre de bAtîments ennemis*

Enfin , dans ce temps anssî , on voyait pimidre sur la scène ma* ritime René Duguay-Trouin, né à Saint-Halo, le 40 juin 4673, qui avait profité de la guerre pour s'embarqner, comme volontaire, sur une frégate de 48 jcanons, armée en course par sft propre foumlle. Une tempête, un naufrage imminent, un abordage meurtrier, un incendie à bord, voilà sous quels auspicee venait de débuter celui qui était destiné à jeter le dernier grand rayon de gloire sur la marine de Louis ÎIV, et à fermer le règne de ce monarque aussi magnifiquement que Duquesne l'avait ouvert

n parait que les pertes occarionnées par les armateurs français au commerce anglais, dans la campagne de 4689, étaient immenses, car la fortune politique de Guillaume m faillit en être atteinte. Les négociants du royaume par lequel il avait été appelé ne se contenaient plus , jetaient les hauts cris, et répétaient sans cesse que la pompe et l'ostentation des flottes que l'on ejivoyait s'étaier aux yeux des Français, ne servaient qu'à épuiser les trésors de la nation* sans mettre le pavillon du oommerce Iffitanniqueà r«d«i deî1ntaUeetdolaniiiie»LadélNaae Mtaveuf^e t

on alla jusqu^à accuser Guillaume III d'avoir formé un plan pour sacrifier les intérêts des négociants anglais à ceux de ses compatriotes les Hollandais. Il dut se mettre en mesure , pour donner UD démenti à ces calomnies* de faire agir plus eflicacement la marine des alliés dans la campagne suivante.

De son côté , I9 France ne négligeait rien pour maintenir sur la mer Pétat de supériorité qu'elle s'était acquis dans la dernière campagne. Jamais l'activité administrative de Seignelai ne s'était niontrée si féconde en résultats prodigieux, si prodigieux en effet qu'ils ont besoin, pour êtrecrus, d'être attestés par d'irrécusables témoignages. Il semblait que, se sentant mourir, Seignelai eût hâte de montrer ce dont il était capable , et quelle perte allait faire en lui la marine de France* C'est dans la dernière année de son ministère que l'on vit construire, caréner, gréer, mâteret mettre à la voile ,> en neuf heures de temps, à Toulon, une frégate de 40 canons, qui , malgré cette célérité presque fabuleuse, ne fit pas moins tout d'abord une campagne de six mois, sans avoir besoin d'être radoubée. Dans le même temps, le jeune ministre , courant lui-même d'un port «à Tautre, faisait mettre sur le chantier, à Marseille, quatre heures du matin sonnant, la quille d*une galère ^ et, avant midi, il sortait du port sur celte galère construite, calfatée * spalmée, agréée et armée , pour faire le tour des lies de Marseille, â était dans les ports de la Méditerranée; maintenant le vdci dans ceux de l'OÔêan. Par ses ordres

. et sous ses yeux, quinze galères sont construites à Rocbefort en moins de trois mois. Barrasde La Penne, qui rapporte ces faits (3), ajoute avec raison que, vu la différence des constructions, l'anti-

. quité n'offre rien de comparable en promptitude ni en habileté.

Louis XIV voyait l'activité de son ministre avec plaisir ; car, outre sa volonté de continuer à secourir lacques U, il devenait utile à ses armes sur le continent, d'entretenir une puissante diversion qui occupât dans la Grande-Bretagne et dans les mers environnantes les forces des Anglais, et le nouveau roi que ceuxci s'étaient donné. Le port de Brest fut le rendez-vous de tous les vaisseaux destinés à la prochaine campagne. Une escadre de quarante bâtiments de guerre, après avoir reçu six mille hommes de troupes de débarquement, commandés par le comte de Lauzun, iit voile de Brest le 17 mars 4690, pour l'Irlande, sous les ordces

lien (nnant général d'AmfreviUe. Cbemia faisant, de Relingues et Oesnots de Champmeslin , qui appartenaient à celle escadre, s'emparèrent de quelques bâlimonts anglais. D'Amfreville , que rien n'avait inquiété dans son trajet et qui s'était renforcé en route de plusieurs vaisseaux venus de Toulon» déposa à Kork en Mande, le 23 mars 1090 , le comte de Lauzun avec ses troupes; puis il amena à Brest, au commencement de mai, cinq mille deux cents Irlandais qui, selon l'échange convenu, mais forcément diminué de la part de Jacques II et au contraire bien dépassé de la part de Louis XIY, venaient prendre du service en France. La flotte anglaise, qui se trouvait alors à Torbay, dans le Devon-* ^ire, et par conséquent très à portée d'attaquer l'escadre française au passaget la laissa aussi tranquille pour le retour que pour le départ.

L'escadre de d'Amfreville, ayant rempli sa double mission, se joignit aux vaisseaux que l*on voyait arriver sans cesse des ports de rOeéan et de la Méditerranée à Brest. Us s'élevèrent bientôt au nombre de soixante et quinze, sans compter les galères, les brûlots, les frégates légères et les bâtiments de charge. C'était la flotte la plus redoutable que Louis XiV eût encore mise en mer.

L*avant-garde, commandée par Château-^Renault et portant flamme bleue au mât d'avant, était ainsi composée : (e Bwr^ de C8 canons et quatre cent quatre-vingts hommes, monté par de Relingues, nouveau chef d'escadre d'Aunis; k.Fort, de 52 canons et trois cent cinquante hommes, capitaine de La Harteloire; ie Mauret de 52 canons et deux cent soixante et dix hommes, capitaine de la Galissonnière; t Éclatant^ de 64 canons et trois cent cinquante hommes, capitaine de Septesmes; le Conquérant^ de 70 canons et cinq cent soixante hommes, monté par le lieutenant général yflette«>Murçai, vice -amiral de l'escadre; h Courtisan y éè 62 canons et quatre cents hommes, capitaine de Poinlis; f/iidfeit, de 50 canons et trois cent cinquante hommes, capitaine de Roinsel; le Trident, de 52 canons et trois cent cinquante hommes, capitaine de Ryberette; le Eardi, de 58 canons et trois cent vingt hommes, capitaine des Gouttes; /ie Saint- Lonis^ de 56 canons et trois cent cinquante hommes^ capitaine de" La Roque-Persin; tExeeitentf de 66 canons et trois cent cinquante

hommes* capitaine de MontbroDi le PomiwiHD, de 74 canons et ni, - . n

450 HTSTOTnF MXT^TTTME

cjiKilrc cf'iit cinquante hommes, capilaiiit' d'Aligrfi; ie Dauphin- Jinya/ , de MO canons et sept rrnts hommes, portant h: pavillon (hi lieutenant i!;{Miéral ChAteau-iicnanil , amiral de l'escadre ; t Ardent, de 62 canons et Irnis cent cinquante honmies, capitaine d'Infreville de Saint-Aubin; /e lion, de 5i canons et trois cents hommes, capitaine de Digoinc du Palais; ie Fendant, de 52 canons et trois cent cinquante hommes, capitaine ireillebois de la Vigerie; ie Courageux , de GO canons et trois cent cinquante hommes, capitaine de Sévigné; (a Couronne , de 58 canons et quatre cent cinquante hommes, portant le nouveau chef d'escadre de Flandres, de Langeron, contre-amiral de l'escadre ; ie Fermer de 54 canons et trois cent cinquante hommes, capitaine de Vaudricourt; ii Téméraire^ de ô2 canons et trois cent cinquante hommes, capitaine du Rivau-Huet. A cette avantgarde étaient en outre attachés trois vaisseaux hors ligne , faisant l'office de frégates, à savoir : leSoiide, de 48 canons et deux cent cinquante hommes, capitaine de Ferville; l'Alcion, de 44 canons et cent cinquante hommes, capitaine Jean Bart; CÉole, de 50 ca* nons et deux cent cinquante hommes , capitaine du Tast ; ei âx i)rùlots portant chacun trente hommes : V Hameçon, de 6 canons, capitaine des Lauriers ; Fait/aron, de 40 canons, capitaine La Sève; ia Brmciie'd' Olivier, prise anglaise, de 6 canons, capi* taine Noreau ; C Impudent^ de 10 canoos, capitaine Origène Marchand ; le Déguiêéf de 4 canona» eapiUdna de La Lande» ei le Dur, de .40 canons, capitaine Longehamps.

