‹ Histoire maritime de FranceChapitre 3 sur 19 · HISTOIRE M A BIT [ME · texte numérisé non relu

HISTOIRE M A BIT [ME

de robe , à celle époque où le Tiers-Élat prenait les choses d*une touleaulre manière, comme la lettre suivante des dames du parlement d^ordeaux à celles du parlement de Paris, que Ton donne ici avec fiîs galants commentaires dont raccompagne le bénédictin dom Devienne, historien des Bordelais. C'estun compte-rendu, ù la manière quintesseociée de» beaux esprits du temps, de la défense de Bordeaux.

« Mesdames, la trêve que nous avons reçue va rompre celle qae nous avons donnée à notre reconnaissance pour vos favorables intercessions. L'interruption de nos courriers et les embarras d'une ville assiégée nous serviront, s'il vous plaît, d'excuse. Pour mieux l'obtenir, nous nous servons des plumes de nos «rsques pour vous écrire, encore eût-ce été avec le sang de nos ennemis, sans que vos yeux, remplis de douceur, eussent été blessés de celte peinture. • Après avoir parlé de l'attaque de la Bnslidê et du faubourg Saint-Seurin, la lettre continue ainsi, dit dom de Devienne : « Nous nous retirâmes soudain dans notre demilune comme dans notre centre. Ce fut alprs que le conquérant (Mazarin), encouragé par ce premier succès, espéra non-seulement de la prendre, mais encore la lune entière de notre havre- II jura sur sa calotte , dont il reçoit les influences, et sur son bréviaire , qu'il n'avait ouvert pendant tout ce voyage, qu'il entrerait triomphant dans l'un et dans l'autre. Aussitôt, religieux observateur de sa parole, à son ordinaire, il Gt sonner la charge. Vous Irembleriez pour nous, Mesdames, dans l'issue d'un si rude combat, si vous ne saviez que les propres mains du fils et de l'épouse du plus vaillant prince du monde avaient travaillé à l'élévation de celte forteresse. Oui, Mesdames, M. le duc d'Knghien, ce jeune prince sorti depuis peu du berceau , a travaillé lui-même à creuser le tombeau de plus de douze cents hommes qui sont rest«''s morts au pied de celte demi- liine. Ouelle agréable surprisf [ our nous, en lui voyant employer /es appareils de son berceau pour conduire cet ouvrage, de lui voir étendre ses langes en cordeau et son archet en compas^ pour tracer les fondements d'un réduit qui devait metire à couvert les citoyens zélés pour la liberté de leur patrie! Nous l'avons vu, tantôt plier sur le faix d'une holto chargée de terre, laniôl /j>fesscr êe$ tendres mains à porter des pierres que sa mère rangeait, Avec

du dment détrempé de ses formés. • Le détail du siège irie.al ensuite, interrompt la vénérable bénédictin« et donne lieu à ce tableau si nf, qui ferait honneur aui plus grands maîtres, c Nos . ennemis peuvent bien dire maintenant que nos bourgeois, si vaillants de leur naturel, ont fait, dans cette rencontre, la guerre d'une façon tout extraordinaire; car ils les ont toujours vus ou assiégeants victorieux, ou assiégés invincibles. Combien de foi» n*ont-ils pas paru un pied dans l'eau, Tautre sur la terre, la tête élevée en Pair, au milieu du leu de leurs «rmes, combattre d'une main l'armée navale, etdeTautre celle de terre! On aurait dit que ces guerriers voulaient fûre revenir l'ancien chaos, ou braver lés quatre éléments ensemble. •* Que d'images rassemblées dans ce peu de mots, s'écrie d'une façon galante l'bstorien de Bor* deaux. Quelle force! Quelles couleurs! Quelle énergie!., tes dames de Bordeaux ne terminent pas moins heureusement leur lettre, continue-t-il : < Ce serait sans doute trop en dire pour des femmes, si nous ne pariions pour nos maris; mais nous ne pouvons pas trop prendre leurs intérêts, puisqu'ils prennent euxmêmes tant de part dans la cause commune. Nous n'oublions pas ausâ que nos maux, sans la députation de voire auguste parlement , eussent été de plus de durée : notre faiblesse ne nous permet que de vous offrir des vœux pour toute reconnaissance. S'ils étaient exaucés, vous verriez bientét revenir ce beau siècle auquel , imitant les dames de l'antiquité. (Il était d'usage dans les Gaules, lorsqu'il y avait des jugements difficiles à rendre, d'en remettre la décision aux personnes du sexe), vous prononceriez les orades de la justice. Et pourquoi ce êempsnereviendrait'U posf Cette divinité n'esi-elle pas représentée revêtue des habits de notre sexe? Les procès en seraient terminés bien plus promptement. Chaque partie aurait impatience de comparaître devant de si beaux juges. Leurs prétentions et leurs demandes seraient sans aigreur, parce que, n'ayant plus rien à eux mais à leurs sou* veraines, on les laisserait, sans murmurer, prononcer dans leur propre cause. D ne faudrait plus d'avocats ; chacun voudrait vous parler et voir la majesté de vos visages. Par un mépris, par nn dédain, vous châtieriez plus les coupidries que par les bourreaux -el les supplices. Il est vrai qu'il j aurait lieu de craindre dë voir les plus innoeents chercher à devenir coupables pour être vos

lU. f

g1 mSTOiRE MAUiTIMË

|visoimier4» /et que toqs voudries mettre en Uberié, r^us^r de «ôriir de vos prisons qui aiireieni pour ei(x tant de cliarmes! Tels sont les vœux que |ormeat en rotre &Teur, Hcsdan^cs, vos trè^'rhumble» et ieès-afieçUoDBée» servantes et sœurs, les dames du parlement de Bordeaux. Â Bordeaux, 26 sepfen]i])re IGoO.t Les dames du parlement de Pans ne manquèrent pas, (ait observer dom Devienne, de répondre à leurs sœurs du parlemeut de Bordeaux à qui elles donnèrent le tiire à'iUustreê amazones, VoiU certes une lettre qui renf^me plus dUdées révolutionnairesy au point de vue du sexo fikmnin, que tout ce qu'ont osé en émettra depuis les femmes les plus radicales. Celle bizarre époque de k Fronde contenait en germe toutes les excentrieilés des peuples en ébuUition. H y avait déjà des femmes qui réclamaieiit , non pas seulement la moitié, mais la presque totalité du pouvoir ; elles pointaieat la canon , en se jouant sur des roses, etprétemlaient, aveç un sourira d^amour sur las lèvres, ou droit de ju^^r, daf ottvenier les hommas dans la ibrum comme dans la i^oudoîr.

Cependant, Mnzam , qui ne disposai! pas de forces considé'* ral>les devant Bordeaux et qui d'aiÙeurs, naturellement doux et condlianl, répugnait h fem verser la sang, n*avait pas renoncé À rédqire la plaça par les négociations autant que par les armes« Les attaques de La Heilleraie étaient molles comme celui qui les inspirait, et c'était à Bourg, où s'était transportée la cour, que se décidait le sort des Bordelais, beaucoup plus que sous las tenlesdu maréchal* Une irève ovait eu effectivement lieu, comme rindiquait la lettre udres&ée par les damesduparlemaotdaBorv daaux à celles du parlement de Paris; leS9 septembre 4660, dia fut iransforoiée en traité de paix. Une des conditions sur leiquellas insistèrant la plus les bordelais, ce fut sur la révocolimi du duc i'È^enm eomme gouveraeur de Guienna, révoaatioa qui feiir fut promise. Ils avaient aussi fait stipuler des eonditiom faoao* rabi^ pourlaprîttQ009ada Condéat sas adhérents. Lapriaaassa, qui n*^it pins libra de proloogar son séjour dans Bordeaui, mais qui pouvait sa retirer où bon lui semblerait, monta dans une ga* 1ère , le 3 octobre, avec las ducs de Bouillon et de La RocbeCoucauld, les comtes de Foix, de Colignii de Lorges, de<»uitaul, et plusieurs autres saignaurs de sas amis. Elle se sépara des Borde*

DE FUAi^CË,

lais 01) femme qui louait à les conserver à sa pause et se proposait de rcVUmur bionlôl encore leur appui. Rllc éprouva ou feignit un attendrissement extrême. Plus de vingt mille personnes étaient accourues sur le rivage, pour consoler son cœur ou son orgueil en faisant retentir Tair d^imprécations contre Mazarin. Elle avait 'dessein de débarquer h Lermon et de se rendre ensuite à Coutrasj . ^ mais , h peine sortie du port de BordcauXt elle fut rencontrée par la petite escadre du garde-côte Monstric , portant le maréchal de La Meilleraie qui venait à 1.i fois pour lui présenter ses hommages ét pour lui conseiller d'aller elle -même à Bourg achever sa paix avec la reine-mèfe et le jeune roi. Les Bordelais , la voyant en effet tourner la proue vers Bourg, crurent que Monstric la faisait prisonnière; en un instant*, ils curent repris les armes et fait un mauvais parti à ceux des soldats du roi qui, sur la foi du traité, étaient déjà entrés dans leurs murs. L'affaire aurait pris une toui^ nurerplus grave ^ ai un gentilhomme de la princesse, revenant dans la ville pour y remplir une commission, n'avait instruit les habitants de la réalité des choses. Anne d'Autriclie, Louis XIV et Maxarin firent leur entrée dans le port de Bordeaui, sur une gal(Ve, deux jovrsgprès, avec une certaine solennité; mais le cardinal fut reçu avec une froideur marquée et ne put obtenir que le parlcn^ent le haranguât personnellement. Le 1 4 octobre, le roi donna une déclaration qui déchargeait de k pins grande partie des tailles ses sujets de C li ume, pour les dédommager autant que possible des maux qu'ils avjsdent soufferts depuis deux ans. Il partît ensuite pour Blaye dans une gak^re bordelaise beaucoup jAus riclie que celle qui lui avait servi pour faire son entrée; kl duc d'Anjou , son l^ère, fut placé dans une autre galère où tout était pçint en bleu e| parsemé de fleurs de lis d'or ; les voileB, les pavillon» et les rames comme tout le reste extérieurement et intérieurement, ce qui réjouit l^eaucoiip le jeune prinoe» dit l'his* torienjç Bordeaux.

Cette nouvelle paix ne devait pa9 dorer plus que la première ; ce |i*était pour les partis qu'un moyen de reprendre baleine , de se compter et souvent 4a changer de rôles. On allait entrer dans Ip troisième acte de ce drame de la Fronde où dçs princes, des princesses, des membres éminents du clergé, conume le cardinal de tleUvjias assemblées de magistrats» avaient lancé de mouTeau la

pays dans une agitation qui déjà en conduisait beaucoup plus loin qu'ils n'avaient voulu. Pendant les entr'aclcs, lc5 llitorics les plus audacieuses contre ce qu*on était convenu d'appeler le droit royal étaient émises par des publicisles français, allenlils aux tragiques événements qui se passaient en Angleterre el dt'jà assez disposés à en donner le pendant à la France. A cMé des gazelles qui se multipliaient durant les troubles, paraissaient alors des pamphlets et des opuscules; l'un d'eux se répandait parliculièremcntù Bordeaux cldanslaGuicnnu, souscelilro : « De Ut puissance qiConl les rotjs sur les peuples et du pouvoir quant (es peuples sur les roys. » Après avoir enveloppé le préambule de ses doclriiies de formes el de citations bibliques, Tauleur poursuivait ainsi, melanl sa prose de sortes de maximes rimées qu'il désirait graver dans la mémoire du i>es iecleura ;

• hm reodre I an chacon ce qui loy appurtint» ^

« L'oo a csleu un roy comme très oécessaîre : « Cela tant sealemenl un bon prince entrelteot.