Leeorpide bataille portant OaHioMblaiiôhe au grand mât et commandé par le comte de Tour^^, vice- amiral de Ponaat depuis la fia de l'année préc^tate et amiral de toute laitotte, se composait comme il suit : kMrusquSt de &0 canons et trois cent cinquante hommes» capitaine de Ukeiirs; C Arrogant , de 54 canons et trois cent cinquante liommes,4}apîtaine chevalier des Adrets ; ÇArc-e»' ciel, de 44 canons et deux cent cinquante hommes, capitaine de Sainte-M auie ; /e Henri, de canons et trois cent soixante hommes, capitaine d'Amblimont; ie Souverain, de 80 canons et cinq cent soixante hommes, monté par lechef d'escadre de Picar* die de Nesmond • contre-amiral de Peacadre; le britlani, de 66 canons et trois cent soixante hommes» capitaine de heaujeu ; (e lUepiune, de 46 canons et deux cent trente hommes» capiloine

de Forbin; le Sans-Pareiif de 58 canons et trois cent cinquante hommes, capitaine de La RoAgère; iê Fidèle^ de 46 canons et deux cent cinquante hommes, capitaine de Forbin Gardanne, le JHamantt de 56 canons et trois cents hommes, capitaine de Serqui^y; /e Sérieux, de 56 canons et trois cent soixante et dix hommes, capitaine de Bellefonlaine ; /ê Tonnant, de 70 canons et quatre cent quatre-vingt-dix hommes, monté par le marquis de La Porte, nouveau chef d'escadre de Provence; le Soleil» Royal, de 98 canons et neuf cents hommes , portant le pavillon de Tourville; le Saint- Philippe, de 80 canons et dnq cents hommes, monté par le marquis de Goêtlogon, nouveau chef d'escadre de Bretagne; le Margais^ de 80 canons et trois cent cinquante hommes, capitaine de Château-Morand; le Funmx, de 60 canons et trois cent cinquante hommea, capitaine Desnots; le Fortuné, de 58 canons et trois cent vkgt hommes « capitame Pallas; f A/wZ/oit , de 56 canons et trois cent cinquante hommes, capitaine Bidault; le SainiF-Miehel, de 54 canons et trois cent trente hommes, capitaine de Yillars; i Entreprenant, de 56 canons et trois cent cinquante hommes, capitaine de Sehe ville; le Magnifique, de 76 canons et cinq cent soiiante hommes, monté par le lieutenant général d*Amfreville, tlceamiral de Fescadre ; (e Content, éd 56 canons et trois cent soixante et dix hommes, capitaine de Saint-Pierre; le Verman-dois, de 58 canons et.trois cent cinquante hommes, capitaine du Cbalard; le Ckeval-Marin, de 40 canons et deux cent quarante hommes, capitaine d'Amfreville jeune; le Fàugueuat, do 58 canons et trois cent cinquante hommes , capitaine de Saint- Haro; plus un vaisseau hors ligne, le Faucon, de 44 canons* capitaine de Montbault, et six brûlots portant chacun trente hommes, à savoir : F Espion, de 10 canons^ t insensé, de 10 canons; la JoHe: la Bouffonne: le Fâcheux, de 10 canons, et lé Périlleux, de même force, capitaines Diognon-Terras, Cade* nau, Naudy, Descourtis, Verguin et Monier.

L*arrière-garde, commandée par le vice-amiial de Ponant eii survivance Victor-Harie d'Estrées, et portant flamme blanche et bleue au mât d'artimon, se composait des bâtiments suivants : le Omte, de tO canons et deux cent trente hommes , capitaine de ta RochQ^Gourbon-'Blena&i la Vifflmt^ deOftcanona et trois cenia

m HISTOtllE MARfTIMB

hommes, capitaine do Chalais; ie Parfait, de 62 canons et trois cent ciiKiiinnle hommes, capitaine de Macliaull; le Triomphant, de 70 c uiuns et quatre cent quatre-vingt-dix hommes, monté par de Fiacourl, chef d'oscadre de Languedoc, contre-amiral de l'arrière -garde ; le Uonrboiiy de 62 canons et tpialre cents hommes, capitaine d'HervauU; k Vaillant y de 48 canons et deux cent qualre-vingt-dix huiinnns, capitaine de Feuquières ; /e /)mc, de4K canons et deux lenl qiialre-viugt-dix hommes, capitaine de Pallières ; le CapaOlr,dit i c iiiunis cl trois cents hommes, capitaine de La Boi'^sic're ; le H rave, de o4 canons et trois cent cinquante hommes, (:aj)itamcde Champigny; le Fm/u nis, de 46 canons et dtnix cent cinquante hommes, eapilaine ll.iilly; FAgréahle, de 58 canons et trois cent cinquante litujimes , riijutuiiie do la MoUe- Gononillé; le Florissant, de 80 canons et quatre cent cinquante honnnes, capitaini* de Cogoliu ; le Grand, de 80 canons, montf^ par Victor-Marie d'Estrées; le /ielliquenx, de74 canons et quatre cent quatre-vingt-dix fiommes , capitaine des Francs; le Prince, de 56 canons (!t trois cent cinquante hommes, capitaine baron des Adrets ; le Prudent , de 52 canons et trois cent vingt hoaunes , capitaine dos Herbiers; le Modéré, de 50 caiior»s et trois cents hoiiiriies, capitauie des Augors ; le Fleuron , de 54 canons e! trois cent vingt hommes, cnpilmne de Chaberl; P Aimable, de 70 canons et quatre cents hommes, capitaine du Magnon; f Intrépide, de 80 canons et cinq cent soixante liommes, monté par le nouveau lieutenant général Jean Gaharot, vice-amiral de rarrièregarde ; le Glorieux , dt' 60 cnnods et trois cent quatre-vingt-dix hommes, capitaine de Bellisie-Lrard;/'i//?/."ffre, de 66 canons et quatre cent cinquante honmies , capitaine de itosmadeck ; le Ter* rilflc, de 74 canons et quatre cent quatre-vingt-dix hommes, monté par Pannelier, nouveau chef d'escadre de Normandie; plus un vaisseau liors ligne, le Léger ^ de 44 canons et deux cents hommes, capitaine du liouvroy; et six brûlots portant ehacua trente hommes, savoir : f Impertinent , prise anglaise, de 6 canons; le Diligent, le Honte-Feu, le Hoyal-Jacques , In Maligne et r Extrnvnrinut , de 6 à 10 canons, capitaines Framicourt, Rolland, Jean-lùienne, Pevron, de Reussy et de Lonerhnmps- Monlendre. Vingt b-Uiments décharge, plus les quinze galères de H<^Qh^fori ei cioq iré^aies légères accompa^aient celle ilolle sur

laquelle était embarqué, en sa qualité d'administrateur de ta marine , l'intendant de Vauvrey .

Ce grandiose armement na^l sortit de Brest, le 23 juin 1690, dans un ordre admirable, pour aller à la recherche des flottes combinées d'Angleterre et de Hollande qui enfin ne paraissaient plus devoir dédiner nne rencontre. Malheureusement, le temps, qui s'était annoncé d'une manière fevorable, changea subitement, força la flotte française & relâcher au Camaret, et , quand elle eut remis à la voile, ne laissa pas aux galères, commandées par le bailli de Noailles, la possibilité de rejoindre. Cependant Tour* ville, profitant des flux ou des reflux pour faire route, jetant l'ancre quand il les avait contraires , et la levant quand ils lui devenaient favorables, en un mot, pour employer le langage de mer, étalant les marées, gardait la flotte ennemie à vue, depuis plusieurs jours qu'il Tavait découverte, et n'attendait qu'ua changement de veut pour la forcer au combat. Il était allé la chercher jusque sur les côtes d'Angleterre , au delà de l'île de Wight, faisant çà et là des prisonniers sur le littoral , plaçant luimême sa station en face de Plymouth , et ne laissant plus à ses adversaires aucune possibihté de fuir, sans qu'une honte, pire que la défaite, s'ensuivît. Le 10 juillet 1690 , jour à jamais glorieux pour la marine française, les flottes opposées se trouvèrent en présence, à la hauteur de Beachy-Uead, ou cap de Beveziera, sur la côte d'Angleterre , à la vue de l'ile de Wight.

Les forces navales combinées des Anglais et des Hollandais s'élevaient à cinquante-neuf vaisseaux pouvant entrer en ligne , et h cinquante-trois bâtiments intérieurs. Les vice-amiraux hol- * landais Evertzen et Vander-Pultea commandait ni , le premier, Tuvant-garde ennemie, le second, le corps de bataille; raaiiral anglais Herbert, que Guillaume, pour dissimuler sans doaif la défaite de Bantry , avait récemment nommé comte du TorririgLon , avail Tarrière-garde. Depuis que l'Angleterre s'était donné un roi hollandais, il semblait qu'elle effaçât sa maruie devant celle de la république balave, que naguère encore elle se plaisait tant à humilier.

TourviUe écarta d'abord huit de ses vaisseaux qui, étant audessous de 50 canons, lui semblaiunl trop laibles pour soutenir le ckuc j puu> il se mit en baldiiie 6ur uuu seule ligue* Imposant

4oi niSTOinE MARITIME

spectacle î Voilà les tîotlcs conlrairesqui , rangées en lignesdroiles parallèles l'une à l'aulre, sur la vague qui les soulève majestueusement, manœuvrent , selon l'usage, de manière à se gagner le vent. Celle qui parviendra à laisst.T ou à mellre la flotte adverse sous le vent, et à se tenir elle-même au vent, aura des chances précieuses et qu'elle serait bien imprudente et inhabile de ne pas mettre à profit : elle pourra s'approcher de son ennemie selon qu'il lui conviendra, pour ainsi dire, régler le temps et la dislance du combat de la manière qui lui semblera la plus avantageuse; si elle a de son côté la supériorité du nombre, elle pourra» au moyen d'un détachement, foudre sur la queue de floUe opposée , ei presque infailliblement mettre celle-ci en désordre ; si quelques vaisseaux de l'armée restée sous le vent sont désemparés, celle qui est au vent aura toutes les chances &voraUes pour détacher avec proiit des brûlots, et pour faire courir avec succès après les fuyards; enfin, parmi d'autres avantages encore, elle comptera celui de ne point voir la fumée de ses canons repoussée avec violence dans ses vaisseaux, aveugler, étouffer les canonniers , et empêcher les matelots de mano uvrcr. On comprend que de tels avantages soient ardemment recherches par Tourville. Toutefois il ne peut les gagner; le vent, soufOant incessamment de la bande du nord, met, ainsi que la marée, des obstacles invincibles à sa manoduvre. Mais du moins, quand il a porté sa ligne de bataille au plus près du vent qu'il lui a été possible, il ne lâche pas ce demi-succès, et s'apprête à profiter de tous les bénéfices qui restent à l'armée pUtcée sous le vent; car elle aussi a les siens qui, bien que moins grands que ceux de Tannée au vent, ne sont pas non plus à mépriser. 11 sait que,* dans celte situation, ses vaisseaux pourront toujours faire jouer leurs batteries basses, sansavoir à craindre qu'une risée (violente bouffée de vent) survenant tout à coup, leur fasse prendre l'eau par les sabords, comme en sont menacés, !e tas échéant, les vaisseaux de la flotte qui ont le vent, lesquels alors, penchés sur' le côté par la soudaine irruption de la risée, se verront dans la nécessité de fermer les sabords de leurs batteries basses , pour se défendre des vagues inondant les ponts et jetant le désordre dans les équipages. H sait qu'il pourra mettre plus aisément à couvert ses vaisseaux désemparés, qui n'auront plus qu'à se laisser tom*

bersous te vent pour se tirer delà mêlée , el pour Irayailler, hors du feu de l'ennemi » à ae réparer. Tourville sait enûn que si la fortune ne répond ni à son habileté ni à son courage , il lui sera plus facile , étant sous le vent , de sauver sa flotte , en faisant sa retraite vent arrière, avecles'précautions voulues. Toutes chances pesées, il donne signal d'engager la bataille. Tourville avait depuis peu travaillé à perfectionner Tart des signaux pour les armées navales , qui , avant lui , était encore dans Teofauce. Il s ca servit fort utilement à Beveziers.

L'avaiil-gartle des ennemis, ayant forcé de voiles, dépassa celle que commandait Cliàleau-UdiauU, ot se jelaau milieu des Français, laissanl ainsi un vide entre elle el le reste des flottes combinées. Tourville prolila aussitôt de l'imprudence de sts adversaires pour séparer leur avant-garde d'avec leur corps de bataille. Une pnrlu' de ses vaisseaux iiL lùle aux Ani:lai> et aux Hollandais, liiiidis que Ciiàle.iii-Kenaull avec son avaiit-îz:arde, que ces derniers avaient dépassée, comme on l'a vu , st> ri [ liait f( ri iiabilement sur eux pour les investir. Malheureusemeiii pour reniior surc<^s de celle manœuvre, un calme surviiilqui nepermil pas à Chdieau-Renault d'arriver assez tôt pour détruire complélenirut Tescadre d'Everlzen. Celte escadre vUui déjà exposée au feu du corps de bataille que conduisait Tourville en personne. L'aaural français, vaillamment secondé par ses deux malelots, Coëtlogon et de La Porte, I allaqua à demi-porlée de canon avec tant de vivacité qu'elle fui presque toute désemparée ; il rasa le vice-amiral hollandais el un des malelots de celui-ci comme de vrais pontons, cl uiit deux ou trois autres vaisseaux sur le côté. Dans le plus terrible feu de Taction, Petit-Renau, occupé sur la flotte française à dresser fruidemeul un plan, eut la basqne de son justaucorps emportée par un boulet de canon, qui lui paï>sa entre les jambes. Deux ofÔciers généraux hollandais, Brakelet Jean Dick, furent tués. Un vaisseau euuemi se rendit au chef d'escadre de Nesmond.

L'amiral anglais, trop accusé peut-être de n'avoir pas fait suffisamment son devoir, aperçut le désastre des ÏTol landais, et voulut dégager Evertzen. Il s ailaelia , dans ce bul, aux bàluneuis les plus faibles de l'arrière- garde française, et réussit d'abord à en . faire plier (|ueiques-uns j mais les autres, auiuies par i cxiimple

i56 HISTOIRE MARITIME

de Victor d^Ëstrées et du brave Pannetier, dont une bombe mit une pariie du vaisseau ea feu ^ sans Tarracber au coinbat^ soutinrent si bien le choc, que force fut à Tennemi de Ucher prise. Le capitaine de Rosmadeck» monté sur tlUuslrêt de 66 canons* longtemps, à. lui seul» eut affaire à cinq gros vaisseaux, contre lesquels il tint avec une valeur et une fermeté dignes d*étre enregistrées par l'histoire. Le vaisseau de Tamiral anglais qui allait, mais sans succès, d'une division k l'autre de la flotte française , s'étant trouvé par le travers du SMl-Ro^y fut, de prime abord» si durement mené par Tourville , qu'il se fit bien vite remorquer par trois à quatre chaloupes, et sortit précipitamment de ligne, à demi démâté. Plusieurs capitaines de vaisseaux anglais perdirent la ^e. Le nombre des tués et des blessés était immense sur les flottes alliées; il était moindre de plus de moitié du côté des Français ; parmi leurs morts» ceux-ci comptaient le chevalier de Clermont, ofi^erde galères, qui, servant sur le iÛ9&09XLk Pompeux^ capitaine d'Âligre, périt au poste d'honneur. -

L'amiral Herbert, obligé à la fuite, se comporta do moins en marin expérimenté, pour que le désastre des flottes combinées ne fût pas poussé à ses dernières conséquences. Quelque mécontentement qu'aient témoigné de lui les vice-amiraux de Hollande, il parait néanmoins que ce fut à son habileté qu'ils durent le salut d'une partie de leurs vaisseaux. Après être resté quelque temps en assez bon ordre et toutes ses vdies ferlées , k certmne distance de la flotte française, il s'aperçut que celle-ci dérivait par la force des courants. Aussitôt il fit jeter ses ancres, dans l'espérance de séparer les deux armées , si celle de Tourville n'imitait pas cette manœuvre. En effet , Tourville , et c'est une faute qu'on lui reproche, négligea de le faire; se trouvant diassé par la marée , il fut entraîné pendant la nuit knn de ses adversaires qui, sans cela, ne fussent peut-être pas venus à bout d'empêcher un seul de leurs vaisseaux d'être pris, coulé ou brûlé. Les quinze galères de Rochefort firent grand défaut k Tourville pour achever la déroute de l'ennemi.