• Sans quoy l'hooime o'ea a aucunement affaire. *

« Or est- il que puisque les peuples ne se chosissent un roy, « comme une tierce personne , qu'afin d'empescher leur zizanie, « ainsi qu'il est porté au texte de l*escriture sainte dont nous • avons fait mention, il s'ensuit qu'ils la doivent forclore, sui- « vaut les loix divines et humaines, quand, au lieu de les main- «. tenir en repos, luy-mesme leur glisse la perturbation publique; « parceque jamais le peuple n'a entendu se soumettre à la force « du prince qu'à condition que ce seroit en luy administrant la « justice , et non pas à la charge de l'égorger, n'y à dessein qu'il

€ luy ravisse son héritage Vous comprenez mal l'escriture,

« hypocrites é% la cour, quand vous la corrompez en l'interpré-

« tant en faveur des tyrans Suivant ce discours, préten-

« dons-nous d'abolyr un roy? Tant s'en faut , nous l'eslablissons, « parceque nous luy marquons le juste pouvoir qu'il a sur les « gens, et celuy qu'ont les gens en son endroit. S'il outrepasse « les bornes que l'équité, les peuples et l'éternel luy ont près* « crilcs, alors nous entendons qu'on ne l'endure pas, ou pour « mieux dire. Dieu l'enjoint. Un roy est utile pour administrer « la justice, afin de tenir par ce moyeu l ofdieparmy les hu-

OË FUANCË. 85

« mttn»» quoyque -ce ne sbU pas une absolue nécessité, quand « ib veulent »*aocorder ensemblement; d'autant que là où est « l'accord, on n'a bcssoin que de l'esprit divin ^ pour l'entretenir « par un prince ; mais si luy-mèsme , au Ueu de fiiire son oMce« « le trouble par des indeûes vexations, il est bien plus juste qu'il « périsse comme SaûU que tous les peuples qu'il domine, par* « cequ'un prince sans|)euple et sans sagesse ne seroit pas roy, et < que tous les hommes» slls sont justes, seroient, quand ils « n'auroîent point de chef, de très illustres potentats ;

■ Cfla parle de soy, sans qo'on aye besoin

• D aucune aulborité pour appuyer ce dire;

• Que dia^tta leaiemeil, tvw «d pendAsdio^

« Se donne de la peine pour s'en vouloir iostraiiei

« Un prince doit vivre de son domaine, supposé qu'il en ait, elles € officiers sur lesquels il se décharge pour administrer la justice, « d'un loyer convenable à Ifiir mérite et proportionné à la raî- « son, tant pour ne les obliger pas de vendre leurs arrêts <iux € parties, en exigeant des rapports, que pour empescher les « murmures des sages, lesquels seroient scandalisez si on leur

« ordonnoit un excessif payement On ne doit contraindre

« personne à de plus grandes charges que celles qu'il emporte « du berceau, sçavoir : de supporter sitn dme en patience, « puisque le corps mesme luy est importun. Si néantmoins il est « expédient pour quelque nécessité, comme pour les guerres et « autres choses notables, les peuples sont obligez non seulement « de souffrir qu'on les coltise, mais encore de s'imposer eux- « mesmes; ce qui est de justice pour la conservation de TEstat,

« quand ce n'est pas une guerre à plaisir Voulez- vous ne

« craindre pas la puissance , dit saint Paul aux peuples, et moy « avec luy? Faites bien, car lus principautez sont ordonnées de « Dieu afin de corriger les nieschauts. Mais voulez-vous n*ap- « préhender pas les peuples, dis-je aux princes, et l'aposlre « avec moy? Faites bien aussi, car le seigneur les a eslablis « afin de renverser les tyrans monarques qui injustement les « oppriment.

■ Ceux qui vous oui faiU hauts, ù priucê^ <lei> tiumaia ,

• Si VOUS ne suives pu le tnun delà ianeaw

66 lllSTOtRË MARITIME

ri

« Ou? (Ir<jil d(! vous p!f)îicor, iitioyTif leurs souverains, ■ ficdaus vo^lro Duuvcilo el aucieiiuu bas^uiric. «

Un autre opuscule dans le mome genre ne se bornait pas h poser de semblables principes en face de la royauté Iranriiisf; il av.tit pour litre : < Raisonnements moraux et politiques dcitcz à tous les princes de t Europe . r» Tout cela, on l'aviHjfia, av: it une . autre porlce quL' les pasijuinadcs et les mazarinadcs dans lesquelles un a par trop cherché le oaraclèro poliiiqiio de Tt^poque de la Fronde. On ne réfléchit pas assez qu'il ii v ^uère que deux gt'tu' râlions entre culte époi}ue et celle de 1781). Tout élail déjà symptôme de révolution fondimicntale sous hi Krorwio. Aiusi» du côté niiMue de l'aulurité royale qui la conibaltait, un avait pris pour principaux généraux contre la révolte des princes, deux hommes sorlis des classes bourgeoises et marchandes : L,i >i - iflerai»' , lils d'un apotljit;air(3 de l\irlhenay, étranger à l'un- ieniie famille des de Mouy de LaMeiilcraie, et dont le vrai nom clait Laporle; et Tabrrl, fils d'un imprimeur lorrain, qui bienlol aussi serait })ourvu de ce bàtou de maréchal de iTanredontla plus vii ille nobles>e de race avait naçîuère encore rhériidpc i xcliisil", dh; (jui, quelques générations auparavant, déniait^ même au rolurier, au Vildin, le droit de purler une arme.

Bordeaux ne jouissait, depuis la paix replâtrée, que d'un repos apparent; depuis (]i l'on ne s'y ballait plus, en conqilotait. l.e Tiers- État n'y av ail pas désarmé ; il témoignait , par son agitation, de sou besoin de conqUer poui qia lque chose el de faire compter avec lui. Le duc d'i-pernoo n'éluit pas rcmpl-tré et des gensà sa livrée parcouraient encore la ville; ilfallut, puur prt V( ijir de uonvcaux troubles populaires, dès le mois th» dén-mbre lii /U, que, sur les conelu^inns du procureur u/Miéral, le [parlement rendit uu arrêt faisant dcfense de reconnaître le duc pour gouverneur de la province, de recevoir ses gardes et à ceux-ci de porter sa Uvr(''e. Les princes de Condé et de Conti et le duc de Longue\'illc élauL sortis de leur prison du lldvre-de-Gràeu, au mois de février lOol, et, à la même éjKxpie, Mazarin s'élant laissé bannir du royaume pour donner, comme il le disait à la reine-mùre, le t« mps h la fougue biuiciisc de se calmer, uiio joie folle s'empara des tJordelais qui brùlcreiil des manne(|uins re-

prësonlant le cardinal et adressèrent des lettres de félicitations à Condé. An mois de jfiin suiviint, ee prince fui nommé de nouvcaa gouvernonr de Guierine. Mais ces concessions forcées n'étaient qQ*an tempérament <te la part d'Anne (rAn triche qui appelait de tons ses vœox le retour de Mazarin et considérait tonjoors les princes mécontents comme des factieux.

La majorité da roi approchait. Condé, qui ne s*était pas encore reni^ dans son goiiycrnement, ont atis qu'on avait dessein de profiter de la cérémonie du sacre pour arrêter sa propre personne. Aussi (ùt il se relira, à peu de distance de Paris, dans sa terre de Sainl-Maur, d*où il écrivit à tous les parlements pour leur dénoncer le projet qu'avait la reine-mère de faire bientôt rentrer Mazarin, dans le courant de septembre 1654 , qui était le mois même où Louis XIY atteignait sa treizième année et sa majo» tité. Le prince arriva à Bordeani et annonça au parlement qu'il venait chercher dans cette ville un refit ge contre les mauvais desseins de la cour. Le t)arlement de Bordeaux dépêcha ses remontrances, selon l'esprit et les vœux du prince, à toutes les cours de justice du royaume. Le Tiers-État et le populaire, béureux d'avoir un prince du sang au mifieu d'eui, eehii-Ià pour se mieux faire valoir et faire plus haut retentir ses griefe, celui-ci pour excuser et contenter cette passion d'agilalion qui est le propre de la souffrance et de la fièvre continues, témoignèrent pour Condé un enthousiasme extrême; le caractère belHiiunux, la physionomie héroïque, les grandes actions militantes de ce * jeune et illustre capitaine étaient bien propres d'ailleurs k entraîner des imaginations françaises, surtout des imaginations méridionales.

Toutefois il nMlait pas« dans cette partie même de la Firance, sans rencontrer do violents adversaires qui s'exprimaient sur son compte de manière à déconsidérer, dans sa personne, les princes en général ; tout ce qu'on a pu dire ou écrire depuis sur Philipp&'Égalité d'Orléans, n'approche pas, pour le hidcux^des actes faux sans doute qu'on a reprochés au grand Condé, de ce qui fut ditetc rit, au temps de laFronde, su rie compte de ce princti du sang ^ insurgé. Un pamphlet parut, quipartaitd'unemain, en apparence du moins, dévote et royaliste, sous ce titre : les impiétés sangkntes du prince de Condé^ Louis de Bouràon //. Une phime honnèto se

refuse à reprodtiire le cynique dt lail des infamies, des îiiltriqnes sacriltgc^s dont on y accuse le prince. Qu'il suffise de dirr que les mariages l'on ('s de Carrier dans la Loire, à Nantes, auruiL'iU été dévalués pur des horreurs plus graïkdes encore dont le vainqueur de Rocroi, celui qui pleurait, dit-on, aux vers du grand Corneille, ' cplui dont Dossiini en cheveux blancs illustra la tombe de la plus btîlio de ses oraisons funùbres, se serait rendu conpidjle (3). Tout en rfipoussant, comme un tissu d'impostures grossières, ce niOii?.lrueux libelle, il faut reconnaître pourtant que le prince de Condé donnait plus d'un pri iexte à la calomnie ; et que même il était aisé d'aUtiiudro par d'âpres vérités celui qui , après avoir tiré^sa plus belle gloire de la défaite des Espagnols à Kocroi, s'alliait maintenant eUrontiUienl à ceux-ci et poussait le uime de lèse-nation jusqu'à les introduire dans la France, jusqu'à leur consigner, comme garantie de son pacte odieux, la place d^ Bourg sur Dordogne et Garonne, qui était de son gouvernomenl.

Mazarin était sur le point de revr-nir de son exil, plus puissant qu'auparavant, malgré la majorité du jeune roi , quand le j>rince de Condé, s»'- dérobant à la foule qui ne lui aurait peut-rire pas permis de s'éloigner, quitta secrèti^ment la Guienne, avec le duc tic La Rochefoucauld, le prince de Marsillac et d'autres personnages, pour se renih'c à l'armée de la Fronde, à Paris. 11 laissait à Bordeaux, pour y entretenir l'ardeur de ses partisans, la princesse sa femme, assistée du conseiller Lenet, auteur de Mémoires sur les guerres civiles de ce temps, la duchesse de Longuevilie, le prince de Conti et le comte de Marsin on Marchin, oflicier de fortune du pays de Liège, qui abandonnait la Catalogne doiit on lui a\ail conliè la défense an nom de la France, pour venir prendre la garde de la capitale de la Guienne au nom de Cundé.

Mais, celle fois, les princes, princesses et grands seigneurs, le parlement même furent relégués au second plan dans Bordeaux par le peuple. Une assemblée existait déjà sous le nom de l'Ormée, qu'elle avait pris d une terrasse plantée d'ormeaux où elle se réunissait ordinairement. Les statuts de cette assemblée, qu'U fallait sififuer pour èire admis, sont encore un des raraclères de l'époipie de lu Fronde, dans lesquels on voit apparaîire lesidi'es es plus novatrices. Les membres do Tassociation de i Oi uicc b en-

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gageaient à exposer leurs vies et leurs biens pour soutenir qu*ils avaient le droit préexistant de donner leurs voix tiaiis les assem- J)lées générales de la maison commune, et de faire rendre compte à ceux qui maniaient les deniers publics ; ils s'engag.iienl à se proléger réciproqueinenl , à faire vider leurs différends par des arbitres élus dans leur propre sein 'et à se soumettre sans appel aux décisions de ceux-ci; ils s'engagaientà pn'ter de l'ari^ont sans aucun intérêt à ceux d'entre eux qui seraient dans le besoin, ù secourir et défendre les veuves et les enfants des membres de rassociation ; désireux d'étendre au monde entier celte association fralernelle, ils stipulaient, dans un article particulier, Tadmission de tous les étrangers qui feraient acte d'adhésion à leurs si lUiis. L'association de TOrmée, qui avait pris la place du triunivnal de la princesse de Condé et des ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld, se composait de cinq cents membres; elle établit une juridiction appelée la CiiauiLre de rOrniiére, qui prononrait sur les iiff iires les plus importantes, et dont les sentences étaient siins ap|>> 1. Quoique les Ormisles, dans le caractère aussi profoiideuient républicain que possible de leur association, ne reconnussent point de clief , ils témoignaient néanmoins plus de déférence à ceux qui se signalaient par la nouveauté de leurs conceptions et la hardiesse de leurs projets : car là où il y a raisoimenieiit l'intelligence tinit par s'imposer, dépasse de la téte tout ce qui l'environne et constitue bientôt une sorte d'aristocratie nouvelle; malheureusement, à côté de cette aristocratie de l'dme qui se fait aisément accepter, il s'en forme une autre, dans les teni] s de troubles civils, qui ne prend naissance que dans la force physique, dans la brutalité du fait. C'est à celle-ci qu'appartint, dans 1 association de TOrmée, un ancien boucher nommé Duretesle, qui s'élail fait naguère solliciteur de procès, et qui maintenant commandait dans Bordeaux avec une autorité dictatoriale. Le prince de Conti lui-même qui, moins d'un siècle et demi plus tard , se serait peut-être laissé entraîner à des excès égaux a ceux de riiilippe-Lgalité d'Orléans, était obligé de se soumettre aux ordres de Durelcste. « Allons, Monsieur, lui disait souvent celuici, il fa\il monter à cheval. » Et le prince montait aussitôt en selle, accompagnant l'ancien boucher dans les rues de la ville, comme eût fait un aide-de-camp. Les membres du parlement

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n'étaient pas menés moins lestement par Dureteste. Quand Tan d'eux lui (Kiraissait suspect, il lui écrivait: «Monsieur, ayant appris que tous êtes malade, je vous porto une ordonnance pouf aller prendre Tair : si dans tout le jour de domain vous n'èles pas sorti de la viile, vous serez poignardé et jeté dans la riviè re . » Un conseiller nommé Denis Tapercevant un jour qui veuail de son côté, lui dil, m Tabordant, pour l'amadouer : «lié Liiu! monsieur Durctesle, qu'avez-vous de bon à me ( t — Que TOUS ne Talez rien, monsieur Denis, » lui jeta pour toute réponse» en passant, l'inlraitaMo Ormisle, prenant en toute occasion sa revanche de toutes les humiliations dont les gens de race et de robe avaient abreuvé les classes inférieures. Jusqu'à quand l'histoire des révolutions humaines sera4-elle une éternelle revanche, c'est-à-dire une étemelle Tengeance? Un autre Ormiste, nommé Villars, acquit aussi une grande puissance et eut une compagnie de quatre-vingts gardes. Les Ormistes battaient en hrèche la royauté par les princes et le parlement, et les princes et le par-» lement par fe peuple.

Une déclaration royale avait interdit le parlenient de Bordeaux» les (Sverses compagnies de ville et tous les présidiaux du ressort Âu moment où le procureur générai portait cette déclaration au palais, elle lui lut enlevée par un rassemblement d'Ormisles; de BOrle que pour que le parlement ne pAi arguer d'ignorance, la cour fut obligée de faire publier l'interdiclion à IMayo. Phicé sons la double pression des princes mécontents et de l'Orméc, le parlement dénia toute valeur à l'interdiction, comme ayant v\6 extorquée au roi; il déclara le cardinal Mazarinet ses adhéicnls criminels de lèse-majesté et pert!irba leurs du rei'K ts public; mais quand, se flattant d'avoir ainsi donné une ample satisfaction aux exigences du parti dominant dans la ville, et de s'rîro en même temps sauvegardé lui-même contre la cour et contre lesOrmistes» il voulut interdire les assemblées que tenaient ceux-ci comme inutiles au salut commun, alors il rencontra une résistance terrible, devant laquelle il fut même oblige de s'effacer, de s'annuler quelque temps. Ne se croyant plus libre, il prit la résolution de ne plus se réunir, tant que l'Ormée conlimu rail à s'assembler. Le cours de k justice fut suspendu. Deux des présidt nls au par^ lemekit, le procureur général Jean de Pontac et nombre de con-«

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seillers, parmi lesquels un Secondât de Monlesquien , furent réduits î\ s'exiler de Bordeaux, où leur vie n'était plus en sûreté. La princesse de Condé, la d h liesse de Lon^rueville et surtout le prince de Conti, pur un rôle au moins é([ui\uque, quelquefois Û'uue bassesse exlrè nie, poussaient à la déconsidération de Tautorité judiciaire, comme ils avaient poussé à la déconsidération d(; l'autorité royale. Dans une réunion ehez la duchesse de Longuevilie, le pré^^iduiit de Pichon fui itnbiiqueuient bafoué, insulté; on alla jusqu'à le menacer, devant la duchesse, <îe lui faire un mauvais parti. Le prince de Conti qui , esclave de TOrmée, ne voulait cependant pas qu'on le crût tel, se posait en interméiliaire du parlement et du peuple; et, qu'elles vinssent de lui ou des OrmisLes, il apportait sans cesse aux magislrais des promesses de respect pour eux et d'attachement au repos pnlilic,

' que personne, plus que lui, ne contribuait à troubler. Le parlemeiil savait à quoi s'en tenir sur ces promesses trompeuses; toutefois le présiilent de Gourgues voulant mettre le prince au pied du mur, le remercia de ses prétendus bons ulTices pour, le passé, mais en môme temps le pria Je ne plus intervenir el do ne plus même recevoir les députés de i'Ormée; ce qu li inîut garde de f.iire. Un prêtre ormisle, nommé Gui, étant allé défier le président Daflis de faire mettre à exécution les arrêts du parleme'iit et ayant accompagné ce défi de menaces violentes , le pnnce de Conti qui avait des rapports avec cet ecclésiastique, fut mis en demeure de s'expliquer, et déclara enfin qu'il était impuissant à mettre un Ircin mu déchaînemenl populaire. Eu effet, l'impuissance des princes mécontents était maintenant notoire, et, après avoir voulu faire du peuple leur instrument, ils étaient si Lii-n devenus eux-mêmes les instruments du peuple, que, dans les [iremiers jours de septembre, sans (ju'on prît la peine de consulter Conti, ni Marsin , (fes gens armés furent introduits dans la ville

' pour en di'niolir les cliàleaux-forts, conforjnément à une délibérotion des Ormistes. Ceux-ci ne voulaient laisser sultsisler auprès d'eux aucun souvenir de servage; mal^ ils ne rélléchis^aieiit pas que ces fortillcalions étaient aujourd'hui leurs principaux moyens de d 'iVuse contre la nouvelle armée royale envoyée en Guic'une sous ie ( uiumandemenl du comte d'IIarcourL Le prince de Conti eut toutes les peines du monde à dissuader les bourgeois

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cl le populaire du leur dessein , et, pour y réussir, leur iH toutes

les concessions qu'ils désin rent.

C' poiulanl le reste de la Guienne cl les conln'es voisines scr- Taicut de théàlre à des événements militaires. D'un côté étaient les partisans de Condé , ayant à leur tète Marsin , les deux Lusignnn père et fils et un officier originaire de Bohême, nommé Balthazar, qui, venu avec deux mille Irlandais soudoyés par l'Espagne, se fit une cerlaine réputation dans cette guerre; de Tautre les troupes royales commandées en chef par d'iîarcourt, ayant sous ses ordres les généraux de Sauvebœuf , l'illebonne et Marin. Le comte d'Harcourt fut appelé dans ce temps sur uû théâtre plus digne de son nom et de ses talents; l'armée à laquelle il inspirait à la fois le courage et la générosité, parut démoralisée par son départ, et Marsin crut que désormais rien ne serait capable de lui résister. Il marcha du côté de Bourg, avec , dessein d'assiéger Blaye oii commandait toujours le duc de Saint- Simon ; mais il ne put à cet égard tomber d'accord avec le baron de Vatteville et les Espagnols qui occupaient Bourg et qui lui refusL'n'iit les serours nécessaires à son expédition, parce qu'il voulait prendre Blaye pour le prince de Condé et que Vatteville entendait que ce fût pour le roi d'Espagne. Marsin et Ballhazar durent se borner à s'emparer de Gastelnau, de Castel-laloux et de quelques autres petites places.

Sur les entrefaite'^ , une amnislie générale fut offerte aux Frondeurs, à la condition que les princes désarmeraient trois jours apr«'s sa publication, qu'ils enverraient leur renonciation à tous les traités qu'ils pourraient avoir faits sans l'aveu du roi, qu'ils feraient sortir les Espagnols de Bourg, de Stenai et des autres places consignées entre leurs mains, et enfin qu'ils feraient abandonner par leurs vaisseaux les côtes de France. Le parlement de' Bordeaux qui, entre deux soiunissions, Tune k la cour, l'autre auf Ormistes , paraissait maintenantpréférer la première, était d'avis ^ d'accepter l'amnistie royale; mais la princesse de Condé , la duchesse de Longueville, le prince de C nti et Marsin^ s'appuyant alors ouvertement sur les Ormistes, furent d'un avis contraire; et rOrmée signifia au parlement qu'il n'«îûl point à enregistrer la déclaration d'amnistie, avant d'en avoir conféré avec le prince de Condé. D'autre part, le parlement de Bordeaux qui se faisait

DE FRANCE. d3

un devoir délimiter en tout la conduite du parlement de Paris , rendit , ù Teicemple de celui-ci, un arrêt diblarant la personne du roi détenue par Hazarin, qui était de retour en France, etinvestissantleducd'Orléansde la lieutenance générale du royaume et le prince de Gondé du commandement des armées.

Quand le prince de Condé eut perdu, le 2 juillet 1652, laba* taille du faubourg Saint^Àntoine, à Paris, contre Turenne» et fut allé par suite chercher un refuge en Espagne, Bordeaux ne se soumit pa» avec la capitale du royaume. Une déclaration royale, €p date du 8 octobre 4652, traiisféra le parlement à Âgen où celui-ci tint ses premières séances au mois de mars 1658. Les Ormistes virent avec satisfaction son départ qui les laissait com* plélement maîtres de Bordeaux; il n*en ^t pas de même du prince de Conti, qui ne pouvait plus aliriter sa révolte derrière les arrêts de h justice et qui se trouvait ainsi à découvert dans toute la nu» dité de son alliance avec les dernières classes du peuple; car déjà la bourgeoisie elle-même Tavait abandonné.