' Le lendemain néanmoins on mit le feu au vaisseau d'un viceamiral de Hollande , et treize autres vaisseaux des alliés eurent le môme sort, après s'être échoués sur k côte d'Angleterre. Un plus grand nombre auraient péri, sans la faute que l'on reproche eucoïc

D£ FRAKCË.

à Tourfille , d'avoir poorsuivi jusqu'à la baie de Rye, en ordre de bataille, un ennemi battu. Hais quel général célèbre ne s'est pas trompé dans sa irie? Tourrille, surmontant les désavantages du Tent , avait dû à son habileté et à son courage une magnifique . victoire; tout ce qu'on a pu dire, pour en rabaisser le mérite, c'est qu'il ne la compléta pas-, dans ses suites, autant qu'il eût peut-être été possible..

L'amiral aDgIais doubla avec la flotta des alliés le pas de Calais, et, en arrivant dans la Tamise , il fut mis à la Tour de Londres. 11 n'en sortit que quand il eut été absous par un conseil de guerre. Les Hollandais, oubliant que l'imprudente manœuvre d'un de leurs vtce-amiraui avait commencé la défiiite des coalisés, n'eurent pas de trêve pourtant qu'on ne leur eût sacrifié l'amiral anglais, qui fut dépouillé de toutesses charges. La consternation avait été immense à Londres, quand on y avait appris que les flottes des alliés se réfugiaient. dans k Tamise, et que leurs fésseaux se brûlaient successivement à la côte pour ne pas tomber au pouvoir d'un vainqueur qui les poursuivait dans le canal. Peu s'en fallait même que TourviUe ne les eût attaqués jusque sous les Diturs de Londres, et le défaut de pilotes qui connussent bien l'entrée de la Tamise l'avait seul arrêté dans sa mardie vio^ torieuse. Aux agiuilions de la crainte succédèrent bientôt, en Angleterre» les perplexités du découragement, quand on y &t informé que les Français venaient, en outre, de remporter', k Fleurus, une grande victoire continentale- On s'attendait à tout moment, de l'autre côté de la Manche , à voir ta France fondre avec toutes ses forces de terre et de mer sur la Grande-Bretagne , qui était déchirée, dans son propre sein, par deux partis rivaux. Ûn auteur anglais assure que l'empire l»ntannique était alois ébranlé jusqu'aux fondements (4). Une médaille portant pour . légende ces mots: « Imperium maris merfvm, • consacra te souvenir et la gloire de ta marine française k ta bataille de Beveziers (5).

Diverses circonstances , parmi lesquelles on met au premier rang la maladie de Seignelai , donnèrent le temps à cet empire si rudement menacé de se raffermir. Il paraît que le minisire de la marine avait eu l'intention de s^mbarquer sur la flotte pour en diriger les opérations , suivant un plan qui lui eût peut-i^lre con-

m HISTOIRË MARITIME

quis le bâton de maréchal 4e France, objet, dit-on« de ses tcbiix» ù sa santé lai eût permis deVexécuter. Ce plan ne tendait pas à moins qu*à détruire le commerce des Anglais, en brûlant leurs ports *par le moyen des bàtimrats légers. Une escadre de vingtcinq frégates serait entrée, en même temps, dans le canal de Sainl^Georges qui sépare l'Angleterre dè l'Irlande , et y aurai! coulé bas ou réduit en cendres tous les bâtiments qui ser?aîent an transport des troupes de Guillaume III , de Tune à l'autre Ile. Ce vaste dessein, tout à fait dans le caractère de Seigpelaî, était» selon quelques-uns, connu du seul Tice-amiial de Tourrille^à qui le jeune ministre Tavait confié , dans l'impossibilité où il était de le conduire par lui-même. Hais Tourville ô^pondit au reprochede ne ravoir point exécuté, en général prudent et ménager des forces qu'on lui avait confiées, faisant remarquer que les Anglais, dans leur panique, avaient enlevé toutes les marques ou balises indi* quant les dangers et les passages de leurs câtes et de leurs ports , ce qui rendait renixeprise par trop hasardeuse.

Cependant , comme Seignelai le pressait, courrier par courrier, de tirer quelques brillants résultats de sa victoire de Beveziers, allant jusqu'à l'appeler, pour réchauffer, ^ave decaeurêtfiùitnm de tête, Tourville, mettre de la mer, envoya chercher au Camaret les galères qui y avaient été retenues par les temps contraires, et fit deux détachements de cinq vaisseaux chacun, l'un, sous les ordres du lieutenant général d*AmlreviUe, pour aller croiser sur les cdtes d'frlande , Vautre, sous les ordres du chef d'escadre de Belingues, pour croiser vers lepas de Calais et observer les enne* mîs ; tandis qu'il se préparait, dans les eaux deTorbay, sur les côtes d'Angleterre, à làire personueUemeot une descente en quelque endroit de ce royaume. Û s'embarqua , le 4 août, dans son canot , pour visiter lui-même la cête , et il s'assura qu'il n'était point de fieu plus propice que Tingmottth, dans le comté de Rorthumberkod, pour que les galères du bailli de Noaîlles, qui l'avident rejoint, opérassent un débarquement. Son but était principalement d'y brûler douse vaisseaux qui y étaient A l'ancre. Pour faciliter son projet, TourviUe usa de ruse, fit donner l'alarme pendant toute la nuit du 4 au 5 juillet, du côté de Torbay, par huit chaloupes pleines de mousquetaireB-qui firent un féu continuel. Les Anglais s'y laissèrent prendre , et se mirent eux-mêmes

DE FBANCE. m

hors d'<^tat de > opposer au dib irquement des Français à' Tingmoulh,enporlaiii louiesleursiorcessur unautre point. Les galères s'avaiK rront, la nuit, sur deux colonnes, ayant au milieu d'elles quaraote- lu lit chaloupes des vaisseaux , qui portaient ensemble dix-huit ceiiis hommes d'élite, dont mille seulement environ devaient mellre pied à terre. Victor-Marie d'Eslrées avait sollicité et obtenu le commandement de cette troupe. On mouilla à demiportée de canon de Tini^moulh; et, dès le point du jour, à un signal donné, on comm* n(;<i la descente. D'Eslrées , alors dans sa vingt-neuvième à trentiéiiu' .innée, sauta le pr( rnicr à terre, et fut aussitôt suivi de tout son monde. Lorsqu'il l eat rangé en bataille, il marcha droit un retranchement où Ton avait vu se retirer environ cent cinquante homme s qiH d'abord s'étaient montrés sur le rivage. Ce n'étaient que des Hiili( lens. D'Estrées entra dans le retranchement, s'emfinra d'une batterie de trois pièces do canon, d un édilice voisin, et s i t. ml assuré de toutes les avenues par où les ennemis pouvaient rentrer dans Tingmouth, il alla brûler les douze biUiments qui ♦ laient dans le port, dont plusieurs de 2i à 40 pièces de canon. On en avait préalablement enlevé les canons et les autres objets de valeur, pour les emporter sur les galères. Onand l'opération fut terminée, le rembarquement se fit dans le même ordre qu'on avait fait la descente. Celte expédition, qui ne dura que cinq heures et qui ne coûta la vie à penKtnne , s'acheva à la vue de six mille hommes de troupes réglées d'Angleterre, qui n'étaient plus qu'à (rois quarts de lieue de Tiogmoutb, ei dont on recoonaissail déjà ies premiers bataillons.

Quatre jours avant que la bataille de Beveziers fût livrée, le 6 juillet 1690, Forant était sorti de Brest, avec huit vaisseaux, deux frégates et deux flûtes, pour escorter un convoi considérable de vivres Qt de munitions destiné à l'Irlande, et pour aller ensuite croiser dans le canal de Saint-Georges ainsi que dans les parages de Liverpool et de Chester. 11 mouilla, le ià du même mois, sans avoir tenoontré d'obstacle, dans le port de Kingsale. Contiairem^t aox espérances de ki cour de Versailles , il était arrivé, non pour donner des secours agressifs à Jacques H, mais des secours de retraite à un vaincu.

£a eCfei , Guillaume 111 , un édit de tolérance d'une main et

une épée de Tau Ire, malgré les revers de ses .uniées navales ' avait repris, en Irlande, du terrain sur son rival. Pendant (juc des Français, commandés par Ixiuzun, avaient combattu pour Jacques II," d'autres Français, si maleneonireusenieut expatries par l'édit icNocatif de celui de Nantes, avaient comballu pour Guillaume, avec le maréchal de Schonibcrg. Définitivement, dans le temps même que Tourviile remportait sa victoire de lie- ' veziers, l«; sort de Jacques II et des Stuarls s était décidé. Placé en Irlande dans la situation la plus critique, devant une armée plus forte que la sienne , Jacques II prit le parti de risquer le tout pour le totit et alla camper derrière la rivière de la Boyne, prés de Drogiieda, port d'Irlande dans le Leinster. Comme à marée basse cette rivière est guéable en beaucoup d'endroits, il ne tarda pas à y être attaqué. Au point du jour du 8 juillet 4690, l'avanlgarde de Guillaume III se montra et commença à charger les bataillons légitimistes les plus avatu ( s ; le gros de l'armée anglaise s'étantason tour approciié, le ieu dura de part et d'autre toute la journée , mais sans qu'il en sortît encore rien de décisif. Lauzun , qui commandait le petit corps d'armée française , laissa auprès du pont de Seien quelques dragons pour s'opposer aux ennemis et donner ainsi h 1 infatilcrie la facilité de s'emparer du passage d'Ollebrigs. Le 9 juillet, Guillaume fil attaquer, par douze bataillons et dix-huit escadrons , ce passage que Tyrconnel fut obligé d'abandonner. Les Français, pendant ce temps , se portèrent vers un village voisin où ils se battirent avec tant d'énergie et de valeur, qu'ils laissèrent plus de deux mille ennemis sur la place, parmi lesquels le maréchal de Schomberg. L'armée de Jacques II se soutint encore tant bien que mal toute cette journée du 9; mais, ne pouvant renouveler ses pertes qui étaient considérables, elle fit retraite pendant la nuit et gagna Dublin, comptant y trouver un dernier appui. Au contraire, la plus affreuse panique y régnait; le gouverneur et trois régiments irlandais qui formaient naguère la garnison de cette capitale l'avaient précipitamment abandonnée, et les habitants étaient dans le dé* sordre et la consternation. En l'état désespéré des choses , Lauzun et Tyrconnel continuèrent leur retraite jusqu'à^Umerick, dans le comté de ce nom , où ils arrivèrent sans avoir perdu ni umonst ni bagages. De son càié , Jacques II se rendit, le U juiU

let, à Kingsale, dans le comté de Munster, où 0 trouva Tescadfe de Forant. Il s*embarqua, dès le même jour, sur la Mutine. commandée par Duquesne-Uosnier, qui Tamena à Brest, sous l'escorte de trois frégates et d'une corvette.

Pendant ce temps , Forant , avec le reste de son escadre , parvint jusqu à Limerick et y débarqua les vivres et les munitions qu'il avait convoyés, ce qui sauva la vie aux troupes françaises et irlandaises qui manquaient de pain depuis deux jours, et les mit en état non^ulement de soutenir avec fermeté les efforts que fit Guillaume IH, le 2S août 1690, pour emporter la place d'assaut, mais encore de faire dé victorieuses sorties pendant vingt<-deux jours.

La satisfaction de Guillaume Œ était déjà singulièrement modérée par la nouvelle soudaine du désastre de son armée navale; et il . n'est guère douteux que si, dans ce temps, les affaires avaient été conduites pour Jacques n de la même manière sur terre que sur mer, ce prince aurait recouvré, ne fAt'»ce que passagèrement, son trône. La perplexité de Guillaume m, malgré son triomphe en Irlande, dura donc encore plusieurs semaines , et il ne put défendre à son âme, halûtnée à dissimuler, de se dilater, quand il apprit que la flotte victorieuse de Toundlle était retournée ' du côté de Brest.

En effet, soit excès de prudence, soit absolue nécessité, soit enfin qu'il ne voulût pas assumer sur lui la responsabilité des événements à un moment où Seignelai, touchant à la mort, ne donnait plus que des ordres fébriles et décousus , Tourville , après avoir encore brûlé cinq vaisseaux ennemis, se disposa à désarmer dans les derniers jours du mois d'août.

Guillaume III se hâta de mettre à profit la tranquillité dans laquelle on le laissait du côté de la mer, pour presser .les conséquences de sa victoire de la Boyne. Le 9 septembre, il entreprit de faire une nouvelle et décisive attaque contre Limerick. Un simple capitaine, nommé Boisselot, qui commandait, en ce moment, 'en qualité de gouverneur de la place, défendit celle-ci avec tant de courage et d'habileté, qu'il eut Tinsignu honneur de forcer Guillaume m et toute son armée à lever le siège. Ce qui engagea encmle roi <|e la Grande-Bretagne à pirudre ce parti, ce fut l'arrivée d*un nouveau couvoi de«vivresel de munitions, escorté

m mSTOTBf. WARITrMfî

par cinq voisseaux , soas les ordres du marquis d'AnifreTille. Guillaume retourna en in^eterre et laissa au fameux Churchill, duc deHarlborough, le soin de terminer ce qu*il avait commencé en Irlande. Après s'en être entendu avec Tyrconnel, et avoir laissé aux Irlandais des munitions dans les places de Cork, Limerick» Sligo et Galway qui tenaient encore pour le prétendant , Lauzun se rembarqua, le 48 septembre 4690, avec la plu;, grande partie des troupes françaises, sur Tescadre de d'Amfreville, et arriva à Brest, le 9 octobre, sans avoir rien rencontré en route qui se fût opposé à son passage. Peu après, le désarmement, définitif pour cette annco , de loiile la flotte franeaise cul lieu dans ce port.

II importe de ne pas passer sous silence des événements imporlanls qui avaient eu lieu en Amérique et dans les mers L-nvironnaules, pendant les campagnes, en Europe, de 1089 et HiDO.

Le 12 janvier de li prt^mit're de ces années, il y eut, dans les eaux de Sainl-Donnnguc, à la hauteur du cap de Cruz, uu eombiit entre un bàUmeut corsaire français, commandé par le capitaine de Latre, et deux bâtiments hollandais. Ceux-ci, que de Latre s*élait flatté de surprendre, furent avertis à temps, et reçurent chaudement leur adversaire. Le capitaine français se battit en brave, mais ne put réussir qu'à se faire tuer; son iiàtiment fut pris.