Hazarin avait donné des ordres et pris des mesures pour la soumission de Bordeaux et de la Guienne, tant par k» armes du soldat qui étaient pour lui un moyen extrême, que par celles de rinlrigoe qui lui convenaient mieux. Tandb que le jeune duc de Caudale, en qui devait bientôt finir la maison d'Épemon, était nommé gouverneur de Guienne à la place de Condé et mis à la tète de l'armée royale, des trames étaient habilement ourdies, par les soins do cardinal, dans Bordeaux même, pour y Jeter la défiance, la dirision et le désir de retourner à une vie paisible. Le duc de Saint-Simon, gouverneur de Blaye, seconda avec succès fifaxarin dans ce double plan. Le marquis de Lusignan le père, quoîque xélé frondeur, parut s*y prêter volontiers, en raison de sa rivalité avec Marsin; mais ses menées furent découvertes et il fut obligé de sortir de Bojfdeaux. Jacques Filhot, trésorier de France à Hontauban, devait être un instrument plus heureux des projets de Hazarin et de Saint-Simon sur cette ville; néanmoins ce ne fut pas sans bien des épreuves et des souffrances. Le duc de Caudale ayant paru, avec son armée, près de Bor- deaux, iacquea Filhot, que Ton soupçonnait d'intelligence avec lui, fut yiolemment arraché de sa maison; on le tratna devant un conseil de guerre composé de quarante Ormistes, sous la pré-

94 lllS i oiaK MAlilTIMi:

sidcBce du prineede Conti ; on le mil ù la question pour lui arracher son secr^; mais il resta ii)él)raulal>K3 au (Milieu des tortures et ne dut ensuiteia vie qu'à la crainte qu'in8])îrâit le ?oisinag« d^ l'armée royale.

Bordeaux n'était pas menacé que par terre. César*. duc de Yeiulinnc, fils légitimé de Henri IV^ avait été revêtu, en 4650, dfi la di^ilé âe grand-mattrc et surintendant de la navigation et du coipipeice, da laqueUe la reine-màee 6*ëlâit démise en sa la<veur pour le gagner à sa cause , ainsi que son iîla, le duc de.Beaur fi>rt» autra héros de la Fronde, k qui Ton accorda même la sur» Tivancê en la charge. Le nouveau grand-malfre reçut ordre de seconder les opération^ du duc de Candel^N ^vec une flotte que Ton eut de» peiœs inouïes à réunir au nombre de huit naTires d'assez fort tonnage, de trois galères, de huit petite» frégates et de plusîauflB JarigeiUios et ebaloupes .

Dans cette détresse de la marine de r£tat, Duquesnc avait armé à ses frai» une petite escadre pour veoir se joiudre au duc de Vendôme et combattre E^jtagnols , auxquels il avait Toué uoe haine implacable. Cbetniu faisant, il rencontra une escadre anglaise dont le lui lit dire de baisser pavillon. « Le pavilloa français ne sera jamais déshonoré tant que je Taurai à ma garde «répondit Duquesne; le canon eu décidera , et la ûerté eiigtaise pourra bien céder aujourd'hui à la valeur française. » Ce qu'il espérait airiva : les Anglais, quoique supérieurs en oarnlve, furent mis an fuite après un combat meurtrier. Duquesne , quoique assez grièvement blessé encore dans cette affaire, se fil radouber, et, vers le mois de février opéra sa joMUion, dans la Gironde , avec le duc de Vendôme , malgré une flotte espagnole qui croisait à remboucbura du -fleuve, sous les ordres du marquis de Santa-Gruz.

l^aflaitesdas princes frondeurs prenaient de tous côtés una mauvaise tournoie. €opdé avait en vain cherché à soulever les • restes de l'ancien parti huguenot dans La Rochelle; loin de lésa* condor, les habitants de cette ville s'étaient barricadés contre ses purlisafls, les avaient combattus et avaient aidé naguère le C(m>la d'Uarcourt à précipiter de leurs murailles les soldats mercr^nairos qui s*y trouvaient et que le comte du Doignon, leur chef , avait raBgésduc(6iédaspniuiis insurgés. Plus tard, vers la ân île 1659^

t>E FnANr.p:. 95

du Doignon, aprrs avoir re<;u des sommets d'argciit considÎTables des Espagnols , s'élail inbt'ii.sil)l(Mn(nil éloi^MK^ do la cnuso de ceuxci el de celle des prinecs , elav.tit (jdianjj;»'' Browage, les îîo-d'Oléron cl de , tous ses j^oiivernemctifs <rAmîis an un mot, contrele Lùton de nian'chal de France. Le foyer de la Fronde se resserrait de plus ea plus ei ne pouvait manquer d'ètf e prochainement étouffé.

Tandis que le duc de Cnndaîe prenait Bergerac, Bazas, la Réole, Langou . ('adilîac et s'avançait jusqu'à Bî-gle, le grand-maître de hx navi'/aîion faisait oonslruire un fort dans Tile de Cazati pour arrêter tous les navires qui sorlirairni du Bec. Dans celte situation, Mnzarln enf^agea le roi à olirir de nouveau l'anudslie; les Oriuislcs qui eomplaient non-seul' ment sur Tappui de l'Espagne, mais eiicorc sur celui du Prolccteui d Aii ^lelerrc Cromwcl au[U i's dufjuel ils avaient envoyé une dépntation, la firent repousser une seconde fois. Néanmoins, les plus notables do j;i bourgeoisie, «'étant assemblés à la Bourse , la dérnarciie de rormée rerut d'eu]^ une désapprobation complète ei les députés qui étaient allés cm ÀngleUrre furent bannis de la Tille. L'archevêque de Bordeaux, Henri de Bétliune, crut que le moment était venu d'interposer raulorité de son ministrre pour faire rentrer le^ h;d)itanls de Bordeaux sous l'obéissance royale, et lança les foudres tle rf.'/lîse confre tous ceux qui, à l'avenir, porteraient i<*s armes conli» 1 > roij mais l'Ormée avait encore conservé plus de puissance qu il n'avait cru ; il fut chassé à son tou nie la ville et Ions ctnix d'entre les prêtres qui avaient prêché la sou missioafuroiiimaitrailé& dans leurs personnes et dans leurs biens.

Quoique les agents secrets de Mazarin eussent détaclié déjà beaucoup d'Ormistes de la cause de ce parti, il semblait done qu'il n'y cfit plus d'autre ressource que le siège même de Bordeaux pour faire rentrer les habitants de celle ville dans l'oliéis» iance. La campa inie militaire fut reprise avec une nouvelle activité. Après avoir pris encore le chfUeau do Poujol et les villes d'Aiguillon et de Marmande, au-dessus de Bordeaux, le duc de Tandale, de coîicert avec le duc diî Vendôme, résolut d'enlever, ûu-dessous de la capitale de laGuienne, la place do Bourg aux Espagnols. La Iranchéc fut ouverte le 29 juin 1053', et, pressé par terre et par eau , le gouvanieur étr«n^er« don O^orio. cupiiuW

90 niS rOIHK MAIUTIMK.

dès le i DU 5 juillet. Les vaisscatix do Vendôme rcinontArent ensuite la Dordogne jusque sons Libounie, accompagn as le Iniigile la rive des troupes de terre ; le sii- jc de celle place cummeiiea le 9 juillel et fut terminé le 17 du même mois par une capitulation. Après ces opérations, Bordeaux se trouvant bloqué de tous côtés, Vendôme revint mouiller devant Lermon, le duc de Candale reprit son poste à Bègie et Marin occupa le Médoc. Lu (libelle commença à se faire sentir dans la ville. « f^es bons bourgeois^ dit dom Devienne, dont le style et les opinions semodiOent selon la tournure que prennent les événements (4), crurent que ce moyen était le bon pour forcer les Ormisles à céder, et caclu;rent leur blé. » La bourgeoisie en effet, travaillée par les agents de Mazarin, en avait assez maintenant du mouvement dans lequel elle avait été la première a entrer, et qu'elle se réservait, sans se l'n vouer, - de reprendre quand le débordement d'en bas et les inconvénients de la guerre civile seraient un peu oubliés. En vain Conti, Marsin etleconseillfT Tciiel voulurent s'opposer aux intentions devenues si pacifiques de^Oons bourgeois ; ceux-ci criaient maintenant à tneièie : « Vive le roi ! plus d'Ormée î »Ils prirent en majorité la couleur blanche , par opposition à celle des princes qui était isabelle et à celle de l'Ormée qui était bleue. À celte nouvelle, le duc de Candale, avisé d'autre part que trente voiles d'Espagne venaient de se montrer devant Blaye, fit tout au monde pour ne plus ranimer la guerre et pour achever de vaincre par des moyens pacifiipies. Il convertit de lui-même une trêve de trois jours accordée aux Bordelais en une trêve illimitée ; il fit répandre de l arg nt dans la ville pour qu'on y criât: vive le roi. Le populaire, trouvant dans cet argent une nouvelle occasion d'oublier un moment sa souffrance, cria Vive le roi, comme il avait crié depuis peu successivement : Vivent les princes, vive le parlement, vivel'Ormée. Intimidé et ne se sentant plus soutenu même par l s classes inférieures dont il s'était montré le courtisan peu digne, le prince de Conti se rendit à la Bourse et y déclara qu'il renonçait à toutes sortes de traités avec les Espagnols. Un traité de paix fut enfin conclu le 30 juillet 1653, lequel accorda amnistie o( conservation de leurs privilèges aux habitants, remit ;\ la générosité du roi ce qui concernait la perbonne du prince de Condé, assura des passeports à la priQcesso et au duc d'Eughien » son ûls, laissa au prince

DE FEANCË. . «7

^ tie Conli et à la duchesse de Looguevflle la faculté de se fm ^ c^jpdlprendTe dans Taninistiet à Marsin celle de se retirer à Liège , sa patri(^ , au marquis de LusigiiaD et à d'autres seigneurs qui 'tefusait^nt l'amnistie, le'droit de {nrendre leur retraite où bon leur SK^^ât. Le*' conseiller Guionet» comme particulièrement at- • tachSft^au prince de Coudé, fut obligé de quitter la ville. Cinq pëi^nnes , appartenant à rOrmée* furent eioeptées de Tammstie ; c't^taient Dureteste, YiUars, Trancars, Blaru et Desort. Conti 4^|pb1int Ta grÀee du second; les trois derniers se sau?èrent en An- ^l^(i^n$a^ quant & Dureteste, condamné à périr par la main du iKMifriBiu • il se vit abandonné dans ses derniers instants par tous ceux qui nfl^ère encore étaient ses adulateurs; le populaire luimême, si prompt à délaisser, quand il ne les insulte pas, ceux <qu'il a le plus recherchés, le Hi conduire au supplice aTec indiflérence et dureté; la tète de cet homme qui avait exercé pend^it deux années une véritable dictature dans Bordeaux, au no^ de principes qui plus tard auraient été baptisés do nom de ^o^unistes, fiit fichée au bout d'une pique et exposée au haut d^unè tour située à l'extrémité de la promenade de FOrmée. « lllJpkt, remarque dom Devienne, le sort de ceux qui com-

Ëttent l'autorité; tant qu'ils servent les prissions des autres , on r recherche, on les regarde comme des divinités tutélaires : ces passions viennent-eUes à dumger d'objet, l'enthousiasme cesse; ils restent dans la dasse' des hommes ordinaires; quelquefois même ils ne paraissent plus que des hommes méprisables, et c'est toujoursavecla plusfrdde indiflérenoe qu'on les voit tomber da^s l'abtme* » La réflexion philosophique de l'historien de Bordeaux n'est juste qu'autant qu'elle s'appliquait seulement à des hommes des classes moyennes on inférieures : car on ne voit pas que les Gondé, les Conti» les La Rodiefoucauld« les Bouillon et tant d'autres hauts personnages qui avaient été les premiers . à s'armer contre l'autorité, aient eu le sort de Dureteste, quoiqu'ils eussent, eux, réellement commis ce crime horrible entre tous d'avoir introduit l'étranger dans les flancs de la nation. Quoi qu'il en soit, c'était ainsi qu'on avait vu , au milieu du dix^ septième siècle , entre ces deux digues puissantes qui , Tune s'ap* pelait Richelieu et l'autre Louis XIV, le flot du Tiers-État, soulevant après lui et plus profondément qu'il ne voulait le flot III. . I