Quelque temps après, le gouverneur Cussi, qui venait de réprimer une révolte au Cap-Français, leva quatre cents cavaliers, quatre cent cinquante fantassins , plus cent cinquante nèj^rus destinés à conduire les bagages et les chevaux de main, et m;ir(:lia sur San-Yago de Cavalleros, pour enlever cette place intérieure de l'île Saint-Domingue aux Espagnols. Il envov i ^ ii secrétaire, Boyer, demMiKif r au gouverneur de San-Yago s il aurait assez digne chevalier pour accepter le combat qu'il lui offrait en pleine savane (6), et décider ainsi à qui, du roi de France ou du roi d*Espagne, resterait l'île de Saint-Domingue, le sommant, au cas contraire, de se soumettre lui et ses compatriotes, avec réserve de leurs privilèges. Le gouverneur espagnol accepta le combat , et descendit avec les siens dans la savane. Sa défaile lut entière, et Cussi entra, par suite , sansconp férir, dans la place de San-Yago, qu'il trouva déserte. On cnavaii tout emporté, moins les\ivrr>set les boissons, que Ton soupçonna d'être empoisonnés ù dcb^um»

La petite armée de Cussi» pour M venger, mit le fea à la YÎUe , puis opéra sa retraite.

Une révolte de la garnison ayant eu lieu à Surinam contre la domination hollandaise, une compagnie française, particulièrement 4;omposée de Parisiens , proposa de faire les frais d*une expédition pour enlever les habitations et les richesses de cette colonie. Louis XIV fournit à cette compagnie quatre bâtiments et quatre cents hommes tant soldats que matelots , pour Texécution de l'entreprise à la tête de laquelle fut mis Ducasse , ayant sous ses ordres le capitaine de Gennes , de la marine royale. Dueasae partit de La Rochelle , le 13 février 4689, et fut joint peu apfis par un navire flibustier, monté de 4t canons et de cent cinquante hommes, qui s'empara d'un bâtiment espagnol après un léger combat. L'expédition mouîlhi ensuite à Cayenne où ses forces B*élevàrent à deux bâtiments de guerre, de 30 à 38 oanons, et deux flûtes de l'État , une barque longue « un brûlot, unegaliote à bombes, un bâtiment flibustier, deux autres bâtiments, h Ghrieux etiis Jhïtyeitle, capitaines Muret et Durand, quatre grandes chaloupes et deux pirogues. Le §19 avril 4689, Duoaiee leva l'ancro de Cayenne et, le 6 mai, il arriva à peu de distance delà rivière de Surinam. Là , il apprit quehi situation avait changé du toutau tout en faveur des Hollandais ; que la garnison , rentrée dans la soumission , s'était renforcée de troupes européennes, et qu*en outre quatorse bâtiments ennemis, dont un vaisseau de 60 canons, étaient en mesure d'appuyer la défense de la colonie hoUandaise. Ducasse ne voulut pas néanmoins se retirer, sans avoir fiiit une tentative contre Surinam. Les dispositions d'attaque qu'il prit auraient feit honneur & un des plus habiles^et anciens officiers de la marine royale ; mais la difficulté des lieux pour aborder, plus encore que Tartillerie des Hollandais, ie décida à abandonner Tentreprise, après avoir eu le bâtiment qu'il montait criblé de coups de canon. H fut plus heureux contre la colonie de Berbioe, qu'il soumit à une contribution. Ducasse se rendit ensuite à hi Martinique où il fit travailler à réparer ses bâtiments avec tant de diligence, qu'il fut bientôt en état de joindre les principaux d'entre eux aoi vaisseaux la Perte et teCkeeai-mariUf capitaines d'ArbouvOle etGuiUotin » destinés à l'attaque de la partie anglaise de Vile Saint-Christophe.

4Gi HISTOIRE MARITIME

Le comte do lîlonac partit de la Martinique, le 22 juillet, avec ces deux vaisseaux, trois des bâtiments de Ducasse et un navire flibustier- emmenant quelques troupes de débarquement. Aidé par la partie française de File Saint-Christophe, dès le 30 juillet 1C89, Blenac avait forcé la colonie anglaise à capituler, après lui avoir fait éprouver des pertes considérables en soldats.

Cette conquête fut de peu de durée. Au mois de juillet de l'année suivante, le commodore Laurent Wright amena de Ttie de Nevis à Saint-Christophe, sur une estadre considérable, un corps d'armée de quatre mil)e soldats aux ordres du général Codrington, gouverneur des possessions anglaises. Le chevalier * Guîtaut^ qui commandait alors les Françms dans cette coloiiie, après s'être vaillamment défendu , avec une poignée de monde,, capitula de la manière la plus honorable. Les vainqueurs durent le transporter ainsi que ses soldats et plusieurs habitants, avec armes etbagages, sur des bâtiments anglais, dans les terres les plus prochaines qui appartenaient à la France. Ce fut particulièrement sur la Martinique et Saint-Domingue qu'on dirigea les colons dépossédés. VWe Saint-Eustache, où il n'y avait que quatre-vingts hommes de garnison, qui pourtant tinrent plusieurs jours, tomba ensuite au pouvoir des Anglais, ainsi que la petite lie de Marie-Galande , absolument sans défense. Quelques armateurs de IMle hollandaise de Curaçao firent une descente dans Tile de Sainte-Croix; mais le commandant de la colonie, nommé de La Sausaie, en eut promptement raison, et de deux cents hommes qui avaient été mis à terre, il n'en échappa que vingtsept.

Le SOaq/Ht 4 $90, trois cents flihustiers français, sous le commandement du capitaine Laurens, itant allés croiser dans les parages de la Jamaïque, s'emparèrent d'une frégate anglaise, de 24 .canons, qui portait un riche chargement. D'autres flibustiers « sous les ordres du capitaine Desmarais, se rendirent maîtres, le 23 du même mois, d'un heau bâtiment espagnol, de 3i canons et quatre cents tonneaux, sur lequel il y avait pour plus de trois cent mille livres de marchandises.

Comme le commodore Wright se proposait d'étendre ses éphé- .mères succès à la Guadeloupe, une escadre française , commandée par Ducasse, vint déjouer tous ses plans et le forcer à faire re^

traite. L'escadre ennemie vida la mer des Antilles, y laissant maîtresse absolue celle de France, qui ramassa trente à quarante navires marchands abandpiméft par Wright, et rétablit presque partout le pavillon du roi.

Les événements avaient une physionomie plus animée encore dans l'Amérique septentrionale. Aussitôt qu'on avait connu la déclaration de guerre dans la Nouvelle-France , on y avait formé la projet , fort applaudi de Seignelai , d'enlever la Nouvelle-York aux Anglais , qui de là inquiétaient sans cesse les possessioDS françaises. Déjà on avait donné au chevalier de CaUi^es, gouTemeur de Montréal , qui avait coDçu le plan d'attaque a?ec beaucoup d'habileté, le titre de gouverneur du pays à conquérir» quand diverses circonstances firent échouer le projet afant qu'on eAt commencé à l'exécuter. La plus grave de ces circonstances fut un vaste soulèvement des Iroquois, excités fort à propos parles Anglais , et qui firent une irruption jusque dans l'île de Montréal. Ds avaient compté sur Tarrivée d'une flotte anglaise dans le Saint- Laurent, pour les aider à chasser complètement les Français du Canada; mais cette flotte qu'on leur avait annoncée n'était pas encore aussi proche qu'ils la croyaient et on les repoussa assez ladlement, non pourtant sans qu*ib eussent occasiomié de grands ravages.

Pendant ce temps , La Ferté, lieutenant de Le Moyne d'iberville dans la baie d'Hudson» Ceisait prisonnier le gouverneur anglais du fort de Nievsavane, venu pour proclamer Guillaume III, au nom de la compagnié de Londres qui se prétendait unique propriétaire de hi baie. Deux bâtiments de guerre s' étant montrés ensuite , pour soutenir ces prétentions , devant le fort Sainte-Anne, où d'Iberville conunandait en personne, celui-ci s'en empara, et conduisit triomphalement le plus considérable à Québec. Gela se passait vers le fin de l'aimée 1 689 , à la même époque à peu près où les braves Indiens Abénaquis et Indiens Canibas, fidâes dtiés des Français , se rendaient maîtres de plusieurs petites positions que les Anglais avaient usurpées, faute d'occupants, en Acadie.

L'année suivante, Frontenac, en qualité de leur Père commun^ fit un grand appel aux alliés de la France dans le Canada. Il leur remit lui-même k hache, en leur disant qu'il était sûr qu'ils s'en serviraient bien; puis, le casse-téie à la main, il entonna, pour

466 HTSTOIRE MARITIME

les exciter, la chanson de guerre des sauvages, sur leboid des lacs immenses, et mêla sa voix au retentissement des puissantes (*hutes d*eau de TAmérique du Nord. Frontenac, accompagné de Le Moyne de Sainte-Hélène, envahit le territoire de la Nouvelle- York , attaqua , prit et brûia le bourg fortifié de Coriar. De leur côté» Hertel, commandant de Trois-Rivières, ses trois fils, ses deux neveux et quelques autres braves» emportèrent d'assaut le posté ang^is de Sementels. Hertel força ensuite les Anglais sur un pont, mais il eut la douleur de perdre dans cette action un de ses neveux» nommé Crévier, et de voir son fils atné blessé au genou. AiOeursencore, soixante Abénaquis et quelques Français canadiens, commandés par Tilli de Courlcmanche et PorU neuf, prirent le fortde Kaskébé, dans la Nouvelle -Angleterre, en firent la garnison prisonnière , et contraignirent les Anglais à l'abandon de quatre autres positions fortifiées.

FW)ntenac fut arrêté» au milieu de ses succès» par une nouvelle au plus haut point alarmante» qui vint le surprendre loin de Québec : unfidèle Abénaqui accourut donner l'avis qu'il avait vu trente vaisseaux anglais partir de Boston pour entrer dans le Saint-Laurent , tandis que , d'un autre côté , on apprenait qu'une armée entière d'Iroquois, dirigée par des Anglais, travaillait» sur les bords du lac Saint-Sacrement» à construire des canots. ]>e sorte qu*au moment môme où l'on songeait à chasser la puissance britannique de l'Amérique du N ^rd , celle-ci s'avançait pour chasser du Canada la puissance française, k ces bruits précurseurs de ce qui menaçait la Nouvelle-France, se joignirent de désastreux commencements d exécution desquels on reçut, coup sur coup , Tannottce. L'Acadie , dont toute la défense consistait en deux ou trois postes assez mal fortifiés» était tombée au pouvoir des An^s» venus avec une fiotle considérable corn* mandée par GuUlaume Pbips. Une cinquantaine de flibustiers de la même nation avaient attaqué Tene-Neuve à i'improvisia» surpris Parât, gouverneur de Plaisance» et son lieutenant , dans leur lit et hors du fort» enlevé les soldats épars de tous côtés et sans armes , puis s'étaient rendus maîtres de la place et des habitanU» sur la menace de massacrer les prisonniers si on^essayait de résister. Les flibustiers anglais» ayant chargé sur leurs navires tous les effets» meubles» armes» munitions, vines» ustensiles de

DE FBÀNCE. 467

pèche des Français , emporté uoe partie du canon, jelé à la mef ou endoué Tautre, démnntélé la place, avaient ensuite rendu la liberté à Ions leurs prisonniers indistinctement, qui se trouvèfent ainsi dans le même état , dans le même dénùment que s'ils avaient été jetés par un naufrage sur une cête déserte. Ajoutant la fuite la plus lâche à la négligence la plus coupable , Parai voulut passer en France sur des navires basques, mais ils se refusèrent à le recevoir; des navires malouins devaient se montrer plus charitables et le ramener en Europe. Ceux-ci étaient venus sous la conduite du brave capitaine Lalande qui, avec un seul bâtiment de 36 canons, entreprit de tirer vengeance des Anglais, et alla, dans cette intention, se poster dans le port de Plaisance, entre un vaisseau ennemi et le fort lui-même, s'empara de l'un, démolit à coups de canon l'autre qu'on venait de relever, fit une descente, chassa les Anglais, puis se rembarqua avec de riches dépouilles. Un officier, nommé de Coslebelle ayant pris ensuite le commandement de Plaisance, travailla à s'y retrancher et à y rasseoir le commerce français. EiiUn la flotte anglaise, qui avait secondé toutes les opérations contre l'Acadie et Terre-Neuve, étciit déjà à îadousac; il n'y avait pas une minute à perdre; elle pouvait être devant Québec, que iruutenac ne serait ptu» encore de retour dans cette capitale.

Homme du rapide conception, de pareille exécution, habile général, Fronttiiac se sent vivement agité, mais ne se laisse point abattre par l'inallcndu des événements, et il fait en sorte que son intelligente acliviii' ré ( tare le tort qu'il a eu de ne les p;is prévoir, il vole à Québec ^ les voiles anglaises n'y ont pas encore paru, mais dans cinq jours, sans aucun doiiU , on Ils décou\Tira des murs de la ville. Ces cinq jours, Fronltiiac li s emploie de la plus pleine et heureuse manière. La disposition d'esprit dt^ iiabitanls C5t exceiienle, elle n'a pas besoin d'encouragement, mais seulement d'une bonne direction : il la lui donne. A QucLec, tout le monde est soldat. Il m cit de mùaie a Montréal, à Trois- Rivières; el i on voit incessamment arriver les vaillantes mihces de ces deux placer pour détendre leur capitale menacée. Frontenac ordonne aux compagnies des milices de Beaupré, de Beauport, de l'île d'Orléans et de la côte de Lauson, qui couvrent Québec du côté de la rade , de ne quitter, sous aucun prétexte ,

m HISTOIRE MARITIME

*ieurs postes avant de yoir rennemi faire sa descente et attaquer le corps de la place, auquel cas elles devront se tenir prdci, à marcher où on les appellera. Le Moyne de Longueil est détaché avec une troupe de Uurons et d'Abénaquis pour aller eiaïuiner les mouvements de la flotte anglaise. Vaudreuil, commandant des troupes, est également envoyé à la découverte, avec urdre de charger les ennemis dès qu'il les verra essayer de faire une descente. On attendait des navires de France ; il était a craiinire que, sans se litlitjr de rien, ils ne vinssent se livrer à la flotte anglaise : Frontenac y pense et dépêche, par le petit canal de Plie d'Orléans, deux canots bien équipés, qui tiendront, aussi loin que possible, ces navires au €uurant des circonstances. Pendant ce temps, on s'occupe, jour el nuit, sans rehîche, de fortifier Québec. Frontenac fait placer un*; b aiLerie de huit pièces de canon sur une, hauteur voisine du iurt j plusieurs autres batteries sont dressées pour la défense tiuit de la haute que de la basse ville j de nouvelles palissades sont conslruites dans le but du couvrir les fusiliers j les issues de Québec, où il n'y avait pas de pur les , sont barricadées et garnies de pierriers ; un chemin tournant qui conduisait de la basse à la haute ville, est coupé par trois différents retranchetoents de barriques et de sacs pleins de terre. Enfin de petites pièces de canon sont disposées tout autour de Québec, qui présente, comme par enchantcuient , une défense non interrompue. Voilà ce qu'un actif gouverneur sut faire en cinq jours.