M . lilSTOIRË MARITIME

populaire, -concourir à saper la puissance royale par les princes, • comme il aTait jadis pitissamment concouru à saper la puissincé féodale par les rois. Un moment le mouvement révoluteinaîre, qui dès longtemps s'indiquait dans la nation, pourrait encore être arrêté par Louis XIT, comme ilVaTait élé naguère par Richelieu, comme il le fut dans la suite par Napoléon ; mais, pendant ce temps, son flot ne ferait que s'amasser et monter, et, la digue une fois dépassée, il n*en inonderait la terre qu'avec plus d'impétuosité. Du reste, des levains de sédition ne cessèrent pas, même h Tapogéq de la grandeur de Louis XIV, de se montrer «ans Bordeaux; car, après que les habitants eurent été obligés de té^ tablir en quelque sorte contre leurs propres libertés le.Chéteau^' Trompette et le fort du Hâ dans l'état où ils étaient avant les troubles civils, et que le parlement entièrement soumiseut obt^u,*" en 165i, de venir se rétablir dans la capitale de la Guienne, on devait voir le peuple de cette ville se soulever néanmoins encore en 1675, à ^éternelle occasion des impôts, et courir sus aux gar betenrSt nom sous lequel il désignait les commis et tous les préposés à la perception des taxes. ^

Dnquesne ne fut pas immédiatement remboursé des dépenses qu'il avait &ites, en aimant l'escadre qui avait été d'un si grand secours a]a duc de Vendôme; mais, en attendant , on lui donna, comme récompense, le château de 111e d'Indret-snr-Loire, audessous de Nantes, qui était du domaine de la couronne.

Pendant l'exil de Ifazarin, le comte d'Alais, qui avait perdu le gouvernement de Provence, s'était rangé au parti des princes mécontents contre ta cour et le cardinal, et Toulon avait suivi -sa fortune. Deux factions divisaient en outre la Provence : celle des Cemveis et celle des Sabrews; Toulon devint le refuge des der^ niers, sur lesquels s'appuyait le comte d'Âlais. Celui-ci fut arrêté en Poitou, au moment où il faisait route pour se mettre à la tête de ses partisans, tandis que le duc de Meroœnr se disposait à mettre le siège devant Toulon, après s'être emparé du fort do Saint-Tropez. A la nouvelle de l'amstatlon du comte cl de la prise de ce fort, les Sapeurs, retirés à Toulon» proposèrent d'entrer en arrangecoent avccle duc de Hercœur, qui déjà (!'lail établi à Ollîoules. line convention fut en conséquence signée, le \% sep* tembre t(K)1, laquelle reconnaissait le duc de Mercœur, neveu

par alUanoc do Mazaiiii, en qualité de gouverneur intérimaire de Provence, réglait la sortie des troupes de la place, arrêtait que la ville lèverait, pour sa [tropre garde, huit compagnies de quarante hommes chacune, sous les ordres d'ofûciers nommés par le conseil municipal, avec l'agrément du gouverneur, et que l'entretien de cette troupe se ferait aux dépens du pays; la môme convention portait que Toulon serait niainu au dans ses privilèges municipaux. Une paix délinilive fut négociée et conclue entre le parti des Canivels et celui des Sabreurs. l'ne amnistie générale la couronna en 1653. -Séanmoins, la Provence ne fut pas encore entièrement paciijée-, car, en 1658, une nouvelle insurrection y devait éclater, particulièrement dans Marseille, comme on le verra bientôt.

La guerre civile avait été constamment ac. oaipagnéc de la guerre étrangère, ce qui rendait plus coudamnahle encore la conduite des princes cL des grands seigneurs révoltés. Tous les hommes de mer, moins un moment l'ex-vi ce-amiral du Doignon, si tant est môme qu'il puisse être rangé au nnml)re des marins, étaient restés fidèles h la cause nationale contre les ennemis venant du dehors. Le chevalier Paul, parti de Toulon, le 5 avril 1650, sur le vaisseau-amiral de France la Reine, de 52 c;monSj et ayant sous ses ordres ht Duchesse, capiLuue Des Ardens, convoyait quelques petits b/îtiiiiuuLs chargés de vivres et de munitions, quand il découvrit, le 13 du même mois, entre le cap Corse et rileCapraja, cinq vaisseaux de guerre luniemis qui croisaient pour arrêter les secours que la France envoyait à Porlo-Longone. Le chevalier Paul déclara à son équipage, qu'il ne reculerait pas, quelle que fût la supériorité dt's ennemis, et que jamais, lui Ci>ii»mandanl, on ne verrait prendre la fuite h un vaisseau-amiral de France. Les Hispano-Psapolitains voulurent ajouter la ruse au nombre. Dans l'espérance de troubler le chevalier Paul, ils détachèrent de son côté le plus petit de leurs vaisseaux, comme si c'eût été un brûlot : mais l'expérience du chevalier lui ayant fiut connaîlre leur stratagème, il alla aussitôt, tant que le vent put le lui permettre, sur les ennemis pour les combattre. Arrivé à demi-portée du canon, il engagea immédiatement l'action. Si, de son coté, il recul plus de cent cinquante boulets sur son seul bord, il eu envoya plus de douze cents qui firent de si grands ravages, qu'après quatre heures de combat , les enneims

400 UlëTÛlfiE^ARiTijtfR

•e retifèrent tout déseiHj^rés. Pour lui , afi^ de ne paft^sKT ceux-ci en doute sur la réalité de sa victoire, au lieu d'essayer à leur dérober sa roule en éteignant les fanaux de son vaisseau, il en doubla les feu4c. Mais on u*eut garde de finquiétfir de nou-veau, et le lendemain il fit entrer triomphalement son convoi

* dans Porto-Iongoae..On assure qu'après cet eiploit du chevalier Paul» les ennemis gardèrent une telle tepreur de lui» qu'ils n'osèrent de longtemps reparattre sur cette mer. Dans tous les cas* son retour à Toulon ne fut nullement inquiète*.

Tant d'actions héroïques élevèrent le chevalier Paul aux pre* miers grades de la marine : il eut des commissions de chef d'escadre, de lieutenant général et de vice-amiral. Le grand -maître de rOrdre de Malte, Lascaris de Castelard^ le fit chevalier de ' jusUee^ l'an 1651, et /!a BeU^on lui envoya une croix estimée à • plusieurs milliers d'écus.

Le chevalier Paul» ne voulant pas être en reste avec ceu; qui' . l'honoraient ainsi , fit présent aux chevaliers de Malte d'un vai»> seau armé» estimé à trois à quatre cent mille livres. Vers le,, môme temps, il vint à Paris et se trouva è une célèbre cavalcade qu'on fit à l'occasion de la majorité du roi Louis XIV. En cette cérémonie, le chevalier Paul, au rapport de madame de Moiteville» Lien qu'il n'eût jamais encore, dit-on, monté un cheval» pour témoigner de son zèle au service du roi , voulut paraître sur un cheval fougueux, dont la housse étai i de velours semé de perles ; lui-même il portait des vêtements brodés d'or et d'argent» sa croix de chevalier et un baudrier couvert de figures d'or en relief; il étonna toute la cour par la dextérité avec laquelle il «'acquitta de

* son nouveau métier de cavalier, et sa magnificence frappa tou s les regards. Il était d'une taille assez élevée» sa physionomie avait quelque chose de sombre» à laquelle sa moustache et sa mouche, formant comme une espèce de croix de Malte, ajoutaient une certaine bizarrerie. Toutefois, son caractère, hors des combats, n'avait rien de cet extérieur menaçant. Le chevalier Paul était d'une dou-

. ceur presque naïve ; on ne le surprenait jamais en colère. Il n'a- ' vatt qu'un filet de voix, et parlait trèe-peu. Il jouissait d'une telle . réputation de bonté dans l'armée, que c'était à qui servirait sous ses ordres. Comme tous les esprits îe quelque élévation, il n'avait aucune honle de son origine pauvre; tout au contraire il aimait à

^. 'DÉ ^-RAiNCE. m

^' }a rappeler ; et ses anciens amis, ses anciennes connaissances des \ plus mauvais jours étaient sûrs de n*en être point dédaigués. Un

jour qu'il passait sur le port de Marseille avec une nombreuse et brillante escorte d'ofûciers et de gentilshommes , il aperçut un

• >* ■ matelot qui, gar crainte ou respect, se retirait à distance; aws- , . sitôt , s'approchant de lui : « Pourquoi me fuyez-vous, mon ami? . * Croyez-vous donc que la fortune m'ait fait oublier mes anciens

*amis? • Et lui tendant la main, et se tournant vers son escorte : « Messieurs, dit-il, voilà un de mes anciens camarades ; nous avons été mousses tous deux sur le môme navire; la fortune m'a ^ été favorable et lui a été contraire ; je ne l'en estime pas moins.

Souffrez que je m'entretienne un moment avec lui. » Le vice- , ' - î<imiral fit placer le matelot à son côté, lui parla d'abord des avenlures de leur jeunesse; puis, passant à des intérêts plus sérieux, ' - il s'informa de sa position présente, lui demanda s'il avait des *• enfants, et, sur sa réponse affirmative, il l'engagea à aller l'attendre chez lui. De retour à sa demeure, le chevalier Paul donna • des secours au pauvre matelot, et lui procura un emploi qui le^ ^j^» fit subsister avec sa famille. Ce trait fit autant d'honneur au che- . • valier Paul que la plus belle de ses victoires.

•Vers le temps où cet illustre marin faisait son expédition de Pôrto-Longone, le capitaine d'Almeras, commandant /e Dragon, commençait à se signaler en enlevant aux Espagnols un bâtiment chargé de munitions et portant, outre des dépêches importantes, le trésorier et le contrôleur général de l'armée navale des ennemis. -

^ Le roi d'Espagne, néanmoins, avait mis à profit la guerre civile ^ de la France pour rentrer dans plusieurs conquêtes faites sur ses , prédécesseurs ou sur lui. Dès l'an 1649, ses généraux avaient repris quelques-unes des positions qu'il avait perdues dans le^ '> PavsrBas. Le 18 mai 1G32, Gravelines avait été obligé de se .f^ rdjjidre aux Espagnols, après soixante-neuf jours de siège. Cette

* môme année, Dunkerque s'étant vu menacé d'un sort pareil, et ' le général, depuis maréchal d'Estrades, s'y trouvant bloqué par it. les ennemis, Cromwel avait fait proposer à celui-ci un projet de

^ traité, {»ar lequel il offrait à la reine-mère d'entretenir à sou seivicê^uue armée d»' terr(i et cinquante vaisseaux, si elle voulait; abandonner à T Angleterre celle place maritime qu^, lu France

HISTOIRE MAIUTIME

semblait ne pouvoir plus conserver. On a prétendu qu*indign6 de cetle^ proposition, d'Estrades avait menacé de f lire jeter à la mer l'envoyé du Protecteur; mais la chose est d'autant moins probable que les auteurs qui hasardent, comme le P. d'Orléans dans sa4)rélendue Histoire des Révolutions d'Angleterre, cette allégation, disent qu'il n'en donna pas moins avis à la cour du projet de traité, et que iMazarin avait pressé, dans son exil mcme, la reinemère d'y accéder, -eomme à un moyen sûr d'affermir son aulorilôcontre les cabales. La proposition, nonobstant ce conseil, ayant été alors repoussée par Anne d'Autriche, Dunkerque s'était rendu aux . Espagnols, le 10 septembre 1652. Fume et Bergues-Sainl-Vinox n'avaient pas tenu longtemps après. EnGn, en Espagne, la Catalogne, qui naguère s'était donnée aux Français, leur avait été enlevée par suite de la véritable et honteuse défection de Marsin, inspirée par le prince de Condé. Don Juan, fils naturel de Phi-'* Hppe IV, s'était aussitôt montré devant Barcelone avec une llolle puissante qui, en se bornant à couper le commerce et les vivres ^ à cette grande cité, l'avait mise aux abois. En vain le maréchal de La Molhe-Houdancourt vint se jeter dans Barcelone, au printemps de l'année suivante, et dirigea avec bravoure et opiui<ltrelé la résistance des habitants à peu près réduits à eux-mêmes; il fallut enfin que ceux-ci capitulassent, le 13 octobre 1G52,-et dès lors la Catalogne put être considérée comme perdue pour la France, malgré les quelques positions que Ton y conserva encore.

Le duc de Guise, sorti des prisons d'Espagne par les bons offices du prince de Condé, profita presque aussitôt de sa liberté pour reprendre son projet d'enlever le royaume de Naples aux . Espagnols, à la faveur de nouveaux symptômes de soulèvement chez les Napohlains. A force de soHicilalions, il obtint de Mazarin, en 1654, une fiolte de vingt-cinq navires ronds, cinq galères, et six barques armées, c'est-à-dire à peu près tout le matériel naval r dont pouvait encore disposer l'État. Celle flotte, que dirigeail«le chevalier Paul, sous les ordres du duc, et qui portail des troupes de débarquement commandées par les généraux r)u[)lessis-"6ellièvre et de Folleville, sortit de Toulon le 5 octobre ; retardée par les vents opposés, elle ne mouilla devant Castel-a-Mare que le

«^v«^3 du même mois. Guise avait compté sur la soumission immé- - T 11 gouverneur de celle place; mais celui-ci au conlniire

Di.

6e FRANCE. ' 403

raytintrer u à coiipsde canon, l'ordre de débarquement fut donné exécuté, sous la proloclion du feu des vaisseaux, lequel dura cinq heures. Oualorze galères eunemies , venues pour secourir Caslel-a-Mare furent baKues par le clievalier Paul qui, se mullipliant de la flotte à la lerr(.', se mit ensuite à la tcle d'un corps de descente composé de nialeluls et de soldais. Duplessis-Belliù'vre et Folleville, s'apercevanl du trouble des assiéj^és, tirent aussitôt faire une brèche aux murs, par laquelle ils entrèrent dans la ville qui, attaquée d'un autre côté par le uianjuis de Valavuir, fut bientôt réduite à se rendre. Le gouverneur, retiré dans le chd- :.<-teau, capitula le lendemain, li octobre. I.es ennemis essayèrent plusieurs jours de suite, mais inutilement, de reprendre Castel-

* a-Mare; le général Duplessis-Bellièvre reçut une blessure mortelle pendant une des sorties où il les repoussa. L'occupation

ï de celle place n'eut pas les conséquences qu'en avait espéré

* le duc de Guise; persomu^ dans le royaume de tapies ne j)ril fait < l eause pour lui ; df sorte que, manquant de vivres et ayant à craindre l'arrivée de nouvelles troupes espagnoles, il prit le [)arti d'abandonner sa conqutHe et de se rembarquer, le 4 décembre 16oi. Au retour, la flotte française fut assaillie et disposée par une tempête. Parmi les capitaines des bâtiments séparés se trouvait Yalbelle qui, devenu chevalier de Malte, avait,

.en 1049, concouru, avec un bataillon de lalielicjion, à la défense de l'île de Candie contre les Turcs et avait tué alors un pacha de sa main. Dans ces nouvelles circonstances, son courage et son sang-froid ne se démentirent pas. Au moment où il soutenait, avec la PerscCy l'assaut terrible des vents et des flots, un vaisseau anglais, que le mauvais état du sien enhardissait, eut, malgré la paix qui régnait entre les deux nations, la fiicile 'audace de lui demander le salut, comme lui droit aajuis aux maîtres de la mer. Yalbelle ne se montra j;as, à cet égard, de meilleure composition que Duquesne. Il refuse tout net, et, voyant que l'Anglais se mettait en devoir d'arracher par la force ce qu'il n'avait pu obtenir autrenient, il arrive droit sur lui et le surprend par un impétueux abordage ; lui-même , il passe sur le pontadrerse, donne à tous l'exemple d'une héroïque ardeur, . culbute, foule aux pieds ses insolents agresseurs, enlève le pavillon dtt ceux qni (oui à iiieure vouJaieni le Hatoer d'aotaoer le

sien, et, après un affreux carnage, finit par se i^Hb maître du ». vaisseau ennemi. Toutefois, pour ne pas trop ai0fm& rappdr(|^ entre les deux nations, il abandonna ensuite çette^t'ise, réclamée par le commandant anglais. La flotte dii Al|<ï de 6iii8(|il9M6ia\^ que le 20 décembre à Toulon. ■ ^

Le bruit de la dernière action de Yalbe^iiTait ^e^é tous les capitaines de la marine d'Angleterre dans une extrême irritation. " Tous cherchaient le navire ic Persée^ de 30 canons, et son ' • jeune et vaillant commandant, pour venger la honte rcd-nimciit

encourue par leur pays. Une division de quatre vaisseaux, l'un ^ de 60 et les autres de 36 à 44 canons, sous les ordres du che^* * * valier Bank, l'atteignit, le 23 février 1 655, entre les îles liajorque

et Cabrera, et lui demanda le salut plus impérieusement que « jamais. Valbelle ne s'inquiète ni du nombre, ni de la force des Anglais; il ne voit que l'honneur du pavillon qui lui est cônfié, et, saift balancer, se décide à périr plu lot que de le sacritier un instant. Le valeureux chevalier s'engage dans une lutte contre quatre, dont chacun est beaucoup plus fort que luf. habileté, son courage qui sont partout, à la manœuvre èt au^ canon, la font durer un temps presque incroyable. Les quatfe vaisseaux anglais lui tirent leurs bordées sans trêve ni répit pq^- < dant trois heures; il ne se lasse pas de leur répondre. Son vaisseau est criblé de coups de canon, dont quatre-vingt-trois à flébr* d'eau; les mâts s'écroulent, toutes les voiles sont en lambeaux, . ' toutes les manœuvres hachées; une nouvelle bordée emporte sa poupe ; il ne reste plus à Valbelle qu'un débris de bâtiment qu'il dispute encore et sur lequel il continue à combattre , digne fils die Valbelle l'Ancien. Voyant à la fin qu'il ne pourra tenir en mer contre lè nombre , mais décidé à ne point céder, il alla s'échouer sur le sable, dans le port de Campos, voisin de Majorque, pour attendre d'autre manière l'assaut des ennemis. Un des vaisseaux anglais qui l'avait suivi avec acharnement , ne voulant toutefois pas échouer avec lui , se tenait un peu éloigné , mais ne cessait point de le canonner. Valbelle riposta avec tant d'adresse et d'énergie à ce vaisseau que retenait le calme, et le maltraita tellement, qu'il le contraignit à solliciter une trêve. Elle lui fut accordée , à la conditign ' . . que lui et les autres vaisseaux anglais se retinîraierit et laisseraient

\^ m au Penée la faculté de se radouber. Le lendemain » les Anglais ne

vouluront plus tenir leur eDgagement , et le combat recommença. Valbolle se défendit encore pendant trois jours, en faisant un feu conlinuel. Enfin, voyant que l'eau avait envalii de tous cèiés son navire, il fit demander au vice-roi de Majorque, qui contemplait avec aiUuiration celte lutte disproportionnée , la permission de descendre avec son équipage dans l'île, sans qu'on le traitât comme prisonnier. Le vice-roi accéda à sa demande , à la condition qu'il n'entrerait pas dans la ville, et, quoique la France et l'Espagne fussent en guerre, il traita le cbevalifT de Valbelle et SOQ monde, pendant huit jours, avei uérosité et magnilicence.

L'intrépide marin s'élaut vu dans la nécessité de mettre le feu au Pcrsée^ qui avait été le théâtre de ses premiers exploits , le vice-roi de Majorque lui fournit une barque armée, sur laquelle il rentra à Toulon, dans les premiers jours de mars, au miheu des acclamations et des vivais de la population qui se pressait sur le port (3). On dit que Valbelle ayant eu un jour l'occasion de rencontrer dans les jardins du Luxembourg le chevalier Bank, et d'échanger avec lui un salut de commissance, en présence de l'ambassadeur d'Angleterre, ce dernier aurait demandé à son compatriote, avec qui il entrait ainsi en politesse. « Avec le chevalier de Valbelle, aurait répondu Bank. — Est-ce celui du combat de Majorque? — Lui-même, repartit le commandant anglais. — Puisqu'il accorde si gracieusement le salut à terre , reprit l'ambassadeur, on ferait bien de ne le lui jamais demander sur mer. »

Quelques efforts furent tentés par les Français, en 1655, pour reprendre la Catalogne. Le duc de Vendôme eut l'ordre de partir de Toulon, au mois d'aoAt , aven vingt vaisseaux et quatre brûlots, pour seconder le priiu ' i lc Conti qui , rc* ou» ilié avec la cour, agissait, dans ce but, avec une armée continent aie. Le 10 septembre , Vendôme vint pour bloquer Paîamos par mer, tandis que Conti l'assiégerait par terre; mais les munitions nécessaires h celte opération faisant défaut, les deux chefs tournèrent leurs efforts contre les îles de M^des, dont ils se rendirent maîtres , le 22 septembre , après de chaudes canonoades, ils s'emparèreat aussi du cap de 0"iers et de Soisona.

Le prince de Conti paraissant ensuite pouvoir se passer du secours de la flotte, Vendôme se dirigtM du côté de ranucc navale d'iîspagae , qu'il savait ôtre dans tes parages de ikicelone.

m HISTOIRE MARITIME

Un coup de veal écarta de lui huit de ses vaisseaux et trois de ses brûlots; il ne lui restait plus que douze vaissuaux et un brûlot lorsqu'il rt'ucoutra la Hotte euueuae, lorle de neuf grands filions,

"de trois navireisde Dunkerque, de six fréjiales et de trois brûlots; un calme plat ne permellait guère qu'à ciiKi des vaisseaux français de manœuvrer. iNé.ui moins, le 29 septembre, le duc de Vendôme commanda l'ai ut'. Prestjue tout le poids de celte affaire, commencée à sepliieures du uiaUii pour ne liair (ju'à trois lieures de l'après-midi, tomba sur le chevalier Paul, Gid)arel, FricambauU et le chevalier Desuay, montant les cinq vaisseaux qui avaient la possibilité de manœuvrer. Les Espagnols, mi> en fiiile, furent poursuivis par les Français jusque sous Barcylone. Les vaincus, ayant trouvé dans ce port des galères (rFspaîrno et d'Italie, se crurent en étal de pn lidre leur revaiiciie, se tirent remorquer pendant la nuii , s'approchèrent de fort pires des vaisseaux du duc de Vendôme qui venait d'èire rejoint par quelques-uns des bâliuiuiils que la tempête avait dispersés. Le graiidmaitre, avec l'assistance de ses plus expérimentés capitaines, se