Le 16 octobre 4690, à trois heures du malin, Vaudreuil apporta à Québec la nouvelle qu'il avait laissé la flotte anglaise mouillée, à trois lieues de la ville, en un endroit nommé i Arbre- Sec. Et en effet, dés qu'il fut jour, on l'aperçut des hauteurs; elle était composée de trente-quatre voiles , sous les ordres de Tamiral Guillaume Phips. Le bruit se répandit qu'elle portail Iruis mille hommes de troupes de débarquement. C'était beau i ou p . pour lia pays qui, dans toute sa vaste étendue, comptait à peine, femnies, vieillards, enfants et hommes capables de porter des armes compris, dix à douze mille colons. A mesiirp que la lloite ennemie avançait, Phips en faisait ranger les \àu> [jelils bâtiments le long de la rive de Beauport, entre l'île d'Orléans el ce qu'on appelait la Peiite-Uivière; les autres navires anglais le-

naient le large; tous jetèrent les ancres vers les dix hourrs; et , dans le même moment, on distingua une chaloupe, |)<iriant pavillon blanc à l'avant, qui se d<'î;u hait du vai«iseau-amiral et venait vers la ville. C'était un trompette que Phips envoyait à la place , croyant qu'elle était complètement au dépourvu , hors d'état de soutenir un seul jour de lutte, et qu'il en aurait aussi aisément raison que de Port-Royal d'Acadie. On promena l'envoyé anglais dans tous les quartiers de Québec, on lui donna à entendre que toute la ville élait semée de chausse-trapes, et que l'ennemi n'y pourrait faire vingt pas sans être obligé de franchir un retranchement. Le trompette présenta en tremblant la sommation de Pamiral anglais : elle concluait à l'abandon de toute la Nouvelle-France par les Français. Un cri de colère et d'indigoaiion fut répété d'écho en écho par toute la ville. Le trompette néanmoins se hasarda à demander une réponse écrite. « Je vais répondre à votre amiral, s'écria Frontenac, par la bouche de mon canon. » Et le trompette fut reconduit, les yeux bandés, sar son canot. Phips , étonné d'avoir à faire un siège dans les foimes, commença pourtant tout aussitôt l'attaque. Le premier coup de canon qui lui répondit de la place renversa son pavitton. La marée ayant fait dériver cet étendard amiral, quelques braves Français se jetèrent à la nage , et allèrent le prendre , malgré le feu qu'on faisait sur eux, à la vue de toute la flotte anglaise. On le regarda comme un présage de victoire, et sur-le-champ il fut porté triomphalement dans la cathédrale de Québec , oil on le vit plus de cinquante ans durant. Frontenac avait dessein d'engager les ennemis à traverser la rivière Saint-Charles , seul côté par lequel la place fût attaquable. 11 en donnait pour motif que cette rivière n'étant guéable que de marée basse, une fois que les Anglais l'auraient traversée, ils ne pourraient plus reculer et seraient obligés d'accepter la bataille. Le 18, à midi, on aperçut les cba-* loupes de descente toutes chargées de soldats. Comme on ne savait précisément oii elles avaient rinlention de faire le débarquement, on ne jugea pas à propos de leur disputer le passage. Nais dès que les Anglais, au nombre de quinze cents, eurent mis pied à terre, trois cents miliciens vinrent leur faire un genre de guerre auquel ils ne s'attendaient pas de la part des Français. Harcelés de tous côtés par des tirailleurs détachés, qui voltigeaient tout

m HISTOIBB M ABITTNE

autour d't'ux liij rocher en rocher, .1 U inanière des sauvages, mais à la manière des sauvages perfectionnée par la tactique européenne, ils ne savaient où duuiiur do la UHe, et n'osaient se séparer, ni avancer, ni reculer. Le brave Herlel , a la tète des milices de Trois-Rivières , le digne Jucliert au de Sami-Denis, malgré se* soixante ans, à la l^*te des milices de lîeauport, se signalèrent dans cette jouriiée ; Saint-Denis eut mOnie le bras cassé. 11 n'était pas un coup tiré sur les Anglais qui ne portât- On enk'udit ceux-ci qui disaient dans leur langue : « Il faut qu'il y ait un Indien derrière chaque arbre. » Frontenac , nr ^ oulanl pas leur donner le temps de s'apercevoir qu'ils n a vaient affaire q u'à une poignée de monde, commanda un bataillon de troupes réglées pour assurer la retraite ^ qu il ût sonner uo peu avant la lin du jour.

Dans ce moment, quatre des plus gros bâlirnenLs ennemis vinrent s'embosser devant Om Iveic, mais leurs canons ne produisirent pas le momdre eilet; tandis qu'au contraire la [jrincipale batterie de la ville, dont Le Moyne de Sainte-Hélène pointait lui-même toutes les pièces, portait sur les vaisseaux anglais avec une admira\)le justesse. Le lendemain, la place fut la première à reromîM* ii( a r le feu. Deux batteries, dressées sur des rochers aj>j)(:^h;s le Snuh-au-Mah'lol , jelèreiil beaucoup de confusion dans la flotte eniiemie. Le 20. de i:raii(i maliii, les troupes anglaises débarquées près de Beauporl, s't braiilt rent aux cris de : « Vive le roi Guillaume! » Aussiioi les deux vaillants frères Le Moyne de T,ongueil el Le Moyn»; de Sainte-llélène s'élancèrent, d la tête de deux cents volontaires, pour leur couper le chemin. Elles furent contraintes de gagi^er un bois où on les laissa. Mais une douloureuse nouvelle vint assombrir la joie du triomphe. Le Moyne de Sainte-Hélène avait reçu à la jambe une blessure que Ton soupçonna, sans doute à tort, d'être empoisonnée, bien qu'elle lui ail coûté presque aussitôt la vie. La tristesse est grande, mais mon] (Ire encore que Tindignation et le besoin de la \ engeance. On < airt avec acharnement au-devant des Anglais qui, avant reçu [>endaut la nuit des renlorls et des tu 11 m lions, se sont remis en marche le jour suivant. Déjà on les a lurees de s'arrêter, on en a fait tomber une partie dans des embuscades, quand l'idée vieat de sonner le tocsin de la cathédrale, comme si Toa

DE FHANCË. 47f

coiiToquait fouie la yille à descendre vers TennetBi Une teneur panique ft'eiii(Mire alors des Anglais qui fuient dans un ineiprimable désoidre, abandonnant leurs canons, leurs munitions, et n'ajant plus d*autre but que de regagner, leurs vaisseaux. On les poursuit; beaucoup sont tués, beaucoup sont faits prison* niers.

L'amiral Pbips ne songea plus alors qu'à lever le siège de Québec et à sortir du fleuTeSaint-Laurent , où il lui fallut abandonner neuf de ses bâtiments et beaucoup de son monde. D'un autre côté, Tarmée d'Anglais et d*Iroquois qui s'éiait assemblée près du lac Saint-Sacrement, dans Vinteition d'aller attaquer Montréal, s'était épuisée et dissipée avant de combattre, par l'effet des maladies.

Une médaille fot frappée à Paris, par ordre de Louis XIV, pour consacrer le souvenir de rbéroïque défense de Québec. Celte vîUe y était représentée soils la figure d'une femme assise sur un rocber, ayant à ses pieds des pavillons et des étendards an^is; auprès d'elle on voyait un castor, animal commua au Canada ; le fleuve de Sami-Laurent, sous la figure d*un homme, était au pied du rocher, s'appuyant sur une ume$ on lisait à la légende : La France victorieuse dans le Nouvean^Monde; et à l'exergue : délivré Çt)*

les affaires étaient en cet état en Europe et en Amérique, quand Seignelai mourut, le 3 novembre 1690, dans la trente- . neuvième année de son Age, consumé avant le temps comme un flambeau dont le feu déborde la substance. Les derniers événements d'Irlande s'étaient ressentis de sa maladie ; on peut croire que , s'il eût vécu , les affaires avec l'Angletenre eussent pris une autre tournure.

Seigndai avait élevé le ministère de la marine à la hauteur du ministère de la guerre, dans le temps où ce dernier était dirigé par le plus ambitieux, le plus jaloux des hommes, par Louvois , qui du reste ne survécut guère au rival dont il avait traversé, autant que possible, les desseins. H est vrai que Louis XIV était là qui , loin de voir avec peine ces ambitions adverses dans les hommes de génie qui l'entouraient, semblait les entretenir au contraire , les faire rivaliser de zèle et de passion pour sa gloire. On assure pourtant qu'il vit sans regret la mort de Seignelai, de

47i HrSTOIUE MARITBIK Di: l UANCK.

qui Tascendant grandissail cliaque jour et se faisait trop sentir à son esprit vieillissant. A celte époque, en effet, Louis \IV était sans cesse tourmenté de l'inquiétude d'être dominé par ses ministres, alors même que, sans se l'avouer, il se mettait ea quel"* que sorte sous la tutelle de madame de Maialeuon (8).

vit ou TOME TBOtSlSHS.

NOTES

ET PIECES lUStlFICiTIVES

0» tOBB TtOlSlftlIB.

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