"prépara à renouveler le combat; et, dès la pointe du jour du 1" octobre, il força dévoiles, avec son vaisseau, sur l'amiral d'Espagne. Les autres Ij.iùments français suivirent son exemple, engagèrent l'action avec vigueur, et, après cinq heures d'un ieu conlinuel, les ennemis, considérablement désemparés, s" firent remorquer pnr leurs galères pour se renfoncer dans le port, le caimt iir j L'rmt'Uanl pas aux Français do les poursuivre pour les détruire entièrement. Le duc de V^endAme resta encore quehpies jours devant Harcelone, pour délier l'armée navale d'Espagne et la ramener au combat; mais, voyant qu'il n'y réussirait pas, il ramena sa flotte à iouion, le 1 8 octobre 1055. Le chevalier Paul avait été blesse diuis ces affaires où il parait que s'était aussi moîilré un ancien vice-auiiral des huguenots rochelais , Forant, natii de file de lié, selon ^ircère, historien de La Rochelle ; de la Tremblade, suivant l'archiviste Lafiilard. Forant, après avoir quelque temps porté ses s évices oî son expérience en Hollande, où il remplit même h^s f in iiuiis d amiral, était revenu en Friuice vers 1653, époque a iaquelie il se trouvait porté sur l'état des capitaine^ dt vaisseaux, aux appointements de mille livres par an. Lei quertUêi» dû 4étail pour la (|Utisliou du pavillou n'em*

pécbcieBl pas Croiairel et Ibkzam de négocier une alfiane» entre î^lii||^élerre et la France, coi^tre l*£spagDe. Tandis <iue cette dernière puissance recherchait, de son câté, Faoûtié politique du PfOtècleur et lui offrait de joindre ses forces aux siennes pour 9'emparer de Boulogne etCalaisy Mazarin envoyait l'intendant des finances Bordeaux à Londres pour offrir d'unir les armées de ^rasce et d'Angleterre, dans le but d'enlever Dunkerque, Gra» vélines et Mardick aux E^gnols qui , de ce côté, avaient le grand fioQidé parmi les généraux. Le régicide et anti-papiste Gromvel, heureux de se voir solliciter par les deux souverains les pins puis* sants delà calholidté, se fit quelque temps prier; mais enfin il donna la préférence à la cour de France. Par un traité signé à Pans, le 28 mars 1657, il s'obligea à fournir six mille hommes de troupes de terre et cinquante bâtiments, comme il l'avait Int-même offert autrefob, pour aider les Français à reprendre la Flandre maritime, à deux conditions : premièrement, qu'après la conquête *on remettrait Dunkerque et Uardick entre ses mains, et que la France garderait Gravelines et les autret, postes de la province ; secondement, que le gouvernement )9e Louis XIV férait sortir de France la famiÛe des Stuarts qui s'y était réfugiée après l'exécution de Charles I*'. Telles étaient les dures nécessité auxquelles la révolte des princes et leur propre alliance avec l'étranger réduisaient le ministre du roi réputé le plus chrétien du monde et le plus antipathique à toute idée de république. L'abandon déplorable dans lequel Uazarin avait laissé la marine avait été aussi pour beaucoup dans cette alliance considérée comme monstrueuse ; car on eût été dans l'impossibilité d'agir par mer contre la Flancbre espagnole, sans le secours des flottes anglaises. Turenne, qui avait le commandement en chef de l'armée franoo- * anglaise de terre, s'empara de Mardick et de Bourbourg vers le mois d'octobre 4657; mais ce ne fut que dans le cours de l'année suivante qu'eut lieu sa grande campagne* Le SS5 mai 4658, il s'approcha inopinément de Dunkerque, et remporta, le 4 4 juin, sur les Espagnols, ajf«nt à leur tête, entre autres personnages illustres, le grand Condé et le duc d'Torck, la célèbre ^ Victoire des Dunes. Elle décida du sort de la Flandre maritime, .lié marquis de Leyde, gouvemeur de Dunkerque, lut tué, le Él»luiQ,'et la place fut occupée» le S5* par les Français qui, aux

108 llIBTOiRE UARITIME

termes dii traité passé avec Cromw^, la remirent aux A^gla^.^ y- Si l'on en devait croire les mémoires apocryphes attrftués'par Courtilz, leur auteur, au négociateur envoyé par Mazaria poui^ amener la conclusion de ce traité tant reproc^ au cardinal, èvithkerque n*aurait été donné à TAnglctcrre qu'en nantissement pour trois millions, et le gouTernement de Louis XIV n'ayani pas jon la somme en temps exigé, Cromvel se serait ensuite refu^ |^ rendre la ville, quand Targent aurait été nns à sa disposition. Hais la correspondance manuscrite de l'intendant Bordeaux kii-^ même, déposée à la Bibliothèque nationale, n'indiqae rien le « semblable; elle témoigne au contraire d'une grande obséquiosité de la cour de France à Fégard de Gromvel qui, pouviblTè tourner les négociations en sa faveur, n'avait pas cessé de menacer cette cour de faire soulever de nouveau La Rochelte ef ' Bordeaux. Quoi qu'il en soit, il se trouva ainsi, qu'au lieu d'un ennemi affaÛiti et hors d'état de nuire à la France, que l'oii avail ^ chassé de Dunkerque et de Mardîck , on en avait logé un autre dans ces placesl>ien plus fort et bien plus redoutable à la Franae. Gravelines, qui devait écheoir«en partage aux Francs, fut^ris aux Espagnols, le 26 août 1658. D'autres poinU moins importants de la Flandre maritime furent aussi occupé^^ Parmi les motifs^ qu^avaient engagé Cromwel à préférer l'aUlanoeMe la France à celle de l'Espagne, le moindre n'avait pas été de profiter d'une guerre avec celte dernière puissance pour lui enlever une partie de ses possessions d'Amérique et ruiner sa marine et soq com^ merce. C'est ainsi que de deux flottes qu'il avait armées dans ce but, l'une s'était emparée de l'Ile de la Jamaïque et l'autre avait brûlé les vaisseaux espagnols dans le port de Santa-Cruz. On assure qu'il projetait de s'unir à l'Espagne coiilre la France» pour afiaiblir ces deux nations l'une par l'autre, et d'avoir Calais avec le secours des Espagnols, comme il avait eu Dunkerque avec celui des Français, quand il mourut, le 13 septembre 4658, laissant pour héritier un fils incapable de succéder & sa puissance.

Sous le protectorat de Cfomwel, l'Angleterre avait pris ua. prodigieux accroissement maritime; les Hollandab avaient ité^., obligés de subir de sa part* les conditions d'une paix qui Ibryaitv . leurs vaisseaux à baisser pavillon devant ceux des Angûus, 4it. , le royaume dA Portugal s'était, dès, ce temps , vu tèiw IT -

«%nè^il6 de vassela^ vîs-à-TÎft de la Gnuidé-Brelagne. OKvîer CI^Qiwel ayant su aiec quelle hauteur les amiraux d'Angleterre s'éiaient comportés à Lisbonne, n'arait eu aucun égard aux pkîpitea du gouvernèment portuga». « le Teux, aTBit4i dit* qu'on respeete la fépublique anglaise, autant qu'on a respecté autréfbls la république romaine. » C'est de ce génie extràordi- * naire qu'apprédateur plus indépendant et plus ttiiî que la pludes bistoilens de son temps, môme quand il s'agissait d'un régicide , Bossuet a dit, parlant devant un roi : « Un homme s'est rencontni d'une {«ofon^ur d'esprit incroyable , hypocrite raffiné ^tànt qu'habile politique, capable de tout entreprendre et de tout cacher, également actif dans la paix et dans la guerre , qui ne laissait rien.à la fortune de ce qu'il pouvait lui Ater par conseil on par prévoyance; d'ailleurs si vigilant et si prêt à tout, qu'il n'a jamais manqué aucune des occasions qu'elle lui a présentées» » Bichard Cromvel, manquant de l'audace et de l'esprit

* d'exécution qu'avait montrés son père, ne tarda pas à se laisser désintéresser de toute idée de pouvoir et à se démettre du Protectorat, moyennant une indemnité de deux cent mille livres sterling. La guerre civile commença aussitôt entre deux des anciens généraux d'Olivier Cromwel : d'une part, Georges Honck

* qui, aj^avoir puissamment aidé ce dernier à soumettre l'Écosse et à vaincre les Hollandais sur mer, après avoir été même le prenuer à fbire proclamer son fils Protecteur d'Angleterre , se mit à ^ tète du parti royaliste ; et d'autre part , Jean Lambert , qui prit le commandement des partisans de la forme républicaine. Cette ^erre devait finir, en 1G60, par la restauration «des Stuaris et Tavénement de Charles n an trône.

9 . Le retour des Stuarts dans la Grande-Bretagne ne s'effectua pas sans conditions; les libertés religieuses et civiles et la prospéfilé de cette nation devaient être conservées, agrandies même parla famille restaurée, sous peine par celle-eî de perdre encore une fois et pour jamais la couronne. Quoique au fond Charles II ne se souciât guère delà grandeur d*un peuple qui avait fait mourir son père sur l'échafaud et lui fut même secrètement hostile, il fut obligé, dès Tannée 1660, d'obéir au vœu public en promulguant, d'après les idées de Cromwel lui-même, Vacie de mm^oiHm qui, jusqu'aux jours récents où de nouveaux

m lllSTOItlE MARITIME

tniéréts oAt hit suMitaer le système du libre échange k celui dif preteetioniêmet a été considéré comme le dieu, tî^

télaire de la marine d*Ângleterre. Par cet acte fameux, il lut décidé « qu'à dater du premier jour de décembre 16(t0, il né sendt apporté ni emporté aucunes denrées et marchandises dans toutes les colonies qui apf>artenaient ou qui appartiendraient & PAngleterfe, en Asie, Afrique et Amérique, si ce n'était dans des ▼aisseaux bâtis en pays de la domination d'Angleterre, ou qui appartiendraient Yéritablementet réellement à des sujets britàn* niques; et que des uns et des autres, le matfre et les trois quarts des matelots au moins seraient Anglais. Les contrevenants seraient punis par la saisie et confiscation de leurs vaisseaux et marchandises, n iùt encore ordonné qu'aucune personne tiée hors des États britanniques, qui ne serait pas naturalisée, ne pourrait exercer, après le premier jour de février 1666, aucun commerce pour elle ou les autres dans lesdites colonies, sous les peines mentionnées. Nulles marchandises du cru de l'Asiè et de TAmé^ rique ne pourraient êlre apportées en aucun pajs et aucune tëife de l'obéissance du roi d'Angleterre autrement que dans les vais* seaux tels que ceux dont il a été parlé, sous peine de saisie et de confiscation contre les contrevenants. Les marchandises et denrées d'Europe ne pourraient être apportées en Angleterre par d'autres vaisseaux que par ceux qui sortiraient des ports des pays où' se fiibriquaient les marchandises «t croissaient les déniées, sous les peines précédentes. Le poisson de toute espèce, et mém^ les huiles et fanons de baleine qui n'auraient pas été péchés par des vaisseaux anglais, et seraient apportés en Angleterre, paieraient la douane étrangère double. Il fut défendu à tous vaisseaux qui ne seraient pas anglais, et conformes aux règles précédemment exprimées, de charger quoi que ce soit dans un port d'Irlande on d'Angleterre, pour le porter en aucun endroit des États britan» niques, le commerce de port en port n'étant permis qu'aux seuls vaisseaux anglais » et ce sous les mêmes peines'de saisie et de con* fiscation. Tous les vaisseaux qui jouiraient de toutes lec diminu-' lions faites ou à faire sur les droits de la douane seraient leii vaisseaux bAiis en Angleterre, ou ceux qui, étant de eonstrnc* tion étrangère, appartiendraient aux AngUls. H serait permis aux vaisseaux an^ais de charger en Espagne des marefaandises des

De FRANCE. 44 f

Canaries et autres colonies d'Espagne, et en Porltipl eellea deS^ Ajgores et autres colonies de Portugal. Tout vaisseau fraQ^iaqui, après le ^0 d'octobre 4 06O, aborderailen quelque lieti d'Angleterre 61 d'Irlande quecesoH , pour y embarquer ou débarquer dea passagers et marcbandises, paierait aui recoTeurs du roi de la Grande- Bretagne cinq schellings par tonneau et le port de ce vaisseau serait estimé par Tofficier de ce roi. Les vaisseaux français ne pourraient sortir du port ou havre avant d*aYoir payé cetimpdt, qui con* tinuerait tant que celui de cinquante sous par tonneau serait' levé par la F^nce sur les vaisseaux des sujets an^^ais et même trois mois après qu*il aurait été supprimé. Après le 4^aTril4D94, les sucres, tabacs et autres marchandises piorenant du cru des colonies britanniques, ne pourraient être apportés en Europe que dans les ports de Tobéissance du roi d*An^eterre> où l'on serait obligé de débarquw ces marchandises, souspdne de saisie et confiscation. »

L'Acte de navigation de 4660, toutefois, n'était pas tel qu'il ne pût £ûre présager à l'An^eterre de grands méooD^»tes à venbr, en compensation dlraraenses avantages présents. Gomme il était oppressif pour les colonies, comme il les confisquait, pour ainsi dire, au profit de la métropole, Il contenait en germe la grande révolution des États-Unis d'Amérique; il n'en fut pas la cause immédiate^ mais la prépara. Sa promulgation* souleva tout d'abord la Caroline, la Virginie et le Maryland; mais la mésin* telligence entre ces provinces empêcha Teffet d'une confédération projetée dès lors par elles pour défendre la liberté du corn* merce de leur tabac; les provinces en question étaient d'ailleurs encore trop faibles pour soutenir une pareille démarche.

Aussitôt après la mort d'Olivier Cromvel , Masarin qui, dit-on, avait eu la pensée de marier une de ses nièces au fils de celuici , après l'avoir refusée à Charles II encore en exil # changea de système politique et concerta avec don Louis de Haro, ministfo du roi d'EspagnCt'le fameux traité des Pyrénées, qui fut signé, dans nie des Faisans, le 7 novembre 4659. La France, parce traité, rendait à l'Espagne quelques villes des Pays-Bas; mais elle était confirmée dans la possession de TArtols, moins Aire et Saint-Omer ; de Gravelines, de Fticluse et de quelques autres villes de Flandres, ainsi que d'une partie du Batnaut et du du»

142 HISTOIRE MAUI.TIMK

de Luxeaibourg. lin Catalogne, elle remellail Uosas, le Cap-». de-Quiers, Pnycorda et autres positions qui lui étaient restées ou qu'elle avait reprises ; mais , en revanche, on lui cédait la Cerdagnc, et sa conquête du Koussillon vliùl saïu iionnée pcir

. l'Espagne elle-m(^me. Le prince de Condé obluit uii article particulier dans le traité des P}Ténées, qui l'autorisait, lui et ses partisans, à rentrer en France. Le grand év^^nenient de la paix des Pyrénées, ce fut le mariage de Louis XIV avec l'infante Marie- Thérèse, mariage par lequel Mnz^rin prétendait non-seulement compléter rabaissement delà niaison d'Autriche, commencé par Henri IV et si vigoureusement poursuivi par Hichelieu, mais encore faire passer les plus beaux Etats de cette niaison dans celle de France. Mazarm avait le génie des petits mnyons, comme Richelieu avait eu celui des grands moyens, et l'un et l'autre, par des chemins bien différents, avaient pu néanmoins marcher au même but et Talteindre. En obtenant cet important résultat è la fin de sa carrière, le cardmal italien voulait-il seulement placer haut son nom dans l'histoire, ou, pris de quelques remords en Toyant sa santé s'affiiiblir et l'heure de Dieu approcher, avait-il le désir sincère de se faire pardonner, par le pays où il avait trouvé une si grande fortune, les oppressions finnncièrcs et les autres maux qu'il lui avait apportés!? Aspirait-il a se faire regretter par le 'jeune roi dont, pour se rendre toujours indispensable, il avait complètement négligé l'édiiralion , quoiqu'on lui en eût contié la surintendance? Il est diflicile de savoir quel fui son principal mobile; ce furent peut-être ces diverses raisons enseml)le, jointes au plaisir sf^fTet de triompher de la diplomatie espagnole qui passait alors |H )iir la plus habile du monde. Don Louis de Haro avait beau connaître Mazarinel dire;» qu'il avait un grand défaut en politique, celui de vouloir toujours tromper, * il n'en fut pas moins viiincu par lui sur le terrain d'une des plus importantes négociations dfs temps modernes.

Les commotions populaires n'étaient pas encore complètement étouffées r;n Provence; de sorte (]ii'à l'époque même où Louis XiV se retidail aux Pyrénées pour y recevoir, comme sanction de la

• paix avec l'Espagne, la main de l'infante Marie -Thérèse, le duc de Mercœur, gouverneur de cette province, assiégeait Marseille par terre f avec sept mille liomiues de troupes» tandis qu'une

escadrft vonuc de Toulon la bloquait par mer. Les révoilés, qui étaient parliculiAreraent dirigés alors par (îaspnrd de Glandéves INioselles, furent obligés de se soumettre, et peu après le 2 mars 16G0, Louis XIV, accompagné de la reine-mère et de Mazarin, ût son entrée dans Marseille par la brèche, pour intimider les habitants. Comme menace plus durable, il fit construire les deux forts de Saint-Jean et de Saint-Nicolas. L'antique consulat Inarseillais fut aboli; le gouvernement de la ville fut donné à un viguier choisi par le roi tous les deux ans, et président d*un conseil composé de soixante-six membres, qui élisait les échevins, les capitaines de quartier, les juges du commerce, les trésoriers et autres officiers de la cité. Déjà Marseille avait perdu beaucoup de sa prépondérance à la fois militaire et commerciale, quoique Sully, en établissant, au commencement du siècle, un système de proliibition des produits étrangers pour encourager l'industrie naissante delà France, eût excepté son port -en le baissant jouir de ses anciennes franchises. Par suite même de cette faveur, une ligne de douants avait été établie autour de la ville, qui réduisait considérablement les relations des Marseillais avec le'^reste du royaume et les forçait à ne plus chercher qu'au dehors de débouchés à leurs manufactures. Les courses incessantes des corsciires barbaresques avaient été une autre cause de ruine pour le port et la marine de Marseille, quand les conséquences des derniers troubles leur portèrent un coup plus funeste, dont Colbert seul les relèverait.

Louis XJV, après avoir fait servir le port de Toulon à l'abaissement de celui de Marseille, marqua sensiblement, pendant son voyage en Provence, ses préférences pour le premier. l\ se fit remettre des plans pour l'agrandir, pour le protéger, pour en faire un grand arsenal , et dès lors il ne fut pas douteux que, dans peu d'années, le port de Marseille serait relégué au second rang, dans la Méditerranée , sous le rapport militaire. Dès avant ce voyage, Louis XIV, éclairé par quelques-uns des habiles conseillers dont il était déjà entouré, avait songé à Toulon; car, par lettres patentes, en date du mois de février 1C58, il avait accordé à la muni( ipalité de celte ville le privilège de faire creuser le port, au moyen d'une machine pour le curage, inventée par un nommé Isidore Ucydier. On lit dans ces lettres, déposées aux ArclUves de

Hir * Histoire maritime

!a marine, qtte f le roi est flatié que les consuls et la commu^ oaulé de Tholon fassent des efforts pour rendre leur port utile aux vaisseaux de guerre. » Le 10 octobre de Taimée s^uivaute» Louis XIV avait fait constater, par état, le nombre des offider» et autres employés qu'il éluit nécessaire d^entretenir dans te port de Toulon, ainsi que la paie qui de?ait être attribuée à chacun d'eux. Ce personnel se composait d*un capitaine e( d'un l^utenant de port, d'un capitaiife de l'arsenal , d'un enseigne T un ser^ gent, un garde-magasin, deux maîtres d'équipage, un malice charpentier (on appelait ainsi alors les ingénieurs-constructeurs de la marine, et câui dont il s'agit était l'habile et célèbre Rodolphe), un maître canonnier, un maître Toîlier, un mattre cluu'pentier mâîeur, on gardien des arines, un gardi^ de la chaîne du port, un portier de l'assénai, un gardien-chef du port, quatorze autres gardiens, un prévôt de la marine, trôis archers et un greffier : le tout coûtant, par an , la de onze mille trois centcinquante^eux livres. Te}s furent l^^rables commencements du superbe et grandiose arsenal de foulon, qui fait aujourd'hui Tadmiration du monde entier.

Le traité des Pyrénées mit le comble à la grandeur de Blazarin. Déjà, depuis son retour de Texil, le premier ministre de Louis XIV^ même majeur, ne marchait plus qu'avec le faste d'un roi, ayant, outre ses gardes, une compagnie de mousquetaires attachée à sa personne; il ne donnait plus la main aux princes du sang que comme par grâce insigne et marque de protection; si quelqu'un était assez inexpérimenté courtisan pour demander une faveur au monarque plutôt qu'à son ministre , il se v6yait immîédiatcmcnt éconduit ; enfin on a été jusqu'à dire qu'après avoir rejeté l'alliance matrimoniale des Stuarts pour ses collatéraux, il avait prétendu, par une de ses nièces, à celle de Louis XIV même, et que, pour la première fois, à cette occasion, il avait essuyé un refus d*Anne d'Autriche. Mais les familles de ses plus anciens ennemfs, le prince de Conti, lui-même, frère cadet du grand Condé, et beau-frère du duc de Longueville, les La Tourd'Âuvei^e, ducs de Bouillon , s'estimèrent heureux de s'unir à ses nièces, comme d'un autre côté, les Mcrcœiir et les Colonna. Mazarin gouvernait les finances comm» s'il eût été l'intendant d'un seignov obérée Il amassa plus de 3eux cents millions, dans des temps malheu-

rQMi 0( où une toUe' somme arait uno taleiifjfeiij mont supé- . rîetire'à celle qu'elle aurait & présent; toutiTOl^a^fes moyjBBS non-seulement indignes d*un ministre, mais <i'u{^^Pc homÉM. Il imposait , par des lettres de cachet , des'wÉimÇ^xtraoi^ mures sur les gcnéralités du royaume; il traitait, en son nom et à son profit, des munîtiom des armées, et partageait, dit-on, ^iBTecles armateurs les produits deleurs courses. Près de le voir mou- ^ rir, son confesseur vmt à bout de lui suggérer quelques scrupules sur une fortune si mal acquise. « Hélas! dit le cardinal, je n'ai ' rien que des bienfaits du rm. — Hais, reprit le confesseur, il faut distinguer ce que le roi tous a donné , d'avec ce que tous vous /ifttes attribué. » On assure que , pour Le tirer d*embarras, Golbert lui conseilla de feire une donation entière de ses biens au roi. U y consentit , dans l'espérance que Louis ÎIV ne raocq[kterait pas, et il ne s'était pas trompé ; car, au bout de trois jours, ce mo4 narque lui ayant remis la donation, ses biens purent passer à sa famille, k peine le cardinal futpil mort, ;)gé de cinquante-neuf ans, en 1661, que Louis XIY, délivré d*un joug qui commençait à lui , peser, déclara qu'il gouTcmerait désormais par lui-même. Ce n'est ' à proprement parler que de cette année qu'on doit dater son règne; jusqu'alors, il n'avait été que l'instrument docile tantôt, de sa: mère, tantôt de son premier ministre, souvent des deux à la fois; désormais H ne voudra plus dans ses ministres que des instruments de sa gloire et des exécuteurs sélés de sa Tolonfé. Heureux le pays et lui-n^me, si cette volonté avait pu effacer tous les défauts qu'avait entretenus en luj Mazarin et suppléer en un jour rinstruction dont ce coupable ministre l'avait privé!

146 Him^OlUE JIAHITUIË

